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serais ingrat de vous reprocher des peines qui vous étaient surtout importunes. Aussi je vous aime comme une douce et charmante créature ; mais je vous aime plus encore comme cause de ce que j'éprouve aujourd'hui. Je ne l'ai pas acheté trop cher, et si je pouvais vous faire du bien, ce bien serait toujours au-dessous de ce que je voudrais qu'il fût. Â trois heures.
Voici la réponse de M. de Montlosier. Je suis tout fier d'avoir bien fait vos commissions. Quand je vois les éloges qu'on me donne, et que je pense au peu de cas que vous faites de moi, il me prend une espèce de désespoir; j'aimerais mieux qu'on me dit que je suis une bète. Au moins cela motiverait la préférence que vous accordez sur moi à la médiocrité la plus affectée. Mais c'est mon sort, d'être loué par les autres et ensorcelé par vous qui me dédaignez.
Je vous verrai donc à quatre heures, c'est quel* que chose.
iU LËTTkfiS DE BENJAMIN CONSTANT
Je ne sais si ma tristesse, que je voudrais vaincre, influe sur ma santé, ou si la nature pense à m' exaucer bientôt, mais j*ai eu la fièvre toute la nuit, et actuellement la tète me tourne si fort, que je ne peux écrire qu'en séparant chaque lettre.
Madame de Staël me disait hier que mon état faisait peine. < Tant de talents perdus ! » disait-elle. C'était trop sans doute ; mais il y avait bien quelque talent en moi, et c'est bien extraordinaire que la foudre m'ait ainsi frappé. Ne croyez pas que je me plaigne de vous. Vous faites tout ce que la bonté peut faire, et, comme ce que vous faites me sauve de moi-même, je vous dois tout et je vous rends grâce de ma vie, quoiqu'elle soit pénible, et de ma raison, quoiqu'elle soit troublée. Ce n'est pas de votre faute, si vous n'avez que de la bonté et aucune affection involontaire pour moi. Ce n'est pas votre faute, mais c'est le poison qui me tue, dont l'amertume augmente chaque jour et qui finira
par me rendre impossible de supporter la vie. Encore une fois, je lie me plains pas, et je vous bénis du bien que me fait votre présence. Aussi rendezmoi justice, je prends sur moi. J'ai causé tant bien que mal et le plus gaiement que j'ai pu, hier soir. Hélas! brisé que je suis par une inconcevable destinée, je fais ce que je peux. Je n'accuse personne, je bénis celle qui me perd, parce qu'elle daigne quelquefois me plaindre, et l'idée qu'un mot de moi vous a plu, et le bonheur de fixer mes regards sur vous, m'aident à vivre. Vous êtes un être adorable, et j'aime à sentir que c'est au moins pour vous que je souffre, que c'est pour vous que je périrai. Je sens en écrivant que le vertige augmente; il serait possible que je ne pusse pas marcher. Je serais trop malheureux, si vous dérangiez pour moi la moindre chose, sans que je pusse en profiter. Si vous sortez avant que j'arrive, faites-moi dire un mot, et ^fixez-moi une autre heure. Sinon, à moins que la nature ennemie ne redouble d'acharnement, à deux heures je serai chez vous.
I4ft LKTTRES DE BfiNUMlM CONSTANT
J'ai voulu réconcilier madame de Staël à notre projet, c'est-à-dire au mien, car je ne vous y mêle en rien. Sa réponse est contre. La voici. Cela n& change rien à ma volonté, mais je vous prie de ne pas trop lui dire que je suis inébranlable, si elle vous en parle. Car elle y verrait votre ascendant et nous rentrerions dans des tracasseries tout à fait ennuyeuses. Je ne sais trop comment faire pour gagner votre opinion. Si j'envoyais promener les ob jections, vous diriez que je suis dur. Si je pars sans le dire, vous diriez que je suis poltron. Si je ne partais pas, vous diriez bien pis. Mais cette dernière chance est impossible : soyez tranquille.
A ce soir avec madame de Staël, ou Inême avant, chez madame Marmont, et, demain enfin, un mo* ment seule, à Tinstant du départ.
Je vous aime*
■ARS 1815 m
Depuis que je ne yous ai Yue» quelques circon* sianees fâcheuses pour moi rendent probable que mon absence sera plus longue que je ne comptais. Je voudrais vous consulter sur un parti que je dois prendre avant mon départ, et confier à votre amitié des choses que je ne vous ai pas encore dites. Je vous prie de m'accorder un entretien d'une demiheure, qui sera peut-être le dernier pour bien longtemps. Ne parlez de ceci à personne. S'il vous était impossible de me voir seule aujourd'hui, que ce soit demain; j'attendrai. Mais aujourd'hui serait mieux, et le service que j'ai à vous demander presse. Pardon, c'est la dernière indiscrétion, vraisemblahlemenU
Félicitez-vous, mes malles se font et je partirai dans la journée. Je me presse parce que j'ai peur que les forces ne me manquent. J'ai passé la nuit avec une fièvre assez forte, je me suis presque trouvé mal en me levant, et j*ai, dans ce moment, un froid intérieur et un tremblement qui semblent m'annoncer quelque maladie. Je sens je ne sais quoi dans mon cœur et dans ma poitrine qui est prêt à se briser; mais, pourvu que je puisse me mettre en voiture, tout est gagné. Je pourrai, à quelques lieues d'ici, me mettre dans un lit d'auberge et y mourir seul, sans que personne en soil importuné et sans que madame de Staël soil blessée. Si vous avez souffert le quart de ce que je souffre à Lyon, je vous plains. Dieu vous bénisse et vous rende heureuse I
Je n'en puis plus. Adieu.
Voici le récit de ce qui s'est passé à Rennes.
Je me lève après avoir passé la nuit dans la plus affreuse douleur; mais vous avez désiré quelque chose de moi, et je sens que je vous servirais encore à mon dernier soupir de ma main mourante. Je ne sais ce que je vous ai écrit cette nuit. Mon cœur était brisé; il Test encore. Mais ce n'est pas ma faute. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour partir, je ne l'ai pas pu. J'ai fait auparavant tout ce que j'ai pu pour rompre, je le puis moins encore. Mon âme est enchaînée, elle est en vous, je ne puis que souffrir et vous demander grâce. Un mot de bonté et l'exécution de votre promesse, je renaîtrai. Pardon, pitié! jamais on ne fut aimée comme vous l'êtes ; prenez mon sang, il coulera pour vous avec tant de joie ! mais laissez-moi vous dire que je vous aime. Le silence m'oppresse, vous en parler me calme. Adieu, à quatre heures. Ne laissez pas tomber un nouveau coup sur mon cœur, et, si vous n'y
êtes pas,qu*on me laisse monter pour vous attend re< Pitié, pitié, je ne respire que par vous et mon dévouement est toute ma vie.
Je vous remercie de votre lettre; vous avez tort d'accuser ma déraison. Il ne me faut qu'an signe d'affection de votre part pour que je me calme. J'ai baigné votre billet de larmes, et je me reproche de vous causer la moindre peine ; mais il ne tiendrait qu'à vous de me donner des moments de bonheur qui m'aideraient à vivre. Si, par exemple, vous aviez suivi votre mouvement, si, en rentrant, vous m'aviez écrit deux lignes qu'on m'aurait portées ce matin, j'aurais senti toute mon existence changée. Non, je ne suis pas déraisonnable, je vous le jure, je ne suis que sensible, mais d'une sensibilité facile à satisfaire, parce qu'elle est humble, mais facile à froisser, parce que vous l'avez cruellement hu« miliée. Une action spontanée de vous, qui une fois me piouverait votre souvenir, ferait en moi une
révolution salutaire. Adieu, vous verrez ua bel éloge de moi dans le Journal de Paris. Tout ce qui flatterait un autre m'est indifférent, mais au moins la solitude m*est bonne. Elle me délivre de ces €fforts inutiles qui m'abîment sans fruit pour las autres ni pour moi.
Adieu ; je n'ai voulu que vous remercier. Je vous bénis et je vous aime.
Je voudrais bien avoir à vous mander quelque chose que vous ne sussiez pas, mais on n'a point de détails, et ce que le Moniteur contient vous est connu comme à moi ^ Je crois la chose plus sérieuse qu'hier, à la grande terreur que je remarque dans tout le monde. J'ai vu le président de la Chambre des députés, madame de Luynes et d'autres. Il est certain que si Buonaparte n'avait pas ses raisons de
1. On Tenait d'apprendre à Paris, que le l*' mars 1815, la petite flottille ifae guidait Napoléon «Tait paru dans le golfe Joan» at qn'il avait, dans la m6me Journée, débarqné à Cannes.
compter sur d'autres forces que celles qu'il montre, il n'est pas assez fou pour s'aventurer ainsi. Si Masséna l'a reçu et s'est déclaré en sa faveur, c'est énorme. Au milieu de tout cela, j'ai le chagrin de n'être occupé que de vous seule, et je me le reproche. Le monde croulerait, que je ne songerais qu'à vous. Si le gouvernement se rallie à la nation, tout est encore sauvé, malgré l'armée. Sinon, et si Buonaparte a le moindre succès dans les premiers moments, je crains fort pour l'issue; j'ai un petit travail à faire jusqu'à trois heures. A trois heures je reverrai Laine, et j'apprendrai plus de détails. Je rentrerai à quatre heures et serai à vos ordres, si à un moment quelconque, le dîner excepté, vous voulez me voir.
Savez-vous ce qui m'occupe ce matin ? Vous devinez bien que c'est quelque chose qui se rapporte à vous. Ce sont des conseils à une personne digne d'être heureuse, et qui ne l'est pas, parce qu'elle
s'est empêtrée. Je les aurai finis avant d'aller chez vous, et je vous les apporterai bien copiés, sur du beau papier doré sur tranche et avec une couverture de papier doré. Je suis rentré hier chez moi tout triste de plusieurs choses; et, quoiqu'il yen ait de personnelles, je vous jure que je l'étais surtout de voir l'ennui auquel vous vous laissez condamner par l'homme le moins naturel, le plus maniéré, le plus comédien qu'il y ait au monde. Je ne conçois pas son ascendant, quand votre tact exquis vous avertit si bien de ses prétentions et de son égolsme. Comparez ma conduite à la sienne : mon dévouement, ma crainte de faire la moindre chose qui vous soit désagréable, mon empressement à me sacrifier dès que je crois que je pourrais être la cause de la moindre sensation pénible. Voyez : hier encore le hasard m'avait favorisé d'un instant d'entrevue. J'ai vu que M. de Forbin revenait et qu'il vous serait déplaisant qu'il vit que je n'étais pas sorti avec lui, et j'ai renoncé de moimême à ce qui fait ma seule consolation dans la vie. Et cependant, sans votre audience d'hier soir, vous m'auriez sacrifié à lui sans hésitation. Mon sentiment en est si vrai et si profond, que je regrette
15i LETTRES DE BENJAMIN CONSTANT
qu'il ne contribue en rien à votre agrément ; enfin, je gémis de voir tant de charme» tant d'esprit, de si excellentes et nobles qualités, la réunion de tout ce qui est beau, bon et céleste n'aboutir qu*à de Tennui pour celle qui possède tout cela. C'est cette ^uite de réflexions que j'ai rassemblées. Je vous les remettrai, vous les lirez si vous voulez : elles ne seront pas longues. Je vous les remettrai comme souvenir; il y a si peu de liens de vous à moi, quoi qu'il y en ait beaucoup de moi à vous! Il y < tant de chances de séparations I Et quand rien n'existe dans votre cœur en faveurde l'être le plus dévoué à vous, même i présent que vous me voyez tous les jours, je dois prévoir qu'à la première absence un peu longue, je vous deviendrai tout à fait étranger. Vous serez toujours ma première pensée.
Adieu jusqu'à cinq heures.
Je me proposais d'aller vous voir, je reçois à l'instant la nouvelle de la mort de Fami le plus intime que j'eusse au monde ^ de l'homme avec lequel j'ai passé trois ans en Allemagne, et à qui j'ai dû tous les moments où je me rappelais la France, et où nos souvenirs nous consolaient d'en être éloignés. Il est mort au moment où je venais de faire réparer une injustice qui l'avait frappé, et où pour la première fois il se trouvait heureux. Je vais voir un homme qui le connaissait, pour pouvoir parler de lui. Je vous verrai ce soir de
1. Charles de Villers, littérateur distingaé.né en 1767 à Boulay en Lorraine, émi{(ra en 1792, et se fixa à Lftbeck. Une brochure qu'il publia sur la prise de cette ville par les Français, et son op« position à la réunion à l'Empire des villes Anséatiques, le po-< sèrent en ennemi du gouvernement impérial; il fût pourtant nommé professeur de littérature à GœtUngue par le roi lérôme Bonaparte. Ses principaux ouvrages sont la PhUoêophie de Kant, ou Prmdpe» tondamenlimx de la fMUnopMe transcendante, et vn Eieai sur Vetprii et Vinlliieneede la réformatian de Laiker, qui fut couronné par l'Institut de France.
Benjamin Constant note sur son journal manuscrit qu*n reçut la nouvelle de la mort de Vlllert le 9 mari 1815.
bonne heure si vous le permettez. Je suis tout étonné de cette nouvelle. La mort se plalt bien à frapper ceux qui n'en veulent pas et à épargner ceux qui en veulent I Quelle folie que l'agitation quand tout peut finir si vite ! et que Tabime est toujours ouvert sous nos pas ! J'ai besoin de vous voir, de fixer mes regards sur vous. Vous regarder me fera du bien.
Voici la Quotidienne. Je dois la rendre; mais, si vous ne voulez pas, je la volerai. Il n'y a pas de crime que je ne commette volontiers pour vous
Savez-vous que je suis d'une jalousie furieuse contre M. de Nadaillac? Il vous plaît cent fois plus que moi. Si je n'avais pas la perspective d'un voyage à une époque quelconque, lequel voyage interromprait mon opération, je tuerais tous les hommes au-dessous de cinquante ans qui approchent dans la rue Basse-du-Rempart, d'un côté du numéro 10, et de l'autre du numéro 60. — Mais je
Mars 1815 157
suis forcé de remettre cette exécution i mon retour ; mes ennemis ne perdront rien pour attendre. Je m'associerai à M. de Forbin, qui doit être comme moi d'une humeur féroce, et, quand nous aurons tout exterminé, nous nous combattrons comme des héros et nous tomberons dans les bras l'un de l'autre en frères d'armes.
A quatre heures donc. Vous avez daigné me faire espérer que vous fermeriez votre porte à tout le monde, excepté à moi; n'allez pas faire le contraire, l'ouvrir i tout le monde et me la fermer.
Que vous étiez belle, devant votre porte, comme un ange tout blanc remontant au ciel et éclairant de sa splendeur les ténèbres de la terre I Mais les anges ont un cœur, ils aiment, ils sont touchés d'être aimés. — Je voudrais bien que vous sentissiez ce qui vous manque pour être un ange, et que la perfection vous tentât.
Sûrement, je serai chez yous icinq heures précises. J'aurai fini mon travail. Pourquoi madame de Goigny s'avise-t-elle de m'inviter sans la seule personne pour qui je préfère un lieu à un autre? J*ai ra du monde ce matin. Je crois que nous entrerons en danse, et que les figures seront diverses. Quel chaos! quel avenir! j'espère que vous n'en souffrirez pas.
A cina heures.
Je ne comprends pas comment on peut accahler d'un tel mépris un homme dont on n^a pas i se plaindre et qui obtient pourtant des autres quelques preuves d'estime. Vous préférez tout le monde àmol. J'ai beau mettre quelque courage, quelque
noblesse dans ma conduite, je ne puis obtenir un seul signe d'affection. Votre haine, votre crainte de me donner un instant de bonheur sont tels, que même l'idée que je pourrais être utile si vous m'encouragiez ne saurait vous y déterminer. Partout on me reçoit bien, vous m'humiliez sans cesse. Vous m'ôtez toute force. Que vous ai-je fait pour me faire tant de mal ? Je ne vous conçois pas. Jamais on n'a blessé à plaisir comme vous le faites. Cependant je vous ai toujours été dévoué. Ce n'est plus de l'amour que j'espère : mais pas un témoignage de bienveillance I pas un égard ! Au nom du ciel, forcez-vous pendant quelques jours à me cacher votre aversion. J'ai besoin de ma tête. Je l'expose pour une cause que vous aimez. Je brave Buonaparte, qui va revenir et que j'ai attaqué de toutes manières, tout le monde me dit de ne pas l'attendre. Je reste pour vous prouver au moins qu'il y a en moi quelque chose de courageux et de bon.
Pourquoi donc me fouler aux pieds, m'abreuver d'humiliations? Je vous le déclare, je puis être utile à ce pays. Ma considération y augmente, tous les partis m'appellent. Vous ne savez pas ce que je vaux, parce qu'avec vous mon sentiment me rend
fou. Ménagez-moi quelques jours. Accordez-moi pour quelques jours des tête-à-tête; cela sera court, tout sera décidé cette semaine. J*aurai pris ma place et contribué à sauver la France, ou je serai dans un cachot, ou je partirai pour jamais. Faites donc un effort. Je me travaille pour ne pas m*abaadonner à ma douleur, je pleure malgré moi, et je passerai une nuit affreuse. J'avais besoin de mes forces, vous me les ôtez. Je ne vous parle pas de ma destinée, vous ne vous en souciez pas. Mais le bien que je puis faire, mettez-y quelque intérêt. Que je vous voie seule. Ne me déchirez pas le cœur, parce que je vous aime. C'est mon seul crime, ma seule erreur, c'est ma perte. Mais laissez-moi faire le bien que je puis. Je saurai que ce n'est pas pour moi que vous le faites, mais votre présence, votre voix me calment. Un entretien d'une demi-heure, je vous en conjure, quand vous voudrez. mon Dieu, je n'en puis plus.
J'ai dit à Paul ^ que je vous portais un passeport, que je n'avais voulu ni vous le remettre ni vous parler d'une insurrection qu'on a dit avoir eu
1. M. Paul David, neveu de H. Récamier, qui vivait et habitait chez son oncle.
lieu à Lille, devant M. de Nadaillac, pour qu'on ne dise pas à la cour que j'étais un alarmiste. Il m'a trouvé sur l'escalier et n'a point été étonné de me voir à cause du passeport.
J'ajoute quelques mots à ma lettre d'hier pour obtenir de vous de la tolérance pendant que je suis bon à quelque chose. Je vous donne ma parole d'honneur que, quoi qu'il arrive, aussitôt que le danger sera passé, je ne vous demanderai plus rien et ne vous reven*ai de ma vie. Dans ce moment, j'ai besoin de mes forces pour autre chose et je n'ai pas celle de m'imposer cette privation. Mais, une fois cette crise finie, j'irai à la campagne, dans le cas même où je ne partirais pas tout à fait, et j'y resterai jusqu'à ce que votre image me soit complètement étrangère ; je ne mettrai plus jamais les pieds chez vous; je ne réclamerai ni amour, ni amitié, ni affection, ni souvenir, ni biemeil-
lance d'aucune espèce, pas celle que vous avez pour
iSi LETTRES DE BIKiAMIR CONSTANT
une connaissance d^ane heare. Vous m'avez trop blessé, trop humilié, trop marché dessus. Mais, au nom de rutilité dont on croit que je puis être, soutenez-moi ces jours-ci. Je travaille à un écrit qui servira beaucoup, si je puis l'achever. Ne me forcez pas à le laisser là, c'est pour votre pays que je désire le faire. Du reste, que je vous voie et je pourrai tout. C'est une maladie qu'il faut guérir pour le moment, parce que la France a besoin de tout le monde. Mais, du reste, croyez bien que je sais votre disposition, que je ne réclame rien pour moi, que je sais que M. de Forbin vous parait plus estimable et M. de Nadaillac plus spirituel; que parce que je vous aime, j'ai tout perdu à vos yeux. Aussi, je vous le dis, quelques jours d'encouragement, à cause de ce que je puis faire; mais, quant .i moi, rien, parce que je ne demande, n'espère et ne sollicite rien. Servons la bonne cause, donnez-moi la force de la servir. Quand cela sera fait, nous ne nous reverrons jamais, et je vous promets bien que, si je n'éprouve plus le besoin dévorant de vous voir, j'éprouverai celui de fuir celle qui a tout blessé en moi, amour, amitié et amour-propre.
Voici la brochure : d vous la comparez à l'autre , vous verrez ce que vous m'avez fait retrancher. S'ils sont fâchés, tant pis pour eux. Je ne m'en affligerai qu'à cause de vous. J'y joins un exemplaire pour Sosthëne ', mais non de ma par t ; il pourrait s'en fâcher. J'irai savoir l'opinion de vous demain.
Je ne puis pas discuter devant Auguste la question de votre départ, pour une raison bien simple. Nous sommes lui et moi du même avis sur le fond de la question, c'est-à-dire, je crois comme lui qu'il y a quelque danger à ce que vous attendiez l'arrivée de Bonaparte à Paris, que vous seriez ex