S Ll'.TTHES
j'ariivcrai ;"i Turin avec de bonnes copies, et j'espère que le chevalier 51 m'évitera la peine de les publier; comme il est aujourd'hui à la tète de la littérature Égyptienne, je le laisserai faire. Ses chiffres sont arrivés, ici, à plusieurs personnes; la politesse eût voulu au moins qu'il m'adressât un exemplaire, mais, présnmaiit sms doute ([uc j'avais déjà CCS chiffres dans mes papiers, il a brûlé la politesse. Quant à moi, je ne laisse io-norcrà personne ici le tour qu'il m'a fait : si on se mo(|UO do lui à l'avenir, c'est sa faute et Jioii la mienn(\ Je crois (jue mon frère va le ramasser vigoureusement à Paris, vu (ju'il le mérite bien'.
On m'a mis en rapport avec tout ce que Rome a de notabilités littéraires. Je suis fêté partout; on ne peut être plus satisfait que je ne le suis de M~' Testa', de ^'P'' Mai, du {professeur Nibbi, etc., etc. Je vois beaucoup M. Dodwell et h; chevalier Gell, deux Anglais aussi aimables qu'instruits et connus tous deux par leurs travaux et leurs voyages en Grèce. Je vois presque tous les soirs le chevalier Blondi, toujours bon et toujours parfait. Il m'a mené avant-hier visiter les statues de feu M™'' la Duchesse de Chablais : mon c(cur a saigné en voyant ces belles choses, qu'elles ne fussent pas pour Turin, où l'on en aurait un si grand besoin pour former le goût de vos sauvages. Je suis fâché de le dire, la Duchesse a manqué de patriotisme dans son testament.
Veuillez, mon cher ami, me rappeler au souvenir de tous
nos féaux et bons Piémontais E^mbrassez Costa pour moi
et croyez à toute la bonne et inestimable amitié que je vous ai vouée pour ^ . r ^ ç,
Depuis le départ ck Champollion, San Quintino s'était conduit de telle manière que Plana, Peyron et Gazzera écrivirent à Clianipollion-
1. Voir le Bulletin Fcrussac, 182.), t. III, p. 16a, n" 180 bis.
2. Secrétaire général des brefs du Pape, avec lequel il passait une partie de la journée. Son aniiti(> pour Champollion était tris vive.
Figeac pour qu'il « le jaunît publiquement dans le Bulletin Férussac ». — Gazzera dit de ses écrits dans sa lettre du 25 avril 1825 :
« Il ne les distribue qu'avec la plus grande précaution aux personnes qui ne peuvent nullement être jugées compétentes, telles que femmes, jeunes gens, jésuites, individus de sa confrérie noire, etc., etc.; pas même ses collègues à l'Académie n'ont été graciés de son cadeau, car il se serait gardé d'en distribuer à quelqu'un qui pût les juger et qui fût au courant de la bêtise et de la méchanceté qui les caractérisent.
» Dans le Bullptin, vous avez déjà relevé maintes bouffonneries par la comparaison de la double édUion de son mémoire sur le Colosse, etc. Il y avait encore beaucoup à dire, là-dessus, que vous ne saviez pas, n'étant pas au courant des choses. Les notices qu'il donne des différents papyrus dans les notes de ses mémoires sans citer M. votre frère, il les avait prises toutes sans exception sur les chemises que M. votre frère avait la bonté de faire à chaque manuscrit, aussitôt qu'il les avait déroulés et lus. Après cela, il parle du plan d'un tombeau retrouvé dans un papyrus, comme si c'était lui qui avait fait cette découverte et reconnu que cela représentait le plan d'un tombeau, et que lui-même en eût fait la comparaison avec les tombeaux delà Commission; et, s'il cite votre frère, ce n'est que pour lui faire contrôler sa découverte.
» Cependant M. San Quintino n'a vu et connu tout cela que deux jours après que M. votre frère en avait fait la découverte en ma présence, participé à la découverte et indiqué le sarcophage de Cambridge à lui, San Quintino, en ma présence-
» Les deux écrits, quoique imprimés dans les mêmes formats et
caractères des mémoires de l'Académie, ne le sont pas par son ordre ou pour entrer dans ses volumes : car le premier, celui sur les scarabées, n'a même pas été lu à la classe; quant au deuxième, celui sur les chiffres, il a été lu, et l'insertion dans les volumes en a été refusée, vu qu'ils ne prouvent rien el que la plupart de ce qu'il disait était faux et les preuves mal choisies et fausses.
)) Le fond du mémoire sur les scarabées a été pris à M. votre frère, qui avait dit maintes fois à tout le monde qu'il croyait que pcut-âtre les scarabées avaient pu servir de petite monnaie, et il appuyait ses conjectures sur les mômes, absolument mêmes, preuves qu'en donne M. de San Quintino. Cela est notoire à tous ceux qui ont fréquenté le Musée dans les premiers mois du séjour de M. votre frère à Turin.
» Savez-vous quelle idf-e M. de San Quintino s'était faite d'abord sur les scarabées et qu'il annonça à M. votre frère en présence de plusieurs personnes, entre autres M. Costa et moi? Il dit : Quant à moi. Je crois que les scarabées ont pu servir de petits cadenas. Risum teneatis.,
BlBL. Ér.VPT., T. XXX. 14
anitci. Si bien c]ue nous ne l'appellions plus pour quelque temps que M. Cadenas. Tout, à coup les cadenas se sont changés en monnaie, et M. Champollion n'y est point nommé. Voilà pour la première fois, la chose pour celle-ci n'est que risible. ce qui n'est pas tout à fait de même pour l'autre.
» M. votre frère, après avoir reçu deux calques de stèles de M. Anastasy... et les avoir comparés avec le texte hiéroglyphique de Rosette, s'écria tout de suite : « Je tiens le système de la numération hiérogly- » phique des mois Égyptiens », et il se mit à me la démontrer telle que vous la connaissez. Cette découverte le mit en train de pousser aussi la connaissance de diliérents systèmes de numération dans les trois écritures Égyptiennes, et, dans moins d'un mois, il put découvrir et vérifier, par des exemples tirés des différents papyrus de notre Musée, à peu près tout le système des chiffres. Il annonça cette découverte à moi, à M. Peyron et à M. de San Quintino lui-même, en l'accompagnant des démonstrations, etc., etc. Il s'occupait même, à mes instances, d'en rédiger une dissertation, dont l'introduction est achevée et les matériaux préparés, mais que d'autres travaux ont fait interrompre. Deux mois après et /ont à coup, M. de San Quintino vint lire à l'Académie un mémoire sur les chiffres où, entre autres choses, il se félicitait d'avoir pu, lui, San Quintino, découvrir ce que personne au monde n'avait encore découvert, — le système de la notation des nombres Égyptiens, et qu'ainsi ou n'aurait plus à être redevable de tout aux ultramontains, grâce à sa grande découverte.
» Ceux d'entre les académiciens qui étaient au fait des découvertes de M. votre frère, et de la sottise de leur collègue qui ne sait pas même lire un seul mot d'écriture /ucrafir/nc ou dèmotirinc, sourirent de son impudence et se réunirent pour faire rejeter, comme elle l'a été, sa dissertation, pour que pareille chose n'entrât pas dans les volumes académiques. En dépit de ce contretemps, M. San Quintino (ou M. Cadenas) l'a fait imprimer à part et en deux formats in-4° et in-8°, pour que sa bêtise fût plus connue, car l'inspection seule de sa table de chiffres suffit pour la démontrer à quiconque connaît tant soit peu les études Égyptiennes. Vous y verrez mêlés les chiffres démotiques avec les hiératiques, et, hormis les premiers que tout le monde peut reconnaître, les autres sont faux, et fausses et mal appliquées les preuces qu'il veut en donner. — Mais ce n'est pas tout d'être bête, il fallait être méchant, et le voilà au premier degré. Lisez ce mémoire et frissonnez, ou plutôt riez, de l'intention qu'il a eue en écrivant ce que vous verrez, dans l'intention d'insinuer que les études Egyptiennes creusent les fondements de la Religion et détruisent L'autorité de la Bible, etc. Il est incroyable d'accumuler plus de bêtises, de faussetés, de contradictions
et de non-sens dans un aussi petit nombre de pages. Mais l'intention de nuire est manifeste, et sa profession de foi serait seulement ridicule, si elle n'était souverainement infâme.
» Quant au second inémoire relatif aux chijfres, la chose est un peu plus importante. Où et comment M. de San Quintino a-t-il appris à les lire? C'est donc encore M. Charapollion qu'il veut lestement dépouiller »
Suivent des détails minutipux qu'il ii'\ a pas lieu de répéter ici.
A CHAMPOLLION-FIGEAC
Rome, 22 mai 1825.
En attendant toujours de tes nouvelles, mon cher ami, je t'écris celle-ci, qui sera probablement l'avant-dernière datée de la ville des pèlerins et des Césars. Je compte gagner Florence dans les premiers jours de juin. J'éviterai ainsi Varia cattica, la fièvre et les grandes chaleurs qui les engendrent, en développant les miasmes dont les vieilles ruines sont incessamment saturées, depuis des siècles, par la paresse et la malpropreté modernes. Déjà tous les amateurs, et surtout les Anglais, si soigneux de leur petite personne, ont gagné la haute Italie ou la France, attirés par les pompeuses cérémonies du sacre', dont on parle à toute heure en Italie, vu qu'on ne peut ou qu'on ne sait parler d'autre chose. Et nous aussi, Romains, nous fêterons le sacre. Le Duc de Montmorency est tout occupé de la grande et magnifique fête qu'il donnera, à cette occasion, dans la villa Médicis. Ce sera superbe, et on en parlera longtemps parmi les enfants de Romulus : car c'est une bénédiction que de leur fournir une occasion de s'occuper et de passer
1. Le sacre de Charles X. qui devait avoir lieu le 29 mai 1825.
une dizaine d'heures, surtout dans une année où tous les plaisirs sont suspendus ou proscrits par ordonnance. Les anciens Romains disaient : Paneni et circenses. La rédaction est changée aujourd'hui. Il faut dire : Circenses et panem, et la maxime est répétée en chorus, depuis les princes jusques aux Suisses qui gardent le portique de Saint- Pierre et l'entrée du Vatican. N'ayant rien de mieux, on se rabat sur les cérémonies publiques.
Je compte, demain, assister à une Béatification qui se fera dans la grande basilique. Je profiterai de cette occasion pour terminer, à la Vaticane, le catalogue de leurs manuscrits Égyptiens que j'ai commencé. M*^' Mai le traduit en italien, ainsi qu'une notice de ma façon sur un papyrus funéraire hiératique. Le tout sera promptement imprimé, et je t'en enverrai quelques exemplaires. Je suis charmé de laisser à Rome une petite carte de visite. Je n'ai qu'à me louer de la manière aimable dont je suis accueilli pa/iout. Le corps diplomatique et les savants de Rome me comblent chaque jour de complaisances et de politesses, et j'ai trouvé toutes les facilités imaginables pour tout voir et pour tout copier.
J'ai à très peu près terminé mon travail sur les obélisques. J'en emporte des copies exactes : il est incroyable à quel point ce malheureux Kircher les avait estropiés et principalement le plus beau et le plus antique de tous, celui de Saint-Jean de Latran. Les débris d'obélisque, appartenant à celui de la place Navone, trouvés dans le cirque de Caracalla, sont fort peu de chose, ce sont des têtes de caractères, et voilà tout.
Le Musée de la Propagande, où je croyais trouver beaucoup d'objets Égyptiens, n'en renferme presque point : quelques mauvaises figurines de terre émaillée et voilà tout. J'y ai reconnu un lambeau de manuscrit phénicien, contenant six petites lignes. J'en ai pris copie exacte. C'est le troisième, y compris celui de Turin. L'autre existe parmi
des débris de papyrus Égyptiens du Vatican. Il a dix-sept ou dix-huit lignes plus ou moins complettes. Je t'enverrai les copies du tout à mon arrivée à Turin : je trouve juste et convenable de les communiquer à M. de Sacy. Je dois être reconnaissant de son article ' . La profession de foi est entière, et, quoiqu'il ait voulu mordre mes anagly plies, j'en suis parfaitement satisfait. Il est vrai que cette partie de mon système n'est point assez clairement développée, mais lesdits bas-reliefs n'en existent pas moins, et je remets à un autre temps la démonstration de mes dires à leur sujet.
Le contrat démotique du Vatican est de Ptolémée Philopator, et non pas d'Écergète P\ comme je crois te l'avoir dit. Voici le protocole : Dans Vannée III, de Tohi le 2, du règne du Roi Ptolémée, fils de Ptolémée et de Bérénice, Dieux Évergètes, étant Déniétrius, fils d'Apella, prêtre d'Alexandre et des Dieux Adelphes et des Dieux Écergètes et des Dieux Philopatores, sous la canéphore d'Arsinoé Philadelphe.
J'ai cherché à me procurer ce qu'on a publié à Rome, relativement aux monuments étrusques : il n'y a presque rien. C'est surtout à Florence que je pourrai réunir quelque chose. Sois sûr que je ne négligerai aucun moyen de te satisfaire sur ce point, mais je crois qu'il y a encore peu à faire sur cet article, les textes étant très rares et les moyens de comparaison manquant entièrement. Il faut cependant voir ce qu'un peut en tirer, et lu as raison de vouloir couler cette question à fond. On fait, au reste, fort peu de cas des travaux de Micali, d'un bout de l'Italie à l'autre ; comme je n'ai pas lu à fond ses ouvrages, j'ignore si ce jugement est fondé ou s'il ne résulte (jue des petites jalousies, si communes et si puissantes dans ce pauvre pays.
Le chevalier GoU m'a communiqué de grandies iiisciip-
1. Voir Bullcda Fcrussac, l^2b, t. III, p. iiG4 et suiv., et l:;20et suiv.
lions hiéroglyphiques, copiées à Karnak par un Anglais appelé Wilkinson. Elles sont relatives à des olïrandes faites aux Dieux, et datées des diverses années des Rois Sésonchis et Takellothis, de la XXIP Dynastie : j'en ai fait des copies, malgré les estropiades dont elles abondent.
Je t'embrasse de cœur, en te priant de me rappeler
au souvenir de M. Dacier, de tous les siens et de tous les nôtres,
J.-F. Ch.
A L'ABBE GAZZERA
Rome, 29 mai 1825.
Voilà plusieurs jours, mon cher et bon ami, que je me couche régulièrement avec le projet de répondre le lendemain matin à vos deux lettres des 4 et 16 de ce mois. Quelques visites imprévues ou la nécessité de sortir m'ont toujours empêché d'exécuter ce projet. J'espère en venir à bout aujourd'hui, en prohtant du moment où Rome entière s'occupe à célébrer (et à nos frais) la fête du couronnement de l'excellent Roi Charles X. Je célébrerai donc aussi ce grand événement à ma manière, en écrivant à tous ceux que j'aime, et celle-là vaut bien l'autre !
11 est très vrai (jue ce que je vous ai écrit de Naples ne vous est point arrivé. J'ignore comment cela s'est fait. Je vous accusais alors réception de la planche des chiffres du chevalier. Quant aux exemplaires de ma Lettre à M. de Blacaa, à l'exemplaire papier vélin du Système, à la Table d'Abydos de Cailliaud, et aux empieintes de la pierre de Cyrène, rien de tout cela ne m'est arrivé. M. de Croza n'a rien reçu, et je suis forcé de regarder ces objets comme perdus, ce qui est excessivement dur pour moi, qui avais un pressant besoin de ces divers ouvrages, pour donner à des personnes
de marque, auxquelles je les avais promis dès longtemps. J'ai donc tout à fait l'air d'un Gascon, étant obligé de répéter sans cesse que je les attends afin d'allonger la courroie, mais je désespère maintenant tout à fait. Je tenais surtout à en donner un à l'excellent M*^'' Mai, dont les complaisances et la bonne foi sont inépuisables. Il termine, dans ce moment, la traduction du Catalogue /-nisonnc que j'ai fait des papyrus de la Vaticane, et l'impression suivra de près, mais il est impossible qu'elle soit terminée avant mon départ, fixé à la huitaine. Je recevrai donc le tout à mon retour à Turin. Je m'en suis réservé trente exemplaires seulement, ne voulant pas mettre la Vaticane en frais inutiles. La Notice du Papyrus hiératique' paraîtra en même temps et fera corps avec le Catalogur.
C'est à Mai tout seul qu'est due la première idée de ce catalogue et de cette notice; je l'ai saisie avec plaisir, très satisfait de laisser cette trace de mon voyage à Rome, Peut-être cela fera-t-il quelque impression sur vos grands liommes de Turin. Il est infiniment curieux, en etïet, de voir l'empressement qu'on met ici à faire valoir les petites bribes Égyptiennes qu'on possède, tandis qu'à Turin, où sont des richesses immenses, on semble s'attacher, au contraire, à les enterrer et à les rendre inaccessibles, au lieu de donner à votre Musée toute la publicité et toute la célébrité qu'il mérite, en faisant feu des (juatre pieds pour le faire connaître à l'Europe savante. Tant il est vrai qu'il n'y a (|ue les pauvres seuls qui sachent apprécier le peu (ju'iis ont. Ne croyez cependant pas qu'il n'y ait point ici, comme a Turin, certains petits i/rands hommes qui s'irritent de léclat des travaux qui ne sont pas les leurs. J'ai su. d'hier et par unr dame (car 1rs dainr's sont toujours de bons
1- Voir celle-ci daus le Bullcun Fcrussoc. 1825. t. IV. p. :VA\^ et suiv., n° 347.
2. C'était une paiente de M-' Mai. Celui-ci, à la Vaticane, avait
génies, et je les ai toujours considérées comme nos anges gardiens), qu'il se formait contre moi une terrible conjuration; c'est la queue de Valeriani ressuscitée. Il s'agit de démontrer que je n'entends rien aux hiéroglyphes, et, ce qu'il y a de plus fort, que 7^ ne sais plus le copte. Les conspirateurs m'environnent journellement; ce sont ceux même qui, dans les salons de Rome, s'inclinent le plus profondément devant moi, pour faire leur cour aux ministres étrangers qui me comblent de politesses. Ils aiguisent leurs
armes en secret et se préparent à faire un feu terrible,
aussitôt que Je serai parti. Celui qui doit porter le premier coup, c'est le cufique Lanci, un des plus échauffés, me diton, parce qu'il ne me pardonne point d'avoir discerné, du premier coup d'œil, un manuscrit phénicien à la Vaticane, tandis que lui, dont c'est le métier, y a passé mille fois devant sans le reconnaître.
On nomme ensuite le cynique Amati; il s'élève même quelques doutes sur Nibby, lequel est assez désobligé de ce que j'ai débaptisé son sarcophage de Sésostris, pour en faire celui d'un simple hiérogrammate du temps de Psammétichus. Cependant on n'est pas sûr de ce dernier. Vous jugez, mon cher ami, combien tout cela m'inquiète, et à quel point je dois craindre le jugement et rechercher l'approbation de gens qui ne connaissent pas V Abc de la matière sur laquelle ils prétendent prononcer en dernier ressort. Leur sottise ne me surprend pas, mais leur duplicité m'indigne. Je prends toutefois le parti de m'en moquer, et c'est le plus simple. Videhimus infrà.
Vous recevrez, avec la présente, la réponse de mon frère à l'Académie de Turin, plus un diplôme de correspondant de la Société Asiatique pour l'ami Peyron; j'ai cette lettre depuis un mois, et c'est ma faute et non la sienne. Elle
éW témoin de véritables explosions de colère de la part de Lanci et d'Amati, excités fort habilement par larchéologue Nibby.
m'était adressée à Turin et m'est parvenue à Rome. Justifiez-le donc auprès de l'Académie, en lui faisant connaître les causes naturelles de ce retard. Je dirai ici, pour ne point l'oublier encore, que les petits cartouches du bas de l'obélisque de Saint-Jean de Latran, sur lesquels nous étions si éveillés, sont malheureusement de fabri>}uc moderne et n'ont pas le sens commun, comme vous pourrez bien croire. Ils se trouvent sur une partie restaurée de l'obélisque; le vrai morceau antique est au Musée de Naples, où je l'ai reconnu; mais il ne contient pas un tel déluge de cartouches. J'ai fait vos* amitiés au chevalier Biondi, que je vois fréquemment {lacune). Veuillez exprimer à M™" la Comtesse Sclopis combien je suis reconnaissant du bon souvenir qu'elle veut bien garder de moi. Mille choses à Peyron; lui avez-vous dit qu'il existe au Vatican un papyrus grec assez étendu? On ne paraît pas fort disposé à lui en envoyer un calque, comme je l'ai demandé. Je reviendrai cependant à la charge pour l'obtenir. Une bonne poignée de main à l'excellent Plana, que je prie de descendre parfois de l'Empyrée pour se rappeller qu'il a des amis sur terre, au nombre desquels je prétends être inscrit, et sous un bon numéro. Je rapporterai à Boucheron de nombreux sujets pour exercer sa mâle éloquence; Rome abonde en Verres, en Clodius et surtout en Antoines. Cicéron devrait renaître, avec une main et un style de fer, pour décrire l'état de corruption caduque dans lequel croupissent les Barbares (jui osent se parer encore du titre de Romains, et ont l'impudente audace d'inscrire, à coté des armoiries des palais, les quatre consonnes qui, pendant si longtemps, ont fait tremblei' le monde, S. P. Q. R. C'est à faire pitié. Je me hâte de vous embrasser pour faire diversion, et de me dire tout vôtre,
J.-F. Ch.