‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 69 sur 78 · VU I · texte numérisé non relu

VU I

ques mille ans, est fort postérieur à Néron, car v y il est dédié par l'Empereur Commode, dont la légende est parfaitement répétée cinq fois dans les diflerentes inscriptions. Elle est ainsi conçue :

Le petit zodiaque du temple de Contra- Lato est aussi du mi'me Commode : les légendes du temple sont en ett'et les suivantes (jui donnent une variante du nom impérial :

qQj 5CX C) (( L'Empereur Commode toufZ^ jours vivant », — voilà encore de ([uoi H'galer mon bon a fait les plus hellcs dissorsur ranti(|uité du Z()dia(|U('

KOiLlOTC

(iiTeirr)

Commodiis

Antonins

Salvator.

mard, (|ui

ami ,1

tationsdu monde de Contra-Lato.

J'ai laissé Home glyplii(iues ; les .SeyH'artli, en présence (h; divers adeptes égyptiens, ont laissé la conviction ([ue le pauvre garçon ne peut défendre trois minutes (Mitières ses rèveric's ludes(|ues. Je ne m'(>n occupe plus, et il s(; serait laiigé dans la bonne voie, sil n'avait

^"FX

dans les bons principes hiéroconférences (|ue j ai eues avec

eu le malheur de tomber entre les mains de Lanci, qui, en bonne vipère, lui souffle son venin, et l'empêche d'ouvrir les yeux en intéressant son amour-propre.

M. le Duc de Blacas désirerait avoir ce catalogue des médailles de Tabbé Incisa, publié par le grand San Qaintino. Ayez la bonté de le lui adresser par la poste, sous bande et affranchi. Ecrivez-lui en même temps, si la collection est à vendre, combien on en veut, et mandez-lui s'il serait possible d'acheter à part le petit quinaire d'or de Plotine, et la petite médaille d'or de Tétricus : ce sont les deux seuls dont le Duc ait envie. Je confie cette commission à votre complaisante amitié. Mandez-moi aussi si la caisse de mes livres est partie dans le temps ; on n'a point encore entendu parler à Paris.

J'ai déjà couru tous les environs de Naples, et, de plus, j'ai fait un second voyage aux ruines de Paestum. Je les ai contemplées avec délices et me suis retrempé dans la pureté de la primitive architecture grecque, cette charmante et belle fille de l'architecture égyptienne.

Le Duc continue à trouver des scarabées égyptiens dans les tombeaux de Nola. C'est un fait on ne peut plus curieux. — Je profite du peu de papier qui reste pour vous prier d'embrasser l'ami Costa, le paresseux, présenter mes hommages à M"^« la Comtesse Sclopis, et faire part de l'embrassade que je vous donne à Peyron, Boucheron, Plana, Pauli et tous les bons garçons de Turin. A vous de cœur,

J.-F. Ch.

P. -6'. Je reçois, au moment de cacheter ma lettre, celle que vous m'écriviez à la date du 9 août. Au nom du ciel, je vous prie de déterminer notre paresseux Costa à faire partir

sur-le-champ ma caisse de livres Les ordres sont donnés

à la frontière, où on l'attend. Dépêchez cette affaire.

A CHAiMPOLLION-FIGEAC

Naples, 2(1 août 1.S26.

Me voici retrempé dans Fair de la Campanie, mon cher ami, et mes poumons sont purgés de tout ce qu'ils pouvaient avoir pompé de méphitique dans Rome et pendant la traversée des Marais Pontins. J'ai revu, dans ce but sanitaire, tous les environs de Naples : Pouzzoles, Baia, Agnano^, le Pausilippe, Herculanum et Pompéia ont reçu mes nouveaux hommages, et je suis rentré hier matin, revenant de Pa3stum, que l'air fiévreux qu'on y respire n'a pu m'empécher de visiter encore une fois. — Comme c'est là, selon moi, les plus magnifiques monuments antiques de l'Italie entière, ils valaient la peine de risquer quelque chose en leur honneur. L'air seul était dangereux. J'ai évité les terres habitées par des gens qui, quant aux droits de propriété, en sont encore aux doctrines des temps héroïques, en exécutant mon voyage par mer à partir de Salerne : une navigation de neuf heures par un beau clair de lime de N^aples nous a portés sur le rivage de la vieille Posidonia', et, en esquivant de notre mieux les buffles, qui broutaient les herbages cioissant sur un véritable sable africain, nous sommes arrivés, le parasol à la main, sous les portiques du grand temple de Neptune. Là, sur hi proposition de rarchilocte Bil)ent, dont l'appétit n'était nullement contenu jiar la majesté des colonnades doriques, nous avons fait, à l'entrée de h\ Celhi, un déjeuner frugal apporté de Salerne. Le retour a été tout aussi heureux, quoiqu'un vent violent de Libeccio agitât la mer d'a/ur et le frêle esquif ;iu<|n('l nous a\i(iiis c<iiili('' C<''sar et sa foiinnc

1. Cliam|)iillii)ii L'iJiil en coiiiita^uic de Koselliiii et de l'aitliilecte Antoine Bibent, qui venait de lui promettre .sa participation à la future expédition en Egypte.

Lo succès de notre voyage nous avait été suffisamment prédit par la vue d'un énorme serpent Agathodsemon, qui nous a fort poliment cédé la place à notre arrivée dans le temple.

J'avais, avant mon départ de Naples, vu plusieurs fois M. le Duc de Blacas, qui m'a accueilli avec sa bonté accoutumée. Je lui ai fait les premières ouvertures de mon expédition d'Egypte, et ce voyage a été jugé indispensable, comme il l'est en effet. — Il veut réfléchir seulement sur le choix à faire entre les deux modes d'exécution que je lui ai présentés. Le premier serait d'entreprendre ce voyage moi seul, au nom et avec l'appui du gouvernement français, qui me donnerait les employés nécessaires pour remplir mon plan dans toute son étendue. Le second, qui aurait l'avantage de lever beaucoup de difficultés qui ne manqueront point de naître des rivalités nationales, serait de donner à cette entreprise un caractère tout européen, en invitant les différents gouvernements à envoyer chacun un ou plusieurs savants pour cette expédition toute littéraire et scientifique. M. le Duc ne trouve d'objection contre ce dernier parti que dans les lenteurs incalculables qu'entraînera la nécessité de traiter l'affaire diplomatiquement. Voilà le point où nous en sommes.

De tous les malentendus et de tous les oublis, qui, sans parler encore des soustractions et des vols, ont pendant longtemps amoindri les mérites multiples de Champollion, le plus attristant peut-être est celui qui atteignit son travail sur les obélisques de Rome et de Bénévent. L'arrivée tardive de la gabareà Livourne lui avait fait perdre sept semaines entières, qui lui auraient suffi à terminer la tâche dont le Saint Père l'avait chargé ; son second séjour à Rome, tout limité qu'il fût, lui avait permis néanmoins de l'avancer si fort, qu'après s'en être déchargé sur ses amis Fea. Kossakowsky etFunchal, il était parti l'esprit tranquille.

Le 5 mai 1827, le comte de Funchal lui envoya, par la Misaion de France, un rouleau en l'or blanc, couvert de toile cirée, qui con-

tenait les premières gravures des planches dessinées et gravées par G.-B. Mariani, mais celui-ci, après avoir reproduit les six plus grands des obélisques de Rome et les deux obélisques de Bénévent dont Champollion lui avait remis le fac-similé, demanda un congé et partit pour Assise, sa patrie, sous prétexte d'y rendre visite à sa famille. Comme il avait été payé d'avance et en entier, par Monseigneur le Trésorier, de la somme stipulée par son contrat, Funchai s'effraya de cette imprudence de l'abbé Fea. L'événement montra que ses craintes n'étaient que trop justifiées. Ce n'était là, toutefois, que la première d'une série de mésaventures. Champollion avait trouvé le temps de s'occuper du texte explicatif, il avait poussé la traduction des inscriptions hiéroglyphiques assez loin', et il avait renvoyé, le 30 mai 1827, les épreuves corrigées de sa main. Le Ministère des Affaires étrangères s'était chargé du renvoi, à la demande expresse du duc de Blacas, mais rien n'arrivait, pas même les gravures corrigées selon ses ordres. Aussi bien n'avait-on pas reçu le rouleau, et, comme on savait (( l'Égyptien » écrasé de besognes multiples, malgré sa chétive santé, on n'osait pas l'inquiéter sur le sort de son manuscrit. Le Saint-Père lui-même prit patience à contre-cœur, et, pendant ce temps, G.-B. Mariani, privé d'ordres, se reposa à la campagne. Lorsqu'en avril 1828 le duc de Blacas retrouva l'envoi dans un coin poudreux des archives du Ministère, les préparatifs de l'expédition en Egypte absorbaient trop complètement l'auteur pour lui permettre de reprendre une entreprise que le sort lui-même semblait condamner. « Cela sera après mon retour en France », dit-il, et il promit de repasser par Home quand il rentrerait en France.

Peut-être l'aurait-il fait, mais le Pape Léon XII mourut le 12 février 1829, et, comme la dépense était considérable, personne ne voulut d'abord continuer son œuvre. Ce fut seulement en novembre 1831 que le comte de Funchai réussit à y intéresser quelquesuns de ses riches amis de Rome. Il vint à Paris, et il alla tout de suite rendre visite à Champollion, pour lui communicjuer la bonne nouvelle : le premier regard le saisit d'épouvante, car il voyait quel (|u'un « qui s'approchait d'un pas trop rapide des portes de l'Éternité pour être cliargt'îcni-ore d'un fardeau terrestre ». Il se lut donc

1. Voira la HibliiitlK'quc \.'itii)ii;ile, ii Paiis, Jo vol. XIV de l:i première série des uiauuscrils df CLiaiupoliion (u" 2U31U;.

J'ai laissé à Rome, en pleine activité, le dessinateur et le graveur des obélisques. On ne tirera rien sans une épreuve revue par moi, et j'ai promis de faire un texte pour cette publication. Je suis bien aise que ces beaux monuments paraissent enfin fidèlement reproduits et avec mon attache. Je veux y faire joindre l'obélisque de Bénévent, et, comme il n'en existe qu'une mauvaise gravure de six pouces, je vais faire exprès le voyage de Bénévent pour le dessiner moimême. Ce sera une course de trois jours au plus; je partirai avec des ordres du Légat demandés par M. le Duc.

Le chevalier Gell, que j'avais vu à Rome, m'attendait ici. Il m'a communiqué des dessins d'inscriptions hiéroglyphiques fort curieuses faits en Egypte par deux de ses amis, M. Wilkinson et M. Cooper, J'ai trouvé parmi eux les inscriptions du grand zodiaque d'Esné, qui démontrent qu'il a été dédié sous le règne de l'Empereur Commode; ainsi les milliers d'années de Jomard se résolvent en fumée. Nous ferons, à mon arrivée à Paris, un petit article à ce sujet, pour réjouir le Veau fils de Veau; cela le distraira agréablement des soins qu'il donne à l'éducation des Égyptiens modernes, qui sont plus conformes à sa taille que les anciens Égyptiens. J'ai également trouvé, dans les dessins de Wilkinson, la grande dédicace du grand temple d'Ibsamboul par Ramsès-Sésostris, laquelle est datée de l'an XXXV, 13 de Tôbi, de son règne ; d'autres portions du temple portent la date de l'an XXXVIII du même prince. Les portefeuilles de Gell m'ont également fourni les dédicaces des temples d'Edfou, de Dakké, — d'Ombos et de Philœ ; les trois dernières correspondent parfaitement aux inscriptions grecques, gravées sur les listels ou Jrises de ces édifices.

Mon séjour ici ne se prolongera pas au delà d'une douzaine de jours. Écris-moi donc à Florence où j'espère trouver une lettre de toi ; je n'en ai reçu qu'une seule depuis mon départ de Livourne. Ne manque pas de me mander quels sont tes plans pour cet automne. Vas-tu en Dauphiné? Je compte

y être dans les premiers jours d'octobre au plus tard. Fautil t'y attendre? Les affaires le permettent-elles? Ou bien dois-je ne m'arrêter à Grenoble que cinq ou six jours, et prendre sur-le-champ la route de Paris? Réponse catégorique sur tout cela. N'oublie point, comme je t'en ai prié, d'engager le Ministre à l'aire à Santoni une lettre d'envoi, accompagnant les médailles et lui témoignant la satisfaction du Roi et la sienne. Il tient plus à la forme qu'au présent. La chaleur est extrême dans ce mois-ci, et je la supporte très bien. C'est de bon augure pour mes projets futurs, que tu approuveras quand nous les aurons raisonnes ensemble et à fond. — Rappelle-moi au souvenir de tous ceux qui nous sont attachés. Mes respects à M. Dacier (ju'il me tarde bien de revoir. Adieu. Écris-moi plus souvent et crois-moi ce que je suis, tout et toujours à toi de cœur,

J.-F. Cil

P. -S. M. le Duc de Blacas n'a point reçu les exemplaires de la Premièi'e et de la Deuxième Lettre, que tu lui as adressés par le Ministère. Va les demander, et remets-les à son intendant à Paris, qui les lui fera passer par le moyeu du Prince de Castelcicala, aml)assadeur de Naples en France.

AU Ml'lMK

Naples, 5 septembre 182(».

11 était écrit de toute éttunité. mon cher ami, (|ue je ne recevrais aucune lettre de toi pendant mon séjouià Naples.... Je présume que tes lettres donnent dans le bureau de poste

de Rome d'où, malgré mes cris et mes écrits, il m'est impossible de les faire sortir.

Je pense qu'à l'heure qu'il est, tu as fait le voyage du Havre, pour recevoir les caisses et les pièces de la collection égyptienne. Tu as dû recevoir à temps, et sous le couvert de S. Ex. M. le Duc de Doudeauville, le récépissé de tous les objets, signé par le capitaine de la gabare, lequel papier t'aura servi de guide pour tout ce que tu avais à recevoir. Il s'agirait maintenant, comme le craint fort M. le Duc de Blacas, qu'on ne laissât point pourrir dans les magasins du Louvre des objets qui ont besoin de prendre l'air pour être convenablement conservés. Prends langue là-dessus avec les chefs, et que nous sachions enfin à quoi nous en tenir pour faire nos plans en conséquence.

Depuis que je t'ai écrit, j'ai enrichi mon portefeuille hiéroglyphique d'une copie exacte de l'obélisque de Bénévent. J'avais écrit de Livourne au Duc pour qu'il eût la bonté de me la procurer, mais il n'y a. pas un dessinateur capable de l'exécuter dans toute la cité de Bénévent. Je pris donc la résolution d'y aller moi-même. J'ai fait ce voyage très agréablement, quoique par une chaleur et une poussière horribles, avec mon ami, le chevalier Gell, celui qui a parcouru la Grèce et l'Asie Mineure, et qui m'a procuré tant de copies intéressantes d'inscriptions égyptiennes. J'ai donc dessiné moi-même l'obélisque sur les lieux, et vérifié ce que je soupçonnais d'après la mauvaise gravure de Zoëga, — c'est-àdire que l'obélisque existant était fait des morceaux de deux obélisques. J'ai été assez heureux pour trouver dans la cour de l'Archevêché deux autres grands fragments d'obélisques, et le bonheur veut aussi qu'en combinant ces fragments avec ceux qui composent l'obélisque actuel, j'en recompose, sans le moindre doute, l'un des obélisques anciens à très peu près tout entier, et plus des deux tiers de l'autre. Parti pour chercher un obélisque, je suis revenu avec deux. Les inscriptions portent qu'ils ont été élevés pour le salut de

l'Empereur Domitien, et placés devant le temple de la Déesse Isis, '-grande dame de Bénévenf, par Lucilius Rufus, ce préfet d'Egypte dont il existe des inscriptions grecques. Voilà une bonne opération de faite.

Une seconde opération (jui me réussira tout aussi bien, je l'espère, c'est celle de mon voyage de Naples à Livourne par mer. Je dois m'embarquer demain, si les vents et Neptune le permettent, et au plus tard samedi, sur le chébek la Santa Maria di Porto Salvo, dont le nom est de fort bon augure. Nous mettrons six jouis pour toucher en Toscane si le vent est tant soit peu bon ; mais, comme le siroco règne, il est probable (|ue nous serons un peu plus longtemps en route, vu qu'à la moindre bourrasque le bâtiment gagnera au plus vite le poit le plus voisin. N'ayez donc aucune inquiétude sur mon compte; Neptune, que j'ai prié dans son vieux temple de Pppstum, ne manquera pas de se montrer bénin à mon égard. — Je t'écrirai de Livourne aussitôt après mon arrivée. Réponds-moi toujours à Florence où je me rendrai de suite après avoir touché terre. — Le départ du Grand-Duc pour Vienne me contrarie beaucoup et abrégera mon séjour en Toscane.

M. le Duc de Blacas sera dans quehiues semaines à Paris, où on entamera directement l'affaire d'B^gypte. Prépare en attendant le terrain sur la nécessité de ce voyage. L'expérience que je vais faire me rendra le pied marin, et tout sera pour le mieux. Adieu donc, mon cher ami, mes respects à M. Daci<'i', un l)()n souvenir aux siens et aux nôtres, un embrassement de C(i3ur <'t d'âme pour toi,

J.-F. Cii.

BlBL. liaYHl., T. XXX. 25

AU MEME

Livourne, 19 septembre 1826.

Me voici descendu, mon cher ami, sur un terrain solide depuis avant-hier matin, et après une navigation de huit jours. L'expérience maritime que je voulais tenter m'a parfaitement réussi. Jean Bart et Ruyter ont peut-être plus souffert du mal de mer que moi. L'élément perfide s'est montré à moi sous toutes ses faces, et mon héroïque estomac a toujours lutté contre ses variations avec avantage. — Partis de Naples avec un bon vent, un calme plat nous arrêta d'abord entre le cap Misène et l'île d'Ischia, presque en face des Champs Phlégréens et du lac de l'avare Achéron dont les ondes, perdant toute considération poétique, ne sont citées aujourd'hui que pour les excellentes huîtres qu'elles nourrissent; cette perspective n'avait donc rien de bien effrayant. Éole eut pitié de nous et finit par nous pousser jusques au Monte Circello (l'ancienne île de Circé) ; je n'aperçus sur ce rivage fameux ni l'enchanteresse, ni Ulysse, mais je crus voir quelques-uns de ses heureux compagnons se vautrant sur la grève et oubliant les douceurs d'Ithaque et de Zacynthe. Cependant la baguette magique de Circé produisit son elîet, et notre vaisseau resta immobile pendant douze heures. Le vent se leva enfin et nous lit raser promptement la côte de l'État romain, dont l'aspect si stérile et si désolé, rappelant les rivages déserts de l'Afrique, est un terrible commentaire pour le Livre du Maître du cheval, qui découvrit à Mycènes le tombeau de Clytemnestre. En approchant du mont Argental, une compagnie de dauphins vint folâtrer autour d(i notre bâtiment, malgré les coups de pistolets de Rosellini et de Bibent. Les mariniers prirent le tout à mal augure, et leurs craintes, fondées sur les tradi-

tions antiques, ne tardèrent point à se vérifier. Un terrible vent de Sud-Est s'éleva tout à coup, un orage violent éclata, et notre vaisseau, aussi rapide qu'une flèche, volait au milieu des flots rugissant comme des bêtes féroces. C'était un spectacle aussi beau qu'effrayant, et je professe un respect profond pour les marins depuis le moment où je les ai vus, à la lueur des éclairs, sous des torrents de pluie, voltiger sur les cordages, plier et déplier les voiles comme s'il s'agissait d'une manœuvre de plaisance. La bourrasque tourna toutefois à notre profit; lorsqu'un peu de jour nous éclaira, nous nous trouvâmes en effet entre l'île d'Elbe et Piombino, en face des mines de fer de Rio. On regagna la pleine mer, mais un vent contraire soufflait avec force, et le capitaine déclara qu'il fallait entrer dans (juelque petit port, sous peine de retourner en arrière.

Mon étoile voulut que nous fussions justement à la vue de Populonia, et je fis décider (|u'on donnerait la préférence à cette métropole étrusque, quoiqu'il fallût venir un peu en arrière. Il a fallu, pour donner à la mer le temps de se calmer, rester près de deux jours dans le port abandonné de Populonia. Mais j'ai eu le plaisir de parcourir un rivage couvert d'arrachements de constructions étrusques et de vieux tombeaux d'où l'on retire journellement des vases et autres objets des vieux siècles italiotes. J'ai gravi la montagne sur le sommet de laquelle était la vilh; étrus(|ue, dont la vaste enceinte, formée de magnili(|iios blocs parallélipipèdes, existe en grande partie et renferme, comme au milieu d'un parc, le misérable village de deux rues, peuplées de fiévreux, qui se pare toutefois du nom de Città di Po/m- 1 01 lia.

Enfin, la mer redevenant praticable, une navigation de dix-liuit heures nous :i conduits à Livourn*'. Nous avons appris, en arrivant, que deux bâtim<Mits loniains avaient été visités par les Algériens au mont Argental et rani;onnés, la veille même de notre passage audit lieu. C'est la boni'-

rasque qui les tint au large, sans quoi j'eusse pu prendre langue d'avance pour l'Afrique.

Je n'ai trouvé ici aucune de tes lettres; j'en attendais ce matin de Florence, — elles ne viennent point. Les dernières nouvelles de toi sont les dires de Poggi', dont le départ de Paris est un peu ancien. Il m'a remis les six exemplaires de la Seconde Lettre. Les nouvelles intrigues de Jomard ne réussiront probablement pas mieux que les précédentes. L'as-tu régalé, pour l'encourager, d'un petit article sur l'excessive antiquité du règne de Commode, prouvée par le zodiaque d'Esné? Cela lui viendrait assez à propos. Du reste nous devons être très sensibles aux bonnes dispositions actuelles de Madame « Mon-mi » '. Me ne rallegro!

Devinerais-tu, en cent, la visite que j'ai reçue hier matin? Celle de M. le Comte de Forbin que j'étais bien loin

de soupçonner en Italie. J'ai été fort content de ses dires, et il n'y a pas de doutes que nous nous accorderons très bien^ Il m'a parlé de M. de Clarac, en me faisant comprendre que, s'il avait fait des démarches contre moi, c'était dans la crainte de perdre sa place; — que, quant à lui, Forbin, il n'avait rien fait contre moi, mais s'était seulement plaint au Roi et aux ministres de ce qu'on voulait, disait-on, rendre le Musée Égyptien tout à fait indépendant des autres.

1. Poggi était un libraii-e italien, avec lequel Chanipollion-Figeac était en relations depuis de longues années.

2. M"" Jomard, qui avait, pendant longtemps, et avec beaucoup d'ardeur, secondé les efforts do son mari pour faire échouer ChampoUion, s'était ravisée tout à coup, et elle était allée présenter ses excuses ot ses f(''lccif(((ions au frère aîné pour le succès du cadet.

3. Afin de faire oublier, en haut lieu, ses hostilités contre « l'Égyptien ». le comte de Forbin était allé à sa rencontre pour lui tendre la main. A partir de ce jour, il l'appela son ami devant le monde, mais, pendant le temps que dura l'organisation du Musée égyptien, Champollion eut souvent à se plaindre de lui. Heureusement, le duc de Blacas, de retour à Paris, ainsi que le duc de Doudeauville et son fils, vinrent toujours en aide à « l'Égyptien ».

Il s'est plaint particulièrement de M. de Férussac, ce qui m'a démontré à quel point je dois lui être obligé de ce qu'il a fait de bon et de décisif dans cette affaire. M. de Forbin m'a fait entendre qu'il serait fort difficile de me donner une salle aa re:;-de-chausséc pour mettre mes grosses pièces. J'espère que les monuments ne resteront cependant ni dans la cour ni dans les escaliers, et qu'on trouvera le moyen de les placer convenablement à leur dignité et à leur droit d'aînesse.

Il m'a sondé sur la nécessité d'acheter la collection Passalacqua, en masse, pour une centaine de milh; francs'. J'ai dit que, mon désir étant de réunir le plus de monuments possible, le projet me paraissait fort convenable et que je lui dirais mon avis là-dessus après avoir vu les objets. Je dois revoir M. le Comte à Florence dans deux ou trois jours. On m'apporte à l'instant, de Florence, tes lettres du 31 août et du 6 septembre. Je regrette de ne les avoir pas eues plus tôt. parce que mon retour en eût été avancé d'autant. Je me hâterai donc de rentrer à Paris. Je partirai d'ici aprèsdemain au plus tard, et ne m'arrêterai que quatre ou cinq jours à Florence, surtout vu que le Grand-Duc, que je suis très contrarié de ne point retrouver, ne sera probablement pas de retour de Vienne. De là, sans m'arrêter, je passerai par Bologne, Ferrare, Venise, Vérone, le Simplon et Genève. Deux jours au plus à Cularo, pour ramasser ma petite famille, et nous arrivons en masse à Paris entre le 15 et le 20 octobre au plus tard. Voilà une affaire réglée. Le logement sera disponible à cette époque, et je partagerai le tracas de son ameublement et des détails du ménage,

Je me réjouis sincèrement (jue M. de l'éiussac se soit

l)i<,'n ti'ouv»' de son vo\ai^c. Renouvellc-hii mes assurances

1. Il n'était plus iiuestion du piix fabuleux (4()0.nnO francs et rente viagère) que Passalacqua avait «leniandé à son arrivée à l'aris, et que Forbin, alors, avait approuvé.

d'attachement et de gratitude. Il me tarde bien aussi de jouir de ces bonnes soirées de M. Dacier. C'est une fête pour moi que de le savoir tout disposé à écouter mes historiettes

d'Italie et le récit de mes aventures sur terre et sur mer

Le Prieur a eu tort de ne pas faire le voyage du Havre ; il est trop sédentaire et, s'il n'avait pas été séduit par les agréments de son abbaye, il eût dû venir me joindre en Italie, pour faire ses caravanes sous ce beau ciel qu'on n'oublie jamais. Adieu, mon cher ami, je t'écrirai de Florence la veille de mon départ.

Soigne ta santé maintenant que les choses marchent. Il me tarde d'arriver pour te donner un peu de repos. — Comment Ali a-t-il trouvé l'Océan? C'est bien « une autre Isère )) que le Rhône ! Je vous embrasse tous deux et suis tout et toujours à toi de cœur,

J.-F. Ch.

AU MEME

Florence, 1" octobre 1826.

Je suis ici depuis huit jours, mon cher ami, et ce n'est qu'hier soir à six heures que j'ai terminé la Notice raisonnée des stèles, bas-reliefs et papyrus de la Galerie; ayant promis au Grand-Duc et aux conservateurs d'exécuter ce travail, il m'était impossible de quitter Florence sans le faire, — et je devais donner à Son Altesse Royale cette marque de ma reconnaissance. J'ai en même temps profité de mon séjour ici pour imprimer une Lettre à AI. le Duc de BJacas sur le système de MM. Spohn et Seyiïarth '. C'est le coup de grâce.

1. Letiro à M. le. Duc de BJacas sur Je noiinum sf/sfèinc /licrofjli/phic/ue de MM. Spohn et Sei/JJ avili, Florence, 1826, in-8°, Piatti. Ajoutons que le duc désirait également voir terminées les autres

Je ne voulais point écrire sur ce sujet et laisser aux Allemands le soin de tuer leur compatriote, mais M. le Duc l'a trouvé nécessaire, me l'a vivement conseillé, — et je l'ai fait. Je t'en adresse deux exemplaires sous bande; j'en apporterai le plus que je pourrai à travers les douanes. Il en restera deux cents chez le libraire Piatti; écris-lui de suite s'il y a (|uelque moyen de les faire arriver à un confrère de Paris. Je pars demain matin à cin(| heures pour Bologne : je commence donc délinitivement ma marche sur Paris..... J'ai retrouvé ici M. de Forbin qui m'a traité au mieux : il veut acheter le colosse '. Je lui ai dit qu'il serait bien de l'avoir à 8.000 francs. Quant à moi, je le laisse faire. Si on l'a pour ce prix, c'est une bonne chose. — Il me reste encore mille visites de départ k faire; je n'ai que le temps de te mander les compliments de Santoni, Micali, Poggi et Inghirami

J.-F. Ch.

Ij'Un's que son |)iotégé lui avait promises : la Iruisiùmc, qui devait (' compléter l'histoire de l'Egypte jusques aux Romains », et la r/iiatririnc, qui contiendrait des éclaircissements nouveaux et fort importants sur le culte des Pharaons. C'est dans lappendice de cette Lettre que Cliampollion voulait parler du célèbre scarabée liistorique d'Aménophis 111 et de la reine Taïa, son épouse. 11 en avait déjà traduit le texte en juin 1825, à la Vaticane, et d'une manière si merveilleusement juste, que les égyptologues en sont étonnés aujourd'hui encore : il n'y avait pouitant que deux ans et neul mois que régy]>tol(),uie était née.

Une cinqairinc LcUrc renl'ermerait la traduction, avec commentaire, de deux stèles historiques du Musée égyptien de Turin. — Le lecteur aura vu que les trop nombreuses pertes de temps que l'on avait fait subir à ChampoUion, depuis le mois de novembre 1824, ainsi que les occupations qui l'accablèrent après son retour à Paris, l'empêchèrent, pour notre mallieur, de donnei- suite à ces projets.

Il va sans dire que beaucoup de détails (jui caractériseraient nettement et sous tous ses aspects la situation de ChampoUion et (|iii constituent l'arrière-fond du tableau dont il forme le milieu, ne peuvent pas être reproduits par le menu dans les deux volumes de la présente publication. I,c lecteui- les trouvera dans C/Kiiiifuillion, etc., qui sera tra<luit en fran'.ais aussitôt cjuc les circonstances le permettront.

1. C'est le colosse de ^éti II, qui est auj<iur<rhiii an Lnuvre.

Déjà, en été 1825, après avoir composé la dédicace hiéroglyphique en l'honneur de Charles X. •' l'Égyptien » avait esquissé, — et avec bien plus de plaisir, — un hommage analogue, en l'honneur de L(''0])old II qui lui était sympathique, non seulement à cause de son grand intérêt pour l'antique Egypte, mais aussi parce qu'il était le chef d'un peuple qui jouissait de cette liberté que Champollion désirait pour la nation française-

Le 25 juillet 1826, il avait envoyé à l'abbé Zannoni, le directeur déjà mentionné de la Galleria Granducale^ à Florence, ce qu'il fallait pour dûment mettre en place l'inscription hiéroglyphique que voici :

1 O i(a(a(ô^nilli=n=] W I I ^^

çn^

m^lLŒMMlTi'MH:^

« L'an MDCCCXXVI, au mois de Mesori (août) de l'ère du Dieu Sauveur du monde, le souverain du peuple fidèle de Toscane, Léo- POLD II, seigneur très gracieux, royal enfant de la Maison d'AuTRiCHii, fils de Ferdinand III, l'ami de la justice, petit-fils de Léopold I", le trois-fois-grand-et-le-père-de-ses-peuples, a fait exécuter (cette salle) par sa munificence. »

Elle était en couleur, et la traduction devait être placée à côté de l'original. « L'Égyptien » jouissait donc d'avance et du nouvel ornement de la belle salle rfiyptienne et du plaisir du Grand -Duc, de qui il dit dans sa lettre à Zannoni' : « L'épithète de souverain très gracieux que je lui donne sest trouvée écrite dans mon cœur, comme dans celui de tous les Toscans, ses heureux sujets » Que l'on s'imagine donc la douloureuse surprise de

1. Après avoir vainement cherché, à Kloience, en 1900, et la lettre à Zannoni, et l'inscription dont il s'agit, je priai le professeur Astorre Pellegrini de continuer des investigations qu'il ne m'était pas permis de faire moi-même. Le tout fut enfin retrouvé et publié dans le Bes~ sarioae, 1903, vol. V, anno VllI, p. 05 el suiv.

Champollion quand il ne trouva point linscription dédicatoire en place, et qu'il apprit que le Grand-Duc n'était pas de retour de Vienne, d'où il était pourtant parti exprès pour pouvoir s'entretenir à temps et tout à son aise avec son hôte. Selon Alessandro Ricci, Léopold II aurait été mécontent de ce que la Notice raisonnée' n'eût pas été terminée à la fin de juillet. Mais, à ce moment. Champollion avait dû se rendre à Rome, afin d'y examiner sur place les travaux commencés pour la publication des obélisques, et le Grand-Duc le savait; il n'i^aiorait pas non plus (lue Varia cattiva, à cette époque-là, infestait déjà la "Ville sainte et ses alentours. Ajoutons (jne le jeune souverain, parfois un peu capricieux, revint de cet accès de mauvaise humeur quand il ap|)rit, après son retour, le détail de toutes les peines que sa collection avait causées à Champollion.

L'absence de Léopold II pendant le séjour de « l'Égyptien » dans sa capitale était une lieureuse aubaine pour tous ceux qui attendaient celui-ci avec impatience. Ricci l'amena chez lui, dans sa maison, qui était un véritable Musée égyptien. Une surprise des plus agréables y attendait <( l'Égyptien », — la présence de Caviglia, de Gênes, qui, depuis 3815, avait séjourné presque continuellement aux pieds du grand Sphinx, « afin de résoudre les mystères de Memphis » moyennant ses fouilles mystiques, — au clair de la lune, et avec l'aide des Bédouins de Gizéh. Tous les Européens du Caire se moquaient de Caviglia, excepté Henri Sait, et c'était lui qui l'envoyait en Italie faire la connaissance de Champollion et le prier d'arriver aux bords du A7/ le plus tdt possible! Comme il était déjà fortement question d'une expédition de ce genre, grâce au duc de Blacas, Champollion ne refusa point les offres que plusieurs personnes lui firent dès lors de l'accompagner : c'étaient, à Florence, les comtes Girolamo Bardi et Montalvi, ce dernier chambellan du Grand-Duc, Kicci et son au)i, le comte Carlo "Vidua, un des \oyageurs scientifi(iu('s les plus intrépides de tous les temps, et qui connaissait à fond l'Egypte moderne. X'idua s'était mis en route pour le Mexique depuis peu, mais il pensait être revenu d'Améritiue en IS27.

1. Voir, dans lo Ih-ssarium; 190:{, aiino VIII. vnl. W p. l«7-2(»5. le catalogno do la collection Niz/oli à l*'lorcnc<', ijui a t'ti' publi''- par Astorre Pellegrini.

Voilà i)our l'K^ypte, — mais rÉtrurie parlait alors très haut et très fort à Champollion, que le grand problème de l'origine des Étrusques et de leurs rapports avec les Égyptiens avait occupé depuis sa dix-huitième année. En 1825, les nombreuses collections étrusques de Rome et de P'iorence l'avaient enchanté, et il avait eu des conversations instructives avec les archéologues Inghirami, Micali, Migliarini ; en 1826, il avait été grandement ému par l'appel fervent de la poétesse Palli, puis par son séjour à Pérouse, où « l'Étrusque » Vermiglioli savait si bien comprendre l'intérêt croissant que (( l'Egyptien » prenait au Musée de cette ville- Aussi bien des fouilles nouvelles, de la plus haute importance, semblaient mettre bien plus qu'auparavant, et sous plusieurs rapports, l'antique Etrurie en liaison intime avec l'Egypte, la Phénicie, et même avec la Troade, — mais en l'éloignant de la Grèce! L'antique Rome ne comptait pas inême, sous ce rapport, aux yeux de Champollion'. L'étude rapide des scarabées trouvés à Nola, en sa présence, par le duc de Blacas, lavait confirmé dans l'idée qu'il s'était faite sur ce point.

Aussi, dans son nouveau séjour à Florence, l'Egypte et l'Étrurie se disputèrent son attention à ce point que le grand éditeur Vieusseux, comme directeur de VAntolor/ia toujours mêlé aux intérêts scientifiques, dut intervenir une fois pour décider si Champollion passerait sa soirée chez le comte Bardi, — « en Egypte », ou chez la marquise Lenzoni, « en Étrurie ». On ignore quel fut le résultat de sa négociation, mais on sait que ce même jour le comte de Forbin lui remontra la nécessité de rentrer au plus vite à Paris, tandis qu'une lettre du duc de Blacas lui rappelait sa promesse de ne point quitter Florence sans y avoir écrit et fait imprimer la Lettre sur le système de Spohn-Seyffarth. Le lendemain Vieusseux lui amena son adversaire Domenico Valeriani. Celui-ci, après un entretien de trois heures avec Champollion, se repentit du re-

1. Une note de sa main, datée, à ce qu'il semble, du printemps 1825, nous dit : « Les Etrusques ne dépassèrent pas le point où l'Egypte était parvenue; les Homains ne leur en laissèrent pas le temps... Nous re- .uardons l'iiistoire de l'Etrurie beaucoup trop à travLM-s l'histoire de l'ancienne Grèce et de l'ancionnc liome. » Et |)lus loin il répète, à ce propos, sa devise favorite : « Les laits passent avant les opinions. »

virement qui s'était opéré dans ses idées, et déclara, en présence de beaucoup de monde, que « sa conversion était définitive ».

Une fête splendide, donnée en l'honneur de « l'Égyptien », marqua la fin de son séjour à Florence. Après une nuit blanche, par un temps de pluie désastreux, brisé de fatigue, il monta en diligence, à cinq heures du matin, pour se rendre à Bologne, où on l'attendait impatiemment et en préparant de grands festins. C'est là qu'il put enfin voir le savant Orioli, le plus méritant des « Étrusques », et qui lui fit vite oublier son extrême fatigue- — H- II.

Al" MEME

Bologne, 4 octobre 1826.

Je t'écris d'un pays gaulois, mon cher ami, pour t'annoncer d'abord mon arrivée ici en bon état, et mon départ, demain, pour Ferrare et Venise,... où je ne m'arrêterai que deux jours qui suffiront pour avoir une idée de cette cité neptunienne, qui s'avance rapidement vers sa ruine totale, et qu'il faut voir avant qu'elle ait disparu, non de la surface de la terre, mais de celle de la mer où la plonge le bras qui devait la protéger'.

J'ai oublié dans ma dernière un point très <3s.seiiliel, c'est de supplier de ma part M. le Duc de Doudeauville d'arrêter jus(iues à mon arrivée, vers le 20 octobre, tous les travaux de décoration des murs des salles destinées à mon musée. D'après co cjue M. de Forl)in m'a dit, il parait qu'on se propos<' de tapisser ces salles de marbres et de di'corations a la roniaiiK' on a lagr<'C((ne. .le ne puis consentir à ce ridicult^ arrangement. Il f;int .ibsolnmcnl , |)oiu(>b(''ii' mux coun cnances

1. On s;iit, à picsoiit, (|Ue c'est plutôt le eoiitraiiv qui a lieu; la mer se retire de \'enisc, au grand dommage de la ville et de se» iiabitants.

et au bon sens, que mes salles soient décorées à l'Égyptienne. Et les décorations Égyptiennes, qui valent certainement bien les décorations grecques, coûteront beaucoup moins que les marbres qu'on achèterait pour faire dispendieusement une mauvaise chose.

Cela n'empêche point (|ue les plafonds ne soient peints par de bons peintres. Ils y mettront ou des sujets allégoriques ou des sujets Égyptiens, mais les murs et tous les meubles, armoires et tables, doivent être de style vrai Égyptien : c'est le seul moyen de faire bien et de faire du neuf en même temps. Insiste, je te prie, au plus tôt sur ce point essentiellement capital. Tu auras reçu ma Lettre sur le système Spohn. Il y en a à peu près deux cents exemplaires chez le libraire-imprimeur Piatti à Florence. Écrislui pour te les envoyer à Paris J'ai attrapé un bon rhume

à la Galerie de Florence \ fractus belli, — mais il se calme. Il est d'ailleurs bien adouci par les fêtes et les marques d'estime et d'amitié (|ue je reçois dans toutes les villes où je passe. Je serais bien ingrat, si je n'étais Italien de cœur : ce sont d'excellentes gens et (jue j'aimerai toujours.

Dans le nouveau plan d'études archéologiques tracé pour les professeurs des deux Universités papales de Rome et de Bologne, on vient d'arrêter que la troisième année de chaque cours sera consacrée aux antiquités Égyptiennes. Voilà un résultat do mes pérégrinations; annonce-le tel que je te le donne ici, sans aucun commentaire absolument.

J'ai vu ici l'Étrusque Orioli, homme fort distingué dans plus d'un genre, — le polyglotte Mezzofanti qui parle réellement quarante-deux langues, et la Comtesse Martinetti, dont aucune langue ne peut assez dépeindre l'instruction, la bonté et les qualités aimables. — Adieu, mon cher ami, je t'embrasse de cœur et d'âme,

J.-F. Ch.

AU GRAND-DUC DE TOSCAxNK'

Holoniie, 5 oclobie 182().

Altesse Impériale Sérénissime,

Les circonstances (iiii ont prolongé mon séjour à Naples, et la nécessité de me rendre à Paris, pour l'organisation du Musée Égyptien, me privent du précieux avantage que je m'étais promis, celui de présenter encore une fois mes respectueux hommages à Votre Altesse Impériale. Je devais d'autant plus ambitionner cet honneur qu'en rol)tenant je satisfaisais à la fois à un devoir et à un véritable besoin de mon cœur, puisqu'il m'eût été permis d'exprimer à Votre Altesse toute ma reconnaissance pour les bienveillantes bontés dont il lui a plu de me combler pendant mon séjour dans ses États.

Puis-je oublier que la manière flatteuse dont j'ai été accueilli par les savants de Toscane trouve sa principale source dans l'honorable intérêt ([ue Votre Altesse a bien voulu témoigner pour mes études, et pour des travaux dont les résultats peuvent remettre sous nos yeux le tableau entier d'une civilisation antif|ue (|ue, pour l'histoire des procédés et des progrès de l'esprit humain, il n(^ sera peut-être point sans quelque impoi'tance de comparer aux formes sociales actuelles?

Que Votre Altesse Impériale daigne agréer aussi l'expression de toute ma gratitude pour l'aimable compagnon de

1. Cette lettre îi Uéopold II et les deux lettres à, Rosellini qui la suivent ont été publiées, en 1<S81, pai- M. K. Teza, daiia les Alli dcl li . ladfn/u rciifto di Srirmc, liitcrc cd tifti, t. II, sér. VI.

voyage que sa bonté m'a donné, en permettant à M. Rosellini de se joindre à moi pour me seconder, soit dans les travaux relatifs à la collection égyptienne de Livourne, soit dans les recherches que j'ai dû l'aire à Rome et à Naples. J'ai pu ainsi connaître l'ardent amour du jeune professeur pour les études solides, son entier dévouement à la science, et apprécier en même temps les qualités attachantes qui le distinguent.

L'archéologie Égyptienne vient de faire en lui une conquête fructueuse, et il est bien à désirer qu'il puisse poursuivre des études dont il a déjà goûté tout le charme entraînant et mesuré toute l'étendue. Un séjour de quelques mois à Paris achèverait ce que les bontés de Votre Altesse Impériale ont si bien commencé. M. Rosellini trouverait dans nos professeurs de littérature orientale des hommes empressés de lui ouvrir les trésors littéraires de notre capitale ; et c'est dans cet immense dépôt qu'il pourra seulement perfectionner, et en peu de temps, ses connaissances philologiques, étant surtout résolu, comme il l'est par pur amour de la science, de se présenter dans nos écoles en qualité d'élève, acte de modestie bien méritoire, et dont se sentent fort rarement capables des savants couverts do la toge de professeur et du bonnet doctoral, ou qui, comme lui, auraient déjà fait leurs preuves. Je serais heureux moi-même, tout en l'associant à mes études égyptiennes, de lui faciliter les moyens d'avancer dans les autres branches de philologie qu'il cultive par goût et par devoir.

Le catalogue raisonné des monuments égyptiens de la Galerie de Florence, que j'avais commencé l'année dernière, a été terminé pendant le séjour que je viens de faire dans cette capitale. Je regrette vivement qu'il ne m'ait point été possible de donner à ce travail tout le temps nécessaire pour le développer davantage, et laisser ainsi une plus digne mur(iue des profonds sentiments de reconnaissance et de

respectueux dévouement avec lesquels je suis, de Votre Altesse Impériale,

le très humble et très obéissant serviteur,

J.-F. Champollion le Jeune'.

A IPPOLITO ROSELLIM

Venise, '.) octobi'e 1S2G.

Nous voici à Venise depuis avant-hier au soir, mon cher ami, et j'avoue, (|Liel(|U(> besoin (pu; j'aie d'arrivci' prompte-

1. Cette lettre lut remise au Giaiid-Duc par liosi^lliiii, (|ui, à Hologne, avait pris congé de son maître, (>t (lui se i)i'épar;iit à le suivre sous peu à Paris. Voici la réponse que LiMipoM II lit parvenir à Cliampollion :

« Monsieur,

» Le Professeur Roseilini m'a apporté votre lettre : c'est le même qui vous porte ma réponse. J'ai été vivement touché de vos tendres, je dirai même paternelles bontés pour le jeune prol'essour : il en était ému jusqu'aux lai-mes. Il désire correspondre à vos otlres généreuses : pour moi, je ne saurais me montrer reconnaissant au bien (|ue vous faites à la Toscane qu'en profitant au mieux des lumières i|uo nous répandez de si grande abondance. Kn suivant vos conseils, on a donné aussitôt à M. Roseilini la permission de s'absenter de l'Université pour exécuter le voyage de Paris. Je vous recommande la personne qui se recommande d'elle-même par l'ardeur sincère de perfectionner ses études. Trop heureux si nous serons débiteurs à M. Champollion d'un professeur distingué qui, avec l'appui des langues anciennes, puisse avec une lumière pure éclairer des temps méconnus, et placer la \érité simple à la place de tant d'erreurs et de suppositions absurdes.

)j N'euillez bien me croiie. votre très aileclionné,

M Lkoi'old.

I» l'iorence, ce 8 novembre 18UG. »

ment à Paris, que je serais fâché de n'avoir point visité une ville si originale. En l'apercevant du continent, j'ai cru voir se déployer devant mes yeux la Reine de la mer, cette cité puissante qui dictait des lois à l'Europe : à mesure que j'ai approché, l'illusion s'est évanouie, et le silence qui règne dans ses canaux déserts, contrastant avec la splendeur et le grandiose de ses édifices, m'a donné la pénible conviction que je parcourais une ville expirante. Ces gondoles noires, ce bruit si mélancolique des rames, l'obscurité des canaux qu'éclairaient, sur quelques points, quelques faibles rayons de la lune, tout redoublait la tristesse qui ne m'a point quitté pendant un voyage qui, m'éloignant d'un pays que j'aime et de personnes qui me seront toujours chères, n'offrait aucune espèce de compensation, puisque la pluie n'a cessé de nous inonder, depuis notre départ de Bologne jusqu'à notre arrivée en face de Venise, que le ciel s'est un peu débarrassé, comme pour nous laisser jouir d'un spectacle si neuf et si intéressant.

Je n'ai personne à voir ici, de manière que mon temps est tout entier aux objets matériels, ce qui veut dire clairement que mon séjour ne sera pas long. J'ai vu Saint-Marc : je parcourrai aujourd'hui le palais ducal, la bibliothèque, quelques galeries de tableaux, et demain nous partons pour Milan, puisqu'il faut nécessairement y passer pour regagner les Alpes. Le Simplon aura une visite. Je saurai donc bientôt à quoi m'en tenir sur les Genevois, contre lesquels j'avoue nourrir de fortes préventions : s'ils sont tels que je me les figure, je me consolerai avec le petit Musée Égyptien '

1. Nous n'avons aucuns renseignements sur le séjour de Champollion à Genève, et le manuscrit de son Catalogne raisojwr de plusieurs stèles précieuses (du Musée) de Genève, automne 1826, n'a pu être retrouvé. On se demande ce qui a pu empêcher, dans le temps, l'impression d'un manuscrit aussi précieux, à moins qu'il n'y ait eu là, comme à Turin et à Naples, quelque manœuvre d'un des adversaires jurés de « l'Égyptien ».

qu'ils ont eu du moins le bonheur de former aux: frais de la République.

Je n'ai eu sur la route aucune nouvelle du Grand-Duc; il aura peut-être passé de nuit. Je regrette de ne l'avoir pas même pu entrevoir avant de quitter l'Italie. Remettez-lui ma lettre au plus vite : renouvelez-lui l'expression de mon désappointement et venez de suite me joindre à Paris. Les cours commencent au mois de novembre : c'est l'époque où l'on trouve, dans notre capitale, réunis en masse, le monde savant, le monde oisif, le monde sybaritique et le monde actif, c'est-à-dire celui qui entretient, à la sueur de son front, les loisirs de ceux-ci, la paresse de ceux-là et les plaisirs de tous les autres, sans oublier d'en prendre sa part. Vous savez que je suis inscrit pour l'année qui va commencer sur le rôle du monde actif, et que j'aurai, Dieu merci, assez de besogne pour organiser mon Musée : car, aux difïicultés inhérentes à la chose elle-même, se joindront toutes celles que l'obligeance de certaines gens saura faire naître de rien, opération toute divine qui ne leur est que très familière. Accourez donc pour m'aider, ne fût-ce qu'en applaudissant aux coups que je serai obligé de porter, dans le cas où l'on veuille me disputer encore un terrain que je crois m'appartenii" à tant de titres, mais que l'on cherchera à rendre glissant ou mobile pendant quelques années encore. Patience.

N'oubliez point, puisqu'on veut absolument mettre ce pauvre Seyiîarth en coupe réglée, de faire de ma Lettre un simple extrait pour le journal de Pise. Faites-moi le plaisir d'en adresser quelcpies exemplaii'es à Turin, à l'abbé Gazzcra, memijre de rAcad<''mie des Sciences, à Peyron, secrétaire de l'Académie, à Plana et à M. L. Costa, secrétaire d'Etat pour les alïaires internes, rue Baii'e-de-Fcr, n" 7. Je ne sais comment j'ai ()ul)lié tous ces braves gens-là. Ma pauvie tête !

liift)i inez-\(»us a Bologutj de c»' que le chanoine Schiassi

BlBL. KliYl'T., T. xx.\. 26

40â LETTRES

prétend faire, si c'est à lui qu'il appartiendra de professer, en son temps, l'archéologie Égyptienne. Sous quel point de vue se propose-t-il de prendre la chose? Sachez aussi quel est, à Rome, le professeur qui traitera la même matière. Tâchez également de connaître, si cela est donné à un simple moi'tel, le fond de la pensée de Mezzofanti sur mon système et ses conséquences. Je crains qu'il ne prenne la chose de travers, et il importerait de s'assurer cette voix-là : un homme qui a trente-quatre langues à son service serait un terrible détracteur. La calomnie qui, sous la forme de Lanci, n'en a qu'une seule et même assez mauvaise, a déjà fait tant de mal! Jugez ce qu'il m'adviendrait si le polyglotte ou le polyphème Mezzofanti se mettait de la partie ! Tenez-le dans la bonne voie, et, s'il dévie, que ce ne soit ni ma faute ni la vôtre.

Mes amitiés à Orioli. Dites-lui de marier l'Egypte à l'Étrurie : elles se conviennent l'une à l'autre. J'ai toujours soupçonné qu'elles avaient eu jadis quelque intrigue ensemble, et je crois que nous parviendrons à découvrir bientôt toute leur correspondance secrète. Vu l)illet doux en hiérogly plies répondant à un billet doux en étrusque devait être une chose attendrissant(? ! Mais le fait a eu lieu et je n'en doute pas : les scarabées sont les gages d'un tendre souvenir et d'un vieil attachement mutuel entre ces deux antiques ('(nitrées. —

Adieu, mon cher ami, n'oubliez pas, au milieu des Ris, des Amours et des Grâces, le tout vôtre de cœur,

J.-F. Ch.

A L'ABBÉ GAZZERA

Domodossola, Il octobre 1^2(3.

Costa VOUS dira, mon cher ami, le motif (|Lii me prive inopinément du plaisir d<; vous embrasser encore une l'ois avant de gagner Paris, où mon Musée me rappelle à cors et à cris. Les ouvriers m'attendent, mes colosses et momies sont dans la cour du Louvre ou dans les magasins, et il faut (jue je sois là pour empêcher de faire des brioches (autrement dit des bêtises) pour les décorations des salles. Je compte aussi avoir sous la main, dans peu de temps, le colosse de Rome qui fait pendant à votre Osymandias. J'ai rencontré M. de Forbin à Florence, et nous avons comploté de l'acheter d'abord, cjuitte ensuite à faire approuver l'acquisition par le ministre. Je vais voir, en arrivant à Paris, la collection Passalacqua, et on m'écrit ([u'il ne dépendra ((ue de mon avis pour en faiie racipiisition. Ouest enchanté a Paris de l'acquisition de Livourne, on ne parle, on ne rêve (lue Musée Égyptien, et je suis certain maintenant de faire une fort belle cliose. J'en ai là pour un an, ()ue je terminerai dignement par un voyage d'Egypte. Le plan en est combiné avec mon excellent Duc, (jui est toujours hi colonne vertébrale des études Egyptiennes.

Sei'i(îz-vous honnne à venir à Thébes avec moi. si votre gouvernement vous en doimait les moyens? J'écrirai à ce sujet-là dans peu de temps à Costa, pour lui développer le plan tout entier (|ue j'ai conçu d'uiK; K.j/tr<li(ioii scir/id- Ji'/ue euro/jccn/ie, dont les bases sont déjà jetées et par dfs honunes puissants dans diverses couis. Vous pourrez, l'ini et l'autre voir (<.' qu'il y aura à faire pour iuti''r<'ssrr la vôtre dans tout cela. Ayant un des prcmit'is Musées l'!gyp(iens, puurrait-cUe rester en arriére dans celte alïaire? Je ne le

crois pas. Me laisserez-vous parcourir l'Egypte sans vous associer à mes plaisirs et au.r découvertes immenses qu'il y aura à faire? Je ne le crois pas non plus. Dans tous les cas, répondez-moi de suite sur cette première question, et, dans deux mois, nous entamerons la chose auprès des gens que Costa et vous m'indiquerez comme ceux qui doivent la décider. Je leur ferai adresser les ouvertures par des voies respectables et auxquelles ils ne pourront s'empêcher d'avoir égard. Reposez-vous-en sur moi pour la réussite.

Vous avez dû recevoir, si l'on a exécuté mes ordres à Florence, des exemplaires d'une Lettre écrite par moi à M. le Duc de Blacas sur le système de Spohn et Seyfïarth. Le Duc a voulu absolument que je l'écrivisse et que je l'imprimasse. Je l'ai donc fait, quoique, en quittant Seyfïarth à Rome, je l'aie laissé enterré définitivement. Mes auditeurs de 1825 me sont tous restés fidèles, et les diplomates allemands, tels que les chargés d'affaires de Prusse, d'Angleterre et du Hanovre à Rome, ont écrit à leur Cour respective des lettres dans lesquelles ils annonçaient la complette déconfiture de ce pauvre Seyft'arth, et se déclaraient plus que jamais pour le système français. Il était donc inutile que j'écrivisse : mais on l'a voulu. Je n'ai attaqué que le fond du système, sans me perdre dans l'absurdité inconcevable des détails. Dans le cas où vous n'eussiez pas reçu cette Lettre, j'en adresserai de nouveau trois exemplaires, de Chambéry, à vous, à Peyron et à Costa. Il serait bon, puisque les journaux du Piémont ont annoncé le système de Seyfl'arth, que vous ou Peyron fissiez insérer un court extrait de ma Lettre imprimée dans les feuilles publiques piémontaises. Le grand homme, ayant passé à Livourne et à Pise pendant (|ue j'étais à Rome, a beaucoup vanté le système de Seyfl'arth. Je lui adresserai un exemplaire aussi, ne fût-ce que pour le mystifier.

Ma Seconde Lettre est-elle arrivée et distribuée? Un mot là-dessus. Écrivez-moi toujours rue Mazarine, n" '^8, jusques

à hôLivel ordre. Je veux <'treà Paris les derniers jours de ce mois ; — je ne m'arrête à Grenoble que pour emmener ma

femme et ma petite. —

Mille choses à Sclopis, Boucheron, Peyron, Plana, Pauli, que nous emmènerons aussi en Egypte, — tous ceux qui se souviennent de moi, n'ont pas été séduits par les grâces du f/rand homme ou par les démonstrations algébriques de Seyffarth. Ecrivez-moi vite. Tout à vous de cœur. On dit qu'il y a de l'Egyptien à Genève? Je vous dirai cela.

J.-F. Ch.

A CHAMPOLLION-FIGEAC

Grenoble, 3U octobre 1826.

Tu dois être bien impatient, mon cher ami. de savoir ce que je suis devenu, — ma dernière, je crois, est de Veni.se on de Bologne. Je suis arriv('; ici depuis sept jours, résolu de partir de suite pour Paris, mais deux (liHiculh's .sérieuses m'ont empèc-iié d'exécuter mon plan, malgn? toute la bonne volont('; possible. Les places à la diligence sont très courues aujourd'hui, tout le monde voulant assister à la fête du quatre'; je n'ai donc pu en obtenir à Lyon (jue pour le l®' seulement. Je pars donc ce soir même, à onze heures, et. partant le 1"'' de Lyon, aussi à onze heures du soir, par les berlines du commerce (par le IJoui Ixmnaisi, j'arrivciai rue Cof(-IIéron, n" 11 ', je; ne sais ti<»p a (|uell(' heure,

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