‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 12 sur 78 · Copie non signée de la lettre envoyée · texte numérisé non relu

Copie non signée de la lettre envoyée

enfant dans la liste royale des Lagides; malheureusement, le texte démotique de cette ordonnance sacerdotale est dans un état presque désespéré. L'inscription grecque, quoique un peu fruste, justifie la lecture du nom hiéroglyphique d'Amon-Ra, car le bas-relief représente le Dieu. La légende hiéroglyphique est celle que je lui ai attribuée, et le texte grec mentionne expressément le temple du Dieu Amon-ra- Sontêr. J'ai encore l'espoir qu'on trouvera dans les nombreuses caisses à ouvrir l'inscription bilingue de Menouf\ Dès le 9, je fis mon entrée dans le Musée Égyptien, et, depuis ce jour, j'y ai passé la plus grande partie de mon temps. Tu es, sans doute, fort impatient d'en avoir des nouvelles. Je te dirai en une phrase du pays : Quesio e cosa stupenda, je ne m'attendais pas à pareille richesse; je trouvai la cour garnie de colosses en granit rose et en basalte vert. Un groupe de 8 pieds, représentant Amon-Ra assis et ayant à ses côtés le Roi Horus, fils d'Aménophis II, de la XVIII® Dynastie, est d'un travail admirable; je n'avais encore vu rien de si beau. Dans l'intérieur, encore des colosses: une superbe statue colossale de Misphra- Thoutmosis, conservée comme si elle sortait de l'atelier du sculpteur; un monolithe de 6 pieds de hauteur, représentant Ramsès le Grand assis sur un trône, entre Amon-Ra et Nêith, travail exquis. Un colosse de Mœris, basalte vert, d'une exécution étonnante; une statue en pied d'Aménophis II; une statue de Pthah du temps du même prince. Un groupe en grès, le Roi Aménoftèp et sa femme, la Reine Atari; une

1. La « pierre de Ménouf » avait été découverte par Jollois et Jomard, de la Commission, en 1799, près d'un village du Delta. Le voyageur Cailliaud l'y avait encore aperçue en 1818; il paraît que, peu après, les fellahs l'avaient déplacée pour s'en servir. CliampoUion reprochait vivement à ses compatriotes de ne pas avoir enlevé cette pierre, malgré son état fruste; son dernier espoir, espoir vain, avait été que Drovetti eût réussi à s'emparer d'elle. Voir Chainpolliun, sein Leben and sein Werk, t. L p. 326, t. U, p. 161 et suiv.

statue de Ramsès le Grand, plus grande que nature, travaillée comme un camée, basalte vert magnifique. Sur les montants de son trône sont sculptés, en plein relief, son fils et sa femme. Une foule de statues funéraires en basalte, grès rouge, grès blanc, calcaire blanc, granit gris, parmi lesquelles est un homme accroupi, portant sur la tunique quatre lignes de caractères démo tiques. Au milieu de tout cela, plus de cent stèles de 4, 5 et 6 pieds de hauteur, un autel chargé d'inscriptions et une foule d'autres objets.

Ce n'est encore là qu'une partie de la collection : il reste à ouvrir deux ou trois cents caisses ou paquets. Quarantesept manuscrits sont seulement déroulés; la collection en renferme cent soixante-onze. Parmi ceux que j'ai examinés en passant, il y en a une dizaine de démotiques; ce sont des contrats. J'étudierai cela au premier jour. J'ai trouvé parmi les fragments une chose unique jusques ici : c'est un manuscrit phénicien. Malheureusement il n'en reste que le commenceinent des deux premières lignes.

Voici la méthode pour prendre les empreintes en papier : Laver l'inscription ; 1° appliquer dessus un papier, avec peu ou sans colle, mouillé, et qu'on frappe avec une brosse à poils longs, serrés et flexibles ; 2° mouiller une seconde feuille de papier, y mettre une couche de colle faite d'amidon pur, délayé dans de l'eau, et appliquer cette seconde feuille ainsi préparée sur la première; 3<> frapper encore avec la brosse ; laisser sécher, lever, — et la chose est faite. — Je me propose d'emporter par cette méthode toutes les inscriptions importantes du Musée Egyptien. Cette collection est au-dessus de tout éloge ; l'ami Dubois ouvrirait de grands yeux et serait aux anges de voir les belles et magnifi(iucs tètes de ces statues du vieux style : je tâcherai d'en emporter

des plâtres. — La caisse n'est point encore arrivée;

cela me contrarie fort, parce que je ne puis m occuper du Panthéon, les livres et notes me manquant. —

AU MÊME

Turin, 30 juin 1824.

Mes relations chez M. de La Tour du Pin sont parfaitement établies ; je n'ai qu'à me féliciter de la bonté de M. le Duc de Blacas de me recommander à une personne si obligeante et qui me comble chaque jour de nouvelles politesses. J'y ai vu très souvent notre compatriote, M. le Comte de Marcieu, qu'il est très bon et très agréable de connaître. C'est une tète solide et remplie d'instruction. C'est lui qui a bien voulu se charger de faire partir ma correspondance pour

Paris. —

Il sera principalement question dans cette lettre, mon cher ami, des coudées, objets qui t'intéressent directement. Je crois t'avoir bien dit (au dos de ma dernière) que la coudée Drovetti porte à droite, au-dessus du premier doigt divisé

en deux parties et marqué / , le titre I ^^—û coudée

Royale. Le signe figuratif coudée (Mahi) est placé au-dessus du second doigt marqué 1/3. Les divisions de cette

deuxième bande sont, au reste, conformes au dessin de M. Jomard, sauf l'adjectif 1 oublié, étant trop rapproché d'un caractère de la troisième bande. Celle-ci m'a paru très curieuse en ce qu'elle contient les noms propres des Dieux auxquels étaient consacrées les différentes subdivisions de la coudée partagée en doigts. Le 1®^ doigt, divisé en deux, appartient au Soleil ou Phré 0; le 2®, divisé en trois parties, est consacré à Gau ou Gom (Hercule); le 4®, à Mars >=ir; le 5% à ^'èô'^ (Saturne); le 6^ à Neiphé, Rhéa, ^', le 7% à

Osiris j|-^2>-; le 8% à Isis jj ; le 9% à Typhon, qui est bravement exprimé par un âne couché, la queue en l'air, ^; le 10% à Nephtys Tî; le 11«, à Horu^ ^; les 12«,

13% 14^ et 15«, aux quatre génies de VAmentr, ceux à tête d'homme » Amsèt, à tête de cynocéphale, ordinairement

nommée C (11], -4/)/ (Apis), mais désigné par le caractère sur la coudée Drovetti, à tête de chacal, Satmauf

^^ (<^ ^ sur la coudée), enfin, au génie à tête d'épervier {Nasnèf) ^^^^ \ les têtes de ces génies forment les couvercles des vases funéraires dits canopes. Enfin, le doigt divisé en 1/16 est consacré à Thoth ^ . Il faut remarquer que Thoth porte ordinairement le titre de seignew des hait régions = - , et le nombre 16 de la coudée (ou le 16®

doigt) est le double du nombre des régions auxquelles le même dieu présidait. Cette attribution de nombres à des divinités est très curieuse, et elle a le mérite de nous faire connaître à coup sûr le nom hiéroglyphique de Typhon, inconnu jusques ici.

La troisième bande de la coudée porte, comme nous nous y attendions, purement et simplement une \è^Qnà.Q funéraire

commençant par la formule ordinaire: lA ni 11 V

\ Que soient approuvés les Dieux seigneurs de la région

supérieure, qu'ils accordent toutes sortes de biens, etc., à

^^'^'^ 0 '^'^1 > défunt. L'autre / — 1 n 21

bande, celle de dessous, ne contient absolument que les titres les plus détaillés du Roi qui est bien le Pharaon Horus de la Table d'Abydos; cette bande- là n'existe et n'a été gravée que pour doimer la date de la coudée et de l'existence du sieur Amenem-opt ou Amcnem-opht. Voilà pour la coudée Drovetti, dont je t'enverrai un calque exact par le premier paquet de l'ambassade.

J'ai obtenu des renseignements tout aussi neufs et tout aussi curieux sur la coudée Niz/.oli. Il était lui-même à Turin, il y a deux jours, il m'a montré les calques et les

empreintes en papier (car la méthode gagne) de la plupart des stèles de sa collection déposée, pour être vendue, à Florence, où j'irai certainement la voir. M. Nizzoli possède des stèles encore plus belles de travail que ce que j'ai vu ici, et, parmi les plus parfaites, j'ai reconnu celle qu'on a dû trouver, et qu'on a trouvée en effet, dans le tombeau d'où est aussi sortie la coudée Ni::szoli. Elle porte en superbes hiéroglyphes le nom complet d'Aménoftèp, gravé sur la coudée, précédé de tous ses titres, qui, comme tu vas le voir par leur transcription, décident irrévocablement en faveur de notre opinion, savoir que ces coudées n'ont jamais été en usage et n'étaient placées à côté de la momie que pour marquer les fonctions ou professions du défunt.

Celui auquel se rapportait la coudée A^/^^o/? était, comme

aitlast.e. lft:^^|^=ÎAH=f=,i, chef OU. directeur des scribes (ou bien BaaiXtxôç ypoL^xyLOL-zs-k) de la grande demeure (ou grand temple de Mannoujî), Memphis (écrit phonético-symboliquement) Aménoftèp. La stèle

a«é érigée qV^-W;r;l^k^^^i°^qi par sonjîls, directeur des scribes de la grande demeure de

Aspia ou Aspiyé.

Tu remarqueras enfin que la lacune de la coudée Nizzoli,

qui tombe sur les titres à'AménofoM Aménoftèp (voir mon

Glossaire, p. 238), doit être remplie et complétée par le

moyen de la stèle. La lacune de la colonne C, je la remplis

ainsi:! ^ |^'i ^a J A,etc., etc., directeur des

scribes de la grande demeure ( f^ | , synonyme de -^

Dhonétique) dans Mannouji, etc. Celle des colonnes D, de même, sauf que le titre 1, abrégé de 1 ,

directeur, est omis.

Je te remercie de tous les longs détails que tu me donnes. Mille choses à M. Ouseley, et dix mille s'il envoie une inscription cloud et hiéroglyphique de Beyrouth. Je tâcherai

d'en tirer tout le parti possible. Je m'occupe du Panthéon et du Fréret; tu recevras le tout dans une huitaine de jours. Je te donnerai alors d'autres détails sur la collection Drovetti, où je n'ai pas encore retrouvé le fameux niveau. Je présume que c'est une création de la tête de Jomard, échaufîée sur les poids et mesures. Quant à ses mines, tu devais t'y attendre. C'est un 1|^ %É * complet, sauf qu'il n'a plus la queue si droite et €^€* ^l'^^ ^^^ livres la lui replient entre les jambes. Adieu. —

AU MÊME

Turin, 7 juillet 1824.

Je ne sais en vérité où le temps passe. Je ne perds

pas un moment et cependant les jours fuient, et j'ai encore devant moi une immensité de choses à faire. J'ai à peu près terminé l'étude et les copies des statues Royales du Musée Drovetti qui doivent former le sujet de ma première Lettre à M. de Blacas; je vais m'occuper sur-le-champ de sa

rédaction* Je crains qu'elle ne soit un peu longue pour le

Bulletin; ce sujet est si beau et celui des Lettres suivantes si intéressant, qu'il est bien difficile, et (jn'il ne convient

pas même de sacrifier le fond à la forme. — On vient

de déballer une porte en bois, de 7 à 8 pieds de hauteur, portant sur ses frises et sur ses montants une superbe inscription en hiéroglyphes sculptés en relief dans le creux et peints. J'en ai fait un dessin colorié très soigné; le bas des montants est occupé par deux ligures agenouillées et adres-

1. Le manuscrit fut envoyé, à la mi-aoïit 1824, à riiainpollionFigoac, qui y ajouta la Notico vluonologù^nr. Cette Prcinièrv Lflfrr parut chez Firmin Didot.

sant des prières à Amon-Ra et à Phtali pour le repos de l'âme d'un défunt. Cette porte faisait partie d'une catacombe ; la légende Royale qui la décore est là simplement pour donner la date de l'exécution de la catacombe. Je parlerai plus en détail dans mes Lettres de ce curieux monument. On a également décaissé une trentaine de petites stèles, d'un pied ou deux de proportion, parmi lesquelles j'en ai trouvé dixhuit à vingt portant non seulement des cartouches Royaux, mais offrant les images de Rois et de Reines sculptées et peintes, — et les couleurs d'une conservation parfaite. Je calque et je colorie les plus jolies ; ce sont de véritables bijoux, mais par malheur, si malheur il y a, elles se rapportent presque toutes au Pharaon Aménof tèp de la XVIIP- Dynastie (le Chébron de Manéthon) et à sa femme, Va fille gracieuse de la Lune, Atéri ou Atiri. Deux autres de ces stèles, mais de plus de deux pieds, représentent l'une Ramsès le Grand, l'autre Aménoftèp, mêlé avec des divinités. La seconde est un miracle de beauté et de perfection. Il est impossible de se figurer l'excellence et la finesse de ce travail. J'en ai déjà des plâtres. Il y a de quoi faire jouir le papa Dubois pendant trente-six heures consécutives; que je voudrais le voir à côté de moi ! Il retrouverait toute sa vigueur de la plaine de Troyes pour courir en Egypte.

Je passe sans transition ménagée des temps pharaoniques à ceux des Lagides, et je t'envoie un passage extrait du Grand Papyrus Grec du Musée, relatif à ce procès entre les Colchytes à propos d'une maison à Thèbes, procès dont tu as pu voir le détail dans le mémoire de Peyron que je t'ai envoyé. On objecte à l'une des parties, qui prétend avoir des droits acquis à la possession de cette maison, qu'il ne la tient pas de son père, puisque son père ne l'a pas habitée, et cela depuis un très grand nombre d'années qu'il a quitté Thèbes. Il est resté absent, dit-on, pendant les 24 années du règne d'Épip/iane, les 35 années de Philométor et du règne du Dieu É vergeté, depuis la 25^ année jusques à la

29® (Tou ETTtcpavouî exojv KA 4>iXo[JLT,T:opoç exwv AE ôsou EuepYcTO'j ïtto to'j

KEL £Wî L £-wv K0) (s?c). La pétition qui précède cette analyse du procès, et qui y est aussi relative, est datée du 22 Athyr de l'an 54 de Ptolémée Évergète II. Ce passage m'a paru très important pour toi. Il prouve, ce me semble, ta chronologie ; les 24 ans d'Épiphane sont expressément indiqués = les 35 de Philométor se trouvent dans les 11 années de son premier règne, les 4 années de l'usurpation d'Évergète, les 2 années qu'il a régné avec ce même Évergète et les 18 ans qu'il a régné seul ; total 35, comme porte le manuscrit. Quant à la date 54 du règne d'Évergète II, il résulte du Papyrus Drovetti qu'Évergète II comptait sa 25*^ année de règne à la mort de Philométor, et, comme il a régné 29 ans seul d'après toi, 25 et 29 forment juste un règne de 54 ans. Au reste je ne suis ici que Gros Jean remontrant à son curé, et tu verras mieux que moi tout le parti que tu peux tirer de ce passage, qui, j'en suis sur, te fera plaisir et pourra faire enrager les Schakals et autres bêtes académiques.

Rappelle-moi au souvenir de M. Rémusat et dis-lui qu'il aura les prétendues inscriptions en caractères chinois gravés sur le front et le Dolce Riso de l'Isis de Turin. —

AU MEME

Turiu, 14 juillet 1824.

Tu dois avoir reçu mon paquet contenant les

quatre articles du Panthéon, destinés à compléter la huitième livraison. J'avais laissé à Dubois l'indication des planches. Vous aurez, très prochainement, d'abord les

planches de la neuvième et bientôt après les textes. Je suis désespéré que ce retard ait causé quelque inquiétude à notre ami ; dis-lui qu'à l'avenir je fournirai* matière pour couvrir les pierres, et faire gémir la presse lithographique en même temps que ces bonnes âmes qui crient déjà

l'oraison funèbre de notre Panthéon

Je tâclierai d'obtenir une copie exacte des principaux papyrus grecs et de te les faire passer le plus tôt possible. Quant à ce que désire M. de Pastoret, je m'efforcerai de le satisfaire, et je chargerai Peyron de recueillir les passages à la convenance de l'illustre historien de la législature ancienne. Le mémoire de Fréret sera joint à cette présente et t'arrivera sous le couvert du Marquis Alfîeri, ambassadeur sarde. J'ai trouvé fort peu de choses à annoter, cet extrait ne contenant que des vues générales des principes déjà bien établis et sur

lesquels on est tout à fait d'accord Je joins ici également

la copie exacte du fragment de manuscrit phénicien que tu demandes. Il serait bon d'en donner un calque à M. de Sacy. La semaine qui vient de s'écouler a été employée à la continuation des copies exactes que je prends des stèles coloriées de la collection. Je donne la préférence d'abord à celles qui présentent un intérêt historique, et le nombre en est considérable ; mais la plupart de celles qu'on a décaissées jusques ici se rapportent à un seul règne, à celui d'Arnénqfïèp qui est (en admettant l'omission motivée du nom de la Reine Amensé dans la table d'Abydos) VAmosis ou le Thoiitmosis de Manéthon, le chef de laXVIIP Dynastie, celui qui chassa les Pasteurs et renouvella la Grande Monarchie Égyptienne. Ce Pharaon est peint sur plus de vingt petites stèles, assis sur son trône ou debout, seul ou accompagné de diverses divinités et recevant les prières ou les offrandes, non seulement d'une foule de simples particuliers, mais celles mêmes des Rois de la XVIIP Dynastie, que la Table d'Abydos nous donne comme ses descendants immédiats. Un superbe basrelief de ce Musée représente ce même Aménoftèp et la

Reine Atari sa femme, l'un avec les insignes du Dieu Phtah, et l'autre avec la coilîure de Néitli. Devant eux est le Pharaon dont Belzoni a retrouvé la tombe Royale et que la Table d'Abydos place à neuf générations après Aménoftèp. Ce Roi, qui se nomme Ousiréi dans le tombeau de Thèbes, et MandoLiéï par une seule variation de signe dans le cartouchenom propre du bas-relief de Turin, ofïre l'encens et brûle des parfums devant le chef de sa Dynastie. D'autres de ces stèles, qui ont tout au plus un pied chacune de hauteur, nous montrent d'autres Pharaons, tels que Ramsès le Grand et Thoutmosis II, accueillis par les grandes divinités de l'Egypte qui leur présentent soit le signe de la vie divine, soit le sceptre des périodes de trente ans. — Ailleurs on voit un Pharaon, le casque en tête, le bouclier élevé et brandissant une hache d'armes. Les légendes de cette curieuse peinture ont malheureusement disparu.

J'ai tiré de l'examen de ces petites stèles, et de plusieurs inscriptions des grandes stèles, la conviction que le culte des Rois de chaque Dynastie exista sous les Pharaons comme sous les Lagides, qui n'ont fait en cela qu'imiter l'ancien usage. Il y avait jadis des prêtres de Ramsès, des prêtres de Thoutmosis et de Mandouéï, comme des prêtres d'Alexandre, des Dieux S(jters et des Dieux Évergètes. Une des stèles Drovetti, dont le travail est d'un fini précieux, ofïre la représentation du Roi Aménoftèp, casqué, armé du sceptre, assis sur un trône dont le dossier est une image de la Déesse Saté qui couvre le Roi de ses ailes. Un sphinx et un lion, debout, sont à côté du Roi, devant lui estl'épervier sacré du Soleil : ce trône est placé sur un piédestal orné d'une corniche, décorée d'un rang d'uneus, et cette espèce de socle ou plutôt de palanfjuin, portative, comme le prouvent les bâtons attachés à ses côtés, repose sur un second socle à corniche. En avant est un autel chargé d'olïrandes de fleurs et de fruits, et un personnage (jue sa légende nous dit être Tédjemra, préti'c du Roi Amério/ tèp . L'adoration du Roi est

faite par ce prêtre au nom du Pharaon Thoutmosis II, père d'Aménophis-Memnon.

J'ajouterai qu'un des papyrus grecs mentionne comme existant encore du temps d'Évergète des prêtres et des pastophores d'Amênophis au Memnonium ('lepeT? xat naaTÔcpopotToù 'A.asvo'^ioç). Ce point curieux d'histoire me paraît maintenant bien éclairci. Je crois aussi que Drovetti est tombé par hasard sur quelque catacombe, soit du Roi Aménoftèp, soit des prêtres de ce Roi : c'est le seul moyen d'expliquer la réunion de vingt stèles au moins, se rapportant au même Pharaon ou à la Reine sa femme, adorés par des individus de différents noms, familles et rangs. Toutes ces petites stèles sont au reste d'un même style, mais plus ou moins soignées. La plupart portent encore leurs couleurs et je les copie toutes avec le soin le plus scrupuleux ; la plupart d'entre elles sont de véritables bijoux. Il y en a de 3 à 4 pouces de hauteur, portant trois ou quatre personnages avec légendes et complettement coloriées.

Je te prie de renouveller à M. le Duc de Blacas

l'expression de mon inaltérable reconnaissance. C'est à lui que je dois de jouir de tant de richesses Égyptiennes ; je ne l'oublierai jamais. Je n'ai pu encore terminer la rédaction de ma première Lettre relative aux Monuments Royaux. La chaleur est horrible cela coupe bras et jambes. Je commence à comprendre le dolcefar niente, mais je n'en use pas ; les stèles et les monuments me tiennent en action. —

AU MÊME

Turin, 23 juillet 1824.

Je suis sans nouvelles directes de toi depuis ta lettre

du 25 juin et je serais bien malheureux, et ma tête

travaillerait d'une étrange façon, sans les lettres de ma femme qui me disent que je c/o/.s recevoir très souvent de

tes nouvelles, et surtout sans le petit paquet avec l'adresse

mise de ta main! Voilà ce qui me tranquillise un peu

Ecris-moi sur-le-champ, par la poste, rue de la Barre-de- Fer, chez M. Costa. J'ai soif d'une de tes lettres et je l'attends dans douze jours au plus tard. Je persiste à ce que tu m'écrives directement par la poste au moins tous les quinze jours. Les ports de lettres ne me ruineront pas ; j'aime mieux d'ailleurs renoncer au voyage de Naples et même à celui de Rome, pour lesquels je ménage mes petits fonds, encore en très bel état, que de vivre dans cette détestable incertitude. Je terminerai ces jours-ci ma première Lettre à M. le Duc de Blacas. Elle est relative aux statues Royales, et j'espère que l'importance du sujet fera pardonner la longueur des détails inséparables d'une matière si ardue et si difficile par sa nouveauté elle-même.

La collection de Turin est en somme le plus beau commentaire possible de la Table d'Abydos : elle possède des monuments de quatorze Rois successifs de la XVIIP Dynastie. Ces monuments contemporains suffiront, sans doute, pour arrêter le scepticisme le plus robuste, et reculeront d'autant le domaine de V histoire positive qui, d'après ce que je vois ici, ne remontera jamais, comme je l'avais déjà vu par l'étude des dessins de Huyot et de la Commission, bien au delà de cette même XVIIP Dynastie, par laquelle (chose que nous avions déjà remarquée) commencent aussi les détails de la Chronique. — J'ai tâché, dans ma première Lettre à M. le Duc, d'établir par les faits le véritable point de vue sous le(|uel on doit considérer l'art Egyptien d'abord, et, pour l'avenir, les monuments eux-mêmes. Cette Lettre, qui pourra déplaire aux Winckelmannistes les plus déterminés, a pour but secondaire de remettre sur le tapis la question de l'art 'Egyptien, jugé trop prématurément et sans les pièces pro- !)antcs que j'ai sous les yeux en si grand noml)re. La bonne

opinion que notre ami Dubois en a toujours eue, et m'en a donnée de si bonne heufe, est pleinement justifiée par les faits curieux que j'exposerai successivement dans mes Lettres. L'étendue de ce travail ne me paraît point en rapport avec le cadre du Bulletin; je crois donc, mon cher ami, que le meilleur parti que nous ayons à prendre sera de faire imprimer chacune de mes Lettres à M. de Blacas à l'Imprimerie Royale, sur les fonds qu'elle tient encore à ma disposition, en nous réservant toutefois que les caractères employés à cette publication ne seront point, comme ceux de mon

dernier ouvrage, des échappés du XVP siècle

Je ne te régalerai aujourd'hui, en fait d'antiques nouveautés Égyptiennes, que d'une portion de cercueil de momie couvert d'/iiérogli/phes en mosaïque d'émail. Il est impossible d'imaginer rien de plus beau : les couleurs sont d'une admirable variété et d'un éclat étonnant. Les becs, les têtes, les pattes de chaque oiseau sont d'émaux différeiits, assemblés avec tout l'art désirable ; les plumes des ailes sont indiquées par des détails de couleurs mélangées avec une délicatesse inconcevable. Il y a tel bassin de six lignes au plus qui renferme plus de vingt petites rosaces, variées de dessin et de couleur. Chacun de ces hiéroglyphes, monté en épingle, serait admiré à Paris : les petites mosaïques qu'on fait aujourd'hui à Rome ne pourraient soutenir le parallèle. —

AU MÊME

Turin, 4 août 1824.

Je t'expédie aujourd'hui même, mon cher ami, les

vingt premières pages, mises au net, de ma première Lettre à M. le Duc Elle est entièrement consacrée aux Rois et

aux Reines de la XVIII" Dynastie, et mon but principal, tout en décrivant ces statues de la collection, est d'en tirer sur-le-champ tout ce qu'elles offrent de moyens pour reconstruire en totalité cette dynastie, la plus importante de toutes. Il y a matière et le reste pour cela. J'y démontrerai l'accord des monuments avec la Table d'Abydos, et je donnerai enfin la concordance complette de la XVIIP Dynastie dans Manéthon et dans la Table Royale. J'ai cru qu'en me proposant un but de cette importance, ma Lettre serait plus digne de l'illustre protecteur auquel elle est adressée qu'une simple lettre descriptive perdue à toujours dans les soporifiques colonnes du Moniteur ou dans les narcotiques numéros d'un journal littéraire. Je laisse tout cela à ta sagesse. Quelque parti que tu prennes à cet égard, la Lettre doit être accompagnée de deux planches que je supplie notre ami M. Dubois d'exécuter lithographiquement d'après les croquis que j'enverrai : l'une, placée en tête de l'ouvrage, comme frontispice, est un sphinx femelle, représentant la Reine Achenchersès Tmauhmot, fille du Roi Horus, et qui a régné seule pendant douze ans. Le calque de ce très curieux bas-relief est joint aux vingt premières pages dans le paquet que tu feras réclamer chez le comte Alfieri de Sostègne, ambassadeur.

J'ai d'autant plus d'intérêt de paraître vite qu'on

imprime à force un mémoire de l'abbé Gazzera, mon disciple fidèle et qu'on appelle ici mon aide de camp, qui parle de ces mêmes monuments et rapporte mes opinions sur leur compte, telles (|ue je les lui ai données. —

Tout le temps que je ne pas.se pas à mon bureau à rédiger mes Lettres est employé à donner des coups de brosse sur les stèles et les inscriptions du Musée. J'ai déjà fait plus de cent empreintes en papier des bas-reliefs et des textes hiéroglyphiques fjui m'ont paru avoir quelque intérêt. —

Il est très possible qu'on me charge définitivement de rédiger le catalogue du xMuséc et de le classer comme doit

BiBL. ÉGYl'T., T. XXX. 3

l'être une aussi belle collection. Ce travail-là m'occuperait quatre mois environ, pour ne pas dire plus. Je trouverais fort dur de passer tout ce temps-là étranger sur la terre d'Egypte. Ne serait-il pas possible, le cas échéant, de nous donner rendez-vous sous les ombrages de Vif, où je viendrais te joindre aussitôt que tu m'aurais annoncé le jour où tu pourrais t'y trouver, au mois de septembre ou d'octobre. Je regagnerais à temps le mont Cenis pour rentrer dans Turin, faire ma besogne, courir à Rome, passer par Marseille et rentrer à Paris le plus tôt possible revoir ceux que nous aimons et même ceux qui ne nous aiment guères.

On aura bientôt terminé le décaissement général du

Musée, mais ce sont les papyrus qui ne marchent pas. J'en presse, le plus que je puis, le déroulement. Le plus important jusques à présent est un Rituel funéraire hiéroglyphique de près de soixante pieds de long, écrit comme par un ange et contenant des scènes fort curieuses. Ce Rituel est complet et m'a fait connaître l'ordre précis dans lequel il faut ranger les divers textes soit hiératiques, soit démotiques, que nous trouvons dans les papyrus des momies. — Chaque grande division et subdivision du Musée de Turin porte un titre particulier. Adieu, mon cher ami, mes respects à M. Dacier, à sa famille et à ses commensaux. Ne m'oublie point auprès de Dubois', Teuillié, Duguet', et du bon et dévot Prieur'' aux patenôtres duquel je me recommande humblement.

1. L.-J.-J. Dubois, antiquaire et dessinateur. Chami^ollion, qui le connaissait depuis 1807, lui resta reconnaissant toute sa vie pour avoir reçu de lui, déjà à cette èpoqne-là, une très haute idée de l'importance de l'art égyptien; on sait que cette opinion n'était alors partagée presque par personne.

2. Deux amis intimes de Champollion-Figeac L'ingénieur Duguet surtout se rendit souvent fort utile aux deux frères.

3. Un médecin, parent du D' Aribert à Grenoble, dont il habitait la belle propriété à Gretz, près de Paris. Les deux frères y étaient les

Mes devoirs à M. le Marquis de Dolomieux ; dis-lui que je n'ai encore pu voir le Comte de Coste, qui est en Savoie. Mes hommages respectueux à M. le Duc. Adieu encore une fois, tout et toujours à toi de cnour et d'âme.

AU MÊME

Turin, ... août 1824.

Je brûle de savoir ce qu'il en est de l'impertinente

ambassade dont on veut charger notre bon Duc. J'espère qu'il refusera net et qu'il ne se sentira pas d'humeur à caresser les petitesses de ces grands hommes. Je suis furieux de tout cela. On en lève les épaules ici ; d'autres personnes croient la chose comme faite, et on dit môme, tant ces têtes travaillent vite, que M. de Laval quitte l'ambassade de Rome pour celle de Naples et que M. de Blacas ira auprès du Saint-Père. Je ne crois pas un mot de tout cela. Et quelque plaisir que j'eusse à revoir ici M. le Duc plus tôt que je ne l'espérais, et à le retrouver à Rome, lorsque je m'y rendrai, je prie le Ciel qu'il n'en soit rien. J'en suis même convaincu d'avance, ce départ n'étant et ne pouvant être ni dans ses vues, ni dans sa dignité, ni d'accord avec sa position.

Les deux Goddem que Duchesne m'a adressés partent

aujourd'hui pour Florence; je lésai pilotés de mon mieux

J'ai acquis l'exemplaire du Dydimus Taurinensis pour M. de Clarac, mais je ne sais comment le lui faire parvenir. Adieu,

bienvenus à toute lieuif, t-ar ils étaient depuis longtemps les amis du D' Aribert.

mon cher ami, dis à Saint-Martin^ que je n'ai encore

rien trouvé de cunéiforme. Adieu.

AU MEME

Turin, 10 ou 11 août 1824.

Tu n'oublieras point dans le Préambule ou à la queue

de la Lettre, si cela te convient mieux, de payer un juste tribut d'hommages au bon Duc d'abord et à S. M. le Roi de Sardaigne qui a trouvé les 400.000 francs que notre gouvernement n'avait pas pour acquérir la collection, et à M. le Comte Roget de Cholex, ministre de l'Intérieur, qui m'en ouvre l'accès avec toutes les bontés imaginables. —

Je t'ai déjà dit que le grand tragédien' avait écrit au Comte de Balbe au sujet de la coudée; il parait que, pour te raser de fond en com.ble et pour détruire les fausses doctrines exposées dans ton article", il avait demandé un nouveau mesurage de la coudée originale. Cette opération a eu lieu et c'est mon ami Plana qui en a été chargé, assisté

1. Saint-Martin (Jean Antoine), orientaliste et chronologiste très bien doué, dont il sera encore question par la suite.

2. Joœard. Il avait été en bons termes avec Champollion jusqu'au jour où celui-ci lut sa Lettre à M. Dacler, mais depuis lors Jomard, philanthrope méritoire, semblait oublier jusqu'à quel point Champollion lui était venu en aide, de 1811 à 1821, dans l'organisation de l'enseignement primaire. Tous les efforts de Champollion-Figeac pour réconcilier l'archéologue en Jomard avec les succès de « l'Égyptien » furent vains, et peu à peu la jalousie du a tragédien » se changea en haine implacable.

3. Voir 1. 1 (1824), n"' 321 et 322 du Bulletin uniccrsel des Sciences, etc. (section VII'), publié sous la direction du baron de Férussac. Les frères Champollion étaient au nombre des rédacteurs.

de deux autres mathématiciens Le résultat de cette me-

suration, faite avec le soin le plus minutieux et à l'aide d'un instrument qui rend sensible la 200'' partie d'un millimètre, est un coup de foudre contre le système métrique du grand monopoleur Égyptien. — Il reste prouvé :

1° Que son dessin est fautif de G millimètres, dont 3 proviennent du retrait du papier de la gravure et 3 du retrait du fac-similé en plâtre que Drovetti lui avait envoyé.

2° Qu'aucune des subdivisions n'est égale dans la coudée originale. Elles diffèrent de plusieurs millimètres les unes des autres, et Plana, qui m'a dit tout cela, est convaincu, comme nous, qu'on ne peut regarder ces coudées comme ayant jamais servi à d'autre usage que celui de figurer comme simulacre dans un tombeau. Ainsi le Jomard est coulé par les arguments qu'il demandait contre toi. Plana ajoute que le grand tragédien est absurde, mathématiquement parlant, pour avoir voulu prendre une proportionnelle entre des subdivisions tracées sans dessein prémédité d'être exact.

Le grand Amon-Ra a eu pitié de moi, et, pour récompenser ma patience, il m'a fait arriver à la fois tes lettres n°^ 6, 7 et 8. Que tous les Dieux de la Région d'en haut et de la Région d'en bas soient bénis ! Peu s'en faut que je n'élève une stèle trilingue en l'honneur de cet heureux jour !

Je te donnerai pour nouvelles : 1" un colosse de 14 pieds parfaitement conservé en grès rouge et portant la légende du Pharaon Mandouéï I''"" que je crois être le grand Osymandias, prince antérieur à la XVIIP Dynastie, d'un travail très pur et dont je parlerai convenablement dans une seconde Lettre à M. de Blacas. Il est en chemin entre Gênes et Turin. — 2° Une belle momie gréco-égyptienne, portant deux inscriptions, l'une en grec, l'autre en hiéroglyphes, et justifiant l'une et l'autre mon alphabet de manière qu'il n'y ait plus le mot à dire. — 3" Un ca.s([ue grec en bronze, portant, en lettres ponctuées et tout à fait semblables à celles de la

plaque d'or de Sidney Smith, rinscription 'AXe^âvSpou xoù Ntxavopo; i c'est évidemment le nom de quelque soldat macédonien du temps des Lagides.

Je t'embrasse de cœur et d'âme, mes compliments à tous les bons et véritables. —

AU MEME

Turin, 14 août 1824.

Je réponds aujourd'hui, mon cher ami, à tes lettres n°^ 6, 7

et 8, qui me sont arrivées toutes à la fois ; celle-ci aura

donc l'air d'un chapitre du Coran, puisque je dois répondre à tant de choses. Tu te plains de ce que je reste des trois semaines sans écrire : cela n'a certes jamais été, et il en est évidemment de mes paquets comme des tiens, qui croupissent dans les bureaux des relations extérieures. Je ne sais que faire à cela, à moins d'aller faire une descente chez M. Roux, pour le prier de veiller d'un peu plus près à l'arrivée des paquets de Sardaigne.

Le dessin d'une portion du sarcophage Le Lorrain ne m'apprend absolument rien sur le personnage dont il renfermait le corps, pas même son nom qui ne se trouve pas dans les légendes que je reçois toutes relatives à Anubis. Parmi les cartouches envoyés par le même voyageur, il en est un seul qui m'a vivement intéressé, c'est celui qui porte /^~>, Tg^pK, variante très curieuse qui me fait voir enfin ^CT^ comment il fallait lire le cartouche des monuments -^3^ de Naga et de Barkal; c'est sans aucun doute (à V, J moins que la variante ne soit point sûre) le Roi Taraka ou Téarko, le Tir/iaka de la Bible. Ce Roi de la XXV® Dynastie [V Éthiopienne) est peut-être petit-fils de Sabbacon, ce qui explique pourquoi on V y

trouve des monuments de ce prince en Ethiopie et son nom sur des scarabées et amulettes trouvés en Egypte. J'enverrai la traduction de l'inscription copte de Lorrain avec celle de deux ou trois autres que j'ai trouvées ici.

Je n'ai pu encore exécuter le calque de la coudée Dro-

vetti; Quant à la copie des papyrus grecs, elle ne peut

s'exécuter qu'avec du temps et de l'adresse. J'ai affaire ici à quelques petits esprits qui se croiraient perdus si une telle copie passait le mont Cenis; cependant elle le passera et sous peu. Je n'attends pour cela que la décision de ma grande affaire', qui ne tardera pas à être prise.

J'ai reçu de Florence le calque ù'nnQ palette ou calamariiiin, trouvée par Nizzoli dans le même tombeau que sa coudée. J'avais prévu que c'était aussi la palette de l'hiérogrammate Aménof, auquel a appartenu la coudée : je t'envoie le calque: tu verras que c'est presque signe pour signe la copie des légendes de la coudée Nizzoli. Voilà donc le titre d'hiérof/rammate prouvé par le défunt de la coudée. — J'ai en vain cherché dans la collection Drovetti le fameux niveau annoncé par le cryptologue Jomard. Il n'y a rien de semblable. — Je te recommande toujours de prendre les empreintes en cire des scarabées et le fac-similé en papier des stèles, surtout de celles à cartouches. Il faut n'en laisser échapper aucune; je rapporterai d'ici de quoi publier pendant dix ans, cela doit faire prendre patience à l'ami

Dub(jis sur le retard du Panthéon Je désire aussi les

cal(|ues des papyrus démotiques qui te passeront sous les yeux; c'est très important pour tous, et je t'annonce en preuve que j'ai trouvé ici deux contrats datés de l'an quatre de Pto/cméc Alcrandre (le 2''), comme le prouve le nom do sa femme Bérénice. Je t'enverrai dans la prochaine la tra-

1. Il s'agissait du catalogue de la collection Drovetti. Le ministre le Voulait de la main de CliainpoUion, mais le directeur du Musée, soutenu par le parti ullra-royaliste, s'opposait à ce qu'il en fût ainsi.

duction du Protocole entier de ces contrats qui se rapportent à un Lagide, sur le compte duquel tu étais, je crois, en discussion avec Saint-Martin, et, d'après ce que je puis voir dans vos canons chronologiques imprimés à la fin du livre du D"" Young, c'est encore l'Arménien' qui a tort. — J'ai reçu la longue épîtrc de Prusse' et j'y répondrai bientôt. Je crois bien, comme toi, que le cartouche d'Asclimonéïn est Philippe. Le g^ (m) est parfaitement à sa place : Dm(l(l%^-Ba^(j()%^ D -^np- Avez-vous déjà à Paris le p h 1?-^ 1 li p o4 Voyage de Minutoli'"^. Dans ce cas, envoie-moi un calque de tous les cartouches qu'il renferme et l'indication des lieux où ils sont sculptés. Tu dois avoir reçu depuis longtemps encore le calque du fragment phénicien : je te priais de le communiquer à M. de

Sacy. Comme ce morceau de papyrus a été trouvé au milieu de contrats Égyptiens, il pourrait se faire qu'il en fût un lui-même et qu'il contînt le nom de quelque roi, s'il commence en effet par un protocole : Dans l'année, etc. Présente donc mes respectueux hommages à M. de Sacy, en le priant de te dire ce qu'il pense de ce curieux fragment. Tu peux ajouter que je suis ici à ses ordres pour tout ce qui pourrait lui être agréable, soit à Turin, soit dans le reste de l'Italie. Remercie-le aussi de ma part de ce qu'il a dit d'obligeant pour moi dans sa notice de l'ouvrage de Letronne.

Rochette n'a point encore montré son front lumineux au delà des Alpes; je regarde quelquefois le mont Cenis pour voir si je n'apercevrais point ce brillant météore, — rien n'a paru jusques à présent.

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