POSSIBILITÉ DE FAIRE DE LA NAVIGATION DANS LA MER POLAIRE DE SIBÉRIE
J'avais déjà souvent touché cette matière, tant dans les plans d'expédition que j'avais exposés,
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que dans des lettres expédiées par moi, de l’embouchure de l’Iénisséi et de la Léna; de sorte qu’il semblerait d’abord inutile d’y revenir. Mais comme la solution de cette question représente à mes yeux le motif le plus direct et le but principal de mon expédition, au risque de me répéter, je vais résu= mer les faits de nature à donner une solution à cette question qui, sous le rapport pratique, est d’une si grande importance.
Il esr incontestable que, bien que notre connaissance de la mer, le long d’une partie considérable des côtes septentrionales de l’Asie, soit encore très incomplète, cette mer n’a pourtant en rien mérité la mauvaise réputation qu’on lui avait faite, en raison de voyages maritimes mal réussis pendant près de trois siècles et demi.
Le voyage que le Véga vient d'accomplir peut-il être répété chaque année? Pour le moment il est impossible de prononcer sur cette question un oui ou un non absolu. Néanmoins je crois que notre entreprise peut être souvent répétée avec succès.
Voici selon moi, comment pourraient s’exposer les conditions du problème :
1° La route maritime, depuis l’océan Atlantique jusqu’au Pacifique le long de la côte septentrionale de la Sibérie, doit pouvoir s’accomplir souvent et en peu de semaines si l’on emploie à cet effet un navire à vapeur bien approprié à cette navigation, et monté par des marins expérimentés. Néanmoins, il est possible que cette route, dans son ensemble, autant du moins que les connaissances actuelles Sur les mers glaciales permettent de le préjuger, ne
soit pas de longtemps encore de quelque importance pour le commerce.
2 Dès aujourd’hui, on peut néanmoins soutenir qu’il n’existe aucune difficulté à établir des relations commerciales entre l’Europe, et lObi ou l'Iénisséi.
3° Selon toute probabilité même, la route maritime entre l’Iénisséi et la Léna et entre ce dernier fleuve et l’Europe, peut être utilisée comme route commerciale. Cependant le voyage aller et retour, entre la Léna et l’Europe, ne pourrait peut-être pas se faire dans le même été.
4° De nouvelles explorations et de nouvelles recherches sont nécessaires pour s’assurer si une communication maritime commerciale, entre les bouches de la Léna et l'océan Pacifique, ést possible ou non. Les expériences déjà faites jusqu’à présent montrent qu’on peut, entout cas, pour cette route, grâce à l'emploi de bateaux à vapeur, amener dans la Léna des instruments ou objets lourds qu'on ne pourrait y faire parvenir au moyen de traîneaux ou de voitures à roues.
Sans doute il ne manquera pas de personnes qui penseront que ces idées sont bien riches en promesses, l'expérience que nous avons pour le momentsurles parties de la mer Glaciale, situées entre l'Iénisséi et le détroit de Behring, constitue en réalité un si mince bagage qu’un vaste champs reste ouvert à la contreverse. Cependant, tout en reconnaissant qu’il est utile de tenter de nouvelles expériences, qu’il me soit permis de rappeler encore une fois que les navires du commerce danois-
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dentale du Groënland jusqu'aux champs de glace, sont moins exposés aux pertes et aux avaries que les navires qui sillonnent la mer de Chine. J’ajouterai que les bateaux de pêche norvégiens naviguent tous les ans le long de la côte ouest et de la côte nord du Spitzberg, et qu'ils vont au delà du degré de latitude qu’atteignent les navires équipés avec toutes les ressources de l’Angleterre et de la Russie. Il est tout à fait possible que des conditions aussi favorables se présentent et rendent facile la navigation sur les côtes de l’Asie septentrionale.