Lettre de Guillaume de lluniboldt, du 24 juin
3. Le général prussien baron H. de Minutoli, chargé par le Roi Frédéric-Guillaume III d'explorer les antiquités égyptiennes sur place. Son œuvre 2:)rincipale : Rcisc sum Teinpcl des Jupiter Amon und nach Obcr-.E(j;/pten, parut en automne 182L Sa collection est au Musée Royal de Berlin.
Je t'ai envoyé sous bande une brochure du brave
Ricardi^ que tu pourras mettre à côté de celle de Goulianow'' : ils sont aussi bêtes l'un comme l'autre. — J'écrirai à M. d'Oléninne et à l'excellent Hummelauer'. —
J'ai compté que tu ajouterais à ma Lettre à M. de Blacas un morceau clironologique relatif à l'époque de la XVIIP Dynastie. Le tableau de correspondance des monuments avec les extraits de Manéthon, tracé au dos du dessin de la palette, te servira de règle pour les successions. C'est à toi à déterminer les durées des règnes et les époques, en prenant pour base celle de l'expulsion des Pasteurs et celle de Sésostris. —
AU MEME
Turin, 25 août 1824.
J'ai déterré une momie qui m'a servi à remplir
la seule lacune existant dans mon tableau de la XVIIL' Dy-
1. Francesco Ricardi fu Carlo d' Oneglia vivait à Gênes. Il avait inventé un système de déchiirrement des hiéroglyphes, et c'est pour le défendre qu'il écrivit des pamphlets contre ChampoUion.
2. Le chevalier Joulianos Goulianotï, alors à Paris, oii il faisait des « études polyglottes » aux frais du Czar. Il se disait tantôt Russe, tantôt Grec. Son pseudonyme Ausonioli est formé du mot Joulianos.
3. Directeur des Archives impériales à Vienne, ami d'Alexis d'Olénine à Saint-Pétersbourg, tous deux admirateurs fervents de ChampoUion. Dès l'automne de 1822, Guillaume de Humboldt avait prié Oiénine d'intéresser sa Cour à la nouvelle science et à son fondateur : on disait en elîet, à Saint-Pétersbourg, que le Czar allait fonder un grand Musée égyptien, et c'est ce qui avait déterminé le comte de Palin d'y transporloi' sa cnlloction. Oiénine profita de l'occasidn pour envoyer à CiiampoUion un grand nombre de plâtres et de calques.
nastie. Cette momie à deux caisses est celle d'un certain
F~^ (] w^ Sclièb-Amon, de la classe sacerdotale et qui
fut spécialement préposé au culte des Rois et Reines de la XVIIP Dynastie, comme le prouvent les peintures de l'un de ses cercueils.
Un des tableaux représente Schèbamon offrant l'encens au Roi Ainénojïèp et à sa femme, la Reine Nanéatari, père et mère des Rois de la XVIIP; après le cartouchenom propre d'Aménoftèp, est placé le suivant, qui est le prénom de son père, appelé Misplira Thoutmosis par Manéthon, prince qui commença l'expulsion des Pasteurs, terminée par Thoutmosis-Ainénoftèp , son fils. Ce cartoucheprénom est en effet placé, sur la Table d'Abydos, immédiatement avant celui à'Aménoftèp; il faudrait donc l'ajouter en tête de la XVIIP Dynastie, quoique Manéthon ne le compte point, vu qu'il n'a pas régné sur l'Egypte entière.
Un second tableau, peint sur ce cercueil avec autant de finesse et d'élégance que le premier, représente encore Schèbamon adressant ses supplications à une Reine qui est justement la Reine Amensc, comme le prouve son cartouche /TIZlN Amensé (plus la marque du féminin ^), petite-fille l| ^ du Roi Aménoftèp et mère de Thoutmosis III (Mœ- ■f^ ris); c'est une variante très précieuse et qu'il faut ^!^ absolument mettre sur hi planche des cartouches de K^y la XVIIP Dynastie, à la place de celui-ci, que je n'y avais mis que provisoirement. Cette mutation est indispensable. — Ce cartouche est suivi du nom du prédécesseur de cette Reine, celui que Manéthon appelle Aménophis I^^ et dont j'ai laissé le nom
propre en blanc dans la planche projetée, vu (|ue je ne le V — ^ connaissais pas encore. Il faut donc le garnir, ainsi qu'il suit :
^ "20 Amoii-raaï, ou Amon-mé, ou Amonra-maï, et l'in- -^ troduire dans le tableau comparatif des noms d'après Ç^^ les monuments et d'après Manéthon. J'avais déjà ce i..vwv< i^^rn propre qui complette la XVIIP, sans m'en ""^^^^ douter : une amulette de M. Palin', charbonnée (1 (1 dans son recueil sous les n°^ 458 et 459, porte d'un y J côté le prénom de ce Roi /'^^ , synonyme de celui
d'Abydos : fT^ ou ^vw\a)j et Amonrnnyme habi-
=. étant un
homophone de
cartouche : fZ^ qu'un synotouche /TZlN
sur
de
faut
de l'autre le maï qui n'est
. tuel du car- \!, ,J
Amon-maï v J que porte la momie pemte J'avais pris jusques ici le nom propre gravé l'amulette Palin pour un simple titre : la momie Schéhamon prouve que je m'étais trompé. Il V J donc inscrire sur la planche le cartouche-nom propre -k i\ côté du prénom e qui s'y trouve déjà, — et placer dans le texte de la Lettre, en leur lieu, les détails que je te donne ici. Fais même un carton, si cela est nécessaire, la chose est trop importante pour la négliger.
Je vais bientôt procéder à l'étude des 175 manuscrits de tout genre, que renferme le Musée. Il n'y en a qu'une vingtaine de développés, mais je me propose d'examiner un à un les rouleaux pour faire coller de suite les plus importants. Je suis en discussion, pour cela, avec une espèce de directeur du Musée cjui me fait des difficultés de l'autre monde, ([uoicpie j'aie l'ordre formel du ministre pour en agir à ma fantaisie en tout et partout. J'en ai pn'^venu hier
1. Le comte do PaUn, grand aniateui- d'objets égyptiens, se plaignait souvent du «système absurde» de ChampoUion. Il prétendait savoir dcchilîrer tous les papyrus égyptiens, qui, selon lui. ne (.•ontonaient que les i)saumes de David, représentés par les caractrrcs andi/iics ihi chinois, et en (an;/ue chinoise. — Son Antih/sc tic l'Inscription hicrotjl//phiquc de Rosette (Dresde, 1824) nous allirme qu'une seule nuit lui avait suffi pour saisir à fond le vrai caructcrc de ce monument.
S. Ex. le Comte de Cholex, dont les bontés sont extrêmes pour moi. Cette grande affaire sera décidée aujourd'hui, et sans aucun doute à mon avantage. J'ai pour moi le pouvoir exécutif, la bienveillance du ministre, celle de l'Académie et l'opinion publique ; l'issue ne peut être douteuse.
Tu dois bien penser avec quelle impatience j'attends une de tes lettres, ne fût-ce que pour savoir si M. le Duc de
Blacas viendra ou non en Italie. Quelque plaisir que
j'eusse à le trouver à Rome ou à Naples, lorsque j'y irai, ce que je puis faire grâce à lui, il me semble qu'il serait mieux à Paris que dans la plus belle ambassade du monde ; je puis me tromper, mais cette incertitude me tourmente : fais-la donc cesser le plus tôt possible.
Le Duc de Clermont-Tonnerre, avec lequel j'ai dîné à Moncalieri, chez le marquis de Cavour, son beau- frère, ne croit pas non plus que moi à l'arrivée de notre excellent Duc. J'ai trouvé dans M. de Tonnerre et dans la Duchesse un accueil parfait ; j'ai respiré avec eux le bon air de France une journée entière, — cela fait toujours plaisir. Je les reverrai ici sous quelques jours.
Le Roi et la Reine sont encore en Savoie,.. .. Je n'ai pu présenter ma lettre à la Reine, — S. M. ne recevant personne dans ce temps-là, à cause de la mort du Grand-Duc de Toscane \ Elle est depuis partie pour franchir les Alpes, mais ma lettre lui a été remise par M. de Cholex avant son départ. — Tous ces autographes sont pour M. de Dolomieux, au souvenir duquel tu me rappelleras Adieu
1. Mort le 18 juin 1824. — Un prétexte suivit l'autre, et cette audience ne fut jamais accordée, malgré les instances du comte de Cholex et d'autres hommes distingués. Toutefois, le Roi fit demander une notice descriptive de son Musée Égijptlen à Champollion, qui la lui envoya sans retard. Traduite par Costa, elle fut insérée dans le Calcndario gcncrale pc' Regii Staii, 182.5, p. 462-470; le manuscrit autographe a disparu, paraît-il.
Turin, 1" septembre 1824.
J'ai reçu enfin deux de tes lettres, mon cher ami, et cela
le même jour : l'une par la main du tyran du Bosphore^ et l'autre par la poste. Le grand homme est arrivé ici après avoir essuyé des traverses infinies et passé cinq ou six jours, arrêté par les neiges et les pluies, dans un recoin du Petit Saint-Bernard. Son entrée en Italie s'est faite sous des auspices funestes, et avant d'avoir franchi le Pô, il aura à raconter au public une odyssée toute entière. Du reste, il rebrousse chemin et repart samedi prochain pour Paris. Il a été parfait avec moi, et, comme il est venu avec une lettre de toi, j'ai cru devoir l'accueillir et le guider sur la terre d'Egypte. Je l'ai conduit au Musée et j'ai pris quelque plaisir à le mettre en face des colosses de Thoutmosis P^ de Mœris, d'Aménophis II et surtout de Sésostris, qu'il a regardés avec une componction visible. Sa conclusion a été que ces statues-là sont de véritables portraits d'une très belle sculpture, et que nous n'avions point encore à Paris des idées justes sur l'art Égyptien. Je suis sûr qu'il regrette beaucoup d'avoir lu publiquement le ridicule Pasticcio de sa composition sur l'unité de type, de formes et de physionomie dans les monuments d'ancien style.
Il partira d'ici contrit et huinili('', et je m'attends à ce qu'il reçoive du caput eqiiinuni- une lionne perruque pour avoir cru trouver dans ces statues précisément le contraire de ce que professe le grand Q. de Q. ! Il a pris quelques notes et surtout sur les montants d'une porte en bois, avec