‹ Lettres de Champollion le jeune (volume 2)Chapitre 8 sur 78 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

lonnades du Palais Royal à Paris, et l'air étouffant d'absolutisme qui caractérisait alors la Cour de Turin?

Accompagné de Thevenet, ChampoUion quitta Paris sans qu'on s'en doutât, et arriva dans la matinée du 20 mai , paraît-il , à Lyon, où Artaud, directeur du beau Musée dans le Palais Saint-Pierre, lui avait préparé une surprise qui le toucha profondément : la petite Salle Égyptienne était transformée en une forêt de lauriers, « vu qu'à Paris il n'y en a guère pour mon ami », disait Artaud. Et il fut fort touché à son tour, quand il vit « l'Égyptien » caresser tendrement chacun des objets qui jadis avaient dû l'aider dans ses pénibles recherches longtemps vaines, lesquels objets, restés muets pour lui pendant des années, commençaient maintenant à lui parler d'une manière distincte dans leur propre langage\

L'arrivée de ChampoUion à Grenoble, qu'il n'avait plus revu depuis le 14 juillet 1821, époque où il l'avait quitté plus mort que vif, excita une joie très vive chez ses nombreux amis. Chose remarquable, le baron d'Haussez avait été rappelé du département depuis peu; le sort lui épargna donc l'amertume de rencontrer sur son chemin, et à Grenoble même, le « Jacobin enragé » comme novateur scientifique, couronné de gloire. En revanche, ChampoUion trouva là sa femme et son enfant unique, la petite Zoraïde, née le 1*"' mars 1824, et qu'il n'avait pas encore vue. En outre, la nombreuse famille de son frère qu'il aimait tendrement demeurait encore à Vif, où lui-même, jadis, avait passé si souvent des jours heureux. — Un parc magnifique ombrageait alors la vieille maison de Mably et de Condillac.

1. Si Cliampoliion n'en dit pas un mot à son frère (à qui il parlait seulement des objets nouvellement arrivés au Musée), c'est que celui-ci reprochait à son ami Artaud d'être parfois trop sentimental. Ce fut Thevenet qui, n'oubliant jamais la saisissante beauté de la scène, en donna tous les détails entre autres à M. Henri Breton, à Grenoble; celui-ci, en 1896, vieillard octogénaire, en parla avec émotion au biographe de ChampoUion.

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