‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 56 sur 78 · Le duc de Doudeauville · texte numérisé non relu

Le duc de Doudeauville

AU MÊME

Livourne, 30 avril 1826.

Je te réponds sur la feuille présente, contenant la copie

exacte d'un de nos papyrus grecs. Celui-ci renferme une plainte ou supplique, adressée au Roi Ptolémée et à la Reine Cléopâtre, Dieux Évergètes, l'an 44 de leur règne, comme il parait (ligne 23). L'auteur de la suppliciue est un certain Apollonius, dit aussi Tï (^FefjL.uovOr;;;) Psemmonthès, lequel se plaint que le sieur Psenchonsis et ses collègues, les colchytes de Thèbes (espèce de prêtres chargés du soin des cadavres renfermés dans les hypogées), occupent une maison qui leur appartient à Thèbes, et qu'ils ne veulent pas la lui rendre et ont exercé de plus contre lui toutes sortes de violences. — Cette pièce est tout à fait à l'ordre du jour. L'envahissement des propriétés par la coiiyréfjation des colchytes est la preuve que le droit d' aînesse existait en Egypte, car le plaignant dit (lignes 16 et 17) que, son père Peténcpkol étant ///-s aine, les sept sei;;ièmcs de la maison lui appartenaient de droit. Il existe un second exemplaire de cette même pétition parmi les papyrus grecs du Musée de Turin. Peyron la publiera.

Ci-jointe encore copie d'une lettre écrite par Sen/janwn-

La Y 9^9 lot.

//?As à son frère Pamonthès , en lui envoyant la momie de sa mère Senouns. Cette lettre contient des détails curieux.

Comment as-tu pu croire que je ne prenais ni note ni copie des monuments que j'encaissais? J'ai transcrit avec le plus grand soin toutes les légendes hiéroglyphiques qui pouvaient offrir quelque intérêt, et il me sera fort égal, si cela leur convient, qu'on laisse pourrir la collection dans les caisses, car j'aurai des extraits suffisants de tout ce qui peut me servir aujourd'hui et à l'avenir. Je n'en excepte que les papyrus, lesquels étant tous funéraires ou religieux, ne méritaient pas le temps nécessaire pour en faire des copies. Je les verrai d'ailleurs plus facilement que le reste.

Quant au brevet, je n'y pense plus ; il est dans notre destinée de ne réussir qu'à moitié. Si le Ministre voulait y penser un peu, il verrait que c'est moi seul qui peut recevoir et reconnaître la collection à son arrivée à Paris, et il se déciderait alors de suite à faire ma nomination, qui ne changera pas de nature pour être renvoyée indélinitivement !

Il est bien entendu, s'il ne veut pas m'établir en titre de suite, que je me lave les mains entièrement de la collection aussitôt qu'elle sera à bord. Si d'autres que moi touchent les caisses à Paris, ma responsabilité cesse sans difficulté. Dis un mot dans ce sens. Je n'expédierai par terre que les manuscrits grecs, et ce ne sera pas une grande dépense.

Les papyrus astrologiques portent sans aucun doute 'AApiàvo'j et non pas Ajô'.va(ou, — c'est un mois éponyme de l'Empereur Hadrien {lacune).

Je suis bien aise que mon ami Melcliiorri, excellent garçon de sa nature et qui nous est fort attaché, ait su te trouver à Paris. Je te le recommande de nouveau, et dis-lui que je

l'attends à Rome dans les premiers jours de juin Tu as

très bien fait de parler convenablement de notre Duc de Naples. Sa dernière lettre du 3 de ce mois m'apprend ({u'il a écrit pour l'alîaire du brevet, voici le texte : « J'ai fait les démarches que vous désiriez, et il me semblerait impossible que vous n'eussiez pa^ la préférence, surtout après les nouveau.r soins que vous prenez aujourd'hui ! » Fais valoir cette opinion, si tu peux.

M. Santoni n'a point le tonnage de la collection. Je ne vois pas à quoi cela pourrait servir au Ministre, puisqu'il a déjà désigné la gabare la Panthère pour le transport, et il est certain qu'elle suffira. —

.VI' mi<:m1':

Livdunic, !•") mai 1.S26.

Je t'ai expédié il y a l'ui pm de jours, mon i-her ami. 1' par la poste (irdinaiie, la pi-einiei(; partie des notes sommaires de la roUeclion; '^" la lin de ces notes sous le couvert d<' S. l'-x. M. le Dur de DoudeauN ille. J'espère ({ue le tout

te sera parvenu promptement. C'est un arsenal pour répondre aux dogues, carlins, lévriers et chiens courants de la meute aH'amée de mordre. Je remets tous mes paquets pour le Ministre au Consul général qui se charge de les faire parvenir : l'envoi à Florence entraînerait trop de longueurs.

J'aurai terminé, demain ou après-demain, ma réponse^ de quinze pages à AI. le Baron Guillaume de Humboldt, et je tâcherai que le consul de Prusse à Livourne la lui fasse tenir de suite, puisqu'il paraît pressé d'imprimer son mémoire sur les Léontocéphales de Berlin.

L'article sur le Panthéon est au mieux : je me permettrai seulement de ne pas chercher trop à creuser dans le vide comme le voudrait le bon Tudesque. Je soupçonne fort M. Hirt d'en être l'auteur. J'ai dû nécessairement déranger son siège; mais enfin il adopte la plupart de mes dénominations d'assez bonne grâce, même celles qui présentent encore quel({ues doutes à moi-même. Quant au Seytîarth, c'est un sot dont nous avons très bien fait de ne pas nous occuper.

On m'écrit de Rome que mon ami, l'abbé Lanci, se remue de nouveau, et, trouvant mon système bon quant à sa structure, il sonne l'alarme contre son résultat pour la chronologie sacrée. Je me propose, en arrivant au Capitole, de le forcer à prouver ses dires, et je crois qu'il sera fort embarrassé. — Pietro Santoni a, depuis quelques jours, envoyé au Ministre la lettre pour M. Sait, relative au sphinx colossal, mais nous n'avons ici aucune donnée précise sur le poids du monstre. Il faut s'attendre à un animalcule de dix-lmit à vingt pieds de long, — le calcul approximatif devient alors facile à faire. Insiste pour qu'on envoie au plus vite un vaisseau s'emparer de cette pièce importante.

J'ai revu plus de la moitié du Précis. J'ai fait plusieurs corrections importantes, non de principes, puisqu'il n'y a

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