‹ Lettres de Boursault à Monseigneur de Langres. Publiées et annotéesChapitre 7 sur 13 · APOSTILLE · texte numérisé non relu

APOSTILLE

Quelque mal que j'aie aux yeux, j'aurois un chagrin sensible d'avoir cacheté ma lettre sans apprendre à Votre Grandeur la fortune que l'abbé , votre cousin, a faite à une loterie où il avoit mis quatre louis. Peut-être serez-vous bien aise, Monseigneur, de n'être pas le dernier à lui en témoigner votre joie. C'étoit une loterie galante, dont les billets n'étoient que de vingt sous, et qui étoit composée non seulement de montres et de tabatières d'or, de diamants et de perles, de dentelles d'Angleterre et de Malines; mais encore de confitures exquises, de dragées excellentes, et des plus délicieuses liqueurs. M. l'abbé, qui avoit eu cinquante-six billets pour ses quatre louis, en trouva cinquante-cinq d'une blancheur admirable : mais heureusement pour lui le dernier fut noir; et je ne puis exprimer le plaisir qu'il eut quand il aperçut de l'écriture. Il est vrai que ce plaisir dura peu. Ce lot, qui s'étoit fait si longtemps

A MONSEIGNEUR I ô 5

attendre, et qui avoit laissé passer cinquante-cinq billets blancs avant que d'oser paroître, étoit une bouteille de vin muscat. Je crois, Monseigneur, qu'un petit compliment de Votre Grandeur sur ce sujet ne lui donneroit pas une médiocre satisfaction.

L'ÉVÈQUE DE LANGRES

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