‹ Lettres de B. de Spinoza inédites en françaisChapitre 12 sur 36 · A MONSIEUR HENRI OLDENBURG ' B. DE SPINOZA · texte numérisé non relu

A MONSIEUR HENRI OLDENBURG ' B. DE SPINOZA

{Extrait.}

Mai 1663.

J'ai enfin reçu vos lettres si longtemps désirées, et j'ai pu trouver un moment

1. Cette lettre est la IXe des Posthuma, inédite en français.

2. Henri Oldenburg, né à Brème, qui entretint, à différentes reprises, avec Spinoza, une correspondance très suivie, était ministre résident de la Basse-Saxe à Londres, du temps de Charles IL En relations avec le célèbre physicien Boyle, et plusieurs personnages éminents d'Angleterre, il avait contribué à fonder un Collège philosophique, qui devint peu de temps après la Société royale de Londres, dont il fut l'un des secrétaires.

Oldenburg paraît avoir eu pour Spinoza, une profonde estime et une sincère affection. Il le presse, dans toutes ses lettres, de lui dévoiler sans détours le fond de sa pensée. Mais il ne semble pas avoir pu se dégager entièrement des préjugés théologiques concernant les miracles, la résurrection, et les cérémonies extérieures du culte.

Le court extrait que nous publions, se rapporte aux ins-

pour y répondre. Mais, avant de le faire, je vais vous dire brièvement les motifs qui m'ont empêché de vous écrire plus tôt.

Après avoir transporté mon mobilier ici ', au mois d'avril, je suis parti pour Amsterdam. Là, quelques-uns de mes amis me prièrent de leur donner un Traité contenant, en résumé, la seconde partie des Principes de Descartes démontrés selon la méthode géométrique, ainsi que les questions principales qui sont discutées en métaphysique; Traité que j'avais composé précédemment pour un jeune homme, à qui je ne voulais pas enseigner ouverte-

tructions données par Spinoza, à l'un de ses amis les plus intimes, le Dr Louis Meyer, qui s'était chargé d'écrire une préface, en tête de l'opuscule des Principes de Descartes, démontrés par Spinoza selon la manière géométrique. (Voyez notre traduction. Tome I.)

1. D'après Colérus, biographe de Spinoza, il aurait été « se loger chez un homme de sa connaissance, sur la route qui mène d'Amsterdam à Auverkerke ; » mais il n'y demeura pas longtemps.

ment mes opinions *. Ces amis me demandèrent ensuite de leur arranger également, par la même méthode, la première partie des Principes de Descartes; et cela le plus promptement qu'il me serait possible.

Afin de complaire à mes amis, je me mis aussitôt à la besogne, et j'achevai cet ouvrage en moins de quinze jours. Je le remis alors à mes amis, qui me demandèrent finalement l'autorisation d'éditer le tout.

Ils l'obtinrent sans peine, à cette condition, toutefois, que l'un d'eux, sous mes yeux, arrangerait ce travail en un style plus élégant, et le ferait précéder d'une Préface, dans laquelle il avertirait le lecteur que je ne reconnais pas pour miennes toutes les idées contenues en ce Traité; ayant

1. Ce jeune horame était Albert Burgh, dont nous avons parlé précédemment.

exposé bon nombre de ces idées qui sont entièrement opposées à ma manière de voir; et qu'il le ferait voir par un ou deux exemples.

L'ami, chargé de l'édition de ce petit livre, me promit tout ce que je demandai; et c'est pourquoi je suis resté quelque temps à Amsterdam. Mais, depuis que je suis de retour dans ce bourg, que j'habite maintenant, c'est à peine si j'ai pu disposer de moi-même, par suite des visites que mes amis ont bien voulu me faire.

Aujourd'hui, enfin, très aimable ami, il me reste quelques moments pour vous ap* prendre tout ceci, et vous expliquer en même temps les raisons qui m'ont déterminé à laisser paraître ce Traité.

Peut-être, à cette occasion, me suis-je dit, se trouvera-t-il, parmi ceux qui occupent dans ma patrie les premières fonc-

tions, quelques-uns d'entre eux désireux de connaître mes autres écrits, que je reconnais pour miens. Et, alors, ils prendront les mesures nécessaires pour que je puisse les faire paraître sans aucun inconvénient.

Si les choses se passent ainsi, je n'hésiterai pas à publier immédiatement certains de mes écrits; sinon je garderai le silence, plutôt que d'imposer mes opinions aux hommes, contre le gré de ma patrie, et de me les rendre hostiles \

Je vous prie donc, honorable ami, de vouloir bien attendre jusque-là; et alors vous recevrez, ou le Traité imprimé, ou son abrégé, comme vous mêle demandez.

Et si, dans l'intervalle, vous désirez avoir

1. On sait que, plus tard, les théologiens protestants, non moins tolérants que leurs confrères juifs et catholiques, obtinrent des magistrats d'Amsterdam, par leurs criailleries, l'interdiction du Traité théologico-politique de Spinoza.

un ou deux exemplaires de celui qui est présentement sous presse; dès que j'aurai reçu votre réponse, et trouvé en môme temps le moyen de vous faire parvenir aisément ce livre, je m'empresserai de déférer à vos désirs.

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