Voir plus haut, p. 127 du présent volume
Tu as raison de penser que j ai en main des moyens de démontrer l'ordre des signes démotiques, hiératiques et hiéroglypliiques des mois. Le tableau en question est assis et fondé sur granit, c'est-à-dire sur preuves monumentales incontestables. La masse considérable de pièces datées que j'ai trouvée ici ne m'eût laissé que peu de doutes et d'incertitudes sur l'ordre véritable, quand même je n'aurais pas eu dans le Pyramidion du monolithe, dit obélisque Choiseul, l'indication précise de la succession vraie des signes radicaux de mois MtT , et ;^;^;^ . Le registre de recettes du père Thoutmès, qui va jour par jour depuis le 16 Paopt jusques au 13 Pharniout/d, toujours de l'an XII de Ramsès V, donne déjà à l'hiératique, et par suite pour l'hiéroglyphique et le démotique, l'ordre précis des deux premières séries. Enfin, un registre pareil du sieur Mandoumès et de l'an III du Roi Ramsès X (Thouôris, de la XIX«) va depuis le 24 Méchir jusques et y compris la fin de Mésori, ce qui fournit incontestablement l'ordre des trois séries entières en commençant par le n° 2 de la première. J'aurais, s'il le fallait, cinquante pièces pareilles à donner en preuve. L'ordre de mes tableaux est donc sûr et certain, plus que certain. Il reste maintenant à expliquer ces caractères de saisons dont l'ordre est fixe, employés dans une année vague. Il est évident qu'on a voulu ou cru établir ces signes, tout comme ceux du zodiaque attachés à chaque mois, pour une année Jixe. Si les calculs ont été mal faits, l'institution n'en est pas moins demeurée sacrée et consacrée par l'usage; remarque d'ailleurs que le même inconvénient, un déplacement tout aussi criant, avait lieu pour toutes les fêtes du calendrier sacré, lesquelles arrivaient successivement dans chaque jour" de l'année dans le cours d'une année de Dieu ou cycle caniculaire. Pourquoi veux-tu que des gens qui célébraient souvent la fête du printemps en automne et celle de l'hiver en été fussent plus scrupuleux dans l'emploi de simples signes? Ce déplacement avait de bien moindres consé-
quences. D'ailleurs, s'il est vrai que les noms de mois, Tlioth, Paopi, etc., fussent, ainsi que je le crois depuis longtemps, de simples noms relatifs aux/c/es principales que l'on célébrait dans le mois, la saison ne faisait rien à la chose, pourvu qu'on célébrât la fête dans le mois où elle devait tomber et qui en portait le nom. Or, comme les fêtes étaient mobiles, s'ils eussent, pour la chronologie et les actes publics, adopté et transcrit les noms de mois, Thotli, Paopi, etc., ils eussent fini par ne plus savoir où ils en étaient, en casant une date. Les noms de mois des trois systèmes, je veux dire les signes par lesquels ils les désignent dans les trois écritures, sont de simples signes d'ordre et de divisions cJironiqiies de l'année, bien plus faciles à saisir que des noms de mois liés à des fêtes mobiles. Dans tous les cas, la notation Égyptienne des mois, telle que je la trouve, n'eùt-elle pas le sens commun, fût-elle cent fois plus absurde, je m'en lave les mains, c'est un fait positif. Il faut bien le prendre tel qu'il est.
Quant au sens des signes T^T^T , et ';c!^, voih'i la dif-
ficulté. Le premier est un ly (sc/i). Est-ce l'abréviation du mot lywAi, l'été ou la première saison Egyptienne, car, pour exprimer ih È'ap printemps, la version Égyptienne de la Bible dit : ^HÙujwxj., c'est-à-dire le commencement de l'été? C'est probable. La forme hiératique et démotique de est
yv ; c'est le groupe qui signifie. //'o/»^/?/', hlé, dans l'Ins-
^^ cription de Rosette. Quant au troisième, je suis certain comme de mon existence qu'il veut dire axoot ou Aïoeioo-ye, l'eau, les eaux. C'est l'inondation. Ces tkois saisons sont parfaitement caractérisées dans tous les tableaux d'agriculture peints dans tous les grands rituels funéraires.
Tu peux laisser tes notes criti((ucs sur le uK-moire du
S"' Cav. San Quintino; c'est un Jobard (jui me cause tous les ennuis que j'ai ici. N'oublie pas le bon abbé Gazzera,
c'est un vrai nôtre. J'attends avec impatience les dessins de Vienne et surtout ceux de Paris, je ne puis terminer ma Seconde Lettre sans ceux-ci. La petite ligne démotique transcrite dans ta lettre est bien une date, comme tu le dis. Elle porte : L'an V de Choïak, le 20 de Je suis très curieux de savoir de qui. Je voudrais bien que ce fût d'un Empereur, ce serait unique jusques ici. Les contrats d'Alexandre sont de l'an XXVL Ceux d'Épiphane : l'un est bien de l'an VIII, Choïak 4, c'est celui dans lequel le prêtre d'Alexandre se nomme Demétrius ; l'autre, du sacerdoce de Ptolémée, Jîls de Ptolémée, est d'Épiphane aussi, mais de l'an XXI, 9 de Méchir. Ce dernier mentionne le sacerdoce des Dieux Epiphanes, et le premier ne parle (comme cela doit être, puisqu'il est antérieur d'un an à l'Inscription de Rosette et surtout au mariage d'Épiphane) que du Dieu Euchariste. C'est une nouvelle preuve de ce que tu as dit. Tu as très bien fait de moucher Blondinet'. Qu'il digère sa justice tant qu'il voudra. • — J'ai, depuis deux jours, ici la visite du frère Hugues Blanc; il est venu savoir au juste comment je me portais, il m'a trouvé en très bon état. Notre hiver, que je craignais un peu, est d'ailleurs magnifique, peu de froid et pas trace de neige jusques ici, malgré le voisinage effrayant des colosses alpins. J'espère que cela durera encore pour le peu de temps que j'ai à rester ici avant d'aller faire mon jubilé en lieu plus chaud. Adieu, mon cher ami, respects, tendresses, amitiés et souvenirs à qui de droit. Je t'embrasse et suis toujours tout à toi de cœur.