AOUT
plaisir pour la renouveler. Ce n'est pas le cas de vous mettre en garde, comme vous avez l'habitude de faire contre ceux qui vous persécutent de leur amour. Ce mot ne suffit pas pour exprimer mon affection pour vous. Cette affection unique et entière, cette vie perdue dans vous seule, cette occupation exclusive, en absence encore plus qu'en présence, cet empire physique et moral que vous exercez, c'est autre chose que de l'amour, c'est une âme qui se presse autour de la vôtre comme autour de son centre. Vous êtes le ciel, vous êtes Dieu pour moi. Quand le ciel se ferme, quand Dieu me repousse, je me sens saisi par l'enfer. Tout ce qui est bon, tout ce qui est doux en moi, renaît ou meurt par vous. Prenez-moi en pitié, et sauvezmoi ; vous le pouvez, vous le pouvez seule. Je ne trouble point votre vie, je n'y pénètre point malgré vous, je me retire humblement, dès que je me croîs à charge. Ne l'civez-vous pas vu, hier encore, quand madame de Boigne est arrivée? Mais un quart d'heure de tète-à-tète, un mot doux, une assurance de bienveillance, c'est de l'eau dans le désert. Ma peine vous afflige. Pourquoi ? c'est qu'il y a du mal à la causer, quand vous pouvez la faire
cesser dans une minute et si facilement. Ne vous prescrivez pas de dureté inutile avec une âme soumise, dévouée, sans exigence, unie i la v6tre par un lien qu'elle ne peut rompre qu'en brisant le cœur que ce lien enlace jusque dans ses replis les plus intimes. Croyez^moi, un an de souiTrance, mes facultés boulevei*séeS| tout vous l'atteste. Entre la destruction et moi, il n'y a que vous. Et souffrir comme j'ai souffert est plus impossible qu'un moment de courage qui suffit pour s'en délivrer.
Je suis calme, résigné, raisonnable, humUe comme aucun mortel ne le fut, et sans vous la folie est là qui m'attend, et la mort aussi pour nae délivrer de la folie.
Vous m'avez promis de me recevoir ce soir, i once heures. Je vous verrai auparavant. Mais vous n'avez peut-être pas encore eu cette lettre ; et le dîner de madame de Gérando? Ohl ne vous faites pas illusion. Pensez qu'à tous les moments je pense à vous,et que vous n'avez plus un mouvement qui ne i*etentisse dans mon âme et ne la dédUre*