IUE DE LANGRES A L'AUTEUR
Vous êtes en vérité, Monsieur, un bien honnête homme, et un bon ami, de m'écrire aussi régulièrement (i) que vous le faites. Je n'ai point de meilleur médecin que vous; et pendant que j'ai le plaisir de lire vos lettres, il me semble que tous mes maux sont suspendus. Je vous assure aussi que je suis très sensible au zèle que vous me témoignez, et que j'aurois une véritable joie si je vous étois bon à quelque chose. Vous êtes la cause que j'eus mardi un plaisir réel d'un bonheur
(i) Le bon évêque n'était pas exigeant sur le chapitre de la régularité.
2o8 LETTRE DE MONSEIGNEUR
imaginaire. Un monsieur de Wateville (i) de la Franche-Comté, qui vous ressemble comme s'il étoit vous-même, vint dîner avec moi. 11 a votre air, vos gestes, enfin toutes vos manières; mais il s'en faut beaucoup qu'il n'ait votre conversation. Ce fut assez qu'il vous ressemblât pour m'obliger à lui faire la meilleure chère qu'il me fut possible; et si vous me voulez rendre justice, vous n'en douterez pas. Jugez comment je recevrois l'original, puisque je n'ai pas mal reçu la copie. Si la goutte m'empêche d'aller de tout l'hiver où vous êtes, je vous prierai assurément de venir où je suis, persuadé, Monsieur, que vous ne refuserez pas cette satisfaction à un homme qui est autant à vous que
L'ÉVÈQUE DUC DE LaNGRES.
(i) « Ces Vatteville sont des gens de qualité de Franche-Comté, » dit Saint-Simon, en parlant des deux frères de ce nom, dont l'un fut ambassadeur d'Espagne en Angleterre, et l'autre, abbé d'aventures, se fit circoncire en Turquie, pour avoir rang de bâcha, puis de retour en France, facilita la conquête de la Franche-Comté et reçut en récompense l'abbaye de Baumes qu'il transforma en sérail.