‹ Lettres de A.E. Nordenskiold [microforme]Chapitre 25 sur 31 · TZ · texte numérisé non relu

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» À six heures du matin, j’éveillai toute la société etrappelai l’excursion que nous devions faire. Tous se levèrent immédiatement. Les Tschoutsches ne s'habillèrent que très lentement, car ils consacraient un grand soin à la chaussure. Aucune nourriture ne fut présentée, mais tous parurent fort satisfaits quand je leur donnai de mes provi-

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sions, consistant en pain et en quelques bifteacks conservés de Wickstrom. Immédiatement après le déjeuner, on attela quatre chiens au traîneau, après quoi Nctti et moi nous poursuivimes notre route sur Nasskaj, moi en traîneau, lui courant à côté. À Irgunnuk, village tschoutsche situé à 1 mille anglais à l’est de Ratinup, nous fimes une courte halte pour essayer d'emprunter quelques chiens, ce qui, toutefois, ne nous réussit pas. Nous continuâmes notre marche le long du rivage, et arrivâmes à dix heures du matin à Nassk]j, situé à 8 à 10 milles à l’est-sud-est d’Irgunnuk. Nous y fûmes reçus par la majeure partie des anciens habitants de Pitlekaj, quiavaient dressé leurs tentes à cette station de pêche. Le village se composait de treize tentes, dont les cinq plus à l’ouest étaient habitées par l’ancienne population de Pitlekaj, et les huit situées plus à l’est, par d’autres Tschoutsches. Les premiers n’avaient pas élevé leurs grandes tentes ordinaires, mais des tentes plus petites et moins solidement construites. Dans toutes les tentes, comme à Ratinup et à Irgunnuk, on voyait des tas de lard de veau marin, et, en dehors, des piles, recouvertes de neige, de ces animaux entiers ou dépecés. Dans notre course à Nasskaj, nous rencontrâmes plusieurs traîneaux chargés de veaux marins, en route pour Pidlin. A Nasskaj, j’allai à la chasse, suivi d’un Tschoutsche. Nous levâmes huit lièvres, mais ne pûmes arriver à portée de fusil d’aucun. Nous vimes un renard rouge courir à une grande distance. Nous n’aperçümes ni lago-

pèdes (perdrix des neiges), ni traces de ces oiseaux.

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» À deux heures du soir, je retournai à Irgunnuk, et j'y reçus un autre traîneau attelé de dix chiens, avec lesquels je parvins promptement au navire. »

EXCURSION DU LIEUTENANT PALANDER (COMMANDANT DU ( VÉGA *)} A UN CAMPEMENT DE TECHOUTSCHES, A RENNES, AU VOISINAGE DE LA & MONTAGNE DE LA TABLE » (FAFFELBERGET) AU SUD-OUEST DE PITLE- KAJ.

« Le 17 mai 1879, je partis accompagné du docteur Kjellman, avec un traîneau et 5 hommes, dont un indigène comme guide, au campement de Tschoutsches à rennes, situé au voisinage de la montagne de la Table, pour essayer d’y obtenir de la viande de renne fraîche. L'expédition emmenait des provisions pour deux jours, une tente, des matelas et des tuniques de peau de renne.

» Nous rencontrâmes les Tschousches à 11 milles anglais du navire. Sur une hauteur se trouvaient deux tentes, dont l’une vide pour le moment, L'autre était habitée par l’indigène Rotscheten, sa jeune femme, et un autre jeune couple, qui, si je compris bien, Stait en visite, et avait à proprement parler sa demeure a Irgunnuk.

» Les tentes étaient notablement plus petites que celles que nous voyions journellement sur le rivage. Tout autour, une foule de traineaux étaient empilés les uns sur les autres. Ils se distinguaient des traîineaux ordinaires à chiens par des dimensions beaucoup plus considérables et üne plus grande largeur de voie. Les patins étaient gros-

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» On rejeta immédiatement notre demunde

d'echeter un renne, quoique nous offrissions en échange du rhum, du tabac, du pain et même un fusil. On donna, pour raison de ce refus, que les rennes étaient trop maigres dans cette saison pour être tués.

» Sur une hauteur située à quelques mille pieds de distance, on voyait paître une cinquantaine de rennes.

» La principale occupation des femmes pendant la journée paraissait être de se nettoyer réciproquement la chevelure. Telle, qui revêtait, pour l'occasion les fonctions de femme de chambre, cueillait délicatement entre les deux doigts les parasites fort nombreux qui se trouvaient dans les cheveux de l’autre. On tuait ensuite avec infiniment de dextérité la capture faite en portant les doigts à la bouche, et en écrasant les bestioles entre les dents.

» L’après-midi, Kjellman et moi, nous fùmes invités dans la tente, où nous passâmes une heure dans le compartiment intérieur ou l’alcôve de nos hôtes. A notre entrée, on alluma la lampe, remplie d'huile de veau marin ; du sphagne servait de mèche. L’hôtesse essaya de rendre de toute façon notre séjour dans la tente aussi agréable que possible; elle enroula des peaux de rennes qui devaient nous servir de coussins et d’oreillers, et nous arrangea une bonne place, de sorte que nous pûmes jouir tout étendus d’un repos bien néces-

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saire. Dans la tente extérieure, l’autre femme préparait le souper qui consistait en veau marin bouilli. On nous invita bienveillamment à prendre part au repas; mais, comme nous ne ressentions aucun goût par la viande de veau marin, nous déclinâmes cette offre, sous prétexte que nous venions de diner. Nos hôtes prirent leur repas en ayant le corps dans la tente intérieure, mais la tête apparaissant sous les couvertures de peau de renne, dans la tente extérieure. Le repas fini, les têtes rentrèrent en dedans de la tente, et l'hôte se débarrassa de tous ses vêtements, sauf de ses pantalons. L'hôtesse laissa tomber sa tunique par dessus ses épaules, de façon à mettre à nu toute la partie supérieure du corps. Les bottines de peau de renne furent enlevées, retournées, minutieusement essuyées, puis suspendues au plafond audessus de la lampe pour sécher pendant la nuit. Nous régalâmes les dames de sucre qu’elles examinèrent d’abord avec une certaine précaution, par suite de leur ignorance totale de cette marchandise, mais qu'elles croquèrent ensuite avec infiniment de plaisir. Le sommeil paraissant commencer à s'emparer de nos hôtes, nous primes congé et rentrâmes dans notre tente, où nous n’avions rien moins que chaud, le thermomètre n’ayant montré qu'environ — 11° centigrades pendant toute la nuit.

» Après une nuit passée à peu près sans sommeil, nous nous levâmes à 6 heures 1/2 du matin; à notre sortie de la tente, tous les rennes arrivèrent en troupe serrée. En tête marchait un vieux renne à grandes cornes qui s’approcha de son maître

(celui-ei s'était avancé à leur rencontre), et lui souhaita le bonjour en lui frottant son nez contre les mains. Les autre rennes se tenaient pendant ce temps en rang, Comme l'équipage d’un navire de guerre dans les divisions. Le propriétaire passa ensuite devant chaque renne, lui permettant de frotter le nez contre ses mains. Lui, de son côté, prenait le renne par les cornes, et l’inspectait minutieusement. Cette revue terminée, ie troupeau entier fit un demi-tour au signal de son maitre, et retourna, en rang serré, le vieux renne en tête, au pâturage de la veille.

» Ce spectacle fit sur nous une impression excellente : ce n’était pas le sauvage cruel et grossier, montrant avec rudesse son pouvoir sur les animaux ; c'était le bon maître, bienveillant envers ses bêtes et ayant une parole d'amitié pour chacune; il régnait une vraie confiance entre le Tschoutsche et ses rennes. Lui-même était un beau jeune homme à la figure intelligente, et au Corps souple et bien fait. Les vêtements d'une coupe élégante et confectionnée de magnifique peau de renne, s’ajustaient admirablement à la souplesse de Son Corps, et faisaient ressortir sa tenue agréable et fière qui se présentait surtout dans toute sa grâce quand il marchait. =

» La réitération de notre demande d'obtenir un renne par échange fut suivie d'un nouveau refus. Nous enlevâämes en conséquence notre tente, et nous nous remîmes en route pour le Véga. Le 18 mars, à 3 heures du soir, nous arrivions à bord, après 4 heures 3/4 de marche.

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» Le chemin qui conduisait au campement de rennes s'élevait et s’abaissait par ondulations douces. La neige, dure et unie permettait une marche rapide. A l’aller, nous avions aperçu quatre renards et quelques corbeaux. Sur un point, une quantité de trous de lemmings descendaient obliquement à travers la neige vers le sol. La plupart avaient été dérangés et détruits par les renards. La descente à un nid de lemming intact était cylindrique et du diamètre de 1,5 pouce (45 millimètres). Pendant ces deux jours, nous eûmes de la neige et un air épais et brumeux, de sorte que nous ne voyions qu'à une courte distance devant nous, cependant, nous ne nous égaràmes jamais, grâce aux bons yeux et à l’excellent sens local de notre guide indigène. »

LES EXIGENCES DU CLIMAT AU POINT DE VUE DES MESURES DE PRÉCAUTION ET DE L'ÉQUIPEMENT

Sauf ces excursions et diverses autres petites promenades du même genre; sauf les variations amenées par le contact avec les indigènes ; sau f quelques chasses heureuses et bien des chasses manquées aux lièvres et aux lagopèdes ou perdrix des neiges (nous n’avons pas vu d'ours, et j'ai évité autant que possible toute immixtion dans la chasse du veau marin par les indigènes), il s’est passé bien peu de faits remarquables pendant les six mois que comprend ce rapport. Il ne me reste qu'à mentionner en quelques mots pour la gouverne d’expéditions arctiques futures, ies parties

de notre équipement d’hiver qui se sont montrées les plus convenables, et à donner un aperçu de l’organisation de travaux scientifiques pendant le cours de l'hiver.

Il appert, des observations météorologiques, que l'hiver n’a pas été singulièrement froid en comparaison des hivers de l’archipel Franklin ou des régions les plus froides du continent de la Sibérie. Il a été par contre extraordinairement tempétueux à l’hivernage du Véga, et, jour après jour, nuit après nuit, nous avons fait la course à l'observatoire, situé à la distance d’un demi-kilomètre, par un vent violent et un froid de — 30° à — 46° centigrades. En temps calme, un froid de — AQ° à — 50° est à peine gênant; mais au moindre souffle d’air, un froid de — 35° par exemple, est réellement dangereux pour quiconque marche contre le vent, et, sans la prudence nécessaire, expose à l’air froid des parties nues du visage, des mains ou des poignets. Sans que l’on soit averti par une douleur violente, la partie exposée gèle, et si on ne la dégèle à temps par un frottement de la main ou par des frictions de neige fondante, il en peut facilement résulter quelque chose de grave. La plupart de ceux qui faisaient pour la première fois un hivernage arctique, furent aux premiers froids plus ou moins sérieusement gelés, plusieurs fois à un degré si fort qu’il en résulta des ampoules d’un ou deux pouces carrés d'extension, remplies d’une eau sanguinolente, mais heureusement jamais assez graves pour provoquer un mal-

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rience, étant devenus plus prudents, ces accidents devinrent rares à lour tour. Iln’y eut pes un seul cas d’engelure aux pieds. Le mérite en appartient en grande partie à nos chaussures, très convenables pour le climat; elles consistaient en de grandes bottes de toile à voiles, avec semelles de peau. Le fond de ces bottes était garni de carex en vessie (Carex vericaria). Sur le pied même étaient passés un ou deux bas, entourés d'un morceau de feutre. Notre chaussure était donc un intermédiaire entre celle inventée par Parry pour les expéditions arctiques et les chaussures garnies de foin des Lapons. Tous ceux qui en ont fait usage, sont d'accord qu’elles ne laissent rien à désirer. Pour les excursions dans la neige mouillée, ces chaussures sont en outre préférables à celles en peau. Ces dernières deviennent pesantes, s’imbibent d’eau et ne peuvent que difficilement se séch:" pendant une halte d’une nuit en plein air, ce qui est au contraire le cas des bottes en toile à voiles. Mouillées, celles-ci restent en outre légères, et ne présentent que peu d’insalubrité relative, grâce à la possibilité de la circulation de l'air par la semelle de foin sous-jacente. Je crois donc pouvoir recommander en tout cette chaussure pour les voyages et les chasses d'hiver dans notre propre pays.

Pour la protection des mains, on employait des mitaines en peau de veau marin et en peau chamoisée, garnies à l’intérieur de peau de mouton et bordées au poignet d’une fourrure à long poil. On les portait d'ordinaire à la façon des enfants,

avec un ruban passé autour du cou. Dans les travaux extérieurs, on se servait de gants de laine mince, passés directement sur les mains.

A tous les autres égards, nous avions le costume d'hiver en usage en Suède, peut-être seulement avec une étoffe de laine plus épaisse. Il y avait pour chaque homme des tuniques de peau de renne, des cuwssards (anglais eggin) dela même peau, et un grand nombre de pelisses de différentes espèces. Mais la plupart s’en servaient rarement, pas même par un froid de — 45°, ou ce qui était pire encore, par le vent, avec une température de — 36° centigrades. On préférait en ces cas un costume large de toile à voiles, passé par dessus la jaquette ordinaire du marin. Il donnait, dans le mauvais temps, une protection efficace contre le vent et la neige. Le même service était rendu, pour ce qui concerne la tête, par les « baschliks » achetés à Saint-Pétersbourg, passés sur le bonnet d'Helsingær (espèce de « casque à mèche » en laine, porté par les marins danois du Sund).

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