AA^^AA
Supplions I Amon-Ra, | Roi des Dieux, | Seigneur du Ciel, | qu'il donne | 6 7 8 9 10
la vie heureuse | à l'adorateur, | à Osortasen (homme), | fils de | Hontèb
(femme).
Il est évident, pour moi, que le 7® groupe LJl , souvent écrit I ■ lA I' ^^ "^ê™® 1[JJ , ne peut signifier, comme vous le pensez
également, Monsieur, que V adorateur ou plutôt celui qui fait l'offrande, ce qui nous ramène au copte k*., k*.*., kw, placer, ponere. Je trouve en effet ce même groupe U I perpétuellement tracé sur toutes les stèles funéraires, à la suite de l'indication détaillée soit des offrandes, ainsi qu'il suit :
illl i 1 D illl illl ^3^ or J -
une grande quantité (igo mille, beaucoup) de pain, une grande quantité de vin, une grande quantité de bœufs, une
grande quantité d'oies et d'autres biens purs soit aussi
à. la suite des biens que les dévots Égyptiens demandaient aux Dieux, conformément à la formule habituelle par laquelle ils espéraient obtenir de la Bonté céleste une maison fournie de pain, de vin, de bœufs, d'oies, etc., etc., passages dans lesquels le groupe LJl exprime nécessairement des idées di adoration ou à.'o[frande. Ce qui me fait pencher, enfin, pour la dernière de ces acceptions, c'est qu'un manuscrit du Musée de Turin me présente une peinture dans laquelle les offrandes faites au nom du défunt, et qui consistent aussi en pains, vases de vin, bœufs, canards, etc., sont placées sur un autel justement dans V intervalle des deihv bras réunis qui forment le caractère en question :
Il me semble bien difficile, en conséquence, do trouver un meilleur commentaire pour l'explication de ce signe hiéroglyphique. Dans tous les cas, le sens du groupe LJl nous fût-il totalement inconnu, il reste toujours certain que, pris phonétiquement, son premier signe répond aux consonnes k ou x ^^ l'ai plia bot copte-grec. Los deux exemples cités précédemment suili-seiit pour l'établir.
J'avais également remaniué l'emploi du même gioupe U I ^ dans l'hiéroglyphe dont les groupes cités dans votre
lettre sous les n«MO M , "^ IL sont des dédouble-
ments, et le n" 9 0 LJ une simple abréviation. Je suis convaincu que ces divers groupes expriment soit un nom de région, soit un nom de ville ou de grande habitation, puisqu'ils sont affectés des signes déterminatifs „ demeure ou ^ région. J'ai déjà recueilli en effet, sur les monuments de divers genres, les noms hiéroglyphiques d'un grand nombre de miles de l'Egypte, et presque tous sont formés du caractère r ou J (une enceinte murée) renfermant le nom du dieu Éponyme de la cité; ainsi, par exemple, Thèbes est toujours nommée la demeure ou V habitation d'Ammon, et son nom est écrit la maison d'Ammon (I ou bien
[I OU même nc^^^^. Nous trouvons le nom de Memphis
dans Tinscription de Rosette sous la forme n Q U habitation
Lu Cl X D 0 ^
de Phtha, et je le rencontre ailleurs ainsi figuré 9 .
Enfin, Monsieur, les noms propres des principales villes de
l'Egypte, que je crois avoir reconnus d'une manière certaine,
tels que ^ la demeure d'Athyr (Tentyris),
Mil IDl III
LdX7
(1 r habitation ttô ( Apollonopolis magna, Jj l'habitation d'Isis (Isidis oppidum), [J
la demeure de Schmoun ( Hermopolis magna), \'ci(iyjL\ (des Arabes),
y:>l Edjbu),
r habitation de Netphé (probablement l'Aphroditopolis de
l'Heptanomide), et une foule d'autres noms semblables, que
je me dispense de citer pour ne point abuser de votre pari U I ^ tience, établissent assez clairement que le e:roupe
est un nom de ville ou de nome. J'ajouterai même que l'extrême fréquence de ce groupe dans les inscriptions des momies provenant de Memphis et dans les légendes des bas-reliefs qui décorent les grottes voisines de cette ancienne capitale près de Sakkara et des Pyramides, me porte
à croire que ce groupe est le nom d'un lieu du nome Memphite, ou d'une portion de Memphis, ou de sa nécropole : dans cette dernière hypothèse, le sens du groupe, qui paraît signifier la demeure ou le lieu des offrandes, trouverait une explication bien naturelle. La liaison du nom de Phtha ft avec ce groupe est une raison bien puissante pour le considérer comme le nom propre d'un lieu dépendant de Memphis, dont Phtha fut le Dieu Éponynie. La présence seule des déterminatifs ^ ou ^ déciderait, en
l'absence même du caractère J , que ce groupe est un nom
de lieu, et je l'ai en efïet observé sous la simple forme
dans divers textes funéraires du Musée de Turin. Cela ne
m'a nullement surpris, puisque je rencontre aussi, sur les
monuments dont les inscriptions ont dû être tracées avec
plus de soin, des noms propres de villes Égyptiennes tels (jue
<=>4 Manlak (PhiUe), nfl Pselk (Pselcis en Nubie,
aujourd'hui Dakké), O Hl6V^é(Latopolis).^^x^T»T}TT}T}T' Pschschati (la nujigô.'f des Coptes et la iioôcrw-t; des Grecs),
Ptoléniaïs (le Ptoléniats de Haute Egypte), etc., tracés en divers lieux avec l'omission totale du signe J o^if employé assez ordinairement dans les groupes exprimant des noms de villes.
Du reste, la portion du Rituel funéraire dans laquelle se trouve le groupe M ' ' ' contient une grande quantité d'autres noms propres de rérpons ou de demeures soit célestes, soit terrestres, puisque les noms des quarante-deux/M/7^6' ou plutôt jurés qui assistaient au jugement des morts dans l'Amenti, selon la doctrine l'>gypti(Mine, y sont suivis du n(Mn du lieu où chaouno de ces divinit(''s s"est plus particulièicmcnt manifestée (<=:=> ^pT ou ipT, (pic je rapporte à la racine uopg. fiiop^, videre, appai-cre, combiné avec le t exprimant l'ox-
pression réfléchie, comme tcojut se fermer et -xijixx fermer, soit à une racine perdue ip, «p, eipe voir, à laquelle a pu appartenir le mot Égyptien ipi œil, cité par Platarque). La demeure dont notre groupe est le signe écrit y est désignée comme celle des jurés n*'^ 10 et 34, Ce dernier, le Dieu M"^ Jj > que j'ai reconnu pour être VEsculape Égyptien, Imouthès, est encore une divinité spécialement memphite. Je la retrouve en effet représentée à la suite de ? J) Phtha, son père, et du C- ll[l 5f^ bœuf Apis, sur la plupart des stèles
et monuments venant de Memphis. Je dirai, enfin, que le groupe constamment lié au nom de Phtha ne peut être que, ou un des noms hiéroglyphiques de Memphis, demeure terrestre du Dieu, ou le nom de l'une des régions célestes auxquelles cette divinité était censée présider; tous les Rituels que j'ai étudiés portent les groupes°|[]^';'^^,^|g^^^^^,que
vous avez déjà notés, OU bien les groupes M U §,1 §©,
et même simplement Q©, la Région de Phtha, le lieu des ojfrandes de Phtha, ta demeure où l'on adore Phtha, que je trouve dans différents papyrus et dans la même division du Rituel.
Quant au groupe 1=^ n que je traduis par demeure ou maison, parce que cette valeur m'est invinciblement démontrée par une foule d'exemples, je considère le signe -^ comme un article féminin; et, si j'ai donné le nom ^q figuratif au caractère n qui représente le plan d'une enceinte avec son ouverture ou porte, ce n'est que conditionnellement [Système hiéroglyphique, p. 277). Ayant cru nécessaire de les distinguer des véritables Q.2iY?iCihYes, figwxUifs , ainsi que tous ceux qui expriment des édifices, je n'ai trouvé de meilleure appellation à leur appliquer que celle 6.Q figuratifs par convention (p. 278), tout en avouant que l'expression manque de justesse jusques à un certain point.
J'ai attribué jusques à présent la prononciation wc au
groupe (1 m qui est l'initiale d'un très grand nombre de formules, et je le considère comme l'orthographe hiéroglyphique répondant au verbe copte ^wc, Hôs, laudare, celebrare. L'absence de l'aspiration ^ ne peut être une objection, puisqu'il me parait que les anciens Égyptiens n'ont que fort rarement noté cette aspiration surtout au commencement des mots. Nous en avons un exemple dans la perpétuelle préposition ^xx dans, exprimée simplement par sx
(m), / , T ou ^^ dans tous les textes hiéroglyphiques.
J'ajoute aussi, puisque je parle de cette préposition, que dans beaucoup de manuscrits funéraires à la place du groupe manifesté dans je trouve le groupe ^c^ employé comme synonyme constant du premier. C'est évidemment qxi, c'est-à-dire le copte qg^Xi qui est dans , ille qui
est in On trouve également dans les textes coptes cg^Ii
celle qui est dans, Kg^n toi qui es dans, eTg^n ceux qui sont dans. J'ai principalement observé l'échange de ces deux groupes dans les Litanies des quarante-deux juges de l'Amenti, que Diodore appelle les assesseurs ou parèdres d'Osiris, dans la description du tombeau d'Osymandias. "
Le sens précis du groupe ^^ qui représente certainement deux bras liumains étendus m'est tout à fait inconnu. Vous savez sans doute, Monsieur le Baron, que la Commission d'Egypte veut y trouver le fléau de la balance céleste et n'y voir qu'un signe purement astronomique perpétué dans nos almanachs par une constante tradition. J'avoue que rien jusques ici ne m'a prouvé la justesse de cette supposition, qui peut provenir d'une ressemblance fortuite dans les formes.
Je persiste toujours à croire que le .'^ignc © est une voyelle longue soit o, soit ot, mais je pense en même temps que ce caractère est très distinct des signes o Soleil et © Région, quoifiuc je l'aie maintefois rencontré aussi, tracé d'une façon très négligée ®, ©, o et o, de manière à être facilement confondu avec les deux autres. Je crois que les scribes comp-
taient un peu sur la science préalable do leurs lecteurs, dans des cas semblables à celui que présente le groupe cité sous le 11° 9 de votre lettre, L , pour 1
L'élément princip;il de ce groupe, le mot U I, (|ui reparait, comme vous le faites observer, dans la Description de lÉgypte, pi. 73, col. 37, dans la formule (j^j^g^^^^,
peut fort bien y faire partie d'un mot composé (J | 3 w^, dont les éléments peuvent être \J\ J'aiseur d'offrande, adorateur, J| dieu ou divin, et le signe w^ homme, et n'être là, comme je l'observe dans plusieurs autres groupes, qu'un signe déterm^inatif, indiquant que le groupe précédent doit être pris comme adjectif ou nom d'agent ; et ce titre pourrait appartenir soit au prêtre chargé des offrandes divines, soit au Dieu qui y présidait. Je ferai observer en faveur de ces hypothèses que la légende des colonnes 38 à 31 de la même planche 73 se rapporte à la peinture du manuscrit, dans laquelle on voit aussi une enseigne surmontée des deux bras élevés ^ entre lesquels sont placées des offrandes. Le U I VW^ cité colonnes 33 et 32 serait purement et simplçment Yadorateur ou le faiseur d'offrandes. J'ai enfin remarqué le signe U employé comme simple élément phonétique dans le mot I placé sur toutes les peintures des manuscrits représentant le labourage. C'est certainement là le mot copte cKe, ex*'!, cKe.1, labourer : aussi le groupe est-il suivi du caractère déterminatif charrue '\^. La première syllabe du nom propre hiéroglyphique du défunt de votre manuscrit B, U I ^^ ^, est donc bien sûrement k*. ou ne.
Le caractère i est un signe de voyelle, ce ([ui explique pourquoi on le trouve omis si souvent lorsqu'on collationne deux textes semblables signe pour signe.
Le troisième est un R ou un L.
Quant au cinquième, ^g*, des comparaisons de textes m'ont
DE CHAiMPOLLION LE JEUNE 153
appris, depuis la publication de mon Précis du système hiéroglyphique, que ce signe est un homophone de l'oiseau A^, lequel est un P ou un PH et non un i comme je l'avais cru d'abord. Je dirais donc le nom entier du défunt K*.A*.ne
ou KôwAô^cÇe.
Le caractère final ^ est le signe de l'espèce homme, une image humaine ayant un bras étendu et l'autre appuyé sur la hanche. Dans tous les textes que je puis avoir étudiés, ce caractère ne m'a jamais paru avoir d'autre sens que celui de homme; je le crois toujours ^/z^«/'a^?/ et jamais phonétique. Il n'a rien de commun, ce me semble, avec qa que je crois un caractère de son.
Le caractère ^ "^^^ ^' que j'ai traduit aussi par Ptoxie, n'est comme le précédent qu'un signe déterminatif des noms propres d'individus mâles, mais il est plus particulièrement emploj'é à la suite des noms propres d'individus défunts. Il est très probable, comme vous le pensez. Monsieur le Baron, que le J\ fouet, placé dans les mains de cette petite figure comme dans celles de certaines divinités, doit modifier le sens du signe. Je crois que cet emblème se lie avec le fouet, la charrue, le hoyau ou le sac de semences que portent presque toutes les figurines funéraires en bois ou en terre émaillée. Voulait-on exprimer par là que l'individu appartenait à la caste agricole? ou, ce qui est plus probable, l'agriculture étant le premier des arts en Egypte, les lois religieuses voulaient-elles (jue tout individu se décorât de ses instruments ou de ses emblèmes ? Je ne le déciderai point : mais je ne croirai point pour cela, comme on l'a voulu dire, que ce fouet ait été figuré dans la main des défunts pour chasser les malins esprits (jui .voltigeaient autour de leur tombe, (^uaiit â l'adoration des dcfunts par leurs enfants, rien n'est plus certain et des milliers de stèles en font foi. Je n'ai remarqué dans aucune d'elles (pie le défunt portât \q fouet à la main. Cet instrument est échangé
en une Jleur de lotos dans le signe d'espèce des noms propres ^\ L a ,6,
de femmes défuntes ^^|> , w | , CJ(, et un bouquet de la
même plante >^, >^, tient souvent la place de ce caractère lui-même. Nous trouvons au reste la fleur de lotos placée sur la tête de toutes les momies de femmes défuntes représentées dans les papyrus peints. Vous trouverez un exemple de
l'emploi de >^ à la place du caractère figuratif Jj ou Cjf,
dans le manuscrit de la Commission d'Egypte, à la suite du
nom propre de la mère du défunt n/\ H Pétamon, -Q~ fl
'^^ >^ dont les éléments «cocTiitT-x me paraissent avoir
dû se prononcer no ou nov- Saté-Wentédj et peut-être même Saté-OuentédJ. Je soupçonne que ce nom propre est complexe, et qu'il est formé de -Ç-, véritable nom propre de la
femme, et d'un nom patronymique (I ^^, dans le-
quel le groupe me parait devoir être pris dans le sens
ordinaire enfant, mâle ou femelle : no ou nor ^/ille de Wentédj. Je traduis toujours par enfant, parce que ce
groupe est employé dans les deux genres, quoique j'aie trouvé
-<s>plus souvent c après les noms féminins et simplement
^p^^^ AAAAAA
après les noms propres masculins ; mais je n'ai jamais rencontré ^ j que devant les noms féminins. Je n'ose décider encore, quoique la valeur de ces groupes soit parfaitement connue, si , ainsi pris dans les deux genres (et le <=' étant considéré comme radicale, ne pouvant être article féminin devant un nom propre masculin), doit être rapporté à la racine copte cô.t, c*.Te, Seniinare, Senien, si ""^^^ (le 'Z'^ caractère considéré comme article) est ou n'est point un groupe simplement homophone de c> o, ou o c^, ^^, ^^^, cex ou iccjille; mais je suis presque persuadé que ^ et "^^ sont
/VWvV\
des formes hiéroglyphiques de l'hiératique ^^^ et ^^,
cen ou Tceit, formative de.« noms patronymiques Égyptiens, lesquels dans les textes correspondants en grec commencent toujours par la syllabe Sev. Il se pourrait donc aussi que le nom précité de la défunte se prononçât No-tsen-wentedj , le signe de rapport A/w.^A étant omis ici comme dans une infinité d'autres cas.
Le nom propre de la défunte de votre manuscrit A, si je vois bien la transcription que vous avez la. bonté de me communiquer, se compose des signes ^ K '■ ]^ présume que ce sont ceux qui dans les manu- y ^ scrits plus soignés se forment de la manière ** -, suivante :
f.^ . Je crois donc, s'il en est ainsi, y^f^ q^^e ce nom A se prononçait Toutoua ou To- ^^^ to*. , ayant ^^ souvent trouvé le groupe t remplacé par ^ (E, et les
^ formes démotiques de ce môme groupe composant un nom propre transcrit Totoy;? dans le texte grec du même contrat.
Le nom du père est «n^^;. . Le premier signe ^^^^^ n est point la préposition de et ^J( ne dépend pas de "^^ .A^^*?- H appartient au nom ^-^p propre même, qui est formé comme ceux que je trouve ailleurs : ..^^^^ ^j^^^ c:^^^ c^^^^ de Natsiaiiioun, NatsiphtJia, Nat- «! JTl -Il( -*-( siési, Natsiosor, du mot ^^ sou- r^cr^ □ o j ^ ^^ vent écrit ';;;^ et d'un J nom L ^ ?. Jl o iJ I de divinité. ";w Le nom divin cjui termine le nom propre dont il s'agit ici est celui d'Ainon fjénéfatcur, nom syniholi(jue, que je trouve indifféremment écrit "^^ , ou ^-y-, ou
— aoi>-
même ^^^, sur les l)as-reliefs ou dans les textes relatifs à cette grande divinité que les Grecs ont appellée Mondes et assimilée à leur Pan ou Prinpe. Une figurine du Musée de Turin m'a présenté ce carartêrc syinboli(|u«' "'"T". accom-
pagné de sa prononciation phonétique ^==* v ^^(^^^ou
A/WW\ Il
OU Mandoii. Je crois donc que le nom propre susdit peut être prononcé Natsi-Mandou.
Les signes (1 comme vous le c
qui {^recèdent ce nom propre sont en effet, ites fort bien, Monsieur le Baron, une qualification de l'individu. Je les trouve, dans un même manuscrit, dans une même stèle, ou sur une même momie, échangés fréquemment avec les groupes 01, | y, /] et /^, d'où j'ai conclu avec toute certitude que c'était une des nombreuses manières d'exprimer le titre prêtre oth£i dans l'écriture hiéroglyphique. Ainsi la série des signes nJN/jl de votre manuscrit signifie sans aucun doute oth£i u d.juoTn, le prêtre d' Animoii. J'ai recueilli à Turin une foule de titres semblables relatifs à des prêtres d'un grand nombre de divinités. Le dernier signe de votre manuscrit 62
»▼ n'est que la couronne V/, tracée d'une manière très
négligée. Je la trouve également ainsi, et même 1/ , \ t , dans plusieurs textes hiéroglyphiques d'une »^ *^ mauvaise écriture.
Le nom de la femme de ce prêtre '='^^®T J (^^ ^/) présente un caractère dont le son m'est encore inconnu; le reste se lit sans difficulté tô^aju-Aô.. C'est un nom formé, comme la grande masse des noms propres Égyptiens de femme, du démonstratif possessif t*. ou -a*, et d'un nom ou épithète propre à une divinité. Vous remarquerez que je m'étais trompé dans mon Précis du système hiéroglyphique
sur la valeur du signe ^^ et ^^^ . Je les croyais représentatifs de la consonne k; je me suis convaincu depuis qu'ils tiennent lieu de la voyelle *. des Coptes.
Je passe. Monsieur, au caractère ^, qui fait partie du nom propre de la mère du défunt du manuscrit 13. J'ai reconnu
depuis longtemps, et avant que j'eusse l'occasion de m'entretenir au sujet de cet hiéroglyphe avec le D'' Young à son passage à Paris, la signification épouse, qu'il faut lui attribuer. Elle résulta pour moi de la comparaison des légendes hiéroglyphiques des Rois et des Reines Lagides. J'ai depuis trouvé la pleine confirmation de cette traduction dans les stèles et dans les contrats soit démotiques, soit hiératiques. Je n'ose décider encore si ce signe ^, V^, ^, est ou symbolique ou phonétique, et si, dans ce dernier cas, il n'est pas l'initiale caractéristique du mot g^iAxe ou cg^ume. Ce qui me fait pencher beaucoup pour cette dernière hypothèse, c'est que je rencontre très souvent, dans les textes hiéroglyphiques où il peut être question d'épouse, ce même caractère accompagne des signes m et e ou a / , Ky
cT[|[l, comme nous le trouvons aussi dans le nom propre en question. Mais je m'aperçois que vous avez fait une observation pareille. Le signe AA serait figuratif-déterminatif. Il n'est pas douteux que le groupe J) de la 97® col.,
pi. 72 de la Description de l'Egypte, ne signifie épouse, de même que dans le passage de votre manuscrit B.
Mère de Pschakasé-Dieu, i^oi/ale épouse de Pa-lé Hala-Dieu.
ré
Je présume que cette série est tirée de la dernière partie de votre Rituel funéraire. Je la retrouve en ett'et dans le plus complet des Rituels de Turin, là où il est question d'une de ces grandes Déesses de l'Mgypte, l'une des divinités spéciales d(! Mcnqjhis, la compagne do l^htlia et la mère d'Esculape, ^jin: jj. La prononciaticm du nom de cette déesse () ^ m'est encore inconnue à cause du premier caractère. Le manuscrit (pic j'ai sous les yeux porte :
/^ et je n'y trouve de variante notable que dans le nom
J~a du Dieu que je lis Pale liaka, qui n'est point divisé en
\l deux et qui offre le signe A au lieu de J\ de votre
\fir papyrus. A cette occasion, je vous inviterai, Monsieur
UI ^j (,) (sj (^ A>7 u^y (V c^v
ri - i à t ff'f J/ ^ é
ici ®- ^ T t
le Baron, à examiner avec quel(iue attention la légende qui, dans votre manuscrit, suit immédiatement celle de la Déesse 8 J). La vignette doit représenter Amon-ra-Générateur- Panlliée, et ce même Dieu y est invoqué sous des noms très extraordinaires; en voilà les principaux :
1" Phdl, Phar ou Pal;
2° loukâsèph (loukasep). Dieu Seigneur de la Région supérieure du Ciel;
3° Nàtkléti;
4° Kâséikâ;
.5" A létikâsétikâ ;
6" Tekeschàri ou Tekschari ;
7" Létaséschâkâ ou Rétaséschâkâ ;
8° Tenasi ou Tonasé;
9° Malkaté ou Malkato ; 10° Srhdlsrhdtékâta.
J'ai été frappé de la singularité de ces noms, presque tous formés des mêmes éléments répétés, mais dans un ordre différent, lorsque je les ai remarqués pour la première fois. Et plus je les ai examinés après m'être convaincu que ces noms étaient appliqués à la principale divinité de l'Egypte, plus je m'attache à l'idée que ces mêmes noms ne tiennent pas radicalement à la langue Égyptienne proprement dite, dont le copte est un débris peu défiguré par la succession des siècles. Vous remarquerez sans doute le soin avec lequel le scribe a marqué phonétiquement toutes les voyelles dans la très grande partie de ces noms.
Un second manuscrit original, que j'ai consulté, ne présente aucune sorte de variante ni d'omission quelconque de voyelle; ce qui semble prouver que l'orthographe de ces noms divins était bien fixe et invariable. La raison ne serait-elle pas que, ces appellations n'appartenant point à la langue ordinaire, les hier ogr animâtes les copiaient religieusement comme ils les trouvaient écrites dans les modèles d'après lesquels ils confectionnaient leurs Rituels funéraires? Seraient-ce là des mots de cette langue sacrée différente de la langue commune, et dont l'existence en Egypte semble indiquée par certains passages des auteurs classiques? Ou bien devons-nous y voir plusieurs de ces noms divins dont parle Jamblique, noms dont le sens était totalement inconnu aux hiérophantes même les plus instruits, et (lui cachaient, selon cet auteur, des my.stères infinis? Ces diverses hypothèses me semblent probables et je ne sais à laquelle m'arrêter.
Je vous prierais, Monsieur le Baron, si ce n'est abuser de votre temps que réclament des affaires d'une plus haute importance, de faire coUationner ces noms avec ceux que doit renfermer votre papyrus à la dernière légende. S'il était possible de faire cette comparai.son sur plusieurs textes, cela serait plus profitable encore. Peut-être de nouveaux documents ré.sulteraient-ils de ce parallèle, cl nous ti'ouvcrions-
nous il même de nous former quelques idées arrêtées sur ces mots, dont plusieurs semblent appartenir aux langues SÉMITIQUES, et la plus grande partie offrir une analogie plus frappante avec les mots sanscrits.
J'ajouterai, relativement au caractère ^, dont les noms d'Amon-Ra nous ont un peu éloignés, que sa valeur /ém/î^e, épouse, est on ne peut plus évidente lorsqu'on examine avec soin une dizaine de stèles funéraires. Quelques-unes m'ont même offert ce signe en combinaison avec d'autres groupes connus ; ainsi les idées beau-père (socer) et belle-mère (socrus)
sont exprimées par les signes père (le son épouse, la mère parlant de l'individu défunt. ^
, c'est-à-dire : Le de son épouse, en
Quant au groupe J (ctîx g^ume) royale épouse, c'est un composé d'initiale caî^actéristique du mot 1 , comme les
groupes
royaljils, royale Jîlle, royal scribe, c'est-à-dire prince, princesse, et le magistrat que les Grecs nommaient BaaiXr/cô; yp^'fh-^'^s'j?- Le nom de la mère (lu défunt auquel se rapporte votre manuscrit noté B me semble seul devoir être lu de deux manières, et cela dans la double supposition que le signe initial C soit indépendant ou non des deux signes qui suivent :
1" En considérant C comme l'initiale caractéristique isolée du groupe *^ T IJu (£*^*) femme, épouse, je lirais ce nom propre g^umegAJL-*.cpH-To, et je le traduirais par épouse dans le monde, appelle As-ré. Que pouvaiton entendre par là? Je l'ignore; mais le sens de certains noms propres l^^gyptiens, dont la signification m'est bien démontrée, est tellement extraordinaire et empreint d'un mysticisme si outré, que celui-ci ne me surprendrait nullement.
CSSSSSS9
2° En regardant ^ comme phonétique, il faudrait lire g^juLôwcpHTo. Mais j'avoue que la première hypothèse me semble préférable.
Quant aux trois traits i i i qui accompagnent le caractère ^^, je pense qu'ils équivalent aux trois disques ooo^ ou *"••», ou même à </ \>, qui suivent assez ordinairement ces deux lignes horizontales. Je trouve en effet l'idée monde {■&o), exprimée dans les textes sacrés par les figures ^^, ^m, ^m , ^^, ^^ et ^^, employées indifféremment.
Je n'ai jamais considéré le groupe ou plutôt le mot S c» comme répondant au mot copte kô.^ ou ka^^j, lequel est masculin, comme vous le remarquez en effet, Monsieur le Baron; considéré phonétiquement S ^ me paraîtrait répondre à ROT ou KTo, cercle, zone. J'ajouterai, à cette occasion, que,
dans la formule {V^ ^ , j'ai eu tort de regarder le caractère ^^zz:^ comme faisant partie du groupe exprimant l'idée Egypte. J'ai reconnu depuis que c'est simplement le pronom de 2^ personne singulier masculin, et qu'il faut traduire cette série par Roi venr/enr de l'Egypte ou plutôt Roi vengeur de ton pays, en regardant 'cz^ comme aifixe au
groupe '^ I Egypte, pays. Je trouve en effet | ^^ lors-
'^^^^ lorsqu'il s'agit de plusieurs Dieux. La valeur des pronoms afïixes hiérogly
nhiClUeS : ^^3::^, t >, ^^ , — ••— ou I, ^wv^ ^^AAAA qI AAAAA^ f^^
. /wvL I I I I III
I , m'est complettement démontrée, et je ne conserve
aucun doute à leur égard.
Le caractère LU, (ju'on peut facilement confondre avec ^ dans les textes hiéroglyphiques linéaires peu soignés, n'a rien de commun avec ce dernier. UJi est la foime linéaire de f^-/^^, lequel, peint en rouge, exprime l'idée sol, terrain, comme j'en ai acquis la conviction. Cela m'a explicjué pourquoi je trouvais ce caractère employé comme déterminatif à
BiBI.. KOYPT., T. XXX. U
la fin de groupes qui me paraissaient devoir en effet représenter des noms de lieux.
Il a été impossible jusques ici, à Turin, de se procurer l'ouvrage du général Minutoli, et je vous remercie, Monsieur le Baron, du croquis du cartouche royal copié à Asch-
mouneïn. L'emploi surabondant des signes (1 [ v\ pour exprimer la simple voyelle i ne me surprend nullement, ayant déjà noté une foule d'exemples semblables dans plusieurs cartouches de noms propres de Rois Lagides et d'Empereurs Romains. Il est certain que les monuments Egyptiens présentent une étrange confusion dans la notation des voyelles, mais cela ne saurait vous arrêter dans la lecture du cartouche en question, dont les éléments sont d'ailleurs
si clairs : D raM '^ga^(j(| D-^fl n^-i-A-i-noc.
Vos aperçus sur le cartouche ^"^ sont infiniment justes :
nale d'Os/m, consi-
IJ
c'est en effet la légende origi-
déré comme Dynaste. J'ai re- vj^ trouvé parmi les stèles du Musée de Turin un tableau peint représentant dans des cartouches les noms de toute la famille d'Osiris, Isis , Hovus, Anubis et Nephthys, et celui du chef est précisément le même cartouche qui attire votre attention dans les Papyrus funéraires. Je crois, comme vous, qu'il exprime simplement l'idée Dieu très bienfaisant ; car, Monsieur le Baron, le sens du caractère T est parfaitement déterminé, et
je trouve le groupe ^^ ou ^^ dans presque tous les passages du texte hiéroglyphique de Rosette, où, répondant aux lignes du texte grec, sont exprimées les idées paraître, se montrer, être patent, être connu. Et le bienfaiteur de l'Egypte, Osiris, pouvait être convenablement désigné par le titre de Dieu qui se montre bon, gracieux ou bienfaisant.
L'animal, premier signe de ce cartouche examiné sur les monuments qui l'offrent en grand, présente beaucoup plus
d'analogie que le signe linéaire &^, avec une certaine espèce de lièvre ou de lapin, il est ainsi formé :
et toujours peint de couleur rougeâtre. C'est probablement une espèce de quadrupède particulière à l'Egypte; il me paraît sûr néanmoins que c'est là l'animal désigné sous le nom grec du lièvre Xa-j-o^ dans le texte d'Horapollon, où on lit que cet animal était le signe de tout ce qui est ouvert. Or, je le trouve employé à exprimer les idées paraître, être patent dans les textes Égyptiens, et l'analogie des racines oTcon, aperire, ouvrir, enseigner, et corion, ctooTit, connaître et ouvrir, montrer, est trop marquée dans les restes de la langue Égyptienne pour ne point reconnaître l'identité de l'animal appelé lièvre par Horapollon avec celui qui est le signe des idées : être patent, être ouveîH, être permis, dans les textes hiéroglypliiques.
Le groupe T , que je trouve aussi dans le cartouche
d'Osiris, ne me parait nullement altérer le sens. Je regarde en effet ces signes "^^^^ comme une simple modification grammaticale ajoutée au signe d'idée! />o/? «s, benejîcus. Je suis seulement encore à décider si ce groupe T répond
aux mots peqni.ite, peqpnd.iioTq, OU au mot iioqpe, utile, bon,
chose utile, bienfait, car ce dernier mot parait avoir pour primitif la racine Égyptienne no-s-q, no-s-qe, ito-s-qi, bonus, bonuni. Le même groupe est employé comme nom dans le passage de votre manuscrit A, sect. I, col. 74, sous n° 44, c, î ""^^"^ tes bienfaits. Il est adjectif dans le n° 48, T <=>
bienfaisante, et se rapporte soit à une défunte, soit à la Déesse directrice de la Région inférieure du Ciel dont l'emblème précède immédiatement le groupe : ce serait alors un titre
de la Déesse Athyr, désignée soit par son nom spécial
g*.o(op in (Irnicurc mondaine d'Ilorus, soit par le
nom même hiéroglyphique de la Région inférieure du Ciel
w ^ , dont le groupe cité à la suite de votre lettre n'est
qu'un simple développement accru de Yéperoier, oiseau commun à Hathôr qui le porte souvent sur sa tête et au Dieu son époux Phtha Socari ou Phtha Sacri, divinité à tête d'épervier, qualifié sur les Papyrus funéraires de Taureau de la Région inférieure, dans cette prière que vous devez retrouver sur vos manuscrits (vers la fin) :
Je supplie toi, Taureau de la Région inférieur^e du Ciel, Seigneur éternel, Dieu grand, du pags de «.Kp, pour que tu reçoives avec toi l'Osirien (un tel). Le titre de Taureau désignait, comme nous l'apprend Horapollon, un maître fort avec tempérance, puissant avec modération; et j'ai trouvé parmi les titres de Horus celui de Taureaujils de Taureau et plus souvent encore celui de Veau Jïls de Veau. Il est évident que ces expressions doivent être prises dans un sens tout à fait symbolique.
Le groupe ft ^ , nom de la Région inférieure
du Ciel (que vous retrouverez, Monsieur le Baron, sur un des côtés du zodiaque circulaire de Den-
déra, en opposition au signe "='1'=', symbole de la Partie supérieure du Ciel), est formé : 1° de la plume ou feuille \\ (qu'il ne faut pas confondre avec le signe phonétique (1). C'est V emblème de Saté (la Janon Égyptienne, sixT,?, sâxt; de l'inscription des cataractes), directrice de V Hémisphère injérieur, selon Horapollon; 2° du groupe
ïï qui peut être 1^ (ct) que je trouve comme nom de la Déesse Saté J\ et placé devant son image sur l'obélisque de Saint-Jean de Latran, mot évidemment en liaison, comme le nom de la Déesse, avec les racines cô.t, cct, cht, cô^tc, abjectus, dejectus, injimus, inferior. Les signes ^^ sont simplement déterminatifs d'espèce : pays, terre, sol, terrain, espace, comme je l'ai dit plus haut. Je suis entré dans beaucoup de détails à l'occasion de ce groupe \ '=' , dans les dernières livraisons de mon Panthéon Égyptien, ouvrage dans lequel je me suis simplement proposé de dégrossir nos idées sur le matériel du culte Égyptien. J'y établis la distinction à faire entre le signe t( "^ de la Région inférieure céleste et celui de la Région inférieure terrestre ¥ ® et ses variantes.
J'eusse désiré, Monsieur le Baron, que le temps m'eût permis de répondre plus en détail aux diverses questions renfermées dans votre lettre ; il m'eût été encore plus agréable d'être à même d'éclaircir tous vos doutes et de décider avec certitude toutes les difficultés, mais ma science hiéroglyphique n'en est point encore là, elle est assez avancée seulement pour entrevoir l'espace immense qui lui reste à franchir avant de marcher sans aucun obstacle dans le grand labyrinthe de ['Écriture sacrée. Je vois la route qu'il faut suivre, je sais les moyens qui restent à employer pour avancer à pas certains sur ce terrain si neuf et si riche, mais j'ignore si le zèle d'un seul homme et sa vie entière peuvent suffire pour une si vaste entreprise. Quoi qu'il puisse arriver, je continue mes recherches et je cours après les monuments originaux, les seuls guides que nous {)uissi()ns suivre sans risquer d'être retardés, comme je l'ai été pendant dij: ans, par les inscriptions inexactes gravées dans le grand ouvrage de la Commission d'Egypte. J'ose attendre de votre zèle pour la science, Monsieur le Baron, que vous hâterez de toute votre iniluence la publication des monuments Égyp-
tiens acquis par S. M. le Roi de Prusse et rapportés par le général Minutoli ; ce serait un beau présent à faire à l'archéologie. Publie-t-on en Allemagne les travaux de M. Spolni, si pompeusement annoncés par la Gazette de Nurcmhevij ? J'avoue que je serais ravi d'y trouver, comme on ne craignait point de le dire, la traduction co/npiette de trente-deux manusciiis Égyptiens. Cela pourrait nous éviter beaucoup de sueurs et de fatigues.
J'espère que M. de Truchsès, dont on annonce la prochaine arrivée dans cette capitale, voudra bien se charger de vous faire parvenir cette lettre; et si, pardonnant à ma coupable lenteur, vous vouliez bien encore, Monsieur le Baron, perdre quelques instants avec moi, vos lettres m'arriveront facilement en me les adresssant à Turin sous le couvert de l'ambassadeur de France. Je compte être de retour ici vers la fin de juillet. Si je pouvais vous être agréable en quelque chose pendant mon séjour à Naples, Rome et Florence, disposez de moi sans réserve.
Je terminerai ma lettre, en réclamant toute votre indulgence pour la diffusion et les négligences dont elle abonde. Je regrette que le temps ne m'ait point permis d'entrer dans une infinité de détails qui eussent pu vous intéresser peutêtre; mais j'ai pu à grand'peine trouver le moment d'écrire l'indigeste bavardage que je suis honteux de vous adresser. En vous suppliant d'agréer mes excuses, je vous prie de recevoir l'assurance des sentiments de gratitude et de respectueux dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être. Monsieur le Baron,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
J.-F. Champollion le Jeune \
1. Lettre publiée, à Berlin, en 1841, par J.-Ludovicus Ideler dans Hermapion swe Rudimenta hieroglyphicae ceterum aegyptiorum litteraturac.
A CHAMPOLLION-FIGEAC
Turin, 12 février 1825.
Je ne t'ai point écrit la semaine dernière, mon cher ami..., tout mon temps ayant été absorbé par la mise au net et par la revision de ma Seconde Lettre. Je l'ai enfin terminée hier, et je travaille sans relâche au croquis des planches, lesquelles consisteront en une trentaine de cartouches, plus vingt-quatre à vingt-cinq lignes plus ou moins longues de légendes Royales en écriture hiératique ou de protocoles d'actes pharaoniques. J'enverrai de tout ce qui n'est pas hiéroglyphique des calques bien soignés et numérotés conformément au texte de la lettre. Ne sachant point combien le tout fera de planches, j'ai pris le parti de nommer dans mon manuscrit planche A la série des cartouches Royaux des XVIP, XVIIP, XIX^ XX®, XXP et XXII« Dynasties, et j'ai appelé planches B celles qui contiendront les textes hiératiques. Je suis d'avis de donner à ces dernières un grand format long, puisque ce sont de crais fac-sirni/és dont il ne faut altérer ni la proportion ni l'ordonnance. On n'aura ainsi qu'à calquer les transcriptions hiéroglyphiques linéaires, que je place sous les morceaux hiératiques, et à les mettre sur pierre purement et simplement à leurs places respectives. Il ne resterait à recommander à l'amitié de Dubois que les cartouches hiéroglyphiques planche A, qui sont à exécuter dans le même genre que ceux de la Pi'cniière Lettre. Le lithographe sulfit pour faire exécuter, sauf surveillance, les planches B.
Je compte t'expédicr, lundi prochain 14, le manuscrit
entier sous le couvert du Comte Allieri di Sostegno
Mercredi prochain je t'expédierai les planches par la même voie, et j'espère pouvoir y joindre la copie complctte du manuscrit provençal pour M. Reynouard : c'est un lettré
du pays qui a voulu la faire, et mon ami l'abbé Gazzera est occupé à collationner la copie sur l'original, afin de la rendre plus présentable au digne et bon académicien. Nous saisissons tous ici cette occasion de lui être agréable. N'oublie pas de lui demander ses commissions pour Naples et route.
Ma dernière expédition sera celle de la fameuse caisse. On emballe à force stèles, copies de papyrus, plâtres, dessins coloriés, empreintes en cire. C'est un mélange curieux, un véritable plum-pudding. Tu recevras d'avance une note détaillée du contenu dudit bahut, ayant eu la précaution de la rédiger en numérotant chaque objet par A -j- B, de sorte qu'en déballant, tu pourras classer lesdits objets par espèces si cela te convient. J'écrirai au Directeur des douanes du pont de Beau- Voisin assez à temps pour que ladite expédition ne soit point arrêtée par ses Lestrigons.
Une grosse épine me tient encore le pied attaché à Turin : c'est le Panthéon, car il faut absolument la XI® livraison pour faire prendre patience. Tout cela m'occupe ici un temps infini, parce que je n'ai rien sous la main, et j'enrage de voir mon départ retardé de jour en jour. Il me resterait aussi, avant l'heureux jour où je traverserai le Pô, à répondre à un tas de lettres, d'environ huit ou neuf mois de date, car. Dieu merci, je n'ai écrit à personne, si ce n'est à toi et à ma femme, quelque bonne envie que j'en eusse
Je terminerai celle-ci par une anecdote académique. Il y a des flibustiers à Turin comme à Paris; mais ici, du moins, on sait en faire justice. Le Diario di Torino a pu t'apprendre que le chevalier de San Quintino avait lu à TAcadémic Royale un mémoire sur les signes numériques des Egyptiens. Le brave homme ne faisait que répéter (en le gâtant) ce qu'il m'avait vu faire ou entendu dire en présence de témoins au Musée, dont on l'a nommé directeur. Le titre seul de son {lacune) fit dresser les oreilles à Peyron et à Gazzera, lesquels ne se gênèrent point pour dire à l'Académie, lorsqu'il s'agissait de voter sur l'impression dudit
mémoire, que ledit chevalier me faisait un emprunt forcé et qu'il ne convenait nullement d'encourager les plagiaires. Bref, l'Académie refusa l'impression et le mémoire ne paraîtra pas dans le Recueil. Nous sommes donc à attendre ce que fera Tanimal. S'il imprime à part, il faut le tympaniser d'importance : c'est un sot qui met ici toutes les entraves à ce que je veux faire, et comme le gouvernement ne sait pas se faire obéir, ici comme chez nous, la sottise domine et le mal s'opère, sans que les chefs de l'État s'en doutent seulement. —
AU MEME
Turin, 17 février 1825.
Je t'ai expédié, ainsi que je t'en avais donné l'avis
préalable, le manuscrit entier de ma Seconde Lettre, et, comme les croquis des planches se sont trouvés terminés le jour même, je les ai joints au même paquet ([ue l'ambassadeur de Sardaigne t'aura sans doute fait tenir au moment où la présente te parviendra. Tu sais donc déjà que ta notice chronologique doit contenir les XVII«, XVIIP, XIX«, XX«, XXI" et XXll'' Dynasties. Je t'ai donc laissé le soin de garnir quelques dates en gros dans mon texte et de vérifier certains calculs que j'ai mis en avant, en ne me fiant pas, comme de raison, à ma science sur le chiffre.
Quant aux planches, tu verras, quelque volume qu'elles pussent faire, qu'il n'y a absolument rien d'inutile : ce sont les pièces probantes de tout mon travail, et les textes cités sont assez curieux et importants par eux-mêmes pour que je sois bien aise de publier le premier des pièces de ce genre. Il n'y a donc, ce me semble, d'autre parti à prendre (jue de faire
trois ou quatre grandes planches, format in-folio, lesquelles seraient cartonnées à part ; et on ferait suivre les numéros dans les planches de la Troisième Lettre, qui contiendront les protocoles des Lagides et des dernières Dynasties pharaoniques. La première planche de cet atlas serait donc celle des cartouches cités dans ma Troisième Lettre, marquée A dans mes croquis. Celle-ci exige nécessairement la main de notre ami Dubois, ainsi que le dessin des têtes placé en frontispice et le tableau sur bois colorié des descendants de Takellothis, qui doit être inséré, si l'on veut, dans le texte même de la Lettre.
Toutes les planches hiératiques et leur transcription peuvent être calquées sur mon calque, en régularisant un peu les lignes droites et courbes de mes hiéroglyphes cursifs. Dubois aurait la complaisance de se charger des premiers et derniers numéros des planches B, qui sont en hiéroglyphes purs. Je lui recommande surtout l'avantdernier numéro, qui serait une copie de la première ligne de la stèle Thédenat, passée à Rollin et de là à Cousinéry. Je ne sais où elle est maintenant ; vous devez être au courant de tout cela sur les lieux. Sur le tout, il serait parfait que Didot voulût mettre de l'activité à cette seconde publication. Cela ferait bon effet ici où le quiétisme domine prodigieusement. Je me suis arrangé de manière à ce qu'on ne fît pas d'édition italienne. Didot a donc le champ libre.
Comme il est probable que je rédigerai ma Troisième Lettre au Duc à mon retour en France seulement \ il est donc inutile de s'occuper des légendes des stèles Thédenat, relatives à la XXIIP Dynastie. La souscription du Ministre de l'Intérieur est une.bonne chose; j'en sais un gré infini à Son Excellence. Quant à Tarticle du Rabbin, je serais bien surpris s'il ne contenait quelque restriction mentale ou une douzaine de ces petits coups de fouet jésuitiques dont il ne
1. Cette Troisième Lelti-c n'a jamais été achevée, parait-il.
se dispense jamais de régaler ses bien-aimés sujets, les orientalistes et orientaliseurs. Quant à moi, qui ne suis qu'un pauvre Africain, je n'entends nullement qu'il me traite comme un nègre. Dans tous les cas, je crois inutile de faire imprimer à part son article', il ne faut point leur donner à croire qu'on ait un tel besoin de leurs suffrages. Il suffira, pour peu qu'il soit bon, de le faire insérer dans le Bulletin ou ailleurs.
N'oublie pas d'écrire à l'Académie de Turin, et ne fais pas comme moi, qui ai encore à répondre aux bons Hollandais et aux Strasbourgeois ; mais, étant hors de France, j'ai une excuse valable. Je suis bien aise que Cailliaud publie la Table d'Abydos. Il fera tout bien d'adapter mes corrections " à son dessin, s'il veut publier quelque chose de con- Jbrine aux monuments. Quant à son ami, Alessandro Ricci, de Florence, il a des dessins très importants et que je verrai à mon passage Il désire beaucoup ma venue, et il prétend même que je descende chez lui, garron, riche médecin, — sans quoi je ne verrai rien. Je n'ai aucun parti pris à cet égard. Les exemplaires de ma Seconde Lettre, que je t'ai demandés, et les notes pour mon voyage n'arrivant pas, je suis arrêté ici et ne puis faire aucun plan raisonné ; je voudrais cependant bien ne pas (inir le mois de février à Turin. Dépéche-toi donc.
J'ai inséré dans la caisse le dernier ouvrage de Vernn- (jlioli sur une grande inscription étrusque : c'est le seul livre de l'espèce qui existe ici. C'est encore l'ami Gazzera qui t'en fait cadeau. Il voulait te donner son La/?j/', mais
t. Il s'agit ici de la ciitique des œuvres de Cliampollion par Sylvestre de Sacy ; voir le Journal des Snrants, mars 182."), p. 140-154.
2. Ces corrections justifiées servirent à Klaproth pour atcuscr publiquement Champollion d'avoir fait falsifier la Table d'Abydos afin de soutenir son système. Klapr-oth connaissait la gravité de son mensonge.
3. Luigi Lanzi, savant de méiite, qui s'occupait surtout de l'étude de la langue, des mœurs et des arts des Étrusques. Mort en 1810.
je n'ai pas voulu y consentir ; je te le trouverai à Florence ou à Rome
Le Duc de Noailles, avec lequel j'ai fait connaissance ici, m'écrit de Rome, pour me recommander la petite collection Égyptienne, qu'il veut absolument que je lui compose ; voilà donc un acheteur de plus quand il sera de retour à Paris. Je compte lui faire des emplettes à Florence, à Livourne, si j'y passe, et surtout à Marseille, à mon retour d'Italie. Il ne serait pas mal, si les scarabées se donnent à bon compte, d'en acheter dans les ventes de Paris, surtout de ceux à légendes Royales. Le Duc de Blacas aurait envie d'un médailler pharaonique, formé de scarabées originaux ; ne néglige donc pas, le cas échéant, d'acheter les scarabées a légendes Royales peu communes.
Mes compliments d'amitié à Déranger, s'il est encore à Paris ; dis-lui que le seul moyen de faire passer son spleen est de venir me joindre à Rome. Je suis persuadé que le singulier spectacle d'Italie, tout en piquant sa curiosité, remuerait assez fortement sa machine pour lui rendre son ressort et son jeu ordinaire. Je compte que cela me produira un effet semblable, car je suis un peu épuisé et certains moments de torpeur commencent à s'emparer de moi. Quelques tracasseries et menées microscopiques y contribuent bien un peu ; mais. Dieu merci, d'ici à dix jours, je secouerai le tout, et j'espère qu'à mon retour à Turin, le tout sera un peu mieux ordonné. Du reste, tant pis pour eux, puisque j'emporterai, quant à moi, tout ce qui m'a conduit ici. Adieu, mon cher ami. Mes respects à M. Dacier et aux siens. J'attends leurs commissions définitives et les petits bouts de chandelles qu'ils veulent faire déposer aux pieds de Notre-Dame de Lorette, que je visiterai selon toute apparence. Je crois que ladite Dame vaut bien celle de Liesse. Je t'embrasse de cœur et d'âme.
AU MÊME
Turin, 23 février 1825.
Voilà plusieurs jours, mon cher ami, que j'ai vainement attendu les notes pour mon voyage, et les exemplaires de ma Première Lettre, dont j'aurais besoin. Rien n'arrive, le temps coule, et le mois d'avril s'approche. J'ai donc pris un parti définitif. Mon départ pour la basse Italie est fixé à mardi prochain, l**^ mars, à trois heures du matin. Je suis forcé de prendre la route de Lombardie, que j'eusse volontiers évitée, mais la chaîne des voitures publiques est interrompue dans toutes les autres directions. Je passerai donc par Milan, où je resterai un jour et demi au plus, et mon itinéraire ultérieur est arrêté comme il suit : Plaisance, Parme, Reggio, Modène, Bologne, Faenza, Forli, Cesena, Rimini. De là, je suivrai le littoral de l'Adriatique par Pesaro, Sinigaglia,
Ancône et Lorette; puis Foligno, Terni, Narni et Rome
Je laisse Florence à ma droite, me réservant de regagner Turin par la route de Toscane.
Je crois t'avoir déjà dit que je me reposerai huit jours à Rome avant d'aller rendre visite au Duc à Naples. Je compte donc y recevoir de tes nouvelles. Voici ce qui est arrêté pour conserver les communications aussi régulières que par le passé : toutes les lettres qui me seront adressées à Turin, chez Costa, ainsi que les petits paquets, me seront expédiés par l'Ambassade de France à Rome, sous le couvert du Duc de Montmorency-Laval, et à Naples sous celui du Duc de Blacas
Je mets dans la caisse un tas de bribes imprimées, et entr'autres un gros in-4'' du chanoine Botazzi, savant de son métier et ivrogne de son naturel, sur les symboles d'un sarcophage antique de Tortone. C'est au demeurant le
meilleur homme du monde. Tu feras donc un article en conséquence pour le Bulletin, où tu diras, si tu veux, que cette œuvre lui a valu le titre à! antiquaire ecclésiastique de S. M. le Roi de Sardaigne. Le brave homme, qui est mon commensal chez Costa, est aux anges de ce succès. Garde-toi bien de le dégriser ; la bouteille deviendrait amère pour lui, et il mourrait en moins d'une quinzaine. Il ne serait pas mal que tu louasses l'érudition que le chanoine montre relativement au culte de Bacchus.
Je crois utile, pour tout prévoir, que tu me fasses ouvrir sur un banquier de Rome un crédit d'un millier de francs, crédit dont je profiterai ou ne profiterai pas selon les circonstances; — étranger sur la terre d'Egypte, et pouvant être détroussé d'un jour à l'autre, au conspect du plus beau ciel d'Europe, il est bon de savoir où prendre un oignon pour la soif imprévue.
Il est probable que, pendant mon absence, on arrangera ici l'affaire du catalogue. Quant à moi, je n'en parle plus : je trouve très bon qu'on permette à certains animalcules de rendre inutile pour la gloire du pays le demi-million dépensé pour l'acquisition Drovetti. Ils ont plus à gagner que moi à faire ce qu'on leur propose, mais les petites jalousies vont leur train et arrêtent les intentions les plus prononcées. Je m'en lave complettement les mains. — ■ Comme l'heure du courrier approche, je termine ici brusquement ma lettre en t'embrassant de cœur et d'âme. Si ma détermination subsiste ou ne subsiste pas, tu en seras instruit de nouveau d'ici à peu de jours. Adieu, tout à toi.