NOTICE SUR BENJAMIN CONSTANT XXT
Lindsay, avec laquelle Benjamin Constant eut une liaison passagère, n'a rien de commun avec la situation de madame de Staël, et déroule déjà pour tous un ordi'e de sentiments qui sont peints dans le roman comme une conséquence de la position. De plus, il est dit qu'EUénore était une personne d*un esprit ordinaire, ce qui ne ressemble guère à madame de Staël; ensuite rien n'est plus absurde que de vouloir toujours appliquer à telle ou telle personne un ensemble de traits que l'imagination d'un romancier a recueilli de partout. Enûn Ton se tromperait fort si l'on croyait que Benjamin Constant, dans le cas particulier dont il s'agit, fut toujours Adolphe. S'il fut souvent Adolphe, souvent aussi il fut Ellénore. La vérité est qu'on ne vit jamais deux êtres plus distingués, plus parfaitement faits pour se comprendre, s'attirer, se repousser et se tourmenter mutuellement.
En définitive, ce fut le refus de madame de Staël, refus très explicable d'ailleurs, d'unir légalement sa destinée à celle de Benjamin Constant, qui décida ce dernier à se marier avec une sœur du comte de Hardenberg. Pendant quelque temps, il jouit d'un peu de repos à Goettingue; et il en profita pour travailler, avec des idées mûries par la souffrance, à son ouvrage sur les religions. Hais le cœur de Benjamin Constant avait contracté le besoin de l'orage, il en chercha d'autres ailleurs, et, lorsqu'il eût perdu la puissance d'aimer et d'être aimé, il se jeta dans la passion du jeu, et sa vie fut ainsi dévastée jusqu'à la fin.
C'est dans son dernier séjour en Allemagne, en 1813,
tXYi NOTICE SUR BKNJAMIN CONSTANT
au moment où Tédifke napoléonien craquait de toutes
parts, que Benjamin Constant voulutaussi lui porter soa
coup de massue en publiant sous ce titre : De Vesprit
âe conquête et d'usurpaiiotij un manifeste éloquent
contre le despotisme et la guerre érigés en système. Ce