‹ Lettres de Benjamin Constant à Madame RécamierChapitre 30 sur 53 · Voir la lettre LXXXV · texte numérisé non relu

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impossible, sans quoi un mot de vous l'aurait fait, mais un démenti tel que celui-là, devant dix personnes^ ne peut s'expie;* que par la mort de Ton des deux. J'en £uis fâché, mais c'est la règle. Vous verriez si j'hélais capable de consentir à un arrangement quelconque, comme Topinion tomberait sur moi. Dieu m'est témoin que, si je le pouvais, je le ferais pour vous épargner le moindre désagrément. Je dirai plus : si vous m'aviez aimé seulement d'une amitié tendre, j'aurais tout sacrifié, même l'honneur.- Je serais heureux si vous m'aimiez, même au milieu du blâme universel. Je tâcherai que rien de tourmentant ne vous atteigne. Si M. de Montlosier est tué, je réponds bien que rien ne vous atteindra; si c'est moi, je laisse une lettre pour l'Empereur, et j'y explique et j'y démontre que vous n'êtes pour rien dans cette affaire. Ainsi, quoi qu'il arrive, soyez tranquille. Cette lettre-ci ne vous sera remise que si je suis tué ou blessé grièvement; sans cela, je vous verrai de bonne heure. Adieu. Je vous ai bien tendrement, quoique bien

1. Une dispute très vive sYtait élevée chez madame Récamier entre M. de Montlosier et Benjamin Constant, à Toccasion de rouvrage du premier sur la féodalité.

inutilement aimée, et, si je meurs, ce sera en vous aimant et en faisant des vœux pour vous. Vous avez été souvent dure, et j'ai peine à concevoir que , m'étant réduit à une simple amitié, mon affection nVit eu pour vous que si peu de valeur. Mais je vous dois de voir avec indifférence toutes ces chances. Rien ne peut me faire souffrir comme j'ai souffert par vous. Adieu. Je vous aime autant que jamais. Soyez heureuse!

Sire, Forcé malgré moi à tirer vengeance d'une offense que j'ai reçue d'un homme que d'ailleurs j'estime, et qui a élé entraîné par un mouvement irréfléchi dans une discussion trop animée, je dois prévenir les impressions fâcheuses qui pourraient être données à Votre Majesté Impériale soit contre mon adversaire, soit contre la personne chez qui la discussion a eu lieu. Cette discussibn ne roulait que surune simple théorie ; mais, comme cette théorie tient à la politique, on pourrait sup-

poser que j'ai été insulté par M. de Montlosier comme défenseur du gouvernement de Votre Majesté. Il n'en est rien. La querelle s'était engagée sur les privilèges de la noblesse, question sur laquelle M. de Montlosier a des idées que je crois très fausses : il lui a échappé des mots qui ne se lavent que dans le sang, et j'ai dû suivre la ligne tracée à tout homme d'honneur. Mais il ne s'agissait en rien des circonstances présentes, et M. de Montlosier ne s'est permis aucune insinuation quelconque contre le gouvernement. Je l'atteste solennellement, Sire, et cette lettre, écrite uniquement pour être remise à Votre Majesté si je suis tué, se rapporte par là même à une idée assez sérieuse pour qu'on ait besoin de ne pas s'écarter de la vérité, en s'y préparant.

Cette justification de M. de Montlosier est en même temps celle de la personne chez qui cette désagréable affaire a eu lieu, madame Récamier. Elle n'était pour rien dans cette discussion. De toutes les femmes de Paris, elle est la plus prudente et la plus raisonnable en politique, et,depuis que je suis entré au service de Votre Majesté Impériale, je l'ai entendue me défendre souvent contre

la malveillance et l'esprit de pai^i. J'ose donc supplier Votre Majesté de ne prendre sur elle aucune impression défavorable. Elle est parfaitement innocente et digne de toute la protection du gouvernement.

Je regrette, Sire, d'avoir eu si peu de temps pour vous prouver mon zèle. J'emporte au tombeau une profonde reconnaissance et mes derniers vœux sont pour deux choses inséparables : la gloire de Votre Majesté Impériale et la liberté de la France.

Je suis avec respect, Sire, de Votre Msgeslé Impériale,

Le très humble et très obéissant serviteur et sujet,

BENJAMIN CONSTANT Raris, 28 mai 1815.

M. DE MONTLOSIER A MADAME RÉCAMIBR Paris 28 mai 1815 (rue de Rivoli, 8).

Vous me rendez justice, madame, si vous voulez bien croire que j'ai été extrêmement malheureux

de la scène d'hier et de tout le déplaisir qu'elle a dû vous causer. Je vous en fais toutes mes excuses, que je ne veux atténuer en aucune manière. Cependant je ne puis m' empêcher de vous rappeler qu'il m'a paru la chose la plus sauvage de m'en tendre accuser, non pas relativement à des opinions, ce qui serait peu de chose, mais relativement à ma conduite, et surtout de m'entendreimputer, i l'appui d'un prétendu changement subit, des conversations particulières, que je ne dois pas dire avoir été controuvées, mais que je dois bien dire certainement avoir été altérées et défigurées. En laissant de côté ces imputations et ces révélations qui me paraissent inexplicables, je dois convenir au moins que la conduite de M. de Constant envers moi comme homme d'honneur a été parfaite en tout point. Je n'ai qu'à lui rendre hommage à cet égard, comme je me plais i le faire autant que je le peux sur tous les reproches qu'on lui fait assez généralement. Nos démêlés sont terminés, il me reste actuellement à traiter avec vous. J'en reviens pour cela âmes excuses, i mes regrets et à ma véritable douleur d'avoir pu un seul moment vous afOiger et vous contrister. Je vous prie de faire part de ces

sentiments aux dames qui étaient avec vous et de continuer à recevoir avec votre bonté accoutumée Vhomraage des respectueux sentiments avec lesquels je suis depuis longtemps,

Madame, Votre très humble et très obéissant serviteur,

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