‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 41 sur 78 · AU CHEVALIER BARTHOLDY · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER BARTHOLDY

Rome, 30 mai 1825.

Je trouve, Monsieur, en rentrant chez moi, le billet que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Ce n'est point sans une grande surprise que j'ai lu celui que vous adresse M. le Prince Gagarin. Il faut que je sois ou bien mal compris ou bien mal jugé pour qu'on ait pensé, ainsi qu'on le fait, à me proposer un salaire' comme s'il s'agissait d'une espèce de représentation. J'ignore si de tels arrangements sont dans les us et coutumes de l'Italie ; mais les lettrés français, toujours empressés de propager le peu de science qu'ils peuvent posséder, ne songèrent jamais à la vendre.

J'ai besoin de croire qu'il y a certainement quelque malen-

1. Le prince, sachant combien la situation financière de Champoliion laissait à désirer, s'obstina à lui faire proposer 1 .000 francs pour chacune des six conférences que le comte de F'unchal désirait arranger en l'honneur de l'égyptologie. Le diplomate chevalier Bartholdy supplia vainement le prince, son ami, de ne pas blesser l'amour-propre de « l'Égyptien »; finalement, il se chargea de lui remettre la lettre, afin d'en tenir le contenu aussi secret que possible. — A la même époque, M. Suriray de la Rue, garde-magasin des tabacs en feuille exotiques et indigènes à Bordeaux, qui avait déjà acheté tout ce que les deux frères avaient publié, faisait une olïre d'un tout autre genre : a Monsieur, écrivit-il, si j'étais Roi, je voudrais être juste ! Je ne vous aurais point donné une tabatière sans la remplir de poudre Jaune d'Oplàr ou de sable du Pactole. Le Destin m'empêche de pouvoir faire aussi bien que si j'èiajs conirôleur des finances. Mais vous me permettrez du moins de vous offrir un peu de poudre de nicotiane digne, je crois, d'emplir votre Royale tabatière, caryc suis orfccre et j'ai horreur du vide — de nos connaissances! Aussi nul n'est plus afïamé que moi de vérités, et, ainsi, admirateur plus sin cère des vives clartés que vous répandez au sein de ces merveilleuses

ténèbres d'Egypte » Champoliion, qui se plaignait «du mauvais

tabac de S. M. Sarde», accepta le cadeau, et il envoya à M. Suriray un beau plâtre du buste de Ramsès IL

tendu ou quelque distraction dans tout cela; quoi qu'il en soit, je ne suis pas moins prêt à faire ce qui pourrait être agréable à M. le Comte de Funchal. Mon départ de Rome est fixé au 8 de juin. On peut, d'ici là, disposer librement de moi; trois ou quatre séances au plus seraient, je crois, suffisantes pour le but qu'on se propose. J'attendrai donc que vous ayez la bonté de me faire connaître les jours et les heures que l'on voudra choisir.

Veuillez agréer. Monsieur, mes salutations empressées,

J.-F. Champollion le Jeune.

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Rome. 5 juin 1825.

Je touche a la tin de mes travaux à Home; les obé-

lis(|ues sont copiés, et je quitterai les ruines de la caj)itale du monde chrétien en emportant les textes les plus intéressants, des empreintes de scarabées, et le papier d'une grande stèle Royale qui figurera noblement dans ma Qunfricnin Lettre nu Duc, relative au ralte des Rois, partie inliniment curieuse des institutions Égyptiennes, et que je veux traiter à fond'. Tous les matériaux sont prêts et mis en ordre, et dans leur nombre je comprendrai le bas-relief dont Cailliaud t'a donne le cuivre, celui qui représente Ramsès le Grand, dont les noms et prénoms sont fjravés sur l'arbre de .l<i rie. Il no faut donc point songer à mettre cette planche dans la Seconde Lettre, et la réserver pour la Quatrième, qui fera florès. Quanta la Table d'Abydos, la gravure ciue tu m'as envoyée n'est arrivée que jusques à Turin; (»n me

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