La deuxième édiLiuii du J'ii-ci.s parut ea
Voici le reste des inscriptions grecques gravées sur des stèles ou des fragments de stèles. Il y en a deux de grecques et démoti(]ues à la fois, et j'y joins les fragments de la grande inscription grecque du Sphinx. Celle-ci est en vers, ce me semble, et relative aux sphinx des Pyramides qui y sont mentionnés :
^^i^f^infs^ rTTc-roMic.
Le démotique porte en effet (kAotic) surnommé.
S^jUu- Cp«<^c
(Lettre sans conclusion. )
Livourne, 17 mai 1826.
Il semble que tout conspire contre moi, et la terre et
la nuM.. .. Nous voici au 17 de mai, et le maudit vaisseau ne parait pas; tout est prêt à partir depuis quinze jours, et je
suis condamné à une mortelle attente, dont je ne vois pas encore la fin. J'enrage, — voilà tout ce que je puis dire. — J'ai enfin trouvé le moyen de faire partir les manuscrits
grecs. La petite caisse qui les renferme est à l'adresse
de S. Ex. le Ministre de la Maison du Roi, timbrée Service du Roi et dûment couverte des cachets du Consulat. Elle arrivera à Paris presque en même temps que ma lettre; tiens-toi donc aux aguets pour y mettre la main dessus et empêcher les profanes de souiller ce premier échantillon d'un Musée qu'ils font profession de dédaigner.
Tu trouveras dans cette caisse une petite tessère en bois avec inscription grecque très curieuse : elle est relative à l'arrivée d'une momie dans les Memnonia, et on y certifie qu'elle a payé les droits requis et qu'en conséquence on doit lui donner une bonne place.
Peyron jure ses grands dieux que Rochette n'a pas reçu une panse d'A de lui depuis plus d'un an, et je suis convaincu qu'il est tout à fait innocent dans cette affaire. As-tu appris quelque chose de plus à cet égard ? — Quant à Santoni, c'est un liomme sûr et incapable d'avoir permis à personne de prendre des notes sur ces papyrus. Il faut, si ces notes sont détaillées comme tu le dis, qu'elles viennent d'Egypte, où on les aura prises lorsque la collection y était encore.
Tu n'as point écrit à Santoni relativement à sa proposition. Fais-le de suite, si cela te convient dans le sens que j'ai indi(jué, ou, dans le cas contraire, envoie-moi des fonds par une autre voie, car je ne puis sortir de Livouine sans foin dans les bottes. — Je persiste toujours dans le dessein de faire une course à Rome, où m'appellent les obélisques c|u'on veut graver, et d'autres intérêts ciue je veux défendre en personne contre mes adversaires'.
1. Le comte Kossakowsky,qui connaissait fort bien le clergé de Rome, écrivait, vers co temps, à Champollion : u II n'y a ici que l'abbé Lanci et ses créatures qui sont contre cous; tous les autres ecclésiastiques, le Saiut-Père y compris, vous aiment réellement. »
Il y a ici à Livourne un de mes amis qui a fait le voj^age d'I^gypte et a rapporté de très jolis dessins relatifs à l'état moderne. Il a gravé lui-même les planches avec beaucoup de talent et de grâce; il veut publier son ouvrage, et désirerait en faire la dédicace au Roi de France. Cet hommage très désintéressé ne peut qu'être flatteur pour un successeur de Louis XIV qui recevait aussi des dédicaces de l'étranger. Je te prie donc de proposer la chose au Duc de Doudeauville ou au Vicomte Sosthène, et de me dire le plus tôt possible si la demande que ferait mon ami Segato' serait accueillie oui ou non. — Il serait bon aussi que tu fisses savoir au Ministre tout le zèle que Pietro Santoni met à me seconder dans les préparatifs d'embarquement. Il m'a aidé de toutes les manières, — on ne peut être plus bon et plus dévoué que lui. C'est un excellent homme, et je serais charmé que Son Excellence lui donnât quelque marque de sa satisfaction.
Adieu, mon cher ami, prie le ciel pour que ma fièvre d'attente cesse au plus vite. Ce maudit vaisseau me désole et bien plus encore le manque total de tes lettres. Adieu. Tout et toujours à toi de cœur,
J.-F. Ch.
AU MÊME
Livourne, 25 mai 1826.
J'ai reçu, mon cher ami, par l'avant-dernier courrier, ta lettre n° 50 Le bulletin contenant les cinq batailles successives qu'il t'a fallu soutenir m'a presque dégoûté du fruit même delà conquête qu'elles peuvent assurer, et si j'avais
1. Segato (Geronimo), architecte et dessinateur. Il s'agit des Essais pitlon'Si/ui's l't i/i'o(/r((f)/iii/ui's siii- l'Éf/i/fitc, qu'il publia peu après, en collaboration avec Laurent Masi (l^aris, 18iJ6j.
pu croire qu'en proposant l'achat de la collection de Livourne, c'était hasarder ton repos et le mien, je ne l'eusse certainement point fait, quitte à ces messieurs, de payer la collection Passalacqua un demi-million si cela leur eût convenu. Je suis charmé cependant ((ue M. le Duc de Doudeauville ait apprécié à leur juste valeur ces sourdes et ignobles manœuvres. Elles ont dû lui prouver que l'amour seul de la science ou de la vérité n'étaient pas les premiers mobiles, et il apprendra peut-être à apprécier convenablement les vues et les moyens de la canaille de la région d'en haut et de la région d'en bas.
Quel que soit le résultat de tout ceci, notre conduite est tracée pour l'avenir; nos amis verront par les faits à quel point nous sommes touchés des preuves d'attachement qu'ils nous ont données en cette occasion, et nos ennemis n'auront pas le droit de se plaindre si nous les traitons désormais sans pitié et de Turc à Maure. J'espère aussi que tu me livreras le Jomard pieds et poings liés. S'il se prétend le successeur immédiat du Bœuf Apis par sa lignée maternelle, je ferai voir à (jui de droit (|ue le sang paternel l'emporte et le domine.
Tu dois avoir reçu une lettre de Peyron relative à l'ah'aire Rochette. Le seul académicien de Turin qui soit allé aux eaux de Lucques et ait pu visiter la collection est le San Quintino, mais il est impossible qu'il ait pu prendre une note circonstanciée des papyrus grecs, ne les ayant vus (et le plus petit nombre encore) (ju'en passant et pendant cinq minutes. Il faut donc chercher ailleurs l'cîxplication de l'énigmu. La plus simple est «(ue M. Sait, qui avait une note des objets (ju'il possédait en ce genre, et (|ui a même travaillé sur plusieurs d'entr'eux, aura communiqué ses résultats à ([uehiue voyageur cjui en aura pris copie, car il permet volontiers ces choses-là; et c'est ainsi que Rochette aura eu à Paris des notions sullisantes pour faire le cla(|uedent en cette occasion. Santoui, jCu suis certain, ne lésa montrés à
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personne. Quant à Peyron, je ne me persuaderai jamais qu'il ait pu faire une démarche pareille.
Les papyrus grecs doivent être à Paris, au Ministère :
j'attends l'avis officiel de leur arrivée. — Je n'ai pas cru devoir envoyer par la voie de terre les papyrus Égyptiens. Comme ils ne sont point collés ou placés entre deux verres, le mouvement des voitures pourrait les réduire en poudre ou les endommager considérablement. Les balancements du vaisseau n'auront pas cet inconvénient. Je crois la mesure bonne, et tu l'approuveras.
J'étais hier à Pise, visitant paisiblement le Campo Santo, lorsque le bruit des canons des forts de Livourne, que nous entendions assez distinctement grâce à un vent Libeccio très violent, annonça l'arrivée d'un vaisseau de guerre. Je me hâtai de retourner à Livourne, et je trouvai toute la ville convaincue que la fameuse gabare qui doit emporter gli idoli d'Egitto était enfin dans le port. Je prends une barque, et me rends aussitôt à bord du vaisseau français « venant de Toulon, pour charger une collection d'objets d'art w, — mais ce vaisseau n'était ni la Panthère, ni la Durance, — cette collection n'est pas la collection égyptienne, — c'est tout bonnement la corvette la Charrette, qui vient charger
le musée de tableaux donnés par M. Fabre de Florence
à sa ville natale, la noble cité de Montpellier. Le capitaine, que j'ai trouvé hier au théâtre, et qui n'était pas à son bord quand j'y suis allé, me dit que la gabare la Durance était à Toulon au moment de son départ et comptait mettre à la voile dans sept ou huit jours. Me voilà donc encore en panne, attendant l'arrivée dudit bateau. Dieu veuille hâter sa venue !
J'ai reçu avant-hier un paquet qui m'était adressé à Turin et contenait une lettre du brave Hummelauer de Saint- Pétersbourg, 14 mai 1825, la lettre du Duc de Noailles et celle d'Huyot, du 24: août de l'an passé f Fais-moi le plaisir d'écrire de suite un billet à ce dernier pour lui dire que,
recevant seulement sa lettre, il m'a été impossible de lui répondre plus tôt, et que j'écris à Turin pour tâcher d'obtenir ce qu'il demande : Je ne doute pas qu'on ne me l'accorde; je lui écrirai aussitôt qu'on m'aura répondu à cet égard
Ma santé se soutient, grâce à une bonne médecine que je me suis administrée avant-hier. J'attends les chaleurs de pied ferme, sois sans inquiétude sur mon compte, et soigne- toi de manière à ce que je sois aussi tranquille à ton égard
Je t'embrasse et suis tout et toujours à toi de cœur,
J.-F. Ch.
Deux ou trois jours après le départ de cette lettre, Champoliion reçut enfin la nouvelle qu'il attendait si anxieusement : « Je te dépêche la présente, qui te porte la fin finale de toutes les tribulations », lui écrivait le frère; « V Ordonnance a été signée hier, et le Journal de Paris l'annonçait ce matin (17 mai) avec tous les détails, la pompe et les éloges convenables pour le Roi, le Ministre, le Directeur des Beaux-Arts, l'Egypte et toi. En voici la substance :