‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 62 sur 78 · C'est le Pape Léon XII lui-même qui l'avait désiré · texte numérisé non relu

C'est le Pape Léon XII lui-même qui l'avait désiré

par l'autorité de son nom dans les matières d'archéologie, décider le gouvernement de Sa Sainteté à faire jouir enfin le monde savant de copies exactes des plus importants débris de la grandeur Égyptienne. Et, si on attache quelque intérêt à ma coopération dans cette affaire, on peut disposer sans réserve de tout le temps de mon séjour à Rome, — je le consacrerai entièrement à cela : il ne tiendra point à moi que la chose ne marche avec toute la rapidité et l'ensemble désirable.

En vous priant. Monsieur le Comte, d'agréer mes remorcîments pour la part que vous voulez bien prendre à ce qui m'arrive d'heureux par le seul effet des bontés de M. le Duc de Blacas, permettez-moi de vous renouveler l'assurance du respectueux dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence,

le très humble et très obéissant serviteur,

J.-F. Champollion LE Jeune.

A L'ABBÉ GAZZERA

Livourne, ... juin 1826.

Me voici encore à Livourne, mon cher ami, sans sa\oir encore quand il me sera permis d'en sortir. Le vaisseau n'arriv(; pas, et notre Ministère de la Marine parait aussi bien organi.sé que celui de l'Instruction pul)li(|ii(' dans un certain pays (|ue je ne nommerai point'. Je crains W\cn que mon voyage à Rome et à Naples soit lorcément remis à une

1. C'est à la Sardaigne qu'il pensait en écrixant ces ligiios.

autre année. Je ne prévois point en effet que la liberté me soit rendu avant la fin de ce mois; ce ne serait donc qu'en juillet que je pourrais aller affronter les campagnes empestées de Babylone. Ce retard me fait un tort infini : je ne trouverai plus personne à Rome que la fièvre et M, Seyffarth. Mon estomac digérerait cependant mieux ce dernier (jue l'autre. Les détails que vous me donnez sur son système hiéroglyphique confirment pleinement mes idées, et me feront persister plus que jamais dans le silence absolu que j'ai gardé jusques ici à son égard. Il serait par trop nauséabond de raisonner sur un échafaudage de suppositions toutes plus ridicules les unes que les autres. Je trouverais comme lui dans l'hiératique et le démotique les formes linéaires de tous les alphabets du monde; mais il s'agit de démontrer que ces formes représentent les mêmes sons que dans l'alphabet phénicien ou tout autre. C'est ce que M. Seyffarth ne fait ni ne fera jamais, parce que, sMl y a un fait démontré et rendu pour ainsi dire palpable dans toute ma doctrine, c'est la dérivation directe du démo tique et du hiératique d'une souche commune et plus antique, — l'écriture hiéroglyphique; mon travail sur V hiératique, dont vous possédez un exemplaire, ne laisse aucun doute à cet égard. Les signes symboliques existent, et \e»figu?mti/s aussi, malgré tous les Allemands du monde. Laissez donc M. Seyffarth décomposer le \^', il ne tirera pas de tout cela une seule goutte de miel, en récompense des peines et des mouvements infinis qu'il se donne.

D'après ce que vous me mandez et les rapprochements que fait notre sphinx de divers groupes prétendus correspondants en hiératique et en hiéroglyphique, je vois qu'il vous eût été très facile de lui faire toucher toutes les erreurs, en lui montrant seulement mes deux ou trois planches hiératiques contenant inter linéairement le texte hiéroglyphique correspondant. Il eût pu se convaincre en trois minutes que rien de tout c^ qu'il pose en principe ne reçoit d'application

dans les textes originaux. — Une lettre de M. de Humboldt' m'est parvenue il y u peu de jours: il se contente de me dire que, tout bien considéré, il n'a rien compris aux Rudimenta et qu'il reste tout bonnement fidèle à ma méthode comme par le passé. Je crois que j'en ferai autant de mon côté, quoiqu'il fût beaucoup plus expéditif d'inventer que de trouve/'.

Voici deux commissions dont je charge l'ami Costa et vous : 1° avoir des nouvelles du texte de la XIP livraison du Panthéon, expédiée à l'ambassade sarde à Paris et dont les destins sont encore ignorés. Mon frère n'a rien reçu.

2" Mon ami Huyot l'Égyptien désirerait avoir pour l'Kcole d'Architecture de Paris des plâtres des plus beaux modèles de sculpture égyptienne d(^ la bonne époque, et il me prie de tâcher de lui obtenir cel;i du Musée de Turin. Je pense donc qu'il serait parfaitement bien servi de Sésostris et de Mœris. Huyot entend payer le tout et sacrifierait volontiers deux cents francs pour cela. Il faut donc : 1" obtenir du Ministre duquel dépend le Musée Kgyptien l'autorisation de mouler la tcte et les épaules des deux Pharaons; il ne peut refuser cela à un établissement public, à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, ce serait un trait de visigoth; 2" engager M. Cantù, en le saluant de ma part, à entreprendre lui-même de faire le creux de ces bustes, et, si les deux cents francs qu'on offre pour avoir une épreuve de chacun ne suflisaient que pour le couvrir de ses frais, engagez-le toujours à faire ces moules, parce que je trouverai le moyen de lui en faire débiter par la suite un certain iioml)re d'autn^s épreuves. Il ne s'agit que de mouKu- seulement, jo \o répète, la tête et la poitrine de ces statues. Je vous recommande cette atiaire, — une prompte réponse à cet égard pourra me

1. Il s'agit de Guillaumo de Ilumboldt, qui. no cessant pa^ do luUer d'une manière ellicace contre les adversaires scientiliques de Chainpollion. venait de « convertir à ses doctrines toute l'Académie de Berlin », où Spohn et Seyllartli n'avaient eu que troi) de partisans.

BiBL. mYi'T.. r. x.w. ii3

mettre à même d'écrire à Huyot qui, depuis un an, attend ma réponse. Je n'ai reçu sa lettre, datée du 24 août 1825, que la semaine dernière.

Adieu, mon cher ami, je vous embrasse, ainsi que Costa; mille choses à tous ceux qui se souviennent de moi. Mes hommages à Madame la Comtesse, et aux habitués de son salon. Tout à vous,

J.-F. Ch.

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