INTRODUCTION III
Ils l'avaient connu à Grenoble, et ils l'avaient prié, depuis 1818 au moins, de se fixer à l'Université de Turin comme « professeur transalpin ». Mais l'amour passionné de celui-ci pour Grenoble et pour ses alentours avait toujours paralysé leurs efforts. Ce qu'ils estimaient avant tout dans Champollion, c'étaient les idées qu'il professait sur le juste équilibre de la liberté nationale! Ils savaient bien ce qu'il avait dû soufïrir par cela même, et ils n'ignoraient pas combien on l'avait calomnié soit à Paris, soit à la Cour de Turin, où on aimait beaucoup son ennemi implacable, le baron d'Haussez, préfet de l'Isère. Et pourtant, n'était-ce pas Champollion, qui, pendant une fort mauvaise crise vers la fin de juin 1815, avait sauvé Grenoble « des (jriffes du peuple souverain »? — Malgré cela, le baron d'Haussez, jadis bonapartiste fervent, ensuite royaliste outré, se plaisait à appeler Champollion « le Jacobin enragé ».
Or, le comte de Balbo et Lodovico Costa étaient euxmêmes en désaccord grave avec leur Cour, qui pourtant, bien malgré elle, ne pouvait pas supprimer l'esprit de noble liberté qui distinguait le monde savant et bien des seigneurs de Turin. — Le jour même où il reçut la nouvelle de Cesare Balbo, Champollion écrivit à Costa', et aussi vite que possible il eut une entrevue avec le duc de Blacas, son protecteur décidé. Sa situation était vraiment déplorable à cette époque-là.
Et voici pourquoi :
Vers la fin de 1822, il avait écrit à Augustin Thevenet, son ami intime à Grenoble : « Tout le monde me répète qu'une des premières places vacantes, à l'Académie, sera pour moi. Je commence à croire que cela pourrait bien être et que désormais, grâce à ce succès général, mes alïaires vont prendre une tournure telle que ceux qui m'aiment peuvent le désirer. Il me tarde fort ({ue cela arrive Avec