‹ Lettres de Benjamin Constant à Madame RécamierChapitre 31 sur 53 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

J'aurai pour vous tous les billets du monde. Je suis plus heureux de cela que si j'avais eu le plus beau succès personnel.

Mon Dieu ! pourquoi est-ce que je vous aime tant? certes vous ne le méritez que par vos qualités et non par vos sentiments. Faites-moi dire si vous êtes chez vous, ou envoyez chez moi quand vous rentrerez.

Je vous porterai des billets pour le Champ de Mais qui sera aussi assez curieux à voir, et je vous

1. Cette solennité, la dernière que présida Napoléon, était la réunion du Champ de Mai, qui eut lieu le 1*' juin, pour la proclama-

demanderai quelque chose pour ceux de l'assemblée de la Chambre.

J'attends votre réponse. J'ai renvoyé ma voiture aujourd'hui et je compte sur des chevaux demain.

LXXXÏX

L'Empereur partira, comme vous l'avez vu dans le Moniteur j à onze heures, je crois. Mais, si vous voulez être bien placées, il faut y aller plus tôt. Pour les personnes qui arriveront de bonne heure, elles seront bien placées. Le Conseil d'État y sera à dix heures, de sorte que, s'il y avait la moindre difficulté, je serais à vos ordres. Je vous conseille d^y aller. Il y aura des discours, et la chose sera

tion du résultat des votes du peuple et de Tarmée, à la sanction desquels TActe additionnel aux Constitutions de TEmpire avait été soumis.

Au milieu de rimmense concours de citoyens venus là par des sentiments fort divers, et en voyant défiler celte garde impériale que Napoléon adjura de c se surpasser elle-même dans la campagne qui allait s*ouvrir >, et qui lui répondit par des cris enthousiastes, tous les contemporains Tont attesté, un sombre pressentiment saisit tous les cœurs.

remarquable indépendamment de son importance future. J'aurai deux billets, pour vous et madame ée Catellan pour la séance des députés. Je voudrais bien que vous sentissiez que, telle que vous êtes, vous êtes le seul être, la seule chose qui m'occupe. Je fais de Tambition par désœuvrement, et, faute de pouvoir être ce soir avec vous, je vais à rÉlysée.

J'ai recueilli de ma visite à TÉlysée un billet d'homme pour la fête de demain. Je suppose qu'il vous sera plus commode d'y être accompagnée par quelqu'un, et je suis.si bon enfant, que, dût-ce être M. de Forbin, je vous envoie ce billet. Certes, c'est de la générosité. Aimez-moi donc. Je vous jure qu'au milieu de l'orage universel, vous n'avez rien de mieux à faire. Moi, je vous aime comme un fou.

Encore un billet, dans le cas où vous voudriez aller avec deux hommes au lieu d'un.

Je compte bien dîner avec vous, pourvu que je ne sois pas retenu par l'étiquette jusqu'à Dieu sait quelle heure.

XGII

Comment êtes-vous ce matin, madame? J'ai été bien triste de m'en aller avec Auguste, en vous laissant souffrante. Imaginez que je ne pouvais aller i votre sermon. J'ai une foule de petites affaires, toutes plus bêtes les unes que les autres, et qui me rendent comme elles. Je suis fâché de ne pas faire avec vous ce pas de plus dans la bonne route; au reste, soit dit sans orgueil, je m'y crois plus avancé que vous et je puis vous

attendre. Mais je n'en regrette pas moins, vous le concevez, une heure passée entre vous et le ciel et la -place que vous m'aviez promise. Je vous exprimerai mes regrels ce soir, c'est-à-dire quand ils seront adoucis, puisque je vous verrai.

Comprenez-vous le retour d'Auguste? Je n'ai rien voulu dire. Comme je crois qu'il ne faut jamais être mécontent de ceux dont on a besoin, je crois aussi qu'il ne faut jamais blâmer les choses irréparables. Mais comment n'a-t-il pas attendu vingt-quatre heures de plus, surtout si le départ pour Saint-Quentin est prochain? Si, deux heures après le sien, l'Empereur l'avait fait demander, il ne s'en consolerait jamais, ni sa mère. Il dit qu'il s'en brûlerait la cervelle. C'est un mauvais moyen, outre qu'il est usé, et on ne l'emploie guère en aflaires.

Je ne sais pourquoi je me mets tout à coup à causer avec vous, et je crains que mon billet ne vous paraisse long et sans motif. J'ai eu le besoin de vous écrire et je ne puis unir. Je vais cependant, non achever cette lettre, car c'en devient une, mais l'interrompre. Voilà qui est fait.

A ce soir donc, madame ; j'espère que vous serez

bien grave en comparaison de Faimable poêle qui vous écrit si librement; à ce soir, à dix heures. Je dis toujours la même chose, parce que je pense toujours à la même chose. A ce soir.

Les nouvelles paraissent être affreuses pour nous, excellentes pour vos amis. D'après vos principes, c'est le cas d'une visite rue Cerutti*. C'est encore plus le cas d'être bien pour moi; car je vais être dans une fâcheuse position, si tant est qu'une position soit fâcheuse quand elle n'influe pas sur le cœur. Faites donc votre métier de noblesse et de générosité envers moi, je bénirai nos malheurs. Quanta moi, j'ai déjà recommencé mon métier de rallier le parti battu, et d'essayer de persuader à des gens qui veulent vivre de se faire tuer, et à des gens qui ont peur d'avoir du courage. Je ne réussh'ai peut-être pas mieux avec ceux-ci qu'avec

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