‹ Lettres de Benjamin Constant à Madame RécamierChapitre 15 sur 53 · Madame Tousard était la femme du général de ce nom · texte numérisé non relu

Madame Tousard était la femme du général de ce nom

suilatSy comme la mélancolie conduit au suicide, on se pendra à force de bonheur.

J'ignore habilement les nouvelles publiques» et nécessairement les nouvelles particulières , c&r je ne vais presque nulle part, et j'oublie ce que j'y entends. Il ne faut donc pas exiger de moi des lettres intéressantes. En vous écrivant, je ne fais que preuve de zèle ou plutôt d'égoîsme, car je ne vous écris que pour que vous me répondiez. Il y a pourtant une nouvelle qui peut être assez importante pour notre amie. Les décrets de Berlin et de Milan sont rapportés en ce qui concerne les neutres ; de sorte que la navigation des vaisseaux américains ne sera plus gênée, et qu'ils pourront arriver de partout et partir également des ports de France. Il me semble que notre amie trouvera facilement un bon et sûr passage pour New-York, quand elle voudra.

Je ne suis pas sans quelque inquiétude pour son déménagement et son séjourà la Godinière. Je sens que son attachement pour Mathieu lui fait une loi de ne pas refuser son amicale proposition. Mais celle maison toute nouvelle ne lui fera-t-cUe pas de mal? J'aime les vieux murs, les vieilles cloisons,

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et tous ces beaux édiGces» beaux, brillants ne sont pas sains.

J'ai envoyé au préfet de Blois et à M. de Salaberi^ deux exemplaires de Wallenstein. Je ne sais s'ils leur sont parvenus. Us me les avaient demandés.

Adieu, madame ; on m'avait dit hier que vous arriviez ces jours-ci pour prendre congé de madame de Catellan. Je suppose que c'est une fausse nouvelle : et je le souhaite. Comme je retourne à la campagne, je n'y gagnerais rien, et madame de Staël y perdrait.

Mille respects bien tendres et mille tendresses bien dévouées.

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Voici, madame, Touvrage que vous avez bien voulu désirer. Je l'ai copié à la hâte et je souhaite que vous puissiez le lire. Je suis charmé que ma détermination de ne pas le publier s'accorde avec mon désir de ne pas blesser ceux qui ont le bonheur de vous approcher. Par la même raison, je vous supplie de ne laisser jamais sortir cet ou-

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vrage de vos mains et de ne le confier à qui que ce soit au monde.

Je me repose sur la promesse que vous avez bien voulu déjà m'en donner.

Mille respectueux hommages.

Septembre iSU.

Voici le mémoire. Ne me le renvoyez pas ; il pourrait se perdre, parce que je suis forcé de sortir. J'irai chez vous le prendre à Theure que vous voudrez, depuis une heure jusqu'à cinq heures avant dîner.

Savez-vous que je n'ai rien vu, durant cette vie déjà si longue et que vous troublez, rien au monde de pareil à vous hier? Je vous ai portée chez Beu* gnot, chez M. de Talleyrand, chez moi, partout. J'en suis triste et presque étonné. Certes je ne plaisante pas, car je souffre. Je me retiens sur une pente rapide. Il vous est si égal de faire souffrir dans ce genre. Les anges aussi ont leur cruauté. Enfin, pour Tamour an roi Joachimi remettez-moi

le mémoire vous-même : il ne serait pas prudent de me l'envoyer.

Parte2-vous ce soir? Allez-vous à Angervilliers dimanche ou quand vous voudrez? Que diable me font mes autres engagements ? Revenez-vous demain? Votre absence m'importune. Savez-vous que vous avez mis quelque volonté à me cendre fou? Que ferez-vous si je le suis? Enfin le mémoire en mains propres aujourd'hui : c'est un devoir à vous de ne pas le risquer. C'est un devoir de diplomatie.

YIII

3 scplciiibro iSli.

Demain soir, demain soir? Qu'est-ce que c^est que ce soir-ln ? Il commencera pour moi à cinq heures du malin. Demain, c'est aujourd'hui. Grâce à Dieu, hier est passé. Je serai donc à votre porte i neuf heures ; on me dira que vous n'y èles pas. J'y serai entre dii et onze S medira-t-on encore que vous n'y êtes pas?

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