‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 42 sur 78 · Cette Lri/rc no lut jamais terminée · texte numérisé non relu

Cette Lri/rc no lut jamais terminée

l'a expédiée ici, et quelque amateur s'en est saisi sur la route, ainsi que de tout le paquet contenant cinq exemplaires de ma Première Lettre et un du Précis du système hiéroglyphique, papier vélin, et destiné pour le Saint-Père. Je n'ai plus d'espoir que ce paquet me parvienne, et j'en ai déjà fait ma croix. Je ne puis donc t'indiquer les corrections à y faire : le seul moyen est de confronter cette planche avec les cartouches-/)ré;io/7?s que j'ai donnés, et de la faire conformer, vu que je suis sur de mon fait. Le dernier cartouche de la deuxième ligne doit être ainsi figuré : fT^- C'est le sixième de la XVIP Dynastie, en remon- 1^^^, tant.

Le troisième cartouche de la première ligne, lu U ainsi : /"TN . Le huitième de la première ligne (ton- K^J jours en ±* remontant), /"TT^; 1<^ neuvième, /"TTN; le septième 5 ï-^ (de la même | ligne), f^^- ^ Enfin, le on- ^^ zième de la i '-^ pre- \^\ ^ ^^^ j mière ligne, ,-Saii completté

Il m'est impossible d'indiquer d'autres corrections, la planche de la table de Cailliaud ne m'étant point parvenue. J'ai vu ici une copie du même monument faite par Wilkinson et communiquée au chevalier Gell : elle concorde parfaitement avec mes corrections. Il est bien entendu que tu corrigeras ainsi : ^"^^ , le cartouche du deuxième Roi de la

XVIIP Dynasl'original, mais d'ailleurs, tu le

tie. Le dernier signe U est effacé sur cinquante monuments le fournissent; trouveras, à son rang, dans mon des-

sin colorié de la \^^ belle stèle Royale de Turin, entre Aménojtèp et Mœris. Quant à l'obélisque de Londres, tu en trouveras /a matière et les proportions, soit dans la dernière livraison de la Description de l'Egypte, soit dans les gra-

vures du Musée Britannique par M. Alexander, recueil que m'a envoyé le D'' Young.

Toute l'Italie a reçu ton article sur le San Qiiintiiio\ excepté moi qui ne l'ai pas encore lu. Mais on doit me le prêter aujourd'hui. On m'écrit de Turin qu'il a produit un effet terrible, mais j'attends ici ou à Florence une lettre de Costa, qui me donnera des détails sur les changements que cette explosion aura pu occasionner. Je m'attends à trouver des obstacles et des froissements pour la reprise des recherches à Turin. Je tàterai le terrain, et, s'il n'est pas tenable, je prends bravement le parti de la retraite jusqu'à ce que le bon sens leur vienne. — Il faut donc, à tout hasard, demander au Duc, qui doit être de retour à Paris, ses dernières intentions pour Marseille, Livourne, etc. Je lui écrirai avant mon départ de Rome, mais il serait bon que tu le prévinsses là-dessus pour que la réponse ne le fit pas attendre. Je voudrais savoir s'il persiste dans ses projets d'achats d'antiquités et quelles sont les limites qu'il lui convient de fixer. Il faudrait aussi voir, de ma part, le Duc de Noailles, qui, ainsi que M"^*^ la Duchesse, a eu des bontés infinies pour moi, et demander aussi une limite approximative pour la somme cju'il aurait intention de mettre à la petite collection Égyptienne que je me suis chargé de former avec le plus grand plaisir. N'oublie point d'envoyer à M. de Noailles un exemplaire de ma Prciuière Lettre et la suite. C'est un cadeau que je voulais lui faire ici, mais rien ne m'est arrivé, dont j'enrage.

Le Duc de Montmorency célèbre dignement ici la fête du Sacre. Le 29, ont eu lieu des distributions de vivres au peuple romain, qui les a reçues avec son avidité ordinaire; mais le mauvais temps a empêché que la graudc fête donnée à la villa Médicis à 800 patriciens et à 8.000 plébéiens n'eût lieu le jour même. Nous attendons de jour en jour que

1. Voir le Bnllclin Férussac, 1825, t. III, p. lUb, ii' 180 bis.

le beau ciel d'Italie daigne se montrer digne de sa réputation, et la pluie contrarie obstinément les désirs des invités. C'est ce qui retarde mon départ de Rome, non que je tienne beaucoup a assister à une fête, mais parce que je veux voir l'effet que produira un chef-d'œuvre de ma façon.

Le Duc a saisi avec empressement l'idée d'élever, au milieu de la villa qui domine une partie de Rome, un obélisque, de ([uarante-cinq à cinquante pieds de hauteur, chargé de (|uatrc longues légendes hiéroglyphiques coloriées et relatives au sacre du Roi. Les hiéroglyphes ressortiront en transparent, et cela fera un effet magnifique à ce que disent les architectes et décorateurs. On ne parle que de cet obélisque dans les salons, et il me tarde de voir illuminé cet aîné de mes enfants.

Du reste, les inscriptions sont d'une élégance classique, et les hiéroglyphes sont combinés et dessinés de manière à ne rien craindre de la comparaison avec le voisin de la place du Peuple. Le tout sera ensuite gravé et publié avec la traduction dans la description de la fête. On distribuera provisoirement la traduction française et italienne du texte à tous les conviés.

Je me hâte de terminer cette lettre par un mot sur l'affaire

de Gail fils' ; on cherche, et il faut du temps à Rome pour

trouver un homme qui veuille gagner quelque chose en

étant utile aux autres. Je ne partirai pas sans avoir une

décision définitive. Je pars, selon toute apparence, à la fin

de cette semaine. Adieu, mon cher ami, je t'embrasse de

cœur et d'âme ; mes respectueuses tendresses à M. Dacier et

à tous les siens,

J.-F. Ch.

1. Gail (Jean-François), helléniste, suppléa son père dans la chaire de littérature grecque au Collège de France. .\mi dévoué de « l'Égj'ptien )).

AU MÊME

Rome, 17 juin 1825.

Je t'écris deux lignes, mon bien cher ami, pour te donner de mes nouvelles qui sont excellentes et te dire que je pars ce soir pour Florence, où j'arriverai le 21 du courant en passant par Viterbe, Radicofani et Sienne. J'ai recueilli ici beaucoup d'inscriptions et de notes. — Mes soirées de la dernière semaine ont été passées à donner une exposition du système d'écritures Égyptiennes à tout ce que Rome renferme d'hommes distingués de toute nation. Les séances ont eu lieu chez l'ambassadeur du Portugal. J'ai terminé aussi le catalogue des manuscrits Égyptiens du Vatican ; M^' Mai l'a traduit en italien, — on l'imprime.

J'ai eu l'honneur d'être présenté au Pape, qui m'a accueilli de la manière la plus aimable. Labbé Lanci, savant arabisant, ayant imprimé par jalousie pure des impertinences sur mon système, je lui ai répondu vertement ; — cela sera publié, et on te l'enverra de suite. Il sera bon de le mettre dans le Bulletin'. Jo n'ai pas une minute pour te donner plus de détails. Je m'arrache de Rome, les chevaux m'attendent; tu auras de mes nouvelles plus au long datées de Florence.

Adieu

J.-F. Ch.

l'oar ne pas inquiéter son frère, Charnpollion ne lui dit point ce qui venait de se passer : — c'est qu'une rafale violente avait

1. Voir le Bulletin Férussac, 1825, t. IV, p. 85. n" 107 : Lettre à M. Z***, c'est-à-dire au comte Stanislaw Kossakowsky, attaqué également par Lanci pour avoir défendu Chan)polliun. — Cette Lettre fort ironique contient la parole de Malioniel ; Le temps de l'Arabie est à la Jin venu! puisque Lanci tendait en effet «à soumettre les méthodes égyptiennes aux méthodes arabe et hébraïque ».

renversé l'obélisque dans l'après-midi du 17 juin, et, au moment même où, après huit jours de travail opiniâtre, les ouvriers l'avaient dressé sur son socle. La pluie ayant, enfin, cessé de désoler tout le monde, l'ambassadeur venait de donner ordre que la grande fête, retardée depuis le 19 mai, eût lieu le dimanche 19 juin. Les ouvriers reçurent donc l'ordre de relever de suite l'obélisque, mais, saisis d'une crainte superstitieuse, ils refusèrent obstinément leur secours. Champollion ne voulut pas non plus revenir à la charge, car il aurait dû refaire toutes les inscriptions englouties par la boue. Il partit donc le soir même, le cœur navré, ne voulant pas assister à la fête, où il ne pouvait plus voir debout son obélisque chéri.

Le célèbre peintre Pierre-Narcisse Guérin, alors directeur de l'École française des Beaux-Arts à Rome, se montra si attristé de ce contretemps que ses pensionnaires se mirent passionnément à l'œuvre, dès l'aube du jour, afin de remédier au mal. Le dimanche matin, après une nuit blanche, ils avaient fait disparaître tonte trace du désastre; l'obélisque était redressé, et, le long d'une charpente, construite avec solidité, on avait repeint, sur des papiers transparents, en signes hiéroglyphiques, les caractères qui se voient sur la gravure (pi. I-II)'. Il va sans dire que ces hiéroglyphes n'avaient pas « l'élégance classique » de ceux qui avaient été dessinés par la main du maître; néanmoins l'obélisque illu miné fut vivement admiré, non seulement par les dix mille invités de l'ambassadeur, mais encore par la moitié des autres habitants de Rome, car la villa Médicis, sur l'emplacement d'un ancien temple du Soleil, est située au sommet d'une véritable montagne et domine la partie la plus populeuse de la cité.

Une lettre du 20 juin, de l'ambassadeur de France, au baron de Damas, à Paris, contient des détails sur cette fête splendide :

« Ce qui, on ose le dire, donnait un caractère particulier

d'originalité à ce spectacle. » dit l'ambassadeur, « c'était un obélisque de soixante-quatre pieds de hauteur. Des caractères égyptiens hiéroglyphiques coloriés y étaient tracés, et j'en joins ici la traduction littérale imprimée.

1. Elle fut faite par l'architecte Challarael, à la commande du chevalier Artaud, de l'ambassade, déjà mentionné. Celui-ci la reproduisit, plus tard, dans son livre : Histoire du Pape Léon XII, Paris, 1843.

;l. egyptol., t. xnx.

Page 1