‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 15 sur 78 · A HUGUES BLANC · texte numérisé non relu

A HUGUES BLANC

Turin, 3 soptembre 1824.

Vous savez, mon cher ami, qu'une main de fer, appelée le Destin, règle les plus grandes tout comme les plus petites choses. Votre cours de théologie a été assez complet, pour que cela ne soit point passé de votre mémoire : je veux vous écrire depuis deux mois aussi ; mille circonstances me pressent, me détournent et m'ôtent la plume de la main.

1. San Quintino, directeur du Musée; son nom est souvent déformé de la sorte dans la suite de ces lettres.

t)E CHAMPOLLION LE JEUNE 49

Mais je la tiens bien cette fois-ci, et je la serrerai de manière qu'elle ne m'échappera point jusqu'à ce que j'aie réparé envers vous le tort que mon cœur me reproche.

16 octobre 1824.

C'est avec un pied de rouge sur la face que je viens d'écrire la nouvelle suscription de ma lettre ; j'ai voulu, pour la rareté du fait, vous montrer à quel point la pauvre humanité est le perpétuel jouet du Seigneur féodal, dont je vous parlais, il y a plus d'un mois, dans le précédent paragraphe. Cette lettre à deux têtes témoignera du moins que je ne vous ai point oublié, et que la bonne volonté ne m'a point manqué, pour me rappeler à votre amitié. Mais figurez-vous si je suis le maître de mes heures, je dis plus, de mes minutes, au milieu de plus de 50 statues Égyptiennes chargées d'inscriptions historiques, de plus de 200 manuscrits en hiéroglyphes, de 25 à 30 momies et de 4 ou 5 mille petites figures ou statuettes portant presque toutes une légende où je puis trouver à butiner. Le premier feu n'est point encore passé, quoique mes journées entières soient employées, depuis le 12 juin, à étudier les restes si curieux de ma pauvre vieille Egypte. J'ai trouvé ici des images colossales des plus fameux Pharaons ; la plupart sont de véritables portraits, et vous pouvez penser avec quelle complaisance mon œil se promène sur leurs traits si nobles et

si doux. —

Ma vie presque entière se passe ainsi au milieu des morts et à remuer la vieille poussière de l'histoire, quoique les vivants, et il n'y en a pas beaucoup dans ce pays-ci (la masse se figurant seulement qu'elle vit), m'aient reçu et accueilli avec toute l'aménité désirable'.

1. Cette lettre ne fut pas achevée, Hugues Blanc, frère cadet de M"" Rosine Champollion, étant survenu au moment même où son

BiBL. liGYPT., T. XXX. 4

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Turin, 4 septembre 1824.

J'ai reçu hier, mon cher ami, ta lettre du 26 août, contenant le préambule^ que j'approuve, comme tu pouvais bien t'y attendre, dans son entier : la phrase du ministre est parfaite, et j'ai été tout surpris et charmé en même temps de lui rendre un hommage qu'il mérite au fond, puisqu'il m'a si gracieusement recommandé ici Après de mûres délibérations avec mon hôte, nous avons décidé qu'on ajouterait à cette phrase : Et je dois en juger ainsi d'après l'accueil plein de bienveillance que j'ai reçu de S. Ex. le Comte Roget de Cholex, ministre de l' Intérieur, un mot pour M. le Comte de Balbe, qu'on ne peut oublier, puisque c'est lui qui a conçu le projet d'acquisition du Musée, projet glorieusement exécuté par son successeur au Ministère, M. le Comte de Cholex. Tu arrangeras donc la chose en termes convenables. Je dois trop à M. de Balbe et à sa famille pour l'oublier dans cette solennelle occasion :

Le cœur doit ici imposer silence à la politique.

Les deux corrections à faire à la planche des cartouches sont indispensables, et je les reproduis ici pour plus de sûreté. Garnir le cartouche resté en blanc au n° 4, ainsi qu'il suit :

beau-frère voulait la finir. Hugues Blanc, appelé « le théologien » dès son enfance, on ne saurait dire pourquoi, était d'une nature enthousiaste. Il s'intéressait vivement à l'antique Egypte, ce qui lui assurait l'amitié de « l'Égyptien ».

1. Il s'agit ici de la préface pour la Première Lettre au duc de Blacas, oii se laisse apercevoir de nouveau la collaboration du frère aîné.

fpZ^ Amon-maï. Et le cartouche suivant, n° 5, au lieu de

, mettre en tête cartoudu père

. Enfin, s'il en était temps, ajouter

du tableau de la Dynastie le

qui est celui

d'Amosispar Manéthon XVIIP, parce père, commen-

et mourut Ce cartouche partenant à la

che

la

son

Ainéuojlèp , donné V

comme premier Roi de

que Misphrathoutmosis ,

ça la guerre contre les Pasteurs

avant d'avoir délivré l'Egypte.

pourrait être noté comme ap-

XVIP Dynastie Égyptienne, si tu te décides à mettre colla-

téralement celle des Pasteurs. — Je ne tiens pas du tout

à ce qu'Akenchérès P"^ et Akenchérès II aient éiéfi^ères ou

fils l'un de l'autre, cela m'est fort égal; mais l'exiguïté de

ces deux règnes et leur durée égale ont quelque chose

d'aussi singulier que le même prénom, appliqué sur les

monuments à deux individus différents, lesquels toutefois,

d'après la Table d'Abydos, ne sauraient être que ces deux

Akenchérès. Il faut donc laisser la chose telle que Manéthon,

la Table d'Abydos et les monuments la donnent.

J'avais cru depuis longtemps, comme toi, dans ta seconde hypothèse de l'expulsion des Pasteurs, qu'elle avait eu lieu sous le Thoutmosis III des monuments, que Manéthon appelle en effet aussi Thoutmosis et fait fils, tout comme son Thoutmosis (ou Tliètmosis)-Amos/s, d'un Miphratlioutmosis, mais le fragment de Manéthon, cité par Josèphe, ne permet point de douter que VAm^osis ou Thoutmosis (l'Aménoftèp des monuments), le premier Roi de la XVIII® dans tous les canons, ne soit le véritable expulseur des Pasteurs. Car il est dit : 'o i/.oaXôjv aÙTo'j; ï\ Alyu^Tou paatXej; Te9- }jLW7'.ç l^xn'lz'j-jV) ^z--L TaO-ra' è'XaSe tt.v àp;^T,v AITOV nOZ XKIJPiiN.

1. Qu'il nous soit permis de compléter cette citation d'après l'édit. Unger : \Ltzy. laÔTa ï-■^^ irArj^'. T.vizt xa; |Jiïjva; TÉaiapa; xa; ÈxeXejTrjacv — xat TrapîXaêe tt,v à.Ç'fJCi aÙTOÙ u'iôç Xéëptov £Tirj oexaTpîa.

Il faut donc arranger ta chronologie en conséquence, car le fait est positif et l'on ne saurait s'en écarter. Du reste, tu sais que je n'entends rien à ces calculs. Sésostris est bien, comme tu dis, Ramsès VI.

Que le successeur de Chébron, que Manéthon appelle Aménophis P^ ne s'appelât pas ainsi, cela est possible, puisque les monuments le nomment Amonmai ou Amonramai; mais Josèphe a certainement tort de nier son existence. Son cartouche-prénom est sur la Table d'Abydos, et tu as pu voir, par ma dernière lettre et par la page précédente de celle-ci, que j'ai trouvé un scarabée de lui, nom et prénom, plus son nom propre sur la momie de Schèbamon au Musée de Turin, placé à la suite du cartouche-nom propre de sa sœur et successrice (sic) Amensé. — Ce sont les deux cartouches que je rétablis dans la page précédente.

J'ai cité en gros le passage relatif au Roi Horus avec le Seigneur, mais je n'ai pas mis le texte, qu'il ne serait peutêtre pas mal d'ajouter. Je ne l'ai pas sous les yeux : c'est de mémoire que j'ai cité. Tu arrangeras mieux que je ne pourrais le faire le tableau de concordance final, tu ajouteras les chiffres et dates, mais conserve les noms d'après Manéthon, comme je les ai écrits : Thoutmosis, Aménophis, Amensès, Miphrès ou Miphrà, Miphrà- Thoutmosis et non Thetmosis, Menophis, Misphi'ès, Aînesses et Misphragmouthosis, comme en portent les mauvaises éditions. —

J'ai embarqué ce matin Rochette, qui retourne à Paris. Je l'ai reçu ici comme s'il eût été des meilleurs nôtres. Nous avons diné ensemble avant-hier chez Costa et hier chez l'ambassadeur de France. Il a été mis en rapport avec Peyro.n ; je crois qu'il est content de nous, et s'il lève désormais {lacune) lance ou langue d'une manière hostile, ce sera un mc{lacufie) indigne de pardon. Je lui ai remis les empreintes du buste chinois pour Rémusat

Le protocole envoyé par le professeur d'Iéna, Kosegarten, est du règne de Cléopâtre-Cocce et de son fils Soter II. Il

porte : Dans l'année VI (?) (sic) de la Reine Cléopâtre

et du Roi Ptolémée Philométor-Soter et sous le prêtre d'Alexandre, des Dieux Sauveurs, des Dieux Adelphes, etc., etc. C'est le seul que je connaisse de ce règne. Je suis dans les papyrus jusques au col. —

AU MÊME

Turin, 11 septembre 1824.

Je fais tirer cent épreuves pour moi de douze gravures des monuments principaux du Musée, lesquelles doivent accompagner un mémoire de mon aide de camp, l'abbé Gazzera, intitulé : « Application du système de M. Champollion aux inscriptions hiéroglyphiques du Musée de Turin. ))

Ce mémoire va paraître sous peu de jours. Je compte

donc t'expédier les 100 exemplaires de gravures, que tu pourras faire joindre à 100 exemplaires de ma Lettre, en forme d'atlas, en mettant en tète une page ou deux que je t'enverrais et où l'on trouverait la désignation des monuments dont je parle de mon côté. Quoique ces planches lithographiées ne soient point exactement dans le style, elles peuvent suffire, toutefois, pour donner une certaine idée des principales pièces du Musée. J'expédierai donc ces planches au premier départ de la diligence. Tu vois qu'il

est urgent que ma Lettre paraisse vite.

Autre affaire' :

Le libraire Pomba de Turin m'a fait proposer d'en exécuter

1. Champollion se servait volontiers « d'une expression catégorique

une édition italienne : c'est Costa qui se charge d'en faire la traduction ; il est d'avis que la chose serait très convenable et que c'est une sorte de politesse à faire, bien due au gouvernement sarde, qui m'a ouvert son Musée sans restriction. Il serait d'autant plus urgent de faire cette édition qu'en général les savants d'Italie sont très en arrière dans les études Égyptiennes, et que la plupart d'entr'eux, ayant épuisé leurs forces sur les manches de couteau et tauroboles romains, croient impossible d'arriver à la plus petite notion sur les hiéroglyphes. Ils ont bien entendu parler de ma découverte, mais ils n'ont pas pris la peine de lire, vu que la chose est jugée d'avance. C'est sous ce rapport qu'une course à Milan, à Florence et à Rome est indispensable. Ce sera une mission que je ferai, et j'espère que les convertis ne manqueront point. En imprimant quelque chose en italien, ils seront ^/brcés de

lire. —

Je continue l'examen des manuscrits Égyptiens du Musée; j'ai trouvé jusques ici trois ou quatre beaux rituels funéraires, soit hiéroglyphiques, soit hiératiques ; plusieurs sont admirablement écrits, mais ces 175 manuscrits, provenant tous des tombeaux de Thèbes, ne sont presque toujours que des copies des mêmes textes, ce qui est bien désolant. Je me console toutefois, en pensant que toutes ces éditions d'un même texte me fourniront à la collation une grande quantité de variantes, et que j'arriverai à former un riche tableau d'homophones : j'ai déjà décroché quatre ou cinq nouvelles valeurs phonétiques, et c'est ainsi que je parviendrai peu à peu à completter le recueil des caractères de son. — Mes notes pour la grammaire hiéroglyphique grossissent et prennent une ampleur convenable. Je n'ai qu'un regret, c'est de trouver la moitié au moins des Papyrus que je développe et que j'ôte de leurs toiles ou étuis de baume, dans un état de dépérissement tel que je n'ose les toucher.

des textes égyptiens à l'endroit où l'on changeait de sujet et où l'on se servait de l'alinéa » (Aimé Champollion-Figeac).

Il paraît que leur séjour à Livourne, encaissés pendant trois ou quatre ans, leur a été très funeste. Un tiers, au moins, est réduit en tabac d'Espagne, et quelques parcelles seules ont résisté et permettent de voir leur contenu. J'ai rencontré dans tout cela peu de pièces démotiques et plus rien de Phénicien. Il me reste encore environ 80 rouleaux ou paquets à visiter; peut-être serai-je plus heureux. —

Le papyrus d'Iéna est du règne de Cléopâtre-Cocce et de Soter IL Ce dernier, comme je l'ai vérifié de nouveau, porte le nom de P^o/émée-PHiLOMÉTOR-SoTER ^ , ce qui est parfai-

JJ^yfy^^jU %J^^^i^^ *^°^^^* conforme • y^ à l'inscription d'A-

pollonopolis-Parva (Kous). Dans le contrat que j'ai trouvé ici du règne d'Alexandre II, la Reine s'appelle Bérénice et elle est qualifiée de sœur du Roi.

Peyron prépare sa note et je le presserai pour qu'il l'expédie. Tu n'y trouveras rien de bien neuf, puisque je t'ai déjà parlé des principaux éléments chronologiques, des lumières et des difficultés les plus notables que pouvaient présenter sous le rapport historique les manuscrits grecs de la collection. —

Maintenant que la presque totalité de la collection Drovetti est sortie de ses caisses, j'ai pu faire la commission de Cailliaud : j'ai examiné une à une toutes les pierres du Musée, et tu peux l'assurer qu'il n'en existe aucune de semblable à celle qu'il demande; d'où il résulte que la Pierre de Mcnouf est probablement perdue pour la science, grâce à l'incurie des grands hommes de la Commission d'Egypte. Adieu

AU MÊME

Turin, 15 septembre 1824.

Ci-contre (A) la forme du cartouche de la Reine

A Tmauhmot, exactement copié d'après l'original. — "ÇT^ Le tableau de concordance est très bon, sauf les noms d'après Josèphe qui ont été estropiés dans les copistes. Voici les véritables leçons, telles qu'elles devaient être dans les textes grecs de Manéthon :

l^"" Roi Amosis-Thoutmosis , fils de Misphra- Thoutmosis ; 6® Roi Miphra-Thoutmosis ; 10® Akenchersès, fille d'Horus;

17® Roi Aménophis-Ramessès. — Le reste est bon, et nous sommes bien d'accord sur les deux listes comparées. Le cartouche B /^r>r\ ^^^ celui de Misphra- Thoutmosis, père à'Amé- | '■^'^ j nqftèp, Y Amosis-Thoutmosis de Manéthon, chef [ ^^ I de la XVIIP Dynastie ; il doit donc être mis en tête l ...-, ,•.•! delaXVIII^immédiatementavant celui d'Ame- 1^^^ noftèp z'^^^, son chef, comme cela est aussi dans la Table d'Abydos, |û^| où il est le 13® en remontant de la seconde ligne. H ! ij est fait ainsi : /" ^ dans le dessin de Cailliaud. Sa ^ ^ place est bien ^ marquée, et je ne vois pas la difficulté que tu trouves. Le cartouche qui précède dans la Table d'Abydos est : ^^^^^^^ i^ N , que nous avons retrouvé sur des stèles et des V l/ scarabées.

La tête d'animal du cartouche B, quoique très mauvaise sur le dessin de Cailliaud, ne peut être que celle ^ ^^ d'un crocodile ^3. Il faut la faire ainsi dans ce car- V y touche peint sur la momie de Schèbamon ; cette tête est verte, ce qui confirme l'espèce.

Les cartouches de Semné n'ont rien non plus de bien embarrassant : les deux premiers, et qui doivent être accolés (^Z^ r~^ sur la légende royale de Mœris (Thoutmosis II), ^....l... ^ et je ne vois point pourquoi Mœris n'aurait pas ^ rappelé la mémoire ou terminé les travaux d'un Y de ses ancêtres, Roi de la XVP Dynastie, qui „ était aussi diospolitaine et sans doute de la même ^^ ^^^ race que la XVIIP. — Mon dessin de la Table d'Abydos, d'après Cailliaud, donne ce cartouche ainsi : /^ N c'est-à-dire comme celui que tu me dis être à Semné. Ton observation sur l'identité de ce cartel avec celui-

c'est- à-

est très juste, car notre ami Dubois a une amulette, sur laquelle le prénom de Thout-

mosis III dire trois

est écrit ainsi :

>rf à la place de

Quant aux cartouches de '<^ Barkal, que tu

crois être Philippe, ce qui l ' ' ' i serait bien extraordinaire, mon siège est fait là-dessus, et les cartouches de Le Lorrain, dont tu m'as donné une copie, m'ont fourni le mot de l'énigme. Ce cartouche, qui est entier à Nagâ et sur d'autres monuments de l'Ethiopie, est ainsi : /^ N , et Le Lorrain donne en môme temps la variante /^^\ qui explique tout. Il y a évidemment dans ce cartouche le nom propre Tg^pn (Thi-k), cjui ne

en

peut être que le Roi d'Egypte et d'Ethiopie v J TiHRAKA, — le Taracus ou Taraka de Manéthon, 3" Roi de la Dynastie éthiopienne : cela explique pourquoi il existe de ses monuments en lî^thiopie et en Egypte, car j'ai des scarabées venus de ce dernier pays. Le premier signe du cartouche a été copié -=> au lieu de ^=, synonyme de c:r^> (la main), par les voyageurs peu attentifs.

J'ai donc eu tort de m'en rapporter à eux et de lire Nihlak, Nahrak ou Naliilak. C'est Tihraka ou Tahraka,

second successeur de Sabacon. — Je réserve la page

suivante pour les protocoles des contrats d'Alexandre II, et je t'embrasse à la fin de celle-ci, ainsi que tous les nôtres.

Le second contrat de la môme année, — ils sont tous deux passés entre un certain Aménôth, fils de Senhorus, et un nommé Héraclide ou Heraclite et ses enfants. — ' Le second contrat fVJ/^ IUÀ^^4 ne contient que les premiers mots du

Protocole. Le reste est supprimé. La Renie y est toujours nommée avec la qualité de sœur. Je ne le croyais pas si mal écrit : je m'y suis pris trop tard, je l'étudierai encore. — Adieu, tout et toujours à toi. Le contrat est daté de Thèbes.

AU MEME

Turin, 22 septembre 1824.

J'essayerai de traiter pour 500 exemplaires de la

Lettre avec un libraire de Turin, mais le marché sera difficile à faire. Le seul qui fût en état de conclure l'affaire tenait absolument à une édition italienne pour l'Italie. Il comptait sur l'écoulement de son édition à la porte môme du Musée. Ce serait le livret des gens du bon ton, et on trouve très convenable qu'il soit en italien, — l'amour-propre national semble en efEet l'exiger; c'est bien assez, déjà trop, qu'un étranger écrive le livre en question. Il eût donc mieux valu, peut-être, ne tirer que 700 à 800, le reste pouvant nous embarrasser longtemps. —

Il parait que tu n'as entre les mains que la Table d'Abydos, telle que je l'avais reconstruite d'après les notes du Docteur Young. Les concordances que j'avais

établies n'étaient que provisoires, et le cartouche ainsi fait dans ce croquis est bien véritablement celui que Cailliaud a dessiné ainsi :

le prénom de Misphrà-Thontmosis , chef de la XVIII^' dynastie :

noftèp : ce dernier est VAde Manéthon , le premier ainsi dans la planche. Le car

père du Amê-

mosis- Thetmosis RoidelaXVIIP,

touche h. doit être avant le cartouche B, comme cela est en effet sur la Table d'Abydos, de l'une et l'autre édition, Young et Cailliaud. Je crois que voilà un point réglé définitivement. — Quant au calcul par génération, observe que la Table d'Abydos ne donne sans interruption que les générations depuis Aménojtèp, chef de la XVIIP, jusques à Ramsès II qui est l'Armais de Manéthon. Elles sont dans cet ordre, — en empruntant les noms de Manéthon : 1° Amosis-Thoutmosis, 2° Chébron, 3° Aménophis, 4° Miphrès, 5° Miphrathoutmosis, 6° Thoutmosis, 7° Aménophis II, 8" Horus, 9° Rathotis, 10° Akenchérès (P"" ou II), 11" enfin Armais. Et si nous ajoutons, d'après la liste de Manéthon, les trois générations, Ramsès, Ramsès-Metamoun et Aménophis III, nous aurons toutes les quatorze générations de la vieille Chronique.

Je persiste donc à croire ou que Akenchérès P"^ et Akenchérès II étaient //'ères, ce qui expliquerait pourquoi le prénom qui leur est commun, n'est sculpté <:[\i' une fois dans la Table d'Abydos, ou bien que Ramsès, successeur à! Armais, et qui n'a régné (\\i'un an, était frère du précédent ou du suivant. La Table d'Abydos, qui finissait à Aj^maïs ou qui est incomplette à cause des cassures (ce qui est moins probable), ne peut point décider le dernier point, puisque les cartouches, depuis Armais jus(iues à Ramsès le Grand, n'existent plus ou n'ont jamais existé dans ce tableau généalogique. — Il est certain que dans les lettres suivantes je parlerai des Dynasties antérieures à la XVIIP. C'est alors que tu pourras développer ton opinion sur les Pasteurs. Je suis, au reste, bien

d'avis que Mts-

phrathouttnosis , ^

père du chef de

la XVIIP, fait partie

de la XVI I^ Dynastie

légitime , collatérale

des usurpateurs étrangers. — Je suis fâché

et de l'accident de Le-

tronne et de son incrédulité : le contrat que

je t'ai envoyé est bien

d'Alexandre II. Je l'ai

copié de nouveau, et,

après un mûr examen, je crois que voici la véritable version qui ne diffère point, je

pense, essentiellement i^v- — - à\ '^ •■

de celle que je t'ai en- ^^^ "^^^11 î? - J^L5^ voyée: ^<^ ^^^ ^^ A "^ ''Tj'

Dans l'année F/®, le 4 d'Athyr du Roi Ptolém,êe, surnommé Alexandre, et de la Reine Bérénice , sa sœur, Dieux Philométores : sous le prêtre d' Alexandre et des Dieux Sauveurs et des Dieux Adelphes et des Dieux E vergetés, et des Dieux Philopatores et des Dieux Eucharistes, et des

Dieux Philométores et des Dieux Évergètes, et des

Dieux Philométores. Ce papyrus est si mal écrit que je ne puis bien distinguer le titre de Philométores de celui de Philadelphe qui ont une ressemblance générale en écriture démotique. Le 2® contrat du même temps n'a pu me servir de contrôle, puisqu'il ne renferme que les premiers mots du protocole.

J'ai appris dimanche dernier, à dîner chez M. de Lutzow, ambassadeur d'Autriche, ce qu'il fallait penser en définitif du passage de Thucydide. C'est M'''"""' Tosti, envoyé du Pape, qui m'a mis au fait. Il m'a annoncé aussi que le passage de Strabon était officiellement mis sur le tapis académique. Je crois que nous n'y verrons pas plus clair pour cela sur les médailles en question.

Quant à mes oreilles, — toujours le même concert instrumental. Cela va assez bien du reste : les chaleurs, que je craignais et qui ont été très fortes, ne m'ont point incommodé, grâce à deux précautions sanitaires qui m'ont été indiquées par M. de Marcieu, notre compatriote : 1" quelques décoctions de Quina prises à jeun ; 2° me coucher et dormir de mon mieux de deux heures jusques à cinq, ce que j'ai fait au grand soulagement de mes nerfs et de ma tête. Mais depuis un mois à peu près la sieste est supprimée, parce que

l'air s'est considérablement rafraîchi. — A toi de cœur

et d'âme ^1.

AU MEME

Turin, 25 septembre 1824.

Je joins à mon envoi le dessin qu'on m'a envoyé de

Florence d'un bas-relief Kgyptien, très curieux, représentant

des arts et métiers. Il fait partie de la collection Nizzoli

et il contient le peintre de sculptures, le forgeron avec des

soufflets, comme lous poïroulliers\, le chaudronnier, les vernisseurs de vases et d'amulettes, le menuisier, le préparateur de cuirs, le cordonnier et le charron. Cinq ont leurs noms hiéroglyphiques; celui du cordonnier commence par le caractère figuratif 0/ sandale, et le peintre de sculptures par celui décrive, peindre Hii|. C'est une chose à étudier et à publier dans le temps. — Je ne saurais rien te dire du sarcophage Saulnier ; le déplacement de l'ordre des signes tels que tu me les envoies me jette dans de grandes incertitudes. Je voudrais une copie dans l'ordre même où ils se trouvent sur l'original : une empreinte en papier de cette partie des légendes ferait à merveille et nous saurions de suite s'il s'agit d'un défunt ou d'une défunte. L'absence de la barbe ne prouve rien; j'ai ici des momies d'homme, et très Jiommes, qui n'en portent sur aucun point de leur cercueil. Les idées de Rozières sur l'élévation du sol de Thèbes peuvent être justes, s'il entend par 2000 ans = 2000 ans avant L'ère vulgaire. Je crois que M. Girard m'avait dit quelque chose d'approchant à ce sujet. Du reste, notre siège est fait et bien fait : ce ne sera pas quelques pieds de limon de plus ou de moins qui pourront le déranger, pas plus que le silence obstiné du « grand tragédien ». Le cartouche (o ^ ul de la stèle Saulnier est bien celui d'un des Rois de la Dynastie légitime antérieure à la XVIIP. C'est le quatrième prédécesseur d'Aménoftèp, chef de la XVIIP, sur la Table d'Abydos, où il est fait ainsi : f"^^ . Je l'avais déjà

lection Palin, titre Roi, fils • ^■^, ^„ — ,..^ xv.v^^v.x, "- 1 |j I lieu du globe o, nom phonétique du So- V — y leil '^^ (PH). donc le 4*^ Roi de la XVI« Dynastie ou de la légitime, comme tu voudras l'appeler, ce sur faudrait bien s'entendre. Voici une idée à

reconnu sur un scarabée de la col- i ^ n° 410, /<r^, où il est précédé du iji ( ^ /vvv.^ Ici, et dans lequel, au { ij

1. « Lous poïrouUiers », patois figeacquois, signifie les forgerons.

examiner à cet égard : ne serait-il pas possible qu'un certain nombre de cartouches de la Table d'Abydos, pris en remontant de Misphragmouthosis z" ^., ne fussent que des prénoms de personnages ancêtres ' ' ^r-vTXTT. t^

nastie, lesquels auraient bien exercé rain en haute Egypte et en Nubie,

d(3laXVIIPDy- ^y. le pouvoir souve-

„ ^ pendant les Pas-

teurs, mais qui n'auraient point été v J compris par Manéthon dans une Dynastie proprement dite, soit la XVP, soit la XV" ? — Il y aurait contre cotte hypothèse le titre de Roi (iJaar-.Àe'jç), quc Manéthon donne à Misphragmouthosis :

£7:'. oè IJaT'.Xîto;, tfi ovo[Jt.a elva-. M'.(7cfpaY[j.ojOco!T'.;, etC. Mais il Ic donUC

aussi à d'autres chefs Égyptiens de la Thébaïde ou du reste de l'Egypte, qui firent aussi la guerre aux Hykschos : -zZy^ l/.

TroijjLivaç eTraviaxaTiv. De pluS, le mot ÈTravâaxaatv s' insurgèrent,

d'ÈTTxv(crTT,;jL'., insurgo, rebeJlo, seditionem moveo, semble indiquer que ces Rois étaient des feadataires des Pasteurs, des Égyptiens investis de la puissance suprême par les Rois Hykschos et gouvernant diverses portions du Pays au nom des vainqueurs dont ils secouèrent enfin le joug par les exploits de Misphragmouthosis-Aménoftèp, qui rétablit la monarchie Égyptienne. Je soumets le tout à ta sagesse : mais il faut se décider là-dessus avant que je commence ma Seconde Lettre, qui ne saurait aller aussi vite que tu semblés le désirer. J'attends ta décision pour l'édition italienne et l'envoi successif des feuilles tirées pour cela. Je t'embrasse, ainsi que tous les vrais nôtres

AU MEME

Turin, 6 octobre 1824.

Ce retard de tes lettres peut tenir aux pluies épouvantables qui tombent ici et dans les Alpes depuis dix jours

; il paraît qu'on est habitué ici à payer au mois d'octobre

les beaux jours du printemps et de l'été. — Je t'avais parlé dans ma dernière de quelques idées relatives à l'état de subjection dans lequel les Rois Égyptiens de la XVP Dynastie me paraissent avoir été vis-à-vis les Rois Pasteurs. C'est un point très capital à éclaircir, et les passages du Syncelle déjà mis en avant me semblent donner un certain poids à cette hypothèse : je retrouve encore dans ce même chronographe et dans l'extrait qu'il donne de l'Africain deux assertions qui corroborent singulièrement l'idée que certains Rois Égyptiens recevaient l'investiture des Pasteurs leurs légitimes Suzerains. Le Syncelle dit d'abord que 4 Rois Tanites succédèrent à Concharis, détrôné par les Pasteurs la 700® année d'un cycle cynique, et que ces 4 Rois gouvernèrent V Egypte SOUS la X VIP Dynastie pendant 254 ans, AteoélavTo tanitai

BautXeTç A oi xat èêatJtXeuaav A'tYUTt-uou ettî Tfjç IZ ouvaixeiaç ety) SNA ; et

de son côté l'Africain (d'après l'extrait du Syncelle) place dans sa XVIP Dynastie qui est aussi une dynastie de Pasteurs 43 Rois (sauf erreur de nombre) Pasteurs régnant concurremment avec 43 Rois Thébains-Diospolites pendant 153 ans

IZ A'jvaa-:. IIot|JLÉv£ç aXXot BaaiXsTç \x^ -/.al Or^^aïoc AtoTTroXTTa'. [jLy, et il ajoute I '0|jLoù 01 rioi[j.£V£;; ■/,%'. o\ OrjêaToi èêaatXeuaav exir) pva tç. t (pour

153 du texte latin) : il est évident par l'accord de tous ces divers passages qu'il exista une Dynastie Égyptienne à Thèbes pendant que les Pasteurs occupaient l'Egypte Inférieure et que ces Rois Diospolitains étaient ^/eM(ia?;a?>'es ou à peu près. Il ne resterait plus qu'à décider si les Rois de

la Table d'Abydos dont les prénoms sont ainsi formés

UU

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