XXIV NOTICE SUR BENJAMIN CONSTANT
Tribunat, Benjamin Constant fut du petit nombre de ceux qui prirent leur rôle au sérieux et essayèrent d'arrêter quelque peu le mouvement des esprits, affamés de servitude politique autant que de gloire militaire. Ces quelques voix qui se permettaient la discussion déplurent bientôt au futur empereur ; il les fit taire d'autorité, en éliminant du Tribunat les membres qui se permettaient de parler. Benjamin Constant fut naturellement du nombre. Exilé en même temps que madame de Staêl, il parcourut avec elle TAllemagne. En janvier 1804, ils étaient à Weimar, dont Goethe et Schiller leur faisaient les honneurs.
C'est pendant ce séjour que Benjamin Constant eut l'idée de traduire ou plutôt d'imiter en mauvais vers le Wallenstein de Schiller; heureusement qu'il y joignit une préface en prose, beaucoup plus belle et plus poétique que ses vers. Cette préface est un examen aussi éloquent que judicieux des deux systèmes auxquels on a donné le nom de classique et de romantique. Il y a là surtout un passage où Tauteur traite de l'amour en France et en Allemagne, qui prouve que, pour faire de mauvais vers, Benjamin Constant n'était pas, comme on s'est plu à le dire, étranger au sentiment de la poésie.
C'est aussi vers cette époque qu'éclatent, entre les deux exilés, ces orages de cœur dont je ne parlerais pas, si d'autres n'en avaient déjà parlé. On a voulu voir dans Ellénore un portrait de madame de Staël. D'abord il est évident que la position équivoque d'EUénore, position qui s'applique bien plutôt à ine Anglaise, madame