SoliCtNAc a Davout
Solignac était nu l'"^ niai-s retiré h Milhaii, dans IWvevron, et le 6, le ministre de la guerre lui envoyait l'ordre de se rendre à Nîmes et de se mettre à la disposition du duc d'Angoulême. Le général se rendit à Nîmes où le dutlui prescrivit d'aller à Clcrmont avec Compans qui devait commander l'aile gauche de l'armée royale du Midi. Mais Solignac, bien que l'empereur l'eût rudement malmené, et non sans motif, bien qu'il l'eût destitué par deux t'ois, et en 1806 et en 1811, Solignac détestait les Boui'bons. 11 toucha les frais de poste de Nîmes jusqu'à Clei'mont et poussa sur Paris ; il y vit le maréchal Davout, le nouveau ministre de la guerre, qui, le 6 avril, lui donna une mission dans la 9** division militaire. Le 10 avril, Solignac était à Mende et de là, il écrivait à Davout qu'il organisait deux bataillons de gardes nationales pour chasser un corps d'insurgés qui s'était i-endu maître, depuis le 7, du département de l'Ardèche, mais qu'il venait d'apprendre la capitulation du duc d'Angoulême qui rendait inutile l'exécution des mesures qu'il avait prises. La lettre suivante qui ne porte pas de date et qui fut reçue au ministère le 13 mai, donne des renseignements précieux sur les sentiments et les événements du Midi. Solignac avait été attaché au corps du général Clauzel ; mais il fut nommé membre de la Chambre des représentants, et les Bourbons jugèrent, à leur retour, qu'il y avait joué un rôle tt-op actif: aussi le ravt'ront-il< du tableau des officiers de l'ai'-
LETTRES DE 1815 3(j:{
mée; le 23 décembre 1815 il était réformé sans trailement et ce ne fut qie le 24 mars 1819 qu'on le rétablit dans ses droits à la retraite.
.1 son Altesse Sérénissime Monseigneur le maréchnJ l)rinc€ il EekmùliL ininislre de h f/uerre.
Monseigneur, ^'ot^e Altesse Sérénissime aura vu dans ma lettre du 1 0 courant que je partais de suite pour Mende, pour me rendre à Montpellier, afin de retarder l'embarquement du duc d\\.n^ouléme, jusqu'au moment où Sa Majesté aurait pu faire connaître ses intentions sur la capitulation de Saint-Esprit. Je fus informé le 1 1 par un de mes aides de camp qui m'avait devancé de vingt lieues, que M. le lieutenant général comte Grouchy était arrivé au Pont Saint- Esprit, et qu'il avait suspendu le départ du prince, comme je me proposais de le faire. D'après cela, je crus devoir m'arrêter une journée dans les Cévennes, pour former des détachements <le gardes nationales, tlestinés à marcher contre un rassemblement d'insurgés d'environ 3 à iOO hommes, qui étaient commandés par un nommé Magny, ancien colonel du oO' régiment d'infanterie de ligne, officier très entreprenant, qui commettait toutes sortes de vexations dans les campagnes et enlevait les fonds des caisses publiques. Les mesures ont été si iiien prises <ju<' tous les lebolles ont abandonné leur chef et qu'il a
été obligé de prendre la fuite, pour se sauver du côté du Dauphiné, son pays natal.
Il est impossible de se faire une juste idée du bon esprit qui anime aujourd'hui tous les Français à l'exception des émigrés, jdes nobles et des prêtres. Les habitants des campagnes se font distinguer par laur attachement à notre auguste monarque. Ils craignaient le retour de la féodalité, des dîmes, la révocation des ventes de biens nationaux, et sont disposés à faire les plus grands sacrifices pour concourir à la défense du gouvernement impérial. Ils marcheraient en masse, s'il en était besoin, pour s'opposer au retour des Bourbons en France ou à une invasion de la part des étrangers. Les départements de l'Allier, du Puy-de- Dôme et du Cantal ont les plus grands droits à la bienveillance de Sa Majesté par l'énergie qu'ils montrent dans cette circonstance. Il en serait de même du département de la Lozère si le clergé, en général, mal intentionné, n'avait une trop grande influence sur l'esprit de ses paroissiens et surtout, si le préfet de ce département s'occupait de suite du remplacement des maires, qui sont presque tous des émigrés ou des nobles.
Le département du Gard et celui de l'Hérault ont été longtemps comprimés par la présence du duc d'Angoulême et par la maladresse de certaines personnes qui, doutant du succès de la noble entreprise de l'Kmpcreur, ont cherché à se fa*re x\n mérite per-
sonnel auprès des Bourbons, en fomentant la guerre civile.
Toutes sortes de moyens ont été employés pour parvenir à ce but, et je suis plus que jamais convaincu que si, comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Altesse, les autorités civiles et militaires de la 9® division avaient parlé franchement au duc d'Angoulême sur les véritables dispositions du peuple et sur l'opinion bien prononcée des troupes de ligne, ce prince pusillanime aurait été en toute hâte rejoindre son épouse à Bordeaux et le midi de la France n'aurait point été exposé à soutenir une lutte, qu'il savait bien être contre ses intérêts. Mais il en a été autrement : le duc d'Angoulême ayant réuni à Nîmes le 12 et le 13 mars dernier plusieurs généraux, on dit au prince qu'il fallait absolument que l'héritier du trône des Bourbons se mît à la tête de l'armée du Midi pour marcher sur Lyon. La nouvelle de l'entrée de Sa ^lajesté dans cette ville n'apporta aucun changement aux dispositions qui avaient été prises. Le duc se rendit à Marseille pour y former des bataillons de gardes nationales qui devaient se réunir aux troupes de la 9^ division militaire, et quoi qu'on en dise aujourd'hui, ceux qui avaient conseillé cette démarche au prince, ont fait tous leurs efforts pour le seconder, jusqu'au moment où ils ont été obligés de l'abandonner, par suite du mécontentement général de tous les citoyens qui les accusaient d'avoir trahi la cause de la nation.
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Le drapeau tricolore et les cocardes nationales ont été arborés spontanément dans toutes les communes de ces deux clépaiieracuts. Les cris de Vive l'Empereur ! se sont fait entendre sur tous les points et cette heureuse révolution s'est faite sans avoir été provoquée efe sans le concours des autorités qui, pour le coup, ont été forcées de se soumettre à la volonté du peuple français.
Le 13^' régiment de ligne qui est à Montpellier et le 63*= qui se trouvait alors à Nîmes, se sont parfaitement bien montrés. Les officiers niavaient assuré que leur péginteni était entièrement dévoué nu grand Napoléon ; ces deux corps ont justifié la confiance que j'avais en eux. Votre Altesse pourra se rappeler ce que j ai eu 1 honneur de lui dire à cet égard. Elle verra que je ne [K>uvais manquer de réussir dans ce que je me proposais de faire pour le sei-vice de Sa Majesté. On doit les plus grands éloges à la conduite de MM. les olïiciers de gendarmerie de la IS»^" légion. M. le colonel Rivaud. chef de cette légion, a beaucoup contribué à la révolution du 3 avril : il a lïkontré la plus grande fermeté dans cette occasion et a maintenu depuis l'ordre et kl lra!i(|uillité dans le département A dans la ville de Nîmes, mise en état de siège, dont il est le commandant déplace. Si Votre Altesse faisait nommer ce bravL* ofticier commandant dans la Légion d honneur ou baron de l'Empire, elle ferait un acle de ju.skice (pie la 13" légion regarderait comme uni'
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récompense de son dévouement à lEmpereiir. M. le lieutenant-général Gilly n'ayant accepté le commandement de l'armée impériale du Midi que le .') du courant, quoique la révolution eiit été faite le '^i, à 9 heures du matin, et qu'on lui eût écrit le même jour, pour l'inviter à venir se mettre à la tète dc^' troupes impériales, il en est résulté que tous les chefs des insurgés qui se trouvaient à Nîmes ou aux environs, ont eu le temps de s'évader ; aucun d'eux n'a été pris. Les officiers en non activité qui commoncèrent le mouvement, mirent en état d'arrestation M. le Keutenant-général Briche et M. le maréchal de camp Pélissier, commandant le département du Gard, qui sont détenus à Montpellier. Ils arrivèrent trop lard au logement du vicomte de Bruges, bourbonnien foi-oené, qm jouissait de toute la confiance du duc d'Angoulêrae : plusieurs autres chefs d'insurgés s'échappèrent également.
Votre Altesse Sérénissime daignera se rappeler ce (jue j ai eu l'honneur de lui dire relativement à ^î. le lieutenant-général Briche. Cet officier-général u manque de jugement dans cette circonstance ; mais je dois vous supplier, Monseigneur, de lui être favorable auprès de Sa Majesté. J'avais été dénoncé au duc d'Angoulènie, comme étant un chaud partisan de l'Empereur ; MM. le duc de Guiche, le comte et le baron de Damas et le vicomte de Bruges voulaient que le prince me fît arrêter et envoyer au fort La
Malgue à Toulon. M. le lieutenant-général Briche prit ma défense, lui répondit de moi, et je reçus l'ordre d'aller à Clermont, avec M. le lieutenant-général Compans qui a connu cette affaire.
J'ai rendu compte à Votre Altesse de l'envoi que j'avais fait de ses ordres pour S. E. le maréchal Pérignon et pour MM. les lieutenants-généraux Rey, Villatte et Cassagne. Je l'ai également informé de l'exécution de son ordre à l'égard du capitaine de gendarmerie Aubriot. L'entière défection du corps d'armée du duc d'Angoulême et la dispersion de tous les officiers généraux qui étaient auprès de lui, me font croire qu'il est inutile d'expédier les ordres dont je suis porteur pour ces divers généraux. M. le lieute nant -général Merle qui est revenu du Pont Saint- Esprit, a vu dans cette ville M. le lieutenant-général Corbineau, aide de camp de Sa Majesté, qui lui a dit (pie l'Empereur allait lui envoyer des ordres pour prendre le commandement de la 8" division. M. le général Soult n'est point entré en campagne avec le prince, il est à Montpellier depuis quinze jours. Les généraux Daultanne, Berger etMonnierse sont retiré« dans leurs foyers au moment de la capitulation. Le général Monnier me paraissant avoir pris une part très active dans la malheureuse affaire du 10" régiment de ligne, j'ai pensé qu'il convenait de lui expédier son ordre : il lui sera remis par le soin de M. le préfet du département de Vaucluse.
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M. le maréchal de camp Pelleport qui était à Grenoble lors de la rentrée de Sa Majesté dans cette ville, crut qu'il était de son devoir de ne point se présenter devant elle, mais bien de se retirer dans ses foyers. Il rencontra sur sa route le duc d'Angoulême, qui lui donna l'ordre de prendre le commandement d'une brigade dans son armée. Ce général, très recommandable par ses services et par les nombreuses blessures dont il est couvert, a resté pendant six ou sept jours au Pont Saint-Esprit : il quitta son commandement le 29 du mois dernier en disant qu'il ne voulait point se battre contre des Français ; depuis cette époque il est resté sur les derrières. M. le lieutenant-général Ambert l'envoie dans ce moment au Pont Saint-Esprit pour y commander deux régiments de troupe de ligne.
M. le maréchal de camp Saint-Pol qui commandait le département de la Lozère et qui a eu l'honneur de correspondre directement avec V^otre Altesse Sérénissime, fut appelé ces jours derniers à Nîmes pour y remplacer le général Pélissier. Cet officier général qui est très dévoué à l'Empereur, serait dans le cas de rendre de grands services dans la Lozère. 11 conviendrait donc, Monseigneur, d'envoyer un maréchal de camp pour commander le département du Gard, afin que le général Saint-Pol pût retourner à son poste.
J'expédiai le 10 du courant un de mes officiers à Monseigneur le princo d'Essling, pour lui donner
inO LETTRES DE 481')
les communications dont votre Altesse Sévénisaime m'avait chargé. J'ai vu depuis la proclamation que ce maréchal avait faite le même jour, ce qui rend ma démarche inutile.
Les six départements qui composent la 9'^ division militaire étant parfaitement tranquilles, j'aurais pris la détermination de me rendre sous très peu de jours à Paris pour solliciter une nouvelle destination, si je ne croyais pouvoir être encore utile à Sa Majesté dans cette même division, où je suis avantageusement connu, et où je puis me flatter de jouir d'une assez grande considération. Si \'otre Excellence pensait qu'il dût être fait incessamment une levée d'hommes parmi les déserteurs, ou un recrutement quelconque, je la supplierais de vouloir bien me fournir l'occasion de signaler le zèle dont je suis animé pour le service de Sa Majesté, en me faisant nommer inspecteur du recrutement dans la 9*^ division. Je crois pouvoir vous assurer, Monseigneur, que si notre auguste monarque daigne m'accorder cette marque de confiance, il n'aura qu'à se louer de ma conduite, et je prends l'engagement envers Votre Altesse Sérénissime de rendre aux aigles impériales douze h quinze mille vieux soldats qui marcheront pour la défense de la patrie. J'aurais d'autant plus de facilité à exécuter les ordres que Votre Altesse pourrait me donner à cet égard, qu'ayant été chargé du travail d'inspection lors du ilornier rocruteniont dans frois do ces départements.
je fis toute l'opération par moi-même, et que j'ai encore tous les contrôles et états signalé tiques des déserteurs. Son Excellence le ministre de la guerre me témoigna sa satisfaction pour la promptitude avec laquelle j'avais fourni les contingents demandés. Je n'avais fait à cette époque que mon devoir, et je ferai aujourd'hui tout ce que l'Empereur a droit d'attendre de mon dévouement sans bornes à son auguste personne.
Vous êtes sûrement informé, Monseigneur, de la Conduite qu'ont tenue les officiers généraux employés sous le gouvernement des Bourbons. D'après cela, je ne doute point que Sa Majesté n'ait désigné un lieu^ tenant général pour commander la 0* division militaire : je suis loin de solliciter cette place, puisqu'elle me priverait de l'honneur de marcher à la tête d'une division active, faveur que je réclamerai de ses bontés, lorsque je m'en serai rendu digne, en concourant de tous mes moyens pour porter à leur complet les corps de l'armée.
Je me rendrai demain à Montpellier, et en attendant les ordres de Votre Altesse Sérénissime, je continuerai à correspondre avec elle pour tout ce qui pourra intéresser le bien du service de Sa Majesté.
Jai l'honneur d'être avec un profond respect. Monseigneur, de Votre Altesse Sérénissime, le très humble et très obéissant serviteur.
Le lieutenant-général ,
SoLICtNAC.