‹ Lettres de 1815Chapitre 73 sur 82 · Le coLONEi- Bahrk et i,e fi*' de ucse a Avignon · texte numérisé non relu

Le coLONEi- Bahrk et i,e fi*' de ucse a Avignon

Le 10* régiment de lif;ne, commandé par le colonel d'Ambrugeac, fut, de tous les régiments de l'époque, celui qui se signala le plus par son royalisme. Il décida le succès du combat de Loriol, et Suchet proposait, le l\ mai, à Davout de le licencier. Un autre régiment, le 6* de ligne, montra de même des sentiments bourboniens. Il avait pour chef le colonel Jean-Etienne Barré qui devint plus lard (8 octobre 1823) maréchal de camp, et la note suivante de Barré (elle n'est pas datée) ainsi que le certificat du préfet de Vaucluse témoignent du royalisme de ce régiment. 11 dut pourtant, lui aussi, se soumettre ; il prit la cocarde tricolore et alla combattre bravement à l'armée du Jura.

Note du colonel Barre' sur s;i conduite et celle de son régiment. 6^ de ligne.

A l'époque où Bonaparte est rentré en France, le 6*^ régiment de ligne était en garnison à Avignon. Sa conduite sous les yeux de S. A. R. le duc d'Angoulême fut sans reproche, ce prince ayant eu la bonté de m'en témoigner sa satisfaction.

3o'2 LETTRES DE 1815

J'ai maintenu mon régiment dans les sentiments de fidélité au Roi et je lui en fis renouveler le serment sur la place d'armes.

Le 8 avril, son Altesse Royale ordonna au général commandant le département de Vaucluse, de réunir le 0^ régiment de ligne, de faire former le carré et de prévenir les soldats que ceux qui ne voulaient pas servir le roi eussent à sortir des rangs, qu'il leur serait délivré sur-le-champ des congés pour se rendre dans leurs foyers. Pas un soldat n'a quitté son rang et la réponse du régiment entier fut des cris de vive le lioi. On rendit compte à S. A. R. d'une pareille conduite, et le général Daultanne m'en félicita de la part du prince qui, pour me donner un témoignage de sa confiance, m'ordonnait de partir avec mon régiment pour servir auprès de S. A. R. Mais lorsque je me disposais à exécuter cet ordre, le Conseil de préfecture s'assembla et prit un arrêté par lequel mon régiment resterait dans la place pour y maintenir, comme il l'avait déjà fait, le bon ordre et la tranquillité troublés, ce Conseil se chargeant d'envoyer un exprès à S. A. R. pour lui rendre compte des motifs pour lesquels il retenait le G" régiment de ligne à Avignon.

Nous apprîmes bientôt que S. A. R. était détenue par le général Gilly et qu'un corps d'armée se portait sur Avignon. Il y arriva effectivement le 12 avril et le général Grouchy, qui le commandait, me prescrivit d'arborer les couleurs proscrites.

LETTRES DE 48 lo 3."').'^

A cette même époque, je fus dénoncé comme royaliste au ministre de la guerre par le commandant de la place d'Avignon. Cette dénonciation doit exister au ministère.

Le 1^'' mai je reçus ordre de me rendre avec deux bataillons de mon régiment à l'armée du Jura où je fus encore suspect par mon attachement à la cause du roi.

Au retour de Sa Majesté dans sa capitale, je fus le premier du régiment stationné à Belfort, qui arborai la cocarde et le drapeau blanc. J'ai d'ailleurs conservé, non sans crainte, le drapeau que le Roi m'avait contié et qui flotte dans nos rangs.

Ma fidélité au Roi n'a jamais été ébranlée, pas même celle des ofiiciers et soldats ; mais j'ai été contraint de céder à la force. '^

Certificat du préfet de Vaucluse,

Le préfet du département de ^'aucluse déclare en faveur de la vérité qu'il résulte des renseignements qui lui ont été fournis par M. le maire de la ville d'Avignon :

Que, pendant les huit mois que l'ex-régiment de Berri, 6" de ligne, a tenu garnison dans cette ville, c'est-à-dire, depuis le 9 août 1811 jus<[irau 26 avril

3o4 LETTRES DE 18 lo

ISIo, M. le chevalier de Bari'é, colonel du dit régiment, s'est toujours parfaitement Lieu cf>uduii, qu il a tenu sou régiment dans l'ordre et la discipline, et a maintenu de tous ses moyens la tranquillité publique.

Que dans plusieurs circonstances qui se rapportent à l'époque de l'usurpation et où l'on pouvait craindj-e que cette tranquillité ne fût compromise et troublée, M. le maire d' Avignon trouva toujours dans M. le chevalier de Bai^-é un homme d'honneur, disposé à aider et à seconder toutes les mesures qui étaient prises pour contenir les factieux, et qu'il en reçut à plusieurs reprises l'assurance que tant qu'il resterait à Avignon avec son régiment, il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour y maintenir le bon ordre.

Que c'est sur le rapport fait par M. le chevalier de Barré, et d'après les informations qu'il donna, que S. A. R. Monseigneur le duc d'Angoulême, passant par Avignon, destitua et fit transférer au château d'If le sieur Salveti, commandant de la place, qui cherchait à séduire les soldats de l'ex-régiment do Berri. (j^ de ligne, et à ébraider leur fidélité.

Qu'il est de notoriété publirpie, et constaté par les registres du Conseil général du département alors extraordinairement réuni, que dans les premiers j^juis du mois d'avril i8lo et lorsque l'usurpateur était déjà entré dans Paris, M. le chevalier de Barré maintenait encore son régiment dans les sentiments qu'il avait jurés au Roi. qu'il le rassembla sur la place de la

Ll:;TThES DE I8I0 3.'>3

mairie et lui lit renouveler le sernieut de fidélité à Sa Majesté Louis XVII 1; que ce serment fut prêté par tout le régiment aux cris de vive le Roi! Le Conseil général, applaudissant à la conduite de M. le chevalier de Barré, invita, par une lettre en date du 3 avril, M. le maréchal de camp, commandant le département^ à lui en exprimer sa satisfaction.

Qu'il conste encore par les registres du Conseil j^énéral du départen\enl, que M. le chevalier de Barré, ayant re(.'U ordre de se rendre avec un bataillon de son régiment au quartier-général de l'armée royale SOUS les ordres do S. A. R. Monseigneur le duc d"Angoulême, son départ ne fut suspendu que par un arrêté du Conseil général qui supplia S. A. R. de révoquer l'ordre qu'elle avait donné le i avril de faire partir ce bataillon, estimant que la présence entière du régiment était indispensablement nécessaire pour contenir les factieux à Avignon et y maintenir la tranquillité }mblique (p\i, une fois compromise dans cette ville, ne tarderait pas à l'être dans les autres communes du département.

Qu'il est encore de notoriété publique que lorsque le sort des armes eut trompé l'espoir des fidèles amis du Roi, et que la ville d'Avignon était menacée de l'arrivée d'un corps de l'armée rebelle, M. le chevalier de Barré réunit son régiment sur la place du palais et lui fit jurer de protéger la retraite du prince si son A. R. passait par cette ville.

tJ56 LETTRES DE I8I0

Qu'enfin M. le maire de la ville d'Avignon atteste que M. le chevalier de Barré n'a point démenti dans cet1?e fatale circonstance les sentimens dont se gloriiient tous les bons Français et qu'on peut croire que le désir seul de ne point compromettre la tranquillité de la ville le fît céder, pendant l'usurpation, à l'efler vescence qui finit par se manifester parmi les soldats et même parmi les officiers de son régiment.

Fait à Avignon, en l'hôtel de la Préfecture, le 13 novembre 1816.

Baron de Saint-Chamans.

Page 1