AU
Dès que je lus informé de son départ, je me rendis au chef-lieu pour y reprendre mes fonctions et à 4 heures après-midi je lis imprimer la première proclamation qui rend compte de ce déplorable événement aux administrés du département, et je fis successivement imprimer les autres proclamations qui ont donné l'impulsion commune à tous les départements du Midi, pour fermer le retour à l'aventurier qui, par son abdication, s'est constitué en état de rébellion contre la monarchie.
J'avais oublié deux circonstances qui doivent trouver place dans ce rapport.
Le commandant de la brigade de Barrême dont il a été question précédemment, avait été obligé, après avoir été foi'cé de vendre son cheval, de suivre la troupe jusqu'à Digne.
Napoléon, ayant été informé (pi'il y avait dans les prisons quatre déserteurs mis à ma disposition pour être traduits devant le conseil de guerre, donna l'ordre de les mettre en libeité et le brigadier fut connnandé pour l'exécuter.
Je dois ajouter encore ijue Napoléon acheta d un i:hapelier nommé Aubert, étabH à Digne, un chapeau
LETTRES DE 1815 .'yl
rond, esjaèce de forme dont il n'avait jamais fait usao-e jusqu'à présent. Cette circonstance réunie à la précaution des passeports en blanc, signés par Saint Martin, maire de Castellane. qu'il s'était fait remettre en particulier, ne fait-elle pas naître l'idée d'un déguisement qu'il a voulu se procurer au besoin ?
Je dois observer encore que le samedi 4, lorsque la troupe a passé, était un jour de marché où se trouvaient réunies les bêtes de transport qui l'avaient approvisionné, et qu'en payant largement, la troupe eut bientôt épuisé tous les animaux encore en état de faire un service.