Le comte de Forbin
t. Mademoiselle de Staël, qui arait épousé le due Victor de Bvegiie.
S18 LETTRES I>£ BËXJAUi.M CONSTANT
Pardon, madame, si je vous importune encore.
Heureusement que tout se décidera demain etqut vous n'en entendrez plus parler. J'apprends que ce sont les congrégations présidées par M. de Lavau, et surtout M. de Lavau lui-même, qui tiennent à ce que je sois condamné. 11 y a eu chez lui une réunion où il a fortement recommandé à déjeunes conseillers qui n'avaient pas coopéré au premier jugement, d^ètre à l'audience de demain, pour prendre leur revanche. Je sais de vous, madame, que M. de Chateaubriand n'approuve pas la marche et l'influence de ces congrégations. Si vous aviez donc le temps de lui faire savoir qu'il est probable qu'elles rendront ses bonnes intentions infructueuses, cela me servirait beaucoup. Mais il n'y a plus qu'aujourd'hui, puisque la chose se juge demain à dix heures. J'ajouterai qu'il sera bien plus scandaleux de me condamner pour une cause où j'ai été indignement insulté dans la personne de
FËVniER 1823 311>
ma femme. J'en montrerai bien Tindignité dans ma plaidoierie, et il me semble qu'une telle condamnation serait une tache pour un ministère qui doit avoir quelque chose de chevaleresque. Adieu* madame; faites pour moi ce que vous pourrez et agréez mes tendres et respectueux hommages.
Vous savez déjà, madame, le résultat de la séance. J'ai le bonheur de rapporter à vous tout ce qu'il y a de bon et j'aime à mettre à vos pieds rhommage de ma reconnaissance.
Vous m'avez forcé à me réduire à ce sentiment; aussi y placé-je tout ce que vous n'avez pas voulu tolérer dans un autre. Aussi est-ce bien la reconnaissance la plus vive qui ait jamais été, et, pour peu qu'elle osât, elle s'appellerait autrement. Je ne bats pourtant encore que d'une aile. J'ai encore une aflaire et une prison dont il faut que vous me tiriez. Mais j'y compte tellement, que je n'ai plus
aucune inquiétude. J'irai vous remercier demain, si vous permettez.
Mille tendres et fidèles hommages.
jP.-S. — J'ai su que M. de Chateaubriand avait été parfait. Le talent est toujours une vertu.
GXLVil
Paris, i«r mars 1823.
Je ne me pardonnerais pas, madame, de vous importuner sans cesse, mais ce n'est pas ma faute s'il y a sans cesse des condamnations à mort. Cette lettre vous sera remise par le frère du malheureux Roger, condamné avec Caron. C'est l'histoire la plus odieuse et la plus connue. Le nom seul mettra M. de Chateaubriand au fait. Il est assez heureux pour être à la fois le premier talent du ministère et le seul minisire sous lequel le sang n'ait pas coulé. Je n'ajoute rien. Je m'en remets à votre cœur. Il est bien triste de n'avoir presque à vous écrire que pour des affaires douloureuses. Mais vous me pardonnerez, je le sais : et je sais
que VOUS ajouterez un malheureux de plus à la liste de ceux que vous avez sauvés.
Mille tendres respects.
J'ose vous adresser, madame, le frère de Tinfortuné jeune homme dont je vous ai parlé et pour lequel vous m'avez témoigné un intérêt dont j'étais bien sûr. II a entre les mains des lettres qui prouvent qu'au moins l'affaire dont son frère est menacé d'être victime, mérite d'être examinée. Je ne puis croire que M. de la Rochefoucauld, M. de Montmorency et M. de Chateaubriand, tous vos amis, n'y soient pas sensibles.
Je m'en remets pour ce malheureux jeune homme i vous et à votre cœur. Daignez écouler son frère un instant.
Mille tendres hommages.
SI
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n n'est pas nécessaire, madame, de ?ous rappeler une bonne action quand vous avei commencé à la faire. Hais le frère de H. Roger, qui espère vous voir, désire que je vous rappelle encore que c'est en vous seule qu'il espère. L'ordre de faire partir son frère pour son affreuse destination subsistait encore jeudi, malgré la lettre de M. de Chateaubriand. Il ne reste donc que bien peu de temps pour l'arracher à ce dernier malheur. Dans le temps où nous v ivons, il faut faire le plus de bien possible et se dépêcher. Car qui peut prévoir l'avenir?
Je me suis présenté chez vous hier. Vous étiez à la campagne. J'y vais aujourd'hui. Tâchez de sauver ce malheureux jeune homme, et agréez mille hommages.
Des occupations sans nombre m'ont empêché chaque jour d'aller à TAbbaye-au-Bois, et des rendez-vous que je ne puis déranger me retiennent chez moi ce matin. Mais, si vous voulez me recevoir demain^de une heure à quatre (je suppose que c'est Theure qui vous convient le mieux), je serai à vos ordres, ou si je pouvais trouver un moment ce soir. J'essayerai de toute manière. Si vous ne me faites rien dire, je serai ou ce soir ou demain à votre porte. Je vous remercie de la querelle que vous voulez bien me faire. Je préfère tout à votre indifférence.
Mille tendres respects.
eu
i7 février 182&
Je suis bien honteux, madame, de n'avoir été vous faire ma cour ni à l'occasion du mariage de
mademoiselle Amélie S ni lors des succès littéraires de H. de Montmorency. J'espère que le pre mier contribuera à votre bonheur. Les seconds sont un triomphe d'autant plus flatteur que les obstacles étaient plus nombreux et la force en vous seule. Le temps qui n'a et n'aura jamais sur vous aucune prise, en a par malheur tellement sur moi que tout mouvement m'est difûcile et toute distance presque insurmontable. Mais, si l'âge et les circonstances me privent souvent du plaisir qui était jadis le seul de ma vie, mes sentiments ne m'associent pas moins à tout ce qui peut vous intéresser