‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 55 sur 78 · AU DUC DE BLACAS · texte numérisé non relu

AU DUC DE BLACAS

Livourne, 27 avril 1826.

Monsieur le Duc,

Une indisposition de quelques jours m'a privé de l'honneur de répondre plus tôt à la lettre que Votre Excellence a bien voulu m'écrire le 3 de ce mois; mais, malgré ce contretemps, l'inventaire de la collection égyptienne touche bientôt à sa fin, et je me convaincs toujours de plus en plus combien il était désirable que cette belle suite de monuments échût à la France, et vînt peupler les salles Égyptiennes par trop désertes du Musée Royal de Paris. Je jouis d'avance du bel effet que produira, dans une de ces salles, l'énorme sarcophage royal du Pharaon Ramsès-Méïamoun, grandpère de Sésostris. Cette pièce est la plus colossale de toutes celles de ce genre qui existent en Europe, et même en Egypte, dans les tombeaux des Rois découverts jusques ici. Lorsqu'elle sera nettoyée convenablement, on pourra

apprécier la beauté de ce bloc de granit rose, et l'effet de l'émail vert qui colorie les centaines de figures en pied et les innombrables hiéroglyphes qui surchargent l'intérieur et l'extérieur de ce monument vraiment royal. A ses côtés se placeront dignement le superbe sphinx de granit rose, de huit à dix pieds de long, dont le travail est digne de Sésostris, et dont la base porte une dédicace, — et le sphinx de granit, d'une proportion deux fois plus grande, et qu'on dit d'un travail encore plus recherché. Cette dernière et magnifique pièce attend, sur le rivage d'Alexandrie, qu'un vaisseau du Roi vienne la prendre.

La chapelle monolithe de granit rose est bien le sanctuaire du grand temple de l'île de Phila? : l'inscription hiéroglyphique porte que cette chapelle est dédiée à Isis, dame souveraine de Philœ, par le Roi Ptolémée Évergète II et sa femme Cléopâtre. La stèle de granit rose, de sept à huit pieds de haut, est la dédicace d'un temple par l'un des ancêtres de Sésostris. Enfin, les énormes pieds colossaux deviennent un monument de quelque importance pour la géographie ancienne : c'est la partie inférieure d'un colosse du Pharaon Aménophis II, et la base porte l'image de douze à quatorze rois africains vaincus, portant sur un bouclier le nom des contrées conquises par le Roi égyptien.

Les figurines en bronze, soit divinités de tout genre, soit

animaux sacrés, sont au nombre de deux cent quatre , de

plus cent quatre-vingt-sept autres objets, aussi en bronze, ustensiles, vases, miroirs, armes, clefs, poids, etc., etc.; cent quatre-vingt-onze objets en bois, parmi lesquels soixante- (|uatr(i figurines, un grand nombre de se|)t pouces à d(Hi\ pieds; le fauteuil de bois d'Mthiopie, pattes de lion, dossier orné de marqueterie d'ébène et d'ivoire, des tabourets, des cassettes, des coffres peints et autres meubles et ustensiles, des paniers, parmi les(juels l'un renferme des pains de roulein'n é(/i//)ti('ntirs que nos chimistes j)ourront enfin analyse!'.

J'ai déjà cijmpté plus de mille (|u;itre cents biJDUx et ilif-

férents objets de parure, six figurines en or massif, cinq en argent, un dé à coudre en or, un étui d'argent, dix-huit bagues en or massif, ou montres en or, huit en argent, phis de soixante bagues en jaspe, lapis, cornaline et émail; un collier complet, fourni de trente-deux pièces en or massif, composé de plusieurs vases de diverses formes, de fleurs de lotus épanouies, de coquillages, de lézards, de poissons, le tout massif et d'un joli travail ; un autre en petits grains d'or, un en gros grains d'argent massif, et plus de trente colliers de toute matière, en cornaline, en émaux de couleur, en pâtes, en verre, en terre émaillée et en ivoire.

Mais le plus curieux, et qui est sans contredit le chefd'œuvre de la galanterie égyptienne, c'est un collier, formé de plus de cinq cents anneaux d'argent de trois quarts de ligne de diamètre chacun, et dont l'épaisseur n'excède pas un cinquième de ligne. Ces petits anneaux sont tous d'une proportion si exactement égale que, placés les uns à côté des autres, ces centaines forment une sorte de tube d'argent parfaitement poli et régulier de quatorze pouces de longueur, et ce tube, flexible sur tous les points, renfermait une ti^es^e de dieveux continue, existant encore en partie.

Les scarabées sont au nombre de trois cent vingt-deux, dont quatre-vingt-quinze portent des noms royaux et sont des sortes de médailles pharaoniques, et les figurines de terre émaillée, la plupart d'un travail très fin, ne sont pas moins de six cents. — - J'aurai du reste l'honneur, avant de quitter Livourne, d'adresser à Votre Excellence un résumé sommaire de tous les morceaux dont se compose la collection.

Il est bien difficile t|ue celle de M. Passalacqua puisse soutenir la moindre comparaison, et les amateurs, qui lui ont donné la préférence sur celle de Livourne, n avaient certainement aucune idée de cette dernière. Dans peu de mois, on pourra se convaincre de cette énorme difïérence, si l'on se décide de ne point laisser les caisses fermées dans les magasins du Louvre, — les caisses que j'expédierai pour la France

aussitôt que le vaisseau chargé de les prendre sera arrivé ici. J'ai à remercier Votre Kxcellence pour la peine qu'elle a bien voulu prendre de me recommander au Ministre de la Maison du Roi pour la charge de conservateur du futur Musée Égyptien, qui existera maintenant aussitôt qu'on le voudra bien, puisqu'on en possède tous les éléments constitutifs. Il ne s'agirait plus que d'assigner les salles, mais je redoute un ajournement indéfini, puisqu'on me conseille de prendre les dessins des principaux ol)jets de la collection, comme si je ne devais les revoir de longtemps. J'aime à espérer que la maligne étoile, (|ui fait néglig(^r entièrement à Turin la collection Drovetti, n'aura aucune influence de ce genre sur la collection Sait. La France saura sans doute un peu mieux se faire honneur de cette importante acquisition. — Son Altesse le Grand-Duc est venu visiter la

collection égyptienne, et il a témoigné hautement le regret de n'avoir point fait cette acquisition, persuadé de l'importance des nouvelles études Egyptiennes. Son Altesse a donné un congé d'un an et un traitement au professeur de langues orientales de Pise, M. Rosellini, pour se former auprès de moi dans cette nouvelle branche d'archéologie; cette détermination a été infiniment agréable pour moi, dans ce moment surtout, où (juelques personnes atïectent de répéter sourdement cjue les monuments. Egyptiens, étudies d'a/i/rs ma inéthodp, so/it en confradii-tion arec /es IJri'ea saints. On m'écrit de Rome (pie M. Lanci continue de parler dans ce sens, et ([ue ses projjos, (|noi(|iie dénués de; tout fondement, produisent (piehpie impression. Je suis d'autant plus peiné de cette annonce (ju'elle m'oblige, dans mon prochain voyage à Rome, :i engager une discussion apjjrofondic sur ce sujet, discussion (|iii (h'Miiontrera jus(|ii<'s a ri-Nidciicc la mauvaise foi (ît les niéclianles intentions li'une peisduiie ' (|ue

1. Celait une vraie déclar.iLioii (Je miori-e eoiitie I.aïK'i. t'IiaiiipuUioii, aveili île Itoiue ((uo le iJitr , ébranlé ilaiis sa coiivirliDii par

BiBL. ii(iYrr., 1. XXX. il

j'eusse voulu épargner, puisqu'elle a reçu de M. le Duc des marques signalées de votre protection'.

A L'ABBÉ GAZZERA

Livouine, 27 avril 1826.

Quelque désir que j'eusse, mon cher ami, de répondre de suite à votre lettre du 7 avril, les circonstances et les seccature semblent s'être multipliées pour m'empécher de le satisfaire. Vous concevez donc facilement qu'un homme qui se lève à sept heures et reste jusques à six heures du soir à emballer, encaisser, marquer, aussitôt qu'il a terminé une portion d'un catalogue de plus de quatre mille huit cents objets au milieu desquels il faut se démêler, n'est pas trop libre de faire ce qu'il veut, étant surtout interrompu à chaciue instant par des curieux ou amateurs. J'eusse pu sur ce dernier article adopter la méthode du grand homme\ donner mes heures, et ne permettre l'entrée du sanctuaire qu'à un très petit nombre d'élus. Mais toutes ces formules et maximes de haute politique n'existent pas en langue française, et j'ouvre tout simplement à tous ceux qui frappent, suivant la méthode évangélique. Vaut-elle mieux? Quelque chose crie en moi pour l'affirmative.

La visite du Grand- Duc a été complète. Il a voulu tout

les lettres de Lan ci, ai- ait changé d'opinion à l'égard de son système, annonçait ainsi son intention de réi^ondre aux attaques de son adversaire. La nouvelle était fausse, heureusement, et le Duc restait fidèle à « l'Égyptien ».

1. Copie, sans les formules linales, de la lettre envoyée au Duc.

2. San Quintino. Il ne laissait ouvert le Musée de Turin que pendant deux heures par jour, cl il n'y était visible que deux fois par semaine.

voir, et je lui ai fait remarquer tout ce qui méritait quelque attention sous le double rapport de l'art et de l'intérêt historique. La masse et le choix varié des objets ont fait une vive impression sur lui; je lavais préparé la veille, pendant le dîner, à apprécier tout cela en développant quelques idées générales. Tout cela a produit son effet, et les nouvelles études ont en Son Altesse un partisan décidé. Il a donné au professeur de langues orientales de l'Université de Pise, Rosellini, jeune homme fort instruit que vous verrez bientôt à Turin, un congé et un traitement pour venir se former auprès de moi dans Yarchéologie pharaonique. Cette détermination de Son Altesse Impériale m'a été d'autant plus agréable que l'abbé Lanci s'inquiète de plus en plus à Rome, et crie au secours contre le danger que court la Religion par l'étude dos monuments Égyptiens selon ma métliode. Il répand de telles alarmes à ce sujet, que le corps diplomatique en est ébranlé, et que l'excellent Mai est terrifié d'avoir si clairement donné son assentiment à ma découverte. Prenez garde à vous, mon cher Gazzera, et avertissez Costa de renouer avec l'association des Capucins de Saint-Thomas, parce que je serais désespéré de voir pendre, pour l'exemple, deux bons amis comme vous, l'un parce qu'il m'a pouponné chez lui, et l'autre pour avoir accordé quelque aflection à rabominal)le auteur de l'abominable système phonétique.

Le siècle où les Ricardi ont raison paraît vouloir revenir en Italie; mais je me console et ne perds point courage, soutenu par ma conscience (si l'on veut bien me permettre d'en avoir une) et encouragé par les odes et les sonnets que l'on m'adresse innocemment et que je lis de même. Plaisanterie à part, mon apotliéose a été complète dans une séance publi(jue de l'Accademia Labronica. Une jeune et fort aimable improvisatrice, de l'une des premières familles grecc|ues de Livourne, a eu la bonté de débiter une Ode en mon honneur, et de me rappeler d'I'",gyj)(e pour éclalrcir les monuments éti'uscjucs. Juge/, si j'ai pu être insensible à

un tel hommage prononcé par une si jolie bouche ! C'est la plus douce récompense que j'aie reçue pour m'étre nourri de poussière égyptienne pendant quinze ans. La Signera Angelica Palli est fort instruite, d'une amabilité parfaite, et vous devez sans doute en avoir entendu parler si vous n'êtes pas des barbares.

Quant à moi, je remercie le grand Amon-Ra de me l'avoir fait connaître et de m'avoir fait trouver grâce à ses yeux; mais, me souvenant que les momies ont aussi leurs droits, quoique muettes, je reste au milieu d'elles le plus possible, et je ne vois l'aimable Sibylle que rarement, de peur qu'Athyr ne se mêle un peu trop à ma reconnaissance.

Mais tout n'est p^s couleur de rose. On m'écrit de Paris ([ueForbin, Jomard, Rochette, etc., etc., font fendes (luatre pieds et crient comme des aigles plumés contre l'acquisition du Musée Égyptien de Livourne. Ils veulent me contre-miner et remplissent les petits journaux de petits articles anonymes, car ils n'ont pas le courage d'attaquer en face. Mon frère me dit aussi que Rochette a lu à V Académie un extrait des papyrus grecs de Livourne. Peyron seul les a vus, et il est incapable d'en avoir écrit un mot à un homme qui est tout aussi son ennemi que le nôtre'. Dites bien à

1. Peyron écrivit à CbampoUioii-Figeac : « Je sçai.s par votre frère que le malheureux Rochette vient de lire une description des papy ri de Livourne. Ni lui, ni personne, excepté l'excellent (iazzera, n'a sçu quelque chose de moi sur ces papy ri. Donc, Rochette a voulu deviner,

et aura-t-il dit des sottises plus qu'à l'ordinaire? Veuillez donc

directement m'envoyer par la poste sa dissertation ou tel extrait que vous jugerez à propos. Si je le prends en faute, je ferai quelque article piquant contre lui. Ce farceur n'a pu lire, chez moi, les papyri grecs de Turin, comment aurait-il déchiffré les fac-similés de ceux de Livourne? — Mais tout cela est fait dans l'inténH de Passalacqua et C". Et Letronne, en publiant un papyrus Passalacqua, s'est-il aussi rangé en faveur de lui et contre votre frère? » Ajoutons que Rochette prétendait tenir ses renseignements d'un voyageur qui aurait vu la collection Sait à Alexandrie.

Peyron que je n'ai pas eu un moment de doute à son égard, mais je me perds en conjectures pour savoir qui a pu écrire à Rocliette la Letti-e d'Italie qu'on lui a adressée, dit-il.

Priez notre ami Costa de faire tenir prête à partir la caisse qui contient mes paperasses et livres, et d'y mettre aussi le tableau funéraire colorié que je promets de lui renvoyer en original de Paris quand je l'aurai fait lithographier. Qu'il fasse bien fermer la caisse et y mette l'adresse de S. Ex. le Ministre de la Maison du Roi à Paris. On viendra la prendre dans quelques jours chez lui, pour la joindre à d'autres caisses que notre ambassadeur à Florence envoie à Paris par une voie sûre. N'oubliez pas cet article. J'écrirai à Costa dans peu de jours, et aussitôt que je pourrai un peu regarder autour de moi sans être effrayé de la besogne qui me reste à faire.

Si vous connaissez dans le calendrier quelque patron particulier pour les emballeurs, autre que le rjrand homme, veuillez lui adresser (juel(|ii('S Paiei' et Ave pour qu'il m'assiste. J'en ai fuii(Hisement besoin. — J'allais encore oublier de vous prier de mille amitiés et remerciments à notre bon et jovial Comte Frédéric Sclopis, qui m'a envoyé une lettre de M. de Croza'. — Mes hommages empressés (même sans espoir de bonbons) à M'"'' la Comtesse, et un souvenir à cha(|ue personne de son salon disposée à me rendre la pareille. Je vous embrasse de cœur. Tout et toujours à vous,

J.-F. Ch.

1. Le marquis de Croza, à Rome, priait Cliampollion de vouloir bien arroptor riinspit;ilito chez lui, quand il reviendrait daus « la Ville éternelle ».

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Livoui-ne, 28 avril 1826.

Je t'envoie sous ce pli, mon cher ami, la moitié des

notes relatives à la collection. Donne-leur la forme d'un Rapport, en ne t'écartant point de la lettre même de ces notes; montre-les au Ministre, et fais-les mettre partout où il sera nécessaire, pour qu'elles arrivent à la connaissance de Typhon et de ses suppôts. Je t'enverrai la suite, qui contient la fin des Monuments J'unéraires , les stèles et bas-reliefs, les figurines en pierre, les statues et les grandes marionnettes, sarcophages, sphinx, etc., etc.

Je suis indigné comme toi des clabauderies du Veau, /ils de Veau, mais nous devions nous y attendre. Le Clarac m'étonne un peu plus et le Forbin un peu moins. — Je ne conçois rien à la notice des papyrus par Rochette : très certainement Peyron est incapable de lui avoir écrit deux lignes à ce sujet. Es-tu sûr qu'il ait lu à l'Académie une notice un peu détaillée?

J'expédierai sous trois jours, par terre, les caisses contenant les papyrus égyptiens et grecs à l'adresse du Ministre, et tu seras informé du jour de leur départ et des précautions prises pour que le tout arrive à bon port. Envoie-moi le paquet de M. de Humboldt. J'ai reçu celui de Marseille ; c'est une lettre d'Anastasy, qui m'envoie des cartouches royaux, mais il n'y a rien de neuf.

Adieu, j'ai la tête brisée par les notes. A après-demain la

suite J'ai répondu au Ministre relativement à l'assurance ;

j'attends ses ordres à cet égard. Dissuade-le de le faire. Pousse ferme au brevet, et nous nous reposerons ensuite. Je suis abîmé par mon métier actuel, mais j'espère en être

débarrassé dans quinze ou vingt jours d'ici. J'ai vraiment besoin que cela Unisse. Je t'embrasse de cœur et d'âme,

J.-F. Ch.

« L'annonce des journaux [les] a mis tous en combustion. Ils

» enragent à crever », écrivait Champollion-Figeac à son frère, en parlant du nouveau Musée égyptien à former au Louvre, et non à la Bibliothèque Royale^ comme le voulaient Jomard et Corbière. (( Jomard ne touche plus terre, tant il est irrité, prétendant que » cette acquisition est absurde et qu'il n'y a que ceux qui l'ont » conseillée et leurs complices qui pensent prétendre quelle est » seulement une millionième part de la collection Drovetti. Raoul » Rochette a lu avant-hier à l'Académie une prétendue lettre de » F'iorence, dont il n'a pas dit la signature, où la collection est assez » lestement jugée. — Les petits journaux de l'illustre genre affamô, » et qui dit tout, notamment le Spectateur, le plus misérable de » tous, annonçant une réclamation générale^ des étrangers contre )) nos plar/iats d'alphabets des hiéroglyphes du D'' Young et du » système numérique du Saint-Quentin, j'ai répondu vertement ', I) et quoique, dans cet article, on confondît nos deux noms, je n'y » ai vu qu'une malice pour cacher l'origine de l'article venant de

1. Jomard était un des conservateurs de la Bibliothèque, et l'idée de pouvoir établir le nouveau Musée égyptien, dont il voulait devenir le directeur, dans le inùinc èdijicc, bien vaste, il est vrai, lui souriait beaucoup.

2. « Les Etrangers iont de graves reproches de plagiat à deux de nos f)lus distingués savants, MM. ChampoUion. A les entendre, l'aîné s'est appioprié l'iionneur d'avoir le premier décliilîré les hiéroglyphes, lioiuieur qui appartient au Docteur anglais Young, et le plus jeune aurait ravi à M. Giulio di San Quintino, conservateur du Musée éi,'yptien du roi de Sardaigne, le mérite d'avoir trouvé que les Égyptiens avaient un système numérique assez semblable au nôtre. C'est à MM. ChampoUion à. se défendre » (Lo Spcrtatrur, Journal de la Littérature et des Beaux- Arts, 13 avril 1826). Peu de temps après, il l'ut i)rouvé que t-'était Raoul Kochette (jui avait inséré cette « réclamation ».

:t. Voir ilans le même journal, à la date du Ki avril IS2<>. la « Correspoiidame »).

» gens qui notis connaissent bien et qui veulent tâciier de nous » faire reculer.

)) Les Forbin, les Clarac sont furieux, le premier parce qu'on » le dépossède de sa collection Passalacqua qu'il a proposé par )) écrit d'acheter 400.000 francs, et le second par la crainte de )) perdre sa place. Je reponds à tout, et tout cela ne fait heureuse- » ment rien au Ministre'. Il a envoyé chercher Forbin et Clarac, )) les a grondés et calmés, par obligeance ou d'autorité, et a de- » mandé à P'orbin, Directeur général, de lui écrire de suite sur la » nécessité de former un Musée Égyptien et de te présenter for- )) inellement pour la Conservation. M. le comte Sosthène y a fait » aussi de son mieux, et Forbin s'est exécuté !

» La proposition écrite et du Musée Egyptien et de toi est entre » les mains du Ministre, et j'en ai une copie pour faire mes obser » vations sur les termes à mettre dans la décision, notamment sur » les limites respectives des attributions entre Clarac et toi. Le » mot égi/ptien dans ton affaire tranchera tout, et je suis sur que ») ma rédaction sera approuvée. Tu vois donc que la chose marche )) au mieux, mais, si j'avais des notices sommaires, comme extraits » de lettres, à mettre dans les journaux, ce seraient de bonnes

» batteries à faire jouer contre les dernières crises de l'ennemi

» Du reste, sauf le ràlement des intrigants, il n'y a qu'une voix » sur l'importance de l'acquisition. Le père Durand proclame )) f)artout qu'on l'a faite pour un morceau de pain, et c'est une » bonne voix »

Ajoutons que le baron de Férussac allait tous les jours voir le duc de Doudeauville « afin d'y rencontrer et de tenir en échec » le comte de Forbin. Quant à Clarac, on n'eut plus à se plaindre de lui, dès qu'il eut compris la véritable nature de la situation. — H. H.

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