‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 68 sur 78 · SA PLACE EST LÀ · texte numérisé non relu

SA PLACE EST LÀ

Je n'ai pu joindre Monsignor Testa depuis la réception de sa dernière. Je ferai tout pour qu'on écrive à l'Hcrmopolis ', s'il y a moyen et convenance à le faire. Du reste, c'est avec quelque répugnance que je te verrai entrer dans la pétaudière universitaire, et t'asseoir sur une chaise dont les pieds sont rongés par tant d'insectes noirs. Adieu, mon cher

ami

J.-F. Ch.

P.-S. Il n'existe de copie de l'inscription hiéroglyphique et cunéiforme de Naliliai--el-Kelb tiuc dans les portefeuilles de M. Banks, qui ne la publie point'.

AT MEME

Naples, in août 1826.

Une occasion de faire promptement le voyage de Rome à Naples s'est présentée, mon cher ami, si à l'improviste, qu'en la saisissant il m'a été impossible de t'annoncer mon départ définitif de la Ville des sept collines. Le courrier pour la France ne devant également partir que dans deux jours, je me suis consolé de ne t'écrire qu'à mon arrivée ici,

1. L'abbé Denis Krayssinous, ^vt^quo d'Hermopolis in fxirnhus injtdrlium, acadéniicion, et, depuis 182.0, ministre des cultes.

2. "William Hankes avait, en outre, des inscripti(tns bilingues de la Haute-Egypte, qu'il tenait également enfermées, par amitié pour son compatriote Tliomas Youiig.

pensant que, par le moyen d'un seul jour de retard de plus, tu apprendrais à la l'ois et ma sortie de Rome et mon arrivée à Parthénope. Il y a à peine une demi-heure que je m'y trouve établi, après avoir franchi le plus heureusement du monde la Campagne et traversé l'air empesté des Marais Pontins. Je me sens parfaitement bien, et l'air pur et embaumé de Naples détruira les moindres germes fébriles que je pourrais avoir pompés pendant le voyage.

J'ai corrigé tous les dessins qu'on avait déjà exécutés des plus grands d'entre les obélisques de Rome : on s'occupe maintenant à les mettre au net, et on me soumettra un premier tirage des planches avant d'aller plus en avant. Ma présence n'étant donc plus nécessaire à Rome, et tous ceux qui peuvent se mettre en mouvement n'ayant d'autre hâte que de fuir les fièvres du mois d'août, j'ai dû sagement en faire autant. — J'ai salué pour bien longtemps, selon toute apparence, les chers obélisques, et je les ai quittés avec un seul regret, c'est que leur influence n'ait pu vaincre l'impossibilité réelle où se trouve Monsignor Testa et toutes les autres personnes d'un rang élevé, et qui me veulent du bien, d'écrire au Rouergas ou Ruthénien ' dans le sens qui convenait à tes projets. Il est de principe rigoureusement observé en Cour de Rome qu'aucun fonctionnaire n'écrive directement à un prélat ultramontain et réciproquement. Toutes les relations des évoques de France et du clergé doivent avoir lieu par l'intermédiaire seul du ministre de l'Intérieur ou des relations extérieures, et l'on n'écrit jamais par conséquent à l'évêque en question. Si tu avais absolument besoin qu'il sût que la Cour de Rome prend un intérêt direct à nos travaux, tu peux prier de ma part M. le Duc de Laval, que tu as dû voir, de te donner une lettre pour Fr[ayssinous], attestant le fait et y joignant ses propres sollicitations. Je ne

1. Champollion appelait ainsi l'évêque d'Hermopolis, parce que celui-ci était né à Curière, dans le Rouergue.

doute pas un moment que Son Excellence ne le fasse très

volontiers. —

Je ne te dirai rien de Naples, puisque je n'y ai encore vu personne. J'irai sur les quatre heures visiter M. le Duc de Blacas qui, d'après ce qu'on m'a dit à Rome, est un peu malade; j'espère qu'il n'en sera rien. — Bibent a fait le

voyage avec Rosellini et moi. — Si tu as expédié à

Rome les exemplaires de la Seconde Lettre que je t'avais demandés, je ne les ai pas reçus. Espérons que je serai plus heureux pour le paquet du même genre que je t'ai prié de me faire trouver à Florence. —

J.-F. Ch.

A L'ABBÉ GAZZERA

Naples, 10 août 1826.

Il y a bien longtemps, mon clicr ami, que je me reproche de n'avoir pas trouvé le moment favorable de vous donner de mes nouvelles et de causer un peu avec vous. Ne croyez point pour cela (jue je vous aie oublié : aucun de ceux que j'aime ne peut, Dieu merci, m'adresser une semblable plainte, et ce ne sera point à vous que je donnerai sujet de le faire. Mais je suis tellement entraîné, depuis mon départ de Livourne, par la succession des personnes et des choses, que le soir arrive avant (|ue j'nie achev*' le (|u;irt de ce (|ue j'avais projctt»') d<î faire dans la journée.

Mon séjour à Rome a été fort court comme vou.s pouvez en juger, puisque je suis à Naples depuis dix jours. La cause en est le mauvais air (jui me minait, et la promptitude avec laciuellc j'ai expédié la principale alïairc (|Mi me ram<^-

nait sur les bords liévreux du Tibre. J'y ai encore trouvé le Comte de Funchal (jui, malgré son ambassade et sa pairie de Portugal, a bien voulu travailler comme un jeune homme à ce que les obélisques de Rome fussent enfin bien dessinés. Il m'attendait pour me remettre la chose en main : j'ai corrigé les dessins des deux principaux, celui del Popolo et celui de San Giovanni in Laterano. Toutes les fautes ont été éloignées, et, si on grave ces dessins tels que je les ai laissés, on aura enfin des copies exactes de ces beaux monuments. On ne fera rien d'ailleurs sans m'envoyer préalablement une épreuve du tout, et on ne tirera les planches que sur mon ordre définitif.

On m'a prié d'accompagner cette publication d'un texte, et je le ferai à ma rentrée à Paris. Vous voyez que le gouvernement de Sa Sainteté fait encore quelque chose pour les bonnes études. — J'étais aussi attendu à Rome par le chevalier Gell, qui avait les mains pleines de dessins d'inscripti(ms hiéroglyphiques, que son ami Wilkinson et un M. Cooper ont copiées passablement bien sur les monuments de l'Egypte. J'ai trouvé parmi tout cela des choses fort curieuses et dont je veux vous régaler :

1° D'abord une inscription gravée sur une table de granit, sur le pylône oriental du temple de Phila3, contenant un long texte de sept lignes, daté de l'an XXIV de Ptolémée Evergète II qui donne une certaine étendue de terres aux temples, avec tous leurs produits et contenus.

2° Les inscriptions dédicatoires du temple de Dakké.

L'une, la plus ancienne, est du Roi l 0 T" (| -U

« Ergaménès, toujours vivant, chéri d'Isis )), qui est l'Ergaménès de Diodore; l'autre, qui a un texte grec au-dessous, est d'Évergète II.

3° Les dédicaces du temple d'Edfou par Ptolémée Epiphane, celles d'Ombos par Philométor, avec texte grec.

4'' La grande dédicace du giand temple d'Ibsamboul par

Ramsès le Grand, laquelle est datée de Van XXXV de son règne, le ï 3 de Tôbi.

5° J'ai recueilli, enfin, plusieurs noms royaux tout à fait neufs, savoir : celui de la Reine /'' ^k ^ MaïUhemhâ, ^ femme de Thoutmosis IV, et mère d'Aménophis, le Memnon des

( Maut-licm-vâ, S Grecs.

La légende entière de Sahhacon l'Éthiopien, le chéri d'Ammon, Schabak, copiée à Karnac; et de plus toutes les inscriptions du grand zodiaque d'Esné, lesquelles feront jeter les hauts cris à Jomard, car ce cher zodiaque, au lieu d'être antérieur à celui de Dendéra de (|uel-

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