‹ Lettres de A.E. Nordenskiold [microforme]Chapitre 24 sur 31 · VOYAGE DU LIEUTENANT NORDQVIST · texte numérisé non relu

VOYAGE DU LIEUTENANT NORDQVIST

« Le 5 décembre, à huit heures et demie du matin, je partis, sur un traîneau attelé de chiens, pour le village de Pidlin, situé sur le golfe de Koljustsche, dans l'intention d'aller demander à un Tschoutsche, Tscheptscho, qui y demeurait, et avec lequel j'étais convenu d’un voyage à Anadyrsk, quand :1l pensait enfin se mettre en route. Mon conducteur était le Tschouktsche Anangu, du village d’Irgunnuk, situé à l'est de Pitlekaj. Il avait un traîneau petit et iéger, à patins en fanons de baleine, traîné par six chiens, dont le conducteur était attelé en arbalète devant les cinq autres, ceuxci attelés de front au traîneau, chacun par une courroie. Tous ces chiens, faibles et mal soignés, couraient si lentement que leur vitesse ne pouvait guère être évaluée à plus de 2 à 3 milles anglais à l'heure. L’aller et le retour prirent chacun de huit à neuf heures, ce qui donnerait environ 25 milles anglais pour la distance entre Pitlekaj et Pidlin.

» A deux heures de chemin environ à l’ouest de Jintlen, la ligne côtière présente une hauteur de 30 à 40 pieds (891 à 11"88) au-dessus de la mer, etse nomme Petschanin. Nous rencontrâmes ici un Tschoutsche qui se rendait du côté de l’est avec un grand traîneau chargé de peaux de rennes afin de se livrer au commerce d'échange. Environ à moitié chemin entre Jintien et Pidlin, est situé Majngatir. La côte entre Jintien et cette dernière

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riveraine, large de quelques brasses, en dedans de laquelle s'élève un talus abrupt, haut de 20 à 40 pieds (5"94 à 1188), la limite septentrionale, du côté de la mer, de la tundra qui se poursuit dans l'intérieur. Cette pente est interrompue à des intervalles rapprochés par de petites vallées ou dépressions transversales. La côte conserve le même caractère, mais est notablement plus basse à l’ouest de Majngatir jusqu’au cap Ischeautau, situé à environ 4 milles anglais de là. De Ischeautau, nous primes par la tundra unie, à quelque distance de la côte. Un grand marais ou lac marécageux, dont nous suivimes la rive pendant une heure et demie, et quelques autres marais plus petits, furent passés pendant le reste de la course. Au dire de mon conducteur, tous ces marais n'ont guère que deux à trois pied d'eau. La région se nomme Kynmanka. Au sud, une chaîne de montagnes court dans la direction du nordest au sud-ouest autant du moins que la longue distance me permit d’en juger.

» Le village de Pidlin se compose de quatre tentes, dressées sur la rive orientale du golfe de Koljutschin. Le nombre des habitants n’est que d'environ vingt personnes. Pidlin et Koljutschin sont les seuls points habités du golfe. Je fus reçu en dehors des tentes par la population du village, qui me conduisit à la tente de Tscheptscho. Celuici promit de me conduire à Anadyrsk dans le cou-

rant de février.

» Mon hôte avait une femme et trois enfants:

Pour la nuit, les enfants furent totalement dés- : habillés; les adultes gardèrent de courts pantalons ; ceux du mari étaient en peau tannée, ceux de la femme étaient de drap. Par la chaleur étouffante entretenue au moyen de deux lampes d'huile de baleine qui brûlèrent toute la nuit, il était nature!lement difficile de dormir dans les pesants vôtements de peau de renne. Cependant, les habitants de la tente se servaient de couvertures de cet animal. Outre la chaleur, il régnait une puanteur épouvantable, les Tschoutsches se livrant à leurs besoins naturels dans l’alcôve. Cela me força de sortir deux ou trois fois pour aller respirer en plein air.

» Quand nous fûmes levés, le matin suivant, la femme nous présenta à déjeuner sur une espèce d’auge plate en bois, premièrement de la viande et du lard de veau marin avec une espèce de «choucroute », faite de feuilles de saule fermentées, puis du foie de veau marin et enfin du sang de cet animal, le tout gelé.

» En fait d’objets d'intérêt ethnographique, je vis, outre le tambour de schaman ou tambour magique que l’on rencontre dans chaque tente, mais qui n’était pas entouré ici de la crainte superstitieuse que j'avais fréquemment observée ailleurs, une boîte d’amulettes fixée à une étroite courroie, et un crâne de loup aussi suspendu à une courroie. Les premières se composaient d’une fourchette ou pince en bois, longue d'environ deux pouces (59 centimètres), de l’espèce que les Tschoutsches

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toute ia partie cartilagineuse du nez d’un loup, et enfin d’une pierre plate. Mon hôte me dit que tout cela porté autour du cou était un remède actif contre les maladies, Il reprit le crâne de loup qu'il m'avait déjà donné, vu que son fils, âgé de quatre à cinq ans, en aurait besoin plus tard dans le choix d’une femme. Je ne pus cependant savoir quel rôle le crâne en question était appelé à jouer à cette solennité de famille.

» Tandis que mon conducteur attelait les chiens pour le retour, j'eus l’occasion de voir quelques petites filles danser ; elies le faisaient de la même manière que j'avais déjà vu des fillettes danser à Pitlekaj et à Jintlen. Deux jeunes filles se placent d'ordinaire en face ou à côté l’une de l’autre ; dans le premier cas, elles se posent souvent mutuellement la main sur les épaules, se balancent à tour de rôle de chaque côté, {sautent de temps à autre à pieds joints et font une pirouette, tout en chantant ou plutôt en grognant la mesure. .

» Nous nous remîmes en route pour le navire à huit heures du matin. Mon conducteur chanta au retour des chanson tschoutsches. Le plus souvent, ce ne sont que des imitations de cris d'animaux,

ou aussi des improvisations sans mètre ni rythme

fixes, et avec.une grand monotonie d'intonation ; deux ou trois fois seulement, je crus saisir une mélodie déterminée. Le soir venu, mon conducteur me dit les noms tschoutsches de plusieurs étoiles. À cinq heures et demie du soir, je me trouvais de nouveau sur le pont du Véga. »

En connexion avec ce qui précède, je

devoir donner, à titre de matériaux pour la des- des cription de notre vie hivernale dans ces régions, dup et de notre contact avec les indigènes, les relations une suivantes de quelques-unes des nombreuses petites aval expéditions que nous fimes dans le courant de con l'hiver. soig pass

EXCURSION DU LIEUTENANT BRUSEWITZ, finis

LE 17 FÉVRIER aux

ser\

« Le 17 février 1879, dit le lieutenant Brusewitz, nier

je fis, avec le Tschoutsche Notti, une excursion à san, Nasskaj. Nous quittâmes le navire dans l’après- prei midi, et nous arrivâämes après deux heures de m’o marche à Ratinup, la demeure de Notti, où je s'ofl couchai. Nous fûmes reçus par trois frères cadets on € de Notti et une sœur malade, qui tous habitaient tuni la même tente. Immédiatement après l'arrivée, fure l’un des frères commença à mettre en ordre les Les harnais des chiens et le traîneau pour la course du jeur lendemain, et nous autr2s, nous entrimes dans don l'intérieur de la tente, où la sœur maïade était men couchée déshabillée, mais enveloppée de peaux de étei. renne. Elle s’occupait à soigner deux lampes M lan d'huile de poisson, au-dessus dosquelles étaient # des suspendus deux vases à cuire, l’un une ancienne $ » boîte à conserves, l’autre ressemblant au plus près Æ etre à un baquet de tôle étamée. Dès que nous fûmes se |: entrés, Notti ôta sa chaussure et son bonnet. L'un sha des frères entr: #vec ne auge danslaquelle se trou- crai vait un morc::1: de lard de veau marin avec des lé- nou gumes gelés, princinalement composés de feuilles Æ fort

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