‹ Lettres de B. de Spinoza inédites en françaisChapitre 22 sur 36 · La XL VIIe des Posthuma, inédite en français · texte numérisé non relu

La XL VIIe des Posthuma, inédite en français

2. Ces initiales J. J. indiquent Jarig Jœllis, l'un des plus dévoués disciples de Spinoza. C'est lui qui, après la mort de l'illustre philosophe, composa la préface des Posthuma, que le docteur Louis Meyer mit en latin.

Et ce n'est pas moi seul qui vous adresse cette prière, mais un grand nombre de mes amis, et d'amis illustres, lesquels ne verraient pas avec plaisir l'interdiction de cet ouvrage; chose qui arrivera indubitablement, s'il paraît en hollandais i. Je ne doute pas que vous ne rendiez ce service, et à moi et à notre cause.

Quelque temps auparavant, un de mes amis m'envoya un petit livre intitulé l'Homme politique, dont j'avais beaucoup entendu parler. J'ai parcouru cet opuscule, et j'ai vu que c'était le livre le plus pernicieux que les hommes puissent imaginer et composer.

1. Malgré le désir exprimé par Spinoza, on sait que le Traité théologico -politique parut, traduit en flamand, par Jean Glasemaker, sous ce tilre : le Théologien judicieux et politique.

Presque aussitôt, sous la pression des théologiens protestants, « Messieurs les Etats », par un décret public, condamnèrent et interdirent le Traité et sa traduction.

Le souverain bien, pour Fauteur, ce sont les honneurs et les richesses. 11 y accommode sa doctrine, et voici les moyens qu'il montre pour y parvenir : Rejeter intérieurement toute religion; mais professer extérieurement celle qui sert le plus à son avancement. Ensuite, n'observer sa parole envers personne, si ce n'est en tant qu'on y trouve de l'avantage. Pour le reste, dissimuler, promettre et ne pas tenir ses promesses, mentir, se parjurer, et beaucoup d'autres prescriptions semblables , c'est l'objet de tous ses éloges.

Après avoir parcouru ces pages, je méditais, en moi-même, d'écrire indirectement contre l'auteur, un petit livre, où je traiterais du souverain bien; où je montrerais ensuite quelle est l'inquiète et misérable condition des hommes avides d'honneurs et de richesses; et où je prouverais enfin,

par les raisons les plus évidentes et une foule d'exemples, que les républiques en proie à l'insatiable cupidité des honneurs et des richesses doivent périr, et ont péri en effet.

Ah! combien les pensées de Thaïes de Milet étaient préférables et supérieures à celles de l'auteur susdit.

« Toutes choses, disait-il, sont communes entre amis. Or les sages sont les amis des dieux; et tout appartient aux dieux. Donc les sages possèdent tous les biens. »

Ainsi, d'un seul mot, ce sage se rendait très opulent, en méprisant noblement les richesses, bien plus qu'en les recherchant misérablement.

Une autre fois, il fit voir que, si les sages n'ont pas la fortune en partage, c'est

bien moins parce qu'ils ne peuvent faire différemment, que par leur propre volonté.

Ses amis lui reprochant sa pauvreté :

« Voulez-vous que je vous montre, leur dit-il, que je puis acquérir ce que je juge indigne de mes efforts, et que vous recherchez, vous, avec tant d'àpreté? »

— Très volontiers, » répliquèrent ses amis.

Astronome insigne, Thaïes avait prévu qu'il y aurait cette année-là, une grande abondance d'olives, lesquelles avaient complètement manqué les années précédentes. Tl acheta, en conséquence, tous les pressoirs de la Grèce entière. Il loua, au taux qu'il voulut, ces pressoirs achetés à vil prix; et, en une seule année, il amassa des richesses considérables.

Il les distribua ensuite aussi libéralement, qu'il les avait acquises facilement par son intelligence, etc.

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