‹ Lettres de 1815Chapitre 53 sur 82 · Déposition de M. de Grivel · texte numérisé non relu

Déposition de M. de Grivel

M. de Grivel, inspecteur des ;4;irdes nationales du àcpartenient du Jurn, était le *X lômoin. II déposa, comme Capellc, if i décembre. Sa déposilion nous donne quel-

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ques détails sur la fameuse proclamation que Ney lui le 14 mars à Lons-le-Saulnier et sur la certitude qu'avait désormais le maréchal, que Napoléon entrerait à Paris sans tirer un coup de fusil.

M. i)i: Grivel. — Le maréchal Ney arriva à Lonsle-Sauinier dans la nuit du 12 au 13. 11 y fut précédé par le marquis de Soran. Il me demanda un état des gardes nationales du département.

Le 13, instruit de l'arrivée de Bonaparte à L3'on, je me transportai chez le maréchal et lui oll'ris de faite, marcher les volontaires, les gardes nationaux et de les porter sur Dole. Le maréchal me répondit avec un ton irrité : « Les volontaires marcheront lorsque j'en donnerai l'ordre. Tout le monde ici est de honne volonté ». (Et j'observe que les soldats qui étaient dehonne volonté le 13, furent forcés par M. le maréchal de trahir le 14.) Il ajouta : « Je n'ai besoin d'avoir avec moi ni pleurnicheurs, ni pleurnicheuses. »

J'observtd que beaucoup de personnes étaient dévouées au roi ; que, puisqu'on voulait les faire marcher, il était naturel de leur enjoindre de se tenir prêtes et d'en faire un état que j enverrais à Paris lorsqu'on m'en donnerait l'ordre. Il me répondit avec un ton extrêmement calme et que je remarquai dans le moment : « Hé bien, faites cela ! »

Dans la soirée du 13, j'écrivis à S. M., à M. le comte de Vioménil et au comte Dessolle, pour leur envoyer létat des troupes dans le département du

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Jura. Je dis dans ma letlre : « Jamais les troupes ne se battront contre Bonaparte ; plus de la moitié passeraient de son côté. Quant au maréchal Ney, je le crois iîdèle. » Je me permettais de donner le conseil d'éloigner les troupes de ligne, de ne choisir que des détachements délite et de se servir des gardes nationales et des volontaires.

Le 14, il devait y avoir une revue. Je me transportai sur la place vers 10 heures 1/2. Le maréchal arriva avec Fétat-major. Il se mit à huit pas de distance du carré de l'infanterie arec les officiers et sous-officiers de la cavalerie. Il ordonna de faire sortir de l'enceinte tout ce qui était étranger et me dit de me retirer derrière l'infanterie. Je me retirai derrière le carré. Aloi'S le maréchal, l'épée à la main, lut la proclamation. Je ne saurais exprimer combien je fus indigné. Je me retirai trop tôt puisque je ne pus entendre plus des trois quarts de la proclamation. Je fus chez moi ; j'y trouvai [quelques personnes qui me dirent qu'une partie des soldats criait : Vive le roi, tandis que les autres criaient : Vive V Empereur, c'est-à-dire que les soldats éloignés du maréchal avaient crié : Vive le roi.

Je montai à cheval, je traversai la ville et la place pulDlique, essayant de ramener à l'obéissance et à la fidélité au roi. Mais le désordre était extrême. J'allai chez le maréchal et lui dis que je ne pouvais plus rester dans une ville prise d'assaut, que mon devoir m"apj)ohtit dans une autre ville du déparlement. Le

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maréchal me dit : « Vous faites une bêtise. Tout est arrangé entre nous. Nos troupes sont échelonnées jusqu'à Paris et Bonaparte y entrera sans tirer un coup de fusil » .

Le lendemain j'allai à Dôle ; j'ordonnai de rassembler la garde nationale ; mais, au moment de passer la revue, les troupes insurgées arrivèrent et on leur fit subir la loi du plus fort.

J'ai déposé que M. le comte de Bourmont conseilla au maréchal de ne pas faire venir le régiment qui était en garnison à Vesoul "parce qu'on le soupçonnait d'être partisan de Bonaparte : ce régiment arriva, à ce qu'on prétend, au moment de la trahison du maréchal Ney qui lui fit prendre les armes et crier : Vive l'Empereur ; mais je ne dépose de ceci que par ouïdire.

Peu de temps après, le drapeau funèbre couvrit tout le département. J'appris qu'un régiment d'infanterie arrivait ; je volai au-devant de lui ; mais il avait déjà pris le drapeau tricolore.

Le Maréchal. — Ce que vient de dire le témoin est vrai en partie ; quant aux cris de : Vive le roi^ cela n'est pas exact ; personne n'a crié : Vive le roi.

M. DE Grivel. — J'ai dit qu'on me l'avait rapporté.

Le Président. — Avez-vous connaissance qu'il y ait eu un régiment qui, par la seule influence de son colonel, avait ôté le drapeau tricolore après l'avoir arboré ?

M. DE Grivel. — Je n'en ai aucune connaissance.

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