‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 18 sur 78 · De l'ambassade de France à Turin · texte numérisé non relu

De l'ambassade de France à Turin

3. ChampoUion croyait à tort que Biot ne lui avait pas encore pardonné leur désaccord à l'égard du zodiaque de Dendérah.

mais quelques tasses de décoction de Kina me tireront d'affaire. — Je compte finir cette semaine le tirage de mes fragments et commencer l'étude des vingt papyrus Royaux

que j'ai trouvés d'abord à peu près entiers. — Adieu,

mon cher ami, écris-moi plus souvent et présente mes respects et tendresses à notre Vénérable, en lui faisant part de mes nouvelles conquêtes. Je suis tout et toujours à toi de cœur et d ame.

Al' MEME

Turin, 15 novembre 1824.

J'ai enfin terminé, mon cher ami, le triage de mes noix, et, dans ce travail qui m'a occupe jusques à prissent, j'ai été assez heureux pour retrouver un certain nombre d'autres fragments du Canon Royal hiératiijue : je dis Canon Royal, puisque plusieurs morceaux de cet inappréciable manuscrit prouvent qu'il était partagé en deux colonnes de prénoms Royaux, suivis du nombre des années du, rèr/ne exprimées en chiffres hiératiques do la manière suivante :

Hhit /Wa^^J^-f ^<^> )ffKiilM^lë)iK•*•'• fc'est-à-dire :

Mais, par malheur, ce ne sont que des fragments au nombre d'environ quarante, qu'il m'a été impossible de raccorder entr'eux, malgré le soin et l'attention les plus soutenus. Cela prouve et l'étendue de ce papyrus dont il ne reste que la moindre partie, et l'abondance extrême de documents historiques qu'on eût pu en retirer, si les barbares ne Teussent point mis en lambeaux. J'ai trouvé quelques noms Royaux écrits à Vencre rouge au milieu des autres, tracés en noir ; je présume que c'était là les noms des chefs de dynastie. Tout ce que j'observe et que je puis dire en contemplant ces précieuses reliques ne peut que redoubler la douleur d'une telle perte peut-être irréparable à toujours : de tels trésors historiques peuvent ne point se retrouver deux fois, et j'avoue que le plus grand désappointement de ma vie littéraire est d'avoir découvert ce manuscrit dans un état aussi désespérant. Je ne m'en consolerai jamais, — c'est une blessure qui saignera longtemps.

En définitif, j'ai recueilli parmi les débris de ce Canon Royal, qui était un véritable Manéthon en écriture hiératique, environ IGO à 180 prénoms Royaiw; beaucoup sont entiers, mais beaucoup aussi sont tronqués, sans commencement et sans fin. Un certain nombre se saicent, ce qui sera toujours un moyen de classification chronologique. Le résultat le plus marquant de cette exhumation est, sans contredit, la preuve acquise que les Égyptiens, à une époque très reculée, puisque ce texte se trouve au milieu des débris d'archives qui ne descendent point au-dessous de la XX® Dynastie, comptaient près de deux cents règnes antérieurs à la XVIIP Dynastie ; car dans tous ces fragments du Canon il n'existe pas un seul cartoache semblable à ceux des Rois de la XVIP, de la XVIIP et des dynasties suivantes. Quant aux conséquences à tirer de ce fait capital, c'est : 1" que Manéthon a suivi les idées Égyptiennes en donnant trente Dynasties, et 2° que l'opinion de l'excessive anti(iuité de la nation était en vigueur vers le XIP siècle avant notre ère.

Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret

de Livourne d'une énorme caisse de papyrus Égyptiens appartenant à M. Sait. Il paraît que ces manuscrits sont en vente ; on m'en enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs grands et petits restassent un jour ou deux dans le Musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection ; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments, ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. C'est un concert perpétuel d'imprécations que j'ai le soin pieux de diriger à leur véritable adresse'. Notre ambassadeur de Toscane est parti d'ici, le cœur navré de regrets.

Mon correspondant de Florence, Migliarini, m'envoie en même temps l'inscription d'une momie grecque trouvée dans le même caveau que Pétéménon. Voici les détails qu'il tient du voyageur qui lui en a donné copie. On a trouvé sept caisses de momies, toutes avec des inscriptions grecques et hiéroglyphiques, dans des fouilles faites à Thôbes en présence de l'Intendant de M. Sait et M. Grey. Toutes ces momies étaient d'une même famille : un petit sarcophage a été acheté par M. Grey (c'est celui de Tp/iout, gravé dans les Hieroglijphics) ; un a été mis en pièces (c'est probablement celui dont Cailliaud a copié l'inscription, Soter, fils de Pliilout); deux ont été achetés par un Anglais; on ne sait où le reste a passé. Tous ont été dessinés, dit-on, avec soin, et les dessins se trouvent inhumés dans les portefeuilles de M. Banks*, qui ferait mieux de les publier que d'enlever

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