AOUT
Voici la réponse de madame de Luynes. Ce sera donc pour demain. Madame de Catellan a-t-elie lu mon apologie? Pouvez-vous me la renvoyer? Je désire toujours que cet exemplaire, qui n'est pas parfaitement eiact, ne sorte pas de vos mains, et, si votre intérêt daignait vous suggérer Tenvie de montrer cet écrit à d'autres, je vous en enverrais une autre copie tout à fait conforme à celle qu'a vue le Roi.
Maintenant, un mot sur ce soir ; je vous demande une grâce. Je me suis résigné à ne pas vous importuner aujourd'hui de tout le jour ; mais, au nom du ciel, ne me faites pas venir à onze heures pour ne pas me dire un mot en particulier et pour garder d'autres après moi. J'en éprouverais une telle douleur, que je frémis en vous écrivant. Il y aurait de la férocité à me faire passer une nuit d^agonie. Je m'en remets à votre bonté : mon sentiment le mérite. Gardez-moi donc un quart d^heure où je
puisse VOUS voir librement. Que votre volonté soît faite I mais ne faites pas un mal affreux et gratuit à un cœur qui se livre à vous.
Je voulais vous écrire en me levant, pour vous remercier d'avoir passé une nuit plus calme, et d'avoir moins souffert depuis hier. Je n'ai eu que le souvenir de l'horrible peine que j'ai éprouvée, et cette tristesse habituelle qui est mon partage depuis un an. Mais il m'est venu une foule de visites, et je vous dois d'avoir pu les recevoir, leur répondre, causer enfin comme un être raisonnable. Au nom du ciel, ne me replongez pas, par des preuves d'indifférence, dans l'effroyable angoisse dans laquelle je suis si prêt à retomber. Toute ma vie, toute ma raison, toutes mes facultés sont entre vos mains, et il me faut si peu de chose pour me calmer ; il vous sufiit tellement d'un mot, d'un regard, d'un serrement de main pour apaiser ma souffrance, qu'il faudrait que vous y prissiez