Les propositions de Naplc
qu'auparavant. Je n'ai d'avantage que votre crainte sur mon sort, et l'espèce de remords qui vous agite ; rassurée, vous redeviendriez froide et insouciante. Je connais trop ce que vous êtes , malgré tant de nobles qualités, et ce que je suis pour vous. Vous faites le charme de tout le monde; vous ne pouvez faire le bonheur de personne. Vous prendriez avec moi des engagements solennels, qu'il faudrait encore des convulsions et des larmes pour vous contraindre à les tenir. Ces convulsions et ces larmes vous fatigueraient. Pardon d'écrire si longuement; bientôt je ne vous écrirai plus, et votre vie rentrera dans ce repos animé qui vous convient et qui vous trompe sur le mal que vous faites. Je ne vous reproche rien, ceci est une espèce de mort et les mourants pardonnent. D'ailleurs, vous avez voulu ètrô bonne quelquefois, et je vous remercie des efforts inutiles que vous avez faits. Je voudrais par reconnaissance trouver un côté tolérable dans le parti que je prends; il y en a un peut-être, je ne suis pas assez calme pour l'envisager ; mais j'entrevois que si on voulait, on pourrait le trouver, en mettant en ligne de compte ma position en France : ce titre
d'étranger qu'on m'opposera toujours, les souve-
nîrs de mes opinions, les ennemis que j'ai, enfin la difficulté de donner à Paris, â une femme ^ qui jouit dans son pays de mille avantages, une situation qui lui convienne, tâchez de faire de cela quelque chose qui vous réconcilie avec ma résolution. Je vous livre cette manière de la considérer, p Dur vous délivrer de toute pensée pénible. Quant h moi, rien de tout cela ne me décide ; aimé de vous, ou seulement préféré par vous, j'aurais refusé le tr6ne du monde.
Vous entourer de mon dévouement était ma chimère, elle a été mon supplice; et si, au lieu de rinvitation que j'ai reçue, des gendarmes étaient venus m'emmener, je les bénirais encore; quoi qu'il arrive, ce qui arrivera vaudra mieux que le sort qui me serait tombé en partage si j'étais resté ici. Je serais mort, ou devenufou. Il vaut bien mieux que ma destinée s'accomplisse loin de vous et de manière à ne pas vous affliger. Ne vous tourmentez donc point, croyez-moi sur ma parole. Vous serez consolée dans huit jours et vous ne serez pas même inquiète.