Deuxième rapport du préfet des Basses-Aï. pes au
MINISTRE DE l'InTÉRIEUR
Dans ce deuxième rapport, daté du 10 mars, le préfet, des Basses-Alpes s'imagine — risum teneatis — que la troupe de l'île d'Elbe, comme il dit, exténuée de fatigue, est sur le point de succomber et que Napoléon, « le transfuge », ne peut échapper, d'une part, à Rostollant et à Miollis qui le poursuivent, d'autre part, à la garnison de Grenoble.
Monseigneur,
J'ai été informé que M. le maréchal de camp Rostollant, commandant du département des Hautes- Alpes, s'était mis à la tête de la troupe sous ses ordres pour suivre la marche de la troupe de l'île d'Elbe, aussitôt après qu'elle avait eu évacué la ville de Gap ; que le 7 le général avait fait halte à Saint- Bonnet et que de là il avait été informé, le 8, que la garnisoa de Grenoble s'était refusée à toute communication avec la troupes de l'île d'Elbe, sans pouvoir donner aucun détail du résultat de ce refus.
Cette tête de colonne s'est trouvée remplacée le 8 à Gap par le corps de troupes commandé par M. le lieu-
tenant général Miollis, lequel se trouve suivi et remplacé dans chacjue gîte par M. le maréchal de camp Loverdo, commandant du département des Basses- Alpes.
Ce général, après avoir fait toutes les dispositions qui lui avaient été prescrites pour interdire le passage de la Durance jusqu'à Tallard, m'a chargé, de mon côté, de fermer, avec la garde nationale de Seyne et de l'arrondissement de Barcelonnette, les débouchés de la vallée d'Ubaye et le passage du col de Pontis par le pont de Savines sur la Durance.
Cette opération s'est simultanément exécutée dans la journée du 8, et j'ai fait en même temps parvenir aux départements voisins le signalement de Bonaparte dont vous trouverez joint un exemplaire.
Depuis le 7 jusqu'à ce moment, la garde nationale du département et celle du Var ne cessent d'être en mouvement pour aller se placer sous les ordres et la direction de M. le lieutenant général Miollis.
J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour assurer les subsistances à ces masses qui arrivaient inopinément dans les communes où elles prenaient leur gîte, jusqu'à ce que j'aie reçu de M. le prince d'Essling l'autorisation que je lui ai demandée pour régiJariser la fourniture des vivres de campagne que j'ai fait distribuer conformément aux règlements.
Toutes les colonnes de la garde nationale de la rive gauche et toutes celles de la rive droite ont suivi
3'( I>ETTRES DE 1815
la direction que je leur ai donnée pour défiler à Sisteron.
M. l'adjudant commandant Pascalis s'est placé à la tête de ces colonnes pour les faire a^^ir d'après les ordres de M. le lieutenant général commandant en cliet".
11 est impossible d'exprimer le zèle, l'empressement et les transports avec lesquels toute la garde nationale des deux déparlements s'est prononcée contre le transfuge et a manifesté son dévouement pour le roi.
Au premier bruit qui s'est répandu à Nice du débarquement de la troupe de l'île d'Elbe, M. le lieutenant général commandant pour le roi de Sardaigne dans cette partie de ses Etats s'est empressé de donner la commission Ji M. le major Falicon d'aller ofl'rir à M. le prince d'Essling le service de troupes de S. M. le Roi de Sardaigne pour seconder, s'il était nécessaire, les mesures contre la troupe de l'île d'Elbe et à un capitaine du régiment de la Reine pour se porter immédiatement sur les traces de cette troupe, à l'elfet d'adresser successivemonl le rapport de sa marclie et de ses tentatives à Turin et à Nice.
M. le marquis de Rivière qui attend à Toulon son embarquement pour Constantinople, a expédié pour la même destination M. de Beaurepaire, attaché à son ambassade. Il estpas.sé. ainsi que les officiers piémonlais. le 10, à Digne, pour se rendre aujirès de M. le licnlenîinl général Miollis, jiareo que l.-i nouvelle s'est
répandue que M. le prince d'Essling avait quitte Marseille pour se rendre par Valence à Grenoble.
On attend avec impatience aujourd'hui les nouvelles du parti qu'aura pris le chef de la troupe de l'île d'Elbe, arrêté par Grenoble et par l'Isère, qui ne peut plus rétrograder avec des hommes exténués par une marche continuelle de Cannes à Grenoble en six jours et auxquels il ne reste que la ressource de se disperser pour échapper, s'il est possible, aux recherches de toute la population des départements voisins mise en mouvement.