‹ Lettres de B. de Spinoza inédites en françaisChapitre 11 sur 36 · A MONSIEUR SIMON DE VRIES B. DE SPINOZA · texte numérisé non relu

A MONSIEUR SIMON DE VRIES B. DE SPINOZA

(Réponse à la précédente).

Mars 1663.

Cher ami,

J'ai reçu votre lettre si longtemps attendue. Je vous en remercie bien vivement, ainsi que de l'affection que vous voulez bien me témoigner. Votre longue absence ne m'a pas été moins pénible qu'à vousmême; mais je suis heureux que mes élucubrations aient pu vous être de quelque utilité à vous et à nos amis. C'est

1. Cette lettre est la XXVIIe des Posthuma. L'extrait que nous donnons a été publié, pour la première fois, en latin, par M. Van Vloten, en 1862.

ainsi qu'absent je parle à des absents. Et il n'y a pas lieu de porter envie à mon compagnon de logis; car nul ne m'est plus à charge, et il n'y a personne dont j'aie à me garder plus que de lui.

C'est pourquoi je viens vous prier, vous et tous nos amis, de ne pas lui faire part de mes opinions, avant qu'il ne soit parvenu à un âge plus mûr. Il est encore trop enfant, trop peu d'accord avec lui-même; plus amoureux de nouveautés que de vérité. J'espère, toutefois, qu'il corrigera luimême ces défauts de jeunesse, avant peu d'années. J'en ai presque la conviction, autant que j'en puis juger par son caractère; et son naturel me le fait aimer \

i. Ce jeune homme, dont Spinoza se défiait vaguement alors, était un nommé Albert Burgh, à qui il avait été chargé d'apprendre la philosophie.

Treize ans plus tard, de passage à Florence, en Italie, ce bon jeune homme se convertit au catholicisme. Pris aussitôt du zèle ardent d'un néophyte, il écrivit à son

Quant aux questions proposées dans votre réunion, qui me semble assez judicieusement instituée, voici ce qui vous arrête : c'est que vous ne distinguez pas entre les genres de définitions... (Voir, pour le reste, les Posthuma.)

ancien maître, une très longue lettre, vraisemblablement dictée par quelque gros bonnet de l'Eglise, où il s'étudiait à lui prouver, à grand renfort d'injures, l'inanité et l'impiété de sa philosophie, la beauté et la vérité du dogme catholique; où il le tançait sur son orgueil et sa sottise, et le menaçait des flammes de l'enfer, s'il ne se convertissait à son tour et continuait à pervertir les autres. (Voir Posthuma, les Lettres LXXIII et LXXIV.)

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