L. DE LOMËNIE
d« l'Académie fran;ai«i
Henri-Benjamin Constant de Rebeeqne naqnit à Lausanne le 25 octobre 1767, d'une famille originaire d*Aire en Artois et dont Fillustration remonte à plusieurs siècles. Ses aïeux étaient de vaillants soldats qui servirent suecessiveiuent les ducs de Bourgogne et l'empereur Charles-Quint.
Yers le milieu du xvi« siècle, Tun d'entre eux, Antoine Constant de Rebecque, après avoir embrassé la religion protestante, quitta l'Artois, alors province espagnole, pour venir en France se ranger sous les dra« peaux du parti huguenot, conduit parle roi de Navarre, depuis Henri lY. A la bataille de Contras, le Béarnais, engagé dans la mêlée et assailli par plusieurs ennemis, allait périr : < Il fut, dit un historien, sur le point d'être tué par un gendarme, qui le frappa plusieurs fois pendant qu'il tenait Chàtelleranlt embrassé. La capitaine Constant sauva le prince en tuant le gendarme. » Dans cette même bataille de Contras figurait, aux premiers rangs de l'année, un pasteur huguenot nommé Antoine
NOTICIi: SUR BENJAMIN CONSTANT
de Chandieu, qui avait ajouté à son nom le surnom biblique de Sadeôl, et, tandis que le brave capitaine de TÂrtois combattait avec Tépée, le pasteur Sadeêl, les bras au ciel comme Moïse, animait les courages en chantant des psaumes. Le sang de ce pasteur et le sang de ce capitaine devaient s*unir, deux siècles plus tard, pour produire Benjamin Consktnt; car sa mère, Henriette de Chandieu, descendait en ligne directe du ministre Sadeêl.
Il parait, d après les Mémoires de Sully, qu*après Tabjuration d*Henri IV, le capitaine Constant fut un des chefs du protestantisme qui formèrent le projet de transformer la France en république. La découverte de ce complot, les dangers auxquels elle l'exposait, le décidèrent à s'expatrier en 1G05 et à se retirer en Suisse. Il se fus, à Lausanne, où il devint la souche d'une famille nombreuse, dont les membres occupèrent un rang distingué, les uns au service de la France, les autres de la Hollande.
. Un des oncles de Benjamin Constant, devenu plus tard lieutenant-général dans l'armée hollandaise, était un des officiers suisses qui défendirent les Tuileries au 10 août. Son père, Just-Louis Constant de Rebecque, était, au moment de la naissance de Benjamin, capitaine au service des États généraux. Sa mère, d'une complexion frêle et délicate, mourut en lui donnant le jour, et son enfance fut privée des soins maternels, que rieo ne remplace.
Il a tracé dans Adolphe un portrait qui, à en juger par d'autres témoignages plus sûrs, s'applique assez
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bien à son père, et il a décrit avec non moins de vérité rinfluence que le caractère de son père exerça sur sa propre nature.
< Sa conduite envers moi était plutôt noble et généreuse que tendre. J'étais pénétré de tous ses droits à ma reconnaissance et à mon respect, mais aucune confiance n*avait existé jamais entre nous. Il avait dans Tesprit je ne sais quoi d^ironique qui convenait mal à mon caractère (Benjamin Constant n'avait lui-même que trop hérité de cette disposition d*esprit) ; je ne demandais alors qu'à me livrer à ces impressions primitives et fougueuses qui jettent Tâme hors de la sphère commune et lui inspirent le dédain de tous les objets qui l'environnent. Je trouvais dans mon père, non pas un censeur, mais un observateur froid et caustique qui souriait d'abord de pitié et qui finissait bientôt la conversation avec impatience... Ses lettres étaient affectueuses, pleines de conseils raisonnables, sensibles, mais à peine étions-nous en présence l'un de l'autre qu'il y avait en lui quelque chose de contraint que je ne pouvais m'expliquer et qui réagissait sur moi d'une manière pénible... Je ne savais pas que, même avec son fils, mon père était timide, et que souvent, après avoir longtemps attendu de moi quelques témoignages d'aiïection que sa froideur apparente semblait m'interdire, il me quittait les yeux mouillés de larmes et se plaignait à d'autres de ce que je ne l'aimais pas
> Ma contrainte avec lui eut une grande influence sur mon caractère : timide autant que lui, mais plus agité parce que j'étais plus jeune, je m'Accoutumais à ren-
ziv NOTICE SUR BENJAMllS CONSTANT
fermer en moi-mémo êciC ce que j'éprouvais ; à considérer les avis, rintéré^ l\.ri3istance, la présence même des autres, comme une gène et un obstacle, à ne me soumettre à la conversation que comme à une nécessité importune, et à Tanimer alors par une plaisanterie perpétuelle qui me la rendait moins fatigante et m'aidait à cacher mes véritables pensées; de là une certaine absence d*abandon qu'aujourd'hui encore mes amis me reprochent et une difficulté de causer sérieusement que j'ai toujours peine à surmonter. Il en résulta ea même temps un désir ardent d'indépendance et une grande impatience des liens dont j'étais environné... > Élevé jusqu'à l'âge de douze ans dans la maison paternelle, Benjamin Constant eut une croissance de corps, d'esprit et de cœur d'une rapidité et d'une précocité étonnantes. On a de lui une lettre à sa grand'mère écrite à douze ans, de Bruxelles, où il se trouvait avec son gouverneur, qui semble incroyable *, tant elle est fine, et dont cependant le tour naïf annonce l'enfant, en même temps que la pensée témoigne en faveur de la bonté native de ce cœur si souvent accusé de sécheresse. Je voudrais pouvoir la citer tout entière; en voici la plus grande partie :
c Bruxelles, 10 novembre 1778.
> J'avais perdu toute espérance, ma chère grand'mèro; je croyais que vous ne vous souveniez plus de
1. L*autoj^raphe de cette lettre, dont Sainto-Bcuve a mis en doute rauthenticité, existe & la bit)lioliiùaue de Genève.
NOTICE SUR BENJAMIN CONSTANT xv
moi et que vous ne m'aimiez plus. Votre lettre si bonne est venue très à propos dissiper mon chagrin; car j'avais le cœur bien serré. Votre silence m'avait fait perdre le goût de tout, et je ne trouvais plus aucun plaisir à mes occupations, parce que, dans tout ce que je fais, j'ai le but de vous plaire, et, dès que vous ne vous souciiez plus de moi, il était inutile que je m'applique. Je disais: « Ce sont mes cousins qui sont auprès Y de ma grand'mère qui m'effacent de son souvenir. Il 3 est trop vrai qu'ils sont aimables, qu'ils sont colonels, D capitaines, etc., et moi, je ne suis rien encore. Cepen* > dant je l'aime et la chéris autant qu'eux ! » Vous voyez, ma chère grand'mère, tout le mal que votre silence m'a fait; ainsi, si vous vous intéressez à mes progrès, si vous voulez que je devienne aimable, savant, faitesmoi écrire quelquefois et surtout aimez-moi malgré mes défauts; vous me donnerez du courage et des forces pour m'en corriger.
» Il ne me manque que des marques de votre amitié, et j'ai en abondance tous les autres secours; j*ai le bonheur qu'on n'épargne ni les soins ni l'argent pour cultiver mes talents si j'en ai, ou pour y suppléer par des connaissances.
> Je voudrais bien pouvoir vous dire de moi quelque chose de bien satisfaisant, mais je crains que tout se borne au physique; je me porte bien et je grandis beaucoup : vous me direz que, si c'est tout, il ne vaut pas la peine de vivre; je le pense aussi, mais mon étourderie renverse tous mes projets. Je voudrais qu'on pût empêcher mou sang de circuler avec tant de rapi-
nvi NOTICE SUR BENJA&IIN CONSTANT
dite et lui donner une marche plus cadencée. J'ai essayé si la musique pourrait faire cet effet : je joue des adagio; des largo^ qui endormiraient trente cardinaux; les premières mesures vont bien, mais je ne sais par quelle magie, les airs si lents finissent toujours par devenir des prestissimo. Il en est de môme de la danse : le menuet se termine toujours par quelques gambades. Je croîs, ma chère grand'mère, que le mal est incurable et qu'il résistera à la raison même. Je devrais en avoir quelque étincelle, car j'ai douze ans et quelques jours; cependant je ne m'aperçois pas de son empire. Si son aurore est si faible, que sera-t-elle à vingt-cinq ans?
> Savez-vous, ma chère grand'mère, que je vais dans le grand monde deux fois par semaine? J'ai un bel habit, une épée, mon chapeau sous le bras, une main sur la poitrine, Tautre sur la hanche : je me tiens bien droit et je fais le grand garçon tant que je puis. Je vois, j'écoute, et, jusqu'à ce moment, je n'envie pas les plaisirs du grand monde : ils ont tous l'air de ne pas s'aimer beaucoup. Cependant le jeu et For que je vois rouler me causent quelque émotion. Je voudrais gagner pou<* mille besoins que l'on traite de fantaisies...
> Malgré tous les plaisirs que je me propose, je préférerais de passer quelques moments avec vous, ma chère grand'mère ; ce plaisir me va au cœur, il me rend heureux, il m'est utile; les autres ne passent pas les yeux et les oreilles, et ils laissent un vide que je n'éprouve pas lorsque j'ai été avec vous... »
Vers cette même époque. Benjamin Constant fut conduit par son père en Angleterre et placé a l'université
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d'Oxford; il y séjourna peu^mais assez cependant pour apprendre à fond la langue anglaise. Ses études se continuèrent en Allemagne, à l'université d'Erlangen, et se complétèrent à Edimbourg, où il fut le condisciple et Tami des Hackintosh^ des Erskine, des Graham, de tous ces jeunes whigs studieux et ardents qui devaient an jour devenir les hommes les plus distingués de TAngleterre. C'est sans doute par suite de ce contact et de l'émulation qu'il excitait que Benjamin Constant sentit se développer de bonne heure en lui le goût et l'instinct de la liberté politique, et cet amour si vif de l'étude, cet impérieux besoin de travail intellectuel qui ne le quitta jamais au milieu des entraînements de sa vie si agitée et si fougueuse.
Ses éludes terminées, il arrive à Paris au commencement de 1787, pour assister au prologue de la révolution française. Il avait alors vingt ans. Recommandé à la famille Necker et à M. Suard, dans la maison duquel il logeait, il fréquente la société des philosophes, suit les cours de La Harpe au Lycée, observe en curieux la fermentation des esprits, et en même temps se livre à toutes les dissipations de son âge.
c Je serais bien aise, écrit-il quelques années plus
lard, de revoir Paris; et je me repens fort, quand j'y
pense, d'avoir fait un si sot usage, quand j'y étais, de
mon temps, de mon argent et de ma santé... Je suis
peut-être aussi sot à présent; mais au moins je ne me
pique plus de veiller, de jouer, de me ruiner et d'être
malade, le jour, des excès de la nuit. »
Durant ce premier séjour, il ne vit pas madame de
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Staël, qui était, je crois absente. Du reste, ce séjour fut court; au bout de quelques mois, son père, informé de ses fredaines, mécontent de le voir gaspiller sa vie sans but, et désirant qu'il s'occupât sérieusement d'embrasser un état, lui ordonna de quitter Paris et de venir le rejoindre à Bois-l&-Duc, où il tenait alors garnison. L'ordre arrive au moment où Benjamin Constant» amoureux d'une jeune personne qu'il recherchait en mariage et qui l'avait à peu près éconduit, se livrait à un de ces accès de désespoir qui seront fréquents dans sa vie.
€ Je me représentais, moi, pauvre diable, ayant manqué tous mes projets, ennuyé, plus malheureux, plus fatigué que jamais de ma triste vie. Je me figurais ce pauvre père trompé dans toutes ses espérances... j'étais abattu, je souffrais, je pleurais... une idée folle me vint, je me dis : c Partons, vivons seul; ne faisons plus le malheur d'un père et l'ennui de personne. >
€ Ma tète était montée, je ramasse à la hâte trois chemises et quelques bas... Un sellier, qui demeurait vis-àvis, me loue une chaise de poste; je fais demander des clievaux pour Amiens,je m'enferme dans ma chaise avec mes trois chemises, une paire de pantouflles et trente et un louis en poche. Je vais ventre à terre; en vingt heures, je fais soixante neuf lieues, j'arrive à Calais, je m*embarque, j'arrive à Douvres et je me réveille comme d'un songe. Mon père irrité, mes amis confondus, les indifférents clabaudant à qui mieux mieux; moi, seul avec quinze guinées, sans domestique, sans habit, sans chemises sans recommandations. Voilà ma
NOTICE SUR BENJAMIN CONSTANT \ix
Situation, madame, au moment ou je vous écris. > C'est par ce récit que s'ouvre la correspondance avec madame de Charrière, publiée par M. Sainte-Beuve. Cette dame, Hollandaise d'origine, mais mariée et établie en Suisse, auteur de plusieurs romans et de différentes brochures, avait alors au moins quarante-cinq ans.
Elle fut, comme dit Sainte-Beuve, la première marraine de ce Chérubin déjà quelque peu émancipé. Beur jamin Constant nous en a donné dans Adolphe un portrait un peu arrangé, quand il parle d'une femme âgée, dont l'esprit d'une tournure remarquable et bizarre avait commencé à développer le sien ; d*une femme qui, faute de s'être pliée à des convenances factices mais nécessaires, avait vu ses espérances trompées, sa jeunesse passer sans plaisirs ; que la vieillesse avait atteinte sans la soumettre, et qui, n'ayant plus que son esprit pour ressource, analysait tout avec son esprit, et lui avait enseigné l'horreur des maximes communes, des formules dogmatiques. Ce qui veut dire, en prose, que madame deCharrière était une personne fort paradoxale, point méchante, passablement sceptique et plus spirituelle que sensible.
Au retour de son équipée d'Angleterre, B. Constant si; rend à Lausanne, où son père le gronde et lui pardonne, i la condition qu'il accepta une place de gentilhomme ordinaire qu'il a obtenue pour lui à la petite cour du duc de Brunswick. Il passe ensuite deux mois? Colombier, auprès de madame deCharrière, d'où il part tristement pouraUer remplir «on rôle de gentilhomme ordinaire ou
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plutôt fort extraordinaire, comme il dit. Il le remplit très mal, s*ennuie prodigieusement, se venge de son en nui en se moquant de ceux qui le causent, et, tout en s'ennuyant, tout en travaillant à son ouvrage sur les religions qu'il médite déjà, il finit par se prendre d'une belle passion pour une jeune personne attachée à la duchesse régnante, et il l'épouse en 1789.
Deux ans s'étaient à peine écoulés et déjà le bonheur rêvé n'était plus qu'un enfer... Le divorce rompit cette chaîne, mais le séjour de Brunswick lui devint odieux. Démocrate et moqueur, il sut se faire détester doublement par ce qu'il appelle la Béotie brUnswickoise. Les secousses qui agitent l'Europe éveillent en lui le démon de l'ambition : il lui faut une patrie, une patrie qui vaille la peine d'êlre servie; c'est la vieille patrie de ses pères, c'est la France qu'il choisira. Il jelte aux orties son habit brodé de chambellan, relourne d'abord en Suisse, et y rencontre pour la première fois, le 19 septembre 1794, madame de Staël. Elle produit en lui un vif enthousiasme : « J'ai rarement vu, dit-il, une réunion pareille de qualités étonnantes et attrayantes, autant de brillant et de justesse, tant de charme, de simplicité, d'abandon... Enfin c'est un être à part, un être supérieur, tel qu'il s'en rencontre peut-être un par siècle ; et tel que ceux qui l'approchent, le connaissent et sont ses amis, doivent ne pas exiger d'autre bonheur. >
Bientôt saisi du désir d'être grand pour être aimé d'une femme supérieure. Benjamin Constant part pour Paris (en 1795). Il y avait alors dans les esprits les plus distingués et les plus honnêtes de France, tels que Dau-
NOTlGfi SUR BENJAMIN CONSTANT XS
DoUy Lanjuinais, Boissy-d'Anglas, avec lesquels madame de Staël était particulièrement liée d'opinions, bien qu'elle eût avec un autre monde des relations antérieures, il y avait, dis-je, dans tout ces esprits un désir vif et unanime de voir se consolider la république, et l'ordre et la liberté se concilier sous la constitution de l'an III. Malgré ses défauts, cette constitution était encore la meilleure de toutes celles qu'on avait eues jusque-là. Discutée, votée librement, elle avait été sanctionnée par l'assentiment universel de la France, des armées et de Paris lui-même ; car les sections l'avaient adoptée et ne s'opposaient qu'aux décrets de révision des deux tiers de la Convention : et elles s'y opposaient bien plus par haine de ce qui restait des anciens terroristes que par royalisme.
Arrivant en France en un pareil moment, Benjamin Constant se trouv naturellement porté, sous l'influence de madame de Staël, à se faire l'organe de cette opinion, également hostile aux terroristes et aux royalistes. C'est dans cet esprit de républicanisme intelligent que fut rédigée sa première brochure politique.
Quelques jours après la publication de cet écrit, Benjamin Constant adressait à la fois au Directoire et au Corps législatif une demande pour recouvrer sa qualité de Française Le Directoire lui objecta les sept ans de résidence exigés par la constitution de l'an III. Sa pétition
i. Set droits à cette qualité étaient fondés sur la loi du 19 décembre 1790* qui déclarait que toutes personnes nées en pays étranger, descendant, à quelque degré que ce fût, d*nn Fraiiçus ou d*UDC Française expulsés pour cause de religion, éîuicnt dcrlarccs
xxti I«0T1GE SUR BENJAMIN CONSTANT
au Corps législatif donna lieu à une discussion dont le résultat fût indéfiniment ajourné. Mais, le pétitionnaire ayant acquis une propriété à Lucarches et s'étant fait inscrire sur les registres de la municipalité de cette commune, la question fut considérée comme trasichée et ne reparut plus. Benjamin Constant, nommé député, siégea pendant deux législatures sous la Restau* ration, et ce ne fut qu'à sa troisième élection qu*il prit fantaisie à la Chambre de 1824 de revenir sur la chose jugée, et de se débarrasser, par ce moyen, d'un des champions les plus habile d'une opposition réduite à dixsept membres. Ce grand procès occupa quelques jours tout Paris. H. Dudon,undes plus fougueux de la droite, se chargea tte prouver que Benjamin Constant n'était pas Français ; M. de Hartignac, nommé rapporteur, conclut à l'admission. Ajoutons que ce qui ne contiibua pas peu à apaiser la majorité des féodaux d'alors^ c'est qu'en compulsant les titres de sa famille on découvrait que ce jacobin était après tout de bonne race et qu'il comptait dans sa généalogie bon nombre de preux qui avaient rudement mené vilains et bourgeois. Beryamin Constant de Rebecque fut donc de nouveau déûnitiveinent reconnu Français.
Mais revenons au citoyen Constant, sous le Directoire. En mai 1707, il publia une seconde brochure sous ce titre : les Réactions politiques^ qui eut plus de succès encore que la première. En donnant une seconde édi-
alnreis français et Jouiraient de tous lei droits attachés A oiBlt% qualité, s'ils revenaient en France yftxer leur iSomieiU ots'tla prè*^ taient le serment eîTique.
KOTIC£ SUR BENJÂMIM COKSTAIST xim
lion de cet écrit promptement épuisé, il y ajouta un nouvel opuscule, depuis publié à part et intitulé : les Effets de la Terreur. L'auteur } prouve que la Terreur n'a pas été nécessaire au salut de la République, que la République a été sauvée malgré la Terreur, que la Terreur a créé la plupart des obtacles dont on lui attribue le renversement, que ceux qu'elle n'a pas créés auraient été surmontés d*une manière plus facile et plus durable par un régime juste et légitime ; en un mot, que la Terreur n'a fait que du mal, et que c'est elle qui a légué à la République tous les dangers qui la menacent de toutes paits.
Cependant les deux partis ennemis du gouvernement devenaient chaque jour plus impétueux : le parti royaliste surtout, qui avait conquis la majorité dans le Corps législatif, se préparaitàlivrer bataille au Directoire. Pour résister au club royaliste de Clichy et au club jacobin du Manège, au club républicain constitutionnel se forma à rhètel de Salm, rue de Lille, et Benjamin Constant, déjà haut placé dans l'opinion publique, en fut nommé secrétaire.
Quelques mois après eut lieu le coup d'État du 1 8 fructidc»*, par lequel le Directoire prévint l'attaque de ses ennemis, en attaquant le premier. Si critique que fût la position, si acharnée que fût la lutte, si grand que fût le danger, je vois avec regret Benjamin Constant prononcer, dans le club de Salm, quelques mots qui peuvent ressembler à une apologie de la journée de frnctidor,
Bient6t Bonaparte arrive pour hériter de la Révolution par un nouveau coup d'État. Appelé à faire partie du