‹ Lettres de A.E. Nordenskiold [microforme]Chapitre 3 sur 31 · L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

L'ÉDITEUR

Les contrées polaires ont le privilège d’exercer une puissante attraction sur des natures d'élite, ardentes à soulever une partie du } voile qui les couvre encore. Ces solitudes glah cées et leurs formidables banquises ne recèlent guère moins d'obstacles et de périls que Iles climats torrides et fiévreux de l'Afrique centrale, avec ses peuplades méfiantes et féroces.

Parmi les noms des plus éminents explorateurs des régions boréales, l'histoire ins- }crira, dans une place d’honneur, le nom du : professeur Nordenskiold, que l’Académie se glorifie de compter parmi ses correspondants. Après cinq voyages au Spitzberg et un au Groënland, tous féconds en résultats imprévus, il faisait, en 1874, à la surprise générale, - la traversée de la Norvège à la Sibérie, où il | débarquait à l'embouchure dû lénisséi. Ce voyage, vainement tenté depuis trois siècles,

fut exécuté en moins d’un mois, et le retour M plus rapidement encorp, quoique la Nouvelle- ne Zemble ait été, au passage, l'objet de quelques li études. 4

Ce premier succès, renouvelé l'année suivante, fit concevoir à M. Nordenskiold le projet d'entreprendre une autre expédition, dans laquelle il traverserait tout l'océan Glacial de Sibérie jusqu’au détroit de Behring, L'étude judicieuse d'anciennes explorations faites, en diverses parties du littoral à parcourir, dirigea sûrement cette entreprise sans précédents, et donna à leur auteur un espoir de réussite, qui s’est réalisé de la manière la plus heureuse.

Parti de Tromsoe le 21 juillet 1878, le vapeur Véga touchait presque au but de son expédition le 27 septembre de la même année, et quelques heures de navigation, qu'il aurait été facile de gagner, sur divers points du parcours, si on ne les eût consacrées à des recherches scientifiques, auraient suffi pour atteindre le détroit, lorsque les glaces lui fermèrent le passage. Malgré le soin et l’expérience qui avaient présidé à sa construction, le navire aurait couru grand risque d'être écrasé par leur énorme pression, sans l’abri improvisé qu’il trouva derrière un simple glaçon. Ce fut seulement le 18 juillet 1879,

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japrès neuf mois d’une immobilité forcée, qu'une débâcle subite rendit la liberté au Véga, qui, deux jours après, doublait la pointe jorientele de l'Asie. « Enfin il était atteint, dit M. Nordenskiold, ce but poursuivi par tant de nations, depuis que sir Hugh Willoughby quitta le port de Greenwich, le 20 mai 1553, au bruit du canon et des hourrahs > des matelots en grande tenue. Après trois cent vingt-six ans, et lorsque la plupart des hommes compétents avaient déclaré l’entreprise impossible, le passage du nord-est était enfin réalisé, sans qu’on eût à déplorer la perte d’un seul homme, sans préjudice à la santé d'aucun de ceux qui participèrent à l'expédition, sans le moindre dommage au navire, »

Sile voyage que le Véga vient d'accomplir ne peut être répété chaque année, il pourra se renouveler souvent. Dès à présent, on peut dire que deux voies nouvelles sont ouvertes et que des communications maritimes sont assurées désormais entre les grands fleuves sibériens et le reste du monde : l’une de l’Obi et du Ienisséi avec l'occident et l’Atlantique, l'autre de la Léna avec l’orient et le Pacifique. La Sibérie fournirait en abondance, outre ses } richesses minérales et les produits possibles : de ses pêches et de ses bestiaux, le bois de

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8 PRÉFACE ses immenses forêts plaines, dont le sol tilité.

Dès son débarquement au Japon, M. Nordenskiold a été accueilli par des ovations chaleureuses et des témoignagnes d'admiration:

Comme il devait en recevoir tout le long de

sa route, et comme il en recevra bientôt parmi nous.

Outre leur gra

est d’une étonnante fer-

nde valeur géographique, les expéditions de M. Nordenskiold nous ont ouvert, sur diverses parties des sciences, des horizons nouveaux.

Pendant son séjour d'hiver au nord du Spiizberg, au 79° degré, il faisait recueillir chaque jour, au fond de Ja mer, dont on devait Pour cela briser la 8lace, de nombreux échanüilons de végétaux et d'animaux, qui s'y développent avec vigueur, Contrairement à ce que les physiologistes pouvaient supposer, Sous un tel climat, en l'absence de l'excitation des rayons solaires. Des recherches analogues ont révélé dans l'océan Sibérien une abondance aussi surprenante de la vie.

OuS apprend qu’à une proentre 30 et 100 mètres, une faune aussi riche en ers tropicales, quoique la nd soi constamment au-

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Les débris de mammouths accumulés en quelques parties du littoral de la Sibérie faisaient espérer des trouvailles du même genre, pendant ce long parcours; à cet égard, il y eut déception. En revanche, sur le rivage de la péninsule tschoutsche, on découvrit des ossements de baleines, enfouis depuis de longs siècles, en grande quantité, dans des couches de sable. Quelques-uns de ces os étaient encore recouverts de peau et d’une chair rouge presque fraiche. C’est un nouvel exemple à rapprocher de ceux que l’on connaît depuis le voyage de Pallas : il fait voir combien les matières animales gelées peuvent se conserver longtemps sans se putréfier.

Grâce à de nombreux relevés, exécutés dans ses séjours au Spitzberg, M. Nordenskiold, aussi distingué comme géologue que comme minéralogiste, put déterminer l’âge relatif des terrains stratifiés, à ces extrémités boréales de l’Europe.

Les empreintes de plantes qu'il a extraites

des couches du sol arctique, nous ont révélé, à la suite des déterminations de M. Oswald Heer, l'existence d'une forte végétation qui, pendant les époques houillère, Jjurassique, crétacée et tertiaire, couvrait ces parages aujourd’hui glacés. Quel contraste de l'état actuel de ces régions stériles, avec les fougères arborescentes , les lycopodiacées en arbres, les sigillaires et les calamites, qui les

Couvraient autrefois et dont les belles formes et la haute stature rappellent notre plus riche végétation tropicale! Cette vie luxuriante des végétaux de l'époque houillère se montrait donc aussi bien à ces hautes latitudes que dans les régions bien plus méridionales, oc-

Cupées aujourd’hui par les nombreux bassins houillers de l'Europe moyenne et de l'Amérique du Nord, Sans correspondre à un Climat aussi chaud que celui qui a présidé à la végétation carbonifère, les forêts qui, au milieu de l'époque tertiaire, ombrageaient le Spitzberg, avec leurs chênes, leurs Platanes et leurs sequoia, ressemblaient à celles que nous trouvons aujourd’hui à 25 ou 30 degrés plus au sud, par exemple, en Californie. Or, on sait que, peu après, à l'époque quaternaire, les glaciers, Par une sorte de réciprocité, ont laissé, sur

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une grand: partie de l'Europe, des preuves irrécusab’es de leur séjour prolongé.

C'est dans les régions boréales qu'on peut espérer trouver la clef de bien des problèmes météorologiques encore à résoudre. Dans ces voyages, et particulièrement pendant les deux hivernages, des observations météorologiques précieuses ont été recueillies. N’en rappelons qu'un seul résultat. Durant plusieurs mois d'hiver, des vents tempétueux n'ont cessé de souffler à l'entrée du détroit de Bebring. Or, à la surface du sol régna alors, presque constamment, un courant du nord, à peu près suivant la direction du détroit, tandis que la marche des nuages accusait, à une faible hauteur, un courant atmosphérique, non moins constant, mais venant du sud.

« Si donc l’on considère, dit M. Nordenskiold, » que le détroit forme comme une porte en- » tourée de montagnes passablement élevées, » placée entre les couches d'air chaud de » l'océan Pacifique, et celles d’air froid de » l'océan Polaire, on voit que les vents y éta- » blissent leur régime, suivant la même loi » qu'on observe dans les courants d'air qui » se produisent, à travers une porte ouverte, » entre une chambre chaude et une pièce » froide. »

Il va sans dire que les phénomènes du ma-

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