‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 20 sur 78 · A J.-A. SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

A J.-A. SAINT-MARTIN

Turin, 23 novembre 1824.

Je comptais, mon cher ami, en partant de Paris, vous écrire de Turin l)ien plus tôt que je ne le fais, parce que je m'attendais à trouver ici, au milieu de 8.000 pièces, quelques morceaux Persans dignes de vous intéresser. Il n'y a rien absolument qui se rapporte au vieil Iran, si ce n'est le nom seul du Roi Histaspe, tracé en écriture démotique :

s, il la tête de quelques \N( V?C'q/ C^pÇûX^) contrats des années 15,

21 et 37 de son règne.

En apprenant la mort de votre collègue Bernardy,

j'ai présumé qu'il y aurait enfin élection à l'Académie : vous ne pouvez point douter, puisque tout l'attachement qui me lie à mon frère vous est bien connu, que mon plus ardent désir ne soit de le voir préféré à tout autre. Je me hâte donc de vous recommander ses intérêts; c'est au nom de notre ancienne amitié, sur laquelle je compte toujours, que je vous prie de faire pour mon frère ce que vous feriez pour moi, j'aime à le penser du moins, en une semblable occasion.

Je sais aussi que quelques personnes ont bien voulu penser à moi pour cette place vacante; mais, absent de Paris pour un temps indéterminé, je ne puis qu'être flatté de cette marque de bienveillance, sans pouvoir en proliter pour le moment. Je n'ai absolument, à cet égard, aucune sorte de prétention : mon seul et unique vœu serait que les suffrages se réunissent sur mon frère, et je vous prie encore une fois d'aider à son accomplissement. Vous savez d avance corn-

bien tout ce que vous ferez^pour cela^sera agréable à votre tout dévoué

^^' cÀ\^\\/^ic>î\ U\

(Lettre non remise à son adresse, comme inutile. Champollion-Figeac. )

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Turin, 23 novembre 1824.

Je réponds, mon cher ami, à ta lettre du 13, numérotée 19 : j'espère que tu as reçu toutes celles où j'entre dans quelques détails sur mes trouvailles dans le détritus des manuscrits E^gyptiens que j'ai découverts dans une caisse, où l'humidité achevait de les ronger. Mon projet, bien arrêté, était de t'écrire lundi passé selon ma nouvelle habitude; mais un paquet inattendu, et qui m'arrivait de l'Egypte par je ne sais qui, m'a jette dans des recherches que je n'ai pas encore terminées, mais dont j'attends de beaux résultats, c'est-àdire la connaissance pleine et entière de tout le système de numération et de notation du temps dans les trois écritures Égyptiennes. Je puis t'annoncer que ces points-là sont décidément dans ma main ; il ne reste plus qu'à les ramasser, et c'est encore dans mon fumier de papyrus que j'en retrouve tous les matériaux. Aucun texte, soit hiéroglyphique, soit hiératique, soit démotique, ne m'embarrasse plus désormais; je les déchiffre à plaisir, année, mois, quantième du mois. Ce beau coup de filet m'a été inspiré par la lettre ci-dessus mentionnée et venue d'Alexandrie. C'est le Consul général d'Autriche, M. Anastasy^ qui m'écrit, à la date

du 7 septembre passé, qu'il u lu avec admiration (c'est le style d'usage quand on parle à un auteur) mon Précis du Système /uérogli/phicjiie, qu'il s'est empressé d'en faire des applications sur les monuments qu'il possède, et qu'il en est résulté, pour lui et pour M. Sait, l'Anglais, une conviction complette de la vérité de mon système. Il a surtout été charmé de lire lui-même le nom du Roi Néchao,/ils de Psainmitichus, sur deux stèles dont il me prie d'agréer les dessins très soignés. C'étaient deux pierres funéraires relatives au même individu, nommé Psammétichus n ^. ^

Prêtre d'Anubis, Jils de Oohvèn lohbuben; toutes deux portent la date de l'an P^ le pi-emier jour du mois d'Epiphi, sous le sacerdoce (c'est-à-dire du règne) du Roi du peuple obéissant, /" N /di^\ (prénom), fils du Soleil, Nekaô

' ' "^ " " ' dit prêtre Psammétic/ius a vécu

. ^ . r nnn iii-^::^©

mois, 2 lours, \

^ ' nnn ii o nu

(nom). Le 65 ans, 10

Immédia- v J v y tement après cet âge du défunt vient, sans aucune séparation, une seconde date que je ne sais à quoi ni à ([ui rapporter. Elle est ainsi conçue :

\ Lan XXVII, du mois de P/iar-

mouthi le 28. — Ledit défunt a été enterré le 2 du mois de \^\ I /wwvA ). En réunissant les trois noms

nouveaux de mois à ceux que j'avais déjà réunis, sans savoir auquel des douze chacun d'eux se rapportait, je suis, en une demi-heure, parvenu à connaître par A-|-B le système de notation des mois en écriture hiéroglyphique. J'ai remarqué : 1° que les caractères ou groupes dominants dans tous les noms de mois se réduisent à trois : TmT , et r^^ , ou oo

par abréviation; 2" que chacun de ces groupes prend successivement 1, 2, .j ou 4 lunes renversées -^=^ au-dessus de lui, ou bien une '-■^=^, suivie des chiffres i, il, ni, un, ou bien encore \ , \\ > \\\ > \\\\' ^^ *1^'^ donne (juatre noms de mois difj'rrcnls par groupes. Or, comme 3 fois 4 font 1;:^,

je possédais donc déjà les éléments de tous les noms propres de mois; il ne s'agissait plus que de savoir l'ordre dans lequel il fallait placer les trois groupes dominants qui chacun fournissaient quatre noms de mois. Le fragment de monolithe Choiseul', qui est au Musée Royal, m'a donné la solution du problème. Je trouve dans ce fragment de calendrier sacré que le mois T^T^T précède immédiatement le mois ^ ,

et que le mois ^^^^ précède immédiatement le mois

1 'ICCCCC^- L'ordre des caractères de mois est donc incontestablement fixé, grâce à q,q fragment, qui ne pouvait pas être brisé avec plus d'esprit, puisque, dans l'état déplorable où il est, il suffit encore pour nous éviter bien des sueurs. Tu trouveras le tableau des mois hiéroglyphiques, tel que je l'ai déduit ainsi théoriquement, en partant de faits positifs dans la feuille ci-jointe'.

En appliquant ce tableau à l'Inscription de Rosette, où sont mentionnés trois noms de mois, il en résulte que les mois de Thoth et de Mésori ( | T^TtT et ^^^ czsoj sont bien exactement exprimés, mais que le mois de Méchir, ainsi marqué I dans l'inscription, est une faute évidente; on a mis

ce groupe à la place de "^^^ ^^> ^n se trompant seulement dans le signe de la saiso/i T^T^T pour ^^, car les trois caractères fondamentaux Mit, et ^;j^ indiquent sans aucun

/www

doute les trois saisons de l'année Egyptienne. Le quatrième caractère indique les mois de l'inondation, le premier les feuilles des arbres, et le second lesfeurs ou fruits. Il est impossible que le mois de Thoth ^ T^T^T et celui de Méchir appartiennent à la même saison, comme cela serait si l'Inscription de Rosette avait raison de mettre Paopi ^

1. Sous ce nom-là, le fragment mentionné n'est plus connu aux Musées égyptiens de Paris.

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