‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 48 sur 78 · Le duc de Doudeauville, ministre de la Maison du roi · texte numérisé non relu

Le duc de Doudeauville, ministre de la Maison du roi

il s'agit de faire une sottise ou de satisfaire une ridicule vanité \

Voilà de ces choses qui forcent l'homme le plus résolu, et qui travaille niaisement de très bonne foi, à jeter le manche après la cognée pour ne s'occuper désormais que de la vie animale, qui, en dernière analyse, pourrait bien être la meilleure. Les lettres des Santoni me pressent et je n'ai rien à leur dire. Hâte-toi de m'annoncer un non bien définitif, et j'en ferai part à qui de droit, pour ne plus y penser, car j'en deviendrais malade de dépit et déboute pour mon gouvernement qui trouve une magnifique collection trop chère à 250.000 francs, à l'instant même où le ministère anglais dépense 235.000 francs pour faire transporter à Londres un seul monument Égyptien, l'obélisque d'Alexandrie.

Et ces gens-là parleront d'amour de la science, de gloire et de prééminence nationale! Je ne compte pas davantage sur la place au Musée : cela serait trop raisonnable, c'est pour cela aussi qu'on ne le fera point. J'attends l'arrivée de M. le Duc de Blacas à Turin, et la certitude qu il y viendra dans le mois de septembre m'est d!autant plus agréabl(% (lu'elle ne dérange en rien nos projets alpins '. Je suis persuadé d'avance qu'il est aussi mortifié que moi des grandes raisons d'économie, qui font repousser une chose aussi honorable qu'utile.

Omar Seyfïarth, le preneur juré de Mahomet Spohn, n'a point encore paru à Turin ; il y sera reçu avec tous les honneurs dus à sa haute science, et nous verrons sur le terrain quelle est la force de l'animal. Il est bien entendu que je ne me commettrai pas avec lui au point d'entrer en lutte directe et publique. J'ai assez fait, et surtout trop à faire,

1. Chainpollion venait d'appreiulro que le sacre ilc Cliarles X avait coûté deux million» de francs.

2. C'est une .illusion au voyage qu'il se proposait de faire en l)aupliiné. pour }' revoir los siens.

pour donner à tous les extravagants ultramon tains, d'outre- Rhin et d'outre-mer, le droit de m'appeller en champ clos pour défendre mes travaux, qui se défendront assez d'euxmêmes, quand on voudra être de bonne foi.

Je ne crois point t'avoir parlé de suppression de l'article de la XXII® Dynastie dans la Seconde Lettre. Je t'ai indiqué dans l'article de la XXP une correction indispensable sur le nom que je lisais ccc« Sossen, et qui doit être lu «.«.«t = Aâsen ou Oosen; il faut donc modifier les conséquences secondaires que j'en tire, et, si un carton est absolument nécessaire pour cela, il faut le faire. — Les gravures d'un monument de Rome m'avaient induit en erreur sur la valeur phonétique du caractère -o^-, qui entre dans ce nom [1 A/^/vw\ ôwô,m. Le nom d'Arsinoë, sur lequel je me fondais, au lieu d'être écrit \^ comme dans la gravure, l'est 'àin^i sur V original : \\S^ "^T^ ', donc, l'œil -cs>- est une voyelle et non un s, ^^^ ^^ comme je l'avais cru d'abord. Il importe donc de ^^T^ corriger sous ce rapport le texte de ma Lettre, ce qui ym n'empêche point que le nom 1 AAAAAA = e^e^cit ou cocit, Asen, Osen, ne puisse être véritablement le primitif des noms Sousen-ès et Psousen avec l'article, le nom d.d.cit étant affecté du c de la même manière que nous trouvons ^iJ-z^or^c; pour MsvSr;;, Roi de cette même Dynastie et fils de Ôsen ou 0.0.C11. Tu peux arranger le texte de la Lettre sur ces données, pour ne pas supprimer la série des Rois et des Règnes de la XXP Dynastie, nécessaire dans l'ensemble de la Lettre.

J'attends tous les jours mon catalogue des papyrus

du Vatican; il est imprimé et a déjà paru. Tu en auras un exemplaire par la poste au plus tôt. Mai l'a dédié au cardinal délia Somaglia, Secrétaire d'État actuel. — J'ai toujours oublié de te dire que Micali ' est venu à Turin ; je l'ai beau-

1. Micali (Giuseppe), célèbre archéologue, dont l'œuvre principale,

coup VU, nous avons parlé à fond, et l'alliance offensive et défensive a été conclue entre nous. Il me charge de te remercier de ce que tu as dit et fait pour lui; c'est un brave et excellent homme. — J'attends très prochainement ton dernier mot sur l'époque de ton départ pour le Dauphiné,

Cela réglera définitivement ma marche Le provisoire en

tout me sort par les yeux. Adieu donc

AU MÊME

Turin, 22 septembre 1825.

Je t'envoie sur-le-champ, mon cher ami, la réponse de MM. Santoni, et j'attends sur-le-champ aussi une réponse définitive. Tu verras que la collection renferme de plus, ce que je ne savais pas, le fameux has-relief des chiffres de Karriack {sic) en treize parties de pierres, car il est immense. Tu verras qu'il faut prendre le tout; j'ajouterai que je n'eusse point consenti à traiter l'affaire pour 250.000 francs dans le cas où les gros objets eussent été exclus du marché, parce qu'à Paris on eût trouvé (je parle des grands hommes) que c'était beaucoup d'argent pour peu de chose, tandis (jue les grosses pièces ferment la bouche à ceux qui ne sont pas capables d'apprécier les petites choses ce qu'elles valent réellement. Dans le cas où l'on voudrait en finir et que le marché se conclût, il est nécessaire de décider les questions suivantes et de me donner diverses directions, le tout dans

L' Italia atanli il doniuilu dcl Romani (4 volumes), était entre les mains de Champollion depuis 1811. — Son frère venait d'envoyer à Micali des copies et des plâtres afin de lui l'aciliter ses rechei-olies.

BlDL. l'XiYPr., T. XXX. 17

la supposition qu'on me chargera d'aller reconnaître et retirer les objets :

1° Faut-il partir pour Livourne sur le champ? Ou bien, ce que je crois plus convenable, faire le congrès de Vif avant tout et partir ensuite? Ce serait l'affaire d'un mois.

oo Arrivé à Livourne, où trouverai-je des fonds pour les frais de l'emballage et l'embarquement, ce qui sera encore un objet considérable.

3° Mes finances ont baissé et il ne me reste plus que le billet Lafîtte de 1.000 francs, auquel je n'ai pas encore touché et que je réservais pour ma rentrée en France.

4" Je demande aussi des instructions formelles pour une infinité de cas, qui se présentent dans de semblables affaires et qu'il est facile de décider d'avance. — J'attends donc avec impatience une lettre définitive et, dans tous les cas, l'itinéraire de ton voyage vers les Alpes. Ces deux choses régleront mes plans futurs. Letronne ni M. le Duc de Blacas

n'ont point encore paru. Adieu,

AU MEME

Turin, 11 octobre 1825.

Me voici encore en panne, mon cher ami, n'ayant reçu aucune nouvelle d'Occident et arrêté tout court dans mes

plans de campagne. Je ne vois venir ni Duc ni Duchesse

Une lettre d'Artaud de Lyon, que la Comtesse de Valence a eu la bonté de me porter, m'apprend ciue le Duc s'est brusquement détourné de Valence, avec le projet de s'arrêter quelques jours à Avignon, à Aix, et dans sa terre d'Aulps

qu'il n'a vue depuis si longtemps Je crains qu'oubliant

l'Egypte et les Égyptiens, il ne s'embarque tout bonnement

à Marseille, avec tout son monde, pour Naples. J'attends donc encore quelques jours, pour savoir ce que tout cela deviendra, pestant de tout mon cœur contre les retards qui m'empêchent de franchir les Alpes qui nous séparent; je suis fâché de perdre mon temps à faire le pied de grue.

C'est l'excellentissime Arago et sa dame qui veulent bien se charger de cette lettre jusques à Grenoble, où mes exhortations les ont engagés à passer. Je leur ai promis un beau pays et de bonnes gens. C'est à toi de leur remplir la dernière partie de ma promesse \ fSi tu es à Vif, cours à Grenoble, et tâche de leur faire employer agréablement le peu d'heures qu'ils se proposent d'y passer. Il serait bon de le mettre en rapport avec Breton le médecin, pour parler

physique et le conduire là où tu ne voudras pas aller. — •

Arago est convaincu que je ferais bien de déposer mon Tableau des clu/Jres et mois Égyptiens à V Académie des Sciences^, pour prendre date. C'est une démarche qui coûte fort peu et qui peut devenir utile, vu que je veux le donner au public. Arrange- toi donc pour lui faire remettre les tableaux que je t'ai envoyés, avec une lettre dont vous arrêteriez la rédaction ensemble. Je t'écrirai aussitôt que mon ennuyeuse position changera, et que je pourrai te dire si je me mets en mouvement pour l'Est ou pour l'Ouest. Je t'embrasse, en attendant, de cœur et d'âme,

J.-F. Ch.

Page 1