‹ Lettres de Benjamin Constant à Madame RécamierChapitre 28 sur 53 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

posera en rien^ car j'ai la certitude que, jusqu'au moment où je vous écris, il n'a été pris aucune information relatiTement à moi, et je crois que tout se passera en douceur. J'aurais peut-être mieux fait de rester. Ah! que je donnerais de choses pour causer un peu avec tous. Mon sentiment est toujours le même, mais je ne veux pas en parler, pour ne pas m'émouvoif'. Voici l'ordre pour mon domestique de remettre la cajsse en question à la personne qui lui présentera cet ordre.

Adieu, adieu. Quand nous reverrons-nous?

Entre la lettre qui précède et celles qui vont suivre, de graves événements se sont accomplis.

Beigamin Constant, que son fameux article du 19 mars avait posé en irréconciliable ennemi de Napoléon et qui, cédant comme on Ta tu aux pressantes sollicitations de ses amis, avait quitté Paris le 23 mars, y était rentré le 27 a« soir et, le 17 avril, après deux longues conversations avec rEmpereor, avait accepté le titre de conseiller d'État.

Que maudit soit le métier de courtisan ou

d*homme d*État ! Je crois que je donnerai ma démission demain, et je suis bien sûr que je le ferais si je croyais que vous m*en sussiez gré. Vous avez été seule ce soir. J'aurais pu vous voir, jouir de ces moments si rares qui font toute ma vie, et de maudits intérêts européens m*ont arraché à cet intérêt bien plus grand pour moi. Je suis dans un véritable désespoir. Je vous conjure de me dédommager et de me dire quand je pourrai vous voir. Je ne sortirai que pour cela; car j*ai dix choses à faire en moins de temps qu'il ne m*en faudrait pour en faire une seule. Je compte ne pas me coucher et travailler jusqu'au moment où je recevrai un mot de vous. Je sortirai alors pour vous voir quand et aussi longtemps que vous le permettrez. J'ai eu les plus curieuses conversations S et longues assurément, puisqu'elles ont duré de manière à ne pas me permettre d'arriver chez vous à temps. Je serai donc bon à écouter, si vous êtes curieuse. Mais brûlez même ce billet, je vous en prie.

Faites-moi dire précisément quand je pourrai

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