AU DUC DE BLACAS
Livourne, [fin de mai 1826].
Monsieur le Duc,
Une lettre de M. le Vicomte de La Rochefoucauld me donne l'agréable annonce que Sa Majesté a bien voulu, par ordonnance du 15 de ce mois, me nommer conservateur de la seconde division du Musée Royal des antiquités, division qui se compose spécialement des monuments Egyptiens et autres objets d'arts des peuples orientaux.
Ma première pensée a été de rapporter ce nouveau bienfait à sa véritable source, l'active et honorable protection qu'il a plu a Votr(3 ivxcellence d'accorder à mes études; et le premier devoir (|U(3 mon vavui (''prouvi; le l)esoin de remplir, c'est celui de vous prier, Monsieur le Duc, d'agréer, avec cette bonté dont j'ai déjà reçu de si précieuses marc|ues, la faible expression de ma profonde reconnaissance. Tous mes
1. Kilo y ;iri'iv;i après lo départ définitif de Cli.'iinpollioii. Kii automne 1828, elle fut vendue au Musée de Leydc. au prix de 250. ()•)<• francs.
vœux sont remplis maintenant qu'il m'est permis de me livrer tout entier à la continuation de travaux que mon zèle s'efforcera de rendre dignes, et des encouragements que Votre Excellence leur a prodigués, et de la grâce signalée qui les complette, — celle qu'il plait au Roi de m'accorder aujourd'lmi.
Le vaiss(3au (|ui doit transporter la collection éfjijptienne au Louvre n'est point encore arrivé dans ce port. J'ai rédigé, en attendant, une notice générale des monuments que la collection renferme. Elle doit être déjà imprimée et distribuée à Paris. J'espère qu'elle suffira pour modérer l'âcretê des détracteurs hénéooles de r acquisition, jusques au moment où l'exposition des objets eux-mêmes les ramènera à des sentiments plus justes et mieux raisonnes à ce sujet. Je m'empresserai de faire parvenir à Votre Excellence des exemplaires de cette notice, adressée sous la forme d'un rapport à S. Ex. le Ministre de la Maison du Roi, qui, lorsqu'il s'est agi de m 'appeler au Musée Royal, a eu besoin d'user de toute l'indépendance que donnent un grand nom, l'amour du bien et la volonté la plus dévouée à Vd Justice distributive, alin de résister aux intrigues sans cesse renouvellées pour rendre sans effet ses intentions bienveillantes.
C'est une obligation bien précieuse pour moi que celle de faire tous les ans, au Musée, un cours public d'archéologie l^gyptienne. J'exposerai alors les faits sous leur véritable jour, et l'on ne regardera plus, ainsi que l'ont fait ceux qui ne les comprennent pas ou ne veulent pas les comprendre, les résultats de mon système d'interprétation coiiiine contraire à la chronologie biblique. — Pendant les deux mois que la collection égyptienne emploiera pour arriver au Havre, je visiterai les obélisques de Rome'.
1- Copie de la. lettre envoyée an Duc; la formule finale manque.
A CHAMPOLLION-FIGEAC
Livourne, lU juin 1826.
Je t'écris ces deux lignes, mon cher ami, pour to dire
que, depuis ta lettre du 19 mai , je n'ai absolument rien
reçu de toi, et que je suis dans la plus vive in(|uiétude de ce silence trop prolongé. Mille craintes m'agitent et rien ne vient me tranquilliser.
La Durance arrivera dans cinq ou six jours, à ce qu'on m'écrit de Toulon ; me voilà donc encore à Livourne jusques à la fin de juin. Le temps que je comptais passer à Rome s'écoule, et il n'y aurait que demi-mal, si je ne vivais pas dans un doute qui me désole. Au nom de Dieu, écris plus souvent. Tout à toi de cœur,
J.-F. Ch.