‹ Lettres de Champollion le jeuneChapitre 14 sur 50 · Le « Prieur » de Gretz, déjà mentionné · texte numérisé non relu

Le « Prieur » de Gretz, déjà mentionné

forme carrée, et qui paraît être une construction égyptienne du temps des Ptolémées ou des empereurs, car les pierres m'ont paru être de petite proportion : non loin de ces ruines et plus près de la mer, s'élève une tour moderne, connue des navigateurs sous le nom de Tour des Arabes.

Vers midi, il nous fut possible de distinguer à la lunette la colonne de Pompée et le port à' Alexandrie. L'aspect de cette ville devenait imposant à mesure que nous nous approchions. Une forêt de mâts s'étendait sur toute la surface du Port-Vieux, et on apercevait, à travers les mâtures, les édifices blanchâtres et peu élevés qui, jetés sans ordre, composent la ville moderne. A la gauche se présentait la maison d'Ibrahim-Pacha, bâtie sur le bord de la mer ; la petite maisonnette est occupée par le ministre Boghoz. Une maison beaucoup plus grande, et peinte en blanc comme les deux autres, a été d'abord la résidence du Pacha, mais, ayant fait élever une habitation en bois sur des proportions bien plus vastes, un peu plus avant dans les terres, son ancienne demeure est devenue le local où s'assemble le Divan, et le lieu où Son Altesse donne ses audiences et s'occupe des affaires du gouvernement. Le harem a été transporté dans la nouvelle maison en bois, percée d'une infinité de fenêtres et qui n'est pas encore achevée de peindre. Une vingtaine de femmes, arrivées du Caire deux jours après le Pacha, occupent aujourd'hui le nouveau harem.

Le Port- Vieux présente un magnifique développement et une grande sûreté pour les vaisseaux de tout rang, mais les approches en sont très dangereuses, comme l'indiquent les brisants (|ui le ceignent presque de toutes parts. Arrivés à une certaine distance, notre curiosité était vivement excitée et s'accroissait de ce que nous n'apercevions aucun IxUiment de guerre français ou anglais en croi.^ière devant le i)orl d'Alexandrie, (|uc les journaux d'Muropc donnaient comme en état de blocus. Ce fut après notre entrée dans le Port-

Vieux, où nous fûmes pilotés par un rets arabe, venu de terre au coup de canon de notre commandant, que nous trouvâmes les vaisseaux français et anglais chargés du blocus, pacifiquement mouillés au milieu du port, entremêlés aux bâtiments turcs, et touchant presque à deux vaisseaux algériens, qu'on a ordre d'attaquer s'ils font mine de sortir, et de prendre de force s'ils osent franchir la passe. — Non loin des frégates et bricks européens, sont des vaisseaux égyptiens et turcs de tout genre, échappés au désastre de Navarin et qu'on essaye de radouber. Ce mélange de bâtiments de toute nation, amis et ennemis à la fois, est un spectacle bien singulier et suffit pour caractériser l'époque. A peine mouillés dans le port, des officiers supérieurs du blocus français montèrent à bord et nous apprirent le traité de pacification de la Morée. L'amiral Codrington était venu à la tète d'une petite escadre, huit jours avant, connaître les intentions du Pacha, qui, consentant à tous les articles essentiels^ signa la convention et envoya sur-le-champ un grand nombre de bâtiments égyptiens en Morée, pour transporter les munitions et les approvisionnements des forteresses que le traité laisse dans les mains des troupes égyptiennes. Des vaisseaux européens ont également fait voile pour la Morée ; ils sont destinés à ramener en Egypte Ibrahim-Pacha et la plus grande partie de ses troupes, dans une vingtaine de jours. Le gouvernement égyptien a l'intention de leur faire subir une quarantaine, mesure à laquelle on a déjà soumis des bâtiments syriens et levantins, ce qui, joint au cordon sanitaire établi sur la frontière de Syrie, a délivré l'Egypte de la peste, qui n'a point paru à Alexandrie depuis cinq années.

Le chancelier du consulat de France, M. Cardin, arriva à bord de VÉglé, pour me féliciter de mon heureuse venue de la part de M. Drovetti, que je savais être à Alexandrie, ainsi que le Pacha et M. d'Anastazy. Il fut convenu que, dans la soirée même, j'irais faire visite à M. Drovetti; M. le

commandant Cosmao voulut être de la partie et fit mettre son embarcation à la mer. A l'heure convenue, vers six heures du soir, M. le Consul de Toscane, Rosetti, nous envoya son janissaire, Moustapha, et, circulant à travers les vaisseaux et bâtiments de toute nation pendant une bonne demi-heure (car le Port- Vieux est immense), la chaloupe nous mit à terre à côté de la Douane, où nous attendait aussi le janissaire du consulat de France. Précédés ainsi des deux janissaires des consulats de France et de Toscane, qui, par leur turban blanc, leur grande robe rouge et leur canne à pomme d'argent, rappellent les anciens doryphores des rois de Perse, nous fîmes quelques pas vers la porte de la ville. Mais à peine eûmes-nous dépassé les édifices de la Douane, qu'une foule de jeunes garçons, vêtus de quelques lambeaux et conduisant de forts jolis ânes, nous entourèrent à grands cris, et force fut d'accepter les modestes palefrois, couverts d'ailleurs d'une selle assez propre et galonnée de toutes couleurs. Nous fîmes ainsi en cavalcade, ouverte par les deux janissaires qui s'étaient aussi emparés d'une bourrique, notre première entrée dans l'ancienne résidence des Ptolémées. Il est juste de dire que les ânes d'Egypte, c'est-àdire les ^acr es d'Alexandrie et du Caire, méritent tout le bien qu'en ont dit les voyageurs, et qu'il est difficile de trouver une monture dont la marche soit plus douce et plus agréable sous tous les rapports. On est obligé de les tenir en bride pour les empêcher de prendre le grand trot et le galop. Un peu plus grands que ceux d'Europe, et surtout bien plus vifs, les ânes d'Egypte portent parfaitement leurs oreilles, presque droites et jetées avec une certaine fierté. Cela vient surtout de ce que, dans le premier âge, on perce les oreilles aux ânons, et qu'après les avoir réunies par une cordelette de crin de cheval, on les amarre par un second cordon, de manière à leur faire contracter une position verticale. Du reste, ces animaux ont le poil fort lisse ; quel-

ques-uns sont bruns ou noirs, la plus grande partie est d'un gris rougeâtre.

Après avoir répondu au qui vive? de la sentinelle, soldat du Ni^am-Gédid, qui gardait la porte, nous entrâmes dans les rues d'Alexandrie, si on peut donner le nom de r^ues à un désordre de maisons fort basses, pour la plupart construites de boue, percées irrégulièrement de rares ouvertures et n'observant aucun alignement. L'aspect des habitants, qui, malgré la nuit tombée, encombraient la rue, avait quelque chose de tellement étrange pour le nouveau débarqué d'Europe, qu'il est impossible de rendre l'impression de surprise et presque de stupeur qui nous dominait. Ce mélange d'Égyptiens de couleur brune cuivrée, de Barabras d'une teinte encore plus foncée, de Bédouins au teint noirci contrastant avec leurs vêtements de couleur blanche, de Nègres et d'Abyssins, se pressant et se touchant pour éviter, dans des rues étroites, les gens à àne ou à cheval et de longues files de tristes et lents chameaux, attachés à la queue les uns des autres, — tout cela était d'une si étrange nouveauté qu'il me sembla bientôt assister à une scène d'opéra ; je n'attachais presque plus aucune réalité au singulier tableau que j'avais sous les yeux et qu'éclairaient d'une manière bizarre les lumières des boutiques encore ouvertes. Nos oreilles aussi avaient leur part de surprise, et s'étonnaient des sons gutturaux et des cris sauvages qui retentissaient de toutes parts.

C'est en traversant ce monde nouveau et qui variait à chaque pas, que nous arrivâmes à la maison de M. Rosetti, consul de Toscane. Quelques pas avant la Porte, notre cavalcade fut troublée par un Franc, qui arrête les ânes et se jette à mon cou : c'était Pietrino Santoni, arrivé de Livourne depuis huit jours. Le plaisir d'embrasser ce bon et aimable ami m'arracha de suite à l'espèce de fascination que la traversée d'Alexandrie avait produite sur moi, et me rendit toute la lucidité de mes idées.

Je montai quelques instants, pour me reposer, chez M. Rosetti, et me rendis chez M. Drovetti avec le commandant et M. Lenormand. Le consul général m'accueillit avec affection et avoua toutefois qu'il ne m'attendait point encore. J'appris, dans un entretien particulier de quelques minutes, qu'il m'avait écrit, au mois de mai', du camp dans le Delta où se trouvait le Pacha, que, d'après l'avis de Son Altesse, il serait bien que j'ajournasse l'exécution de mon plan de voyage en Egypte, parce que les relations politiques de la Porte avec la France étaient fort incertaines et que, d'ailleurs, on avait menacé le Pacha de prendre à son égard des mesures coercitives. Mohammed-Aly craignait que tout cela n'indisposât la population égyptienne contre les Francs, Son Altesse ajoutait qu'un voyage en Egypte, exécuté par un grand nombre de personnes par ordre d'un gouvernement presque en guerre contre le Sultan, le compromettrait lui-même vis-à-vis de la Sublime Porte ; qu'il ne demandait pas mieux que je vinsse en Egypte, mais que mon arrivée serait interprétée à mal, par ce qu'il y a de Tii/Ts parmi ses ministres et ses officiers. M. Drovetti me dit, toutefois, que, depuis sa lettre, les affaires avaient un peu changé de face, et que la convention signée pour l'évacuation de la Morée levait beaucoup d'obstacles ; que d'ailleurs, puisque j'étais là, il fallait bien me recevoir, et qu'il était certain que le Pacha ne mettrait aucun obstacle à la continuation de mon voyage et me donnerait pour cela tous les firmans et toutes les facilités désirables. — Il fut convenu que j'accepterais un appartement chez M. Drovetti, et qu'on louerait une maison dans le voisinage pour loger tous mes compagnons de voyage, tous les okels à Alexandrie étant déjà occupés par les Francs. — Je pris congé de notre consul général, et, accompagné d'un janissaire et d'un sais qui portait un fanal, nous traversâmes encore une fois la ville pour aller coucher à bord de VÉglc.

1. C'est la lettre publiée .aux pages 1-2 t!n piésont volume.

19 août. — Journée passée à bord, à faire mes préparatifs pour débarquer le soir même définitivement. M. Rosetti, consul de Toscane, vient déjeuner avec nous. Le soir, à six heures, quitté VÉglé dans la barque du commandant, le janissaire assis à la poupe. Je m'établis dans un joli petit appartçment, composé de deux pièces tapissées en beau papier peint de Paris. L'un, celui de la chambre à coucher, représente une riche tenture, l'autre un paysage suisse. Tout le côté de ma chambre en face de l'alcôve et sous la fenêtre est occupé par un large divan, commode à toilette, console, psyché, pendule, vases de fleurs de valeur, chaises élégantes, canapé, — rien ne manque à l'ameublement. Il est difficile, en entrant ici, de se croire en Afrique, mais, ce que j'apprécie le plus au milieu de tout ce luxe européen, ce sont deux mauvais vases d'argile bleuâtre, de vieille forme égyptienne et remplis d'eau du NU qui se maintient fraîche par une perpétuelle transsudation. Qu'on demande à un homme débarquant après quelques semaines de traversée, qu'est-ce qu'il y a de plus délicieux au monde, il répondra : de l'eau bien fraîche! J'étais un de ces hommes et j'avalais de l'eau du Nil! Mes deux koulléh (c'est ainsi qu'on nomme ces vases réfrigérants et qui, bien mieux que le prétendu dieu Canope, sont les véritables sauveurs de la population égyptienne) furent vidées avant neuf heures du soir, que l'on se mit à table pour souper. Car on soupe encore à Alexandrie.

Parmi nos convives était M. Méchain, fils de l'astronome, l'ancien membre de la Commission, consul de France à Larnaka, attendant chez son ami, M. Drovetti, que les Chypriotes soient assez calmés pour qu'il puisse aller reprendre ses fonctions, sans recevoir des coups de fusil au milieu des désordres qui déchirent cette île.

20 août. — Après une excellente nuit passée dans une alcôve où dormait, il y a trente ans, le vainqueur (i' Héliopolis, Kléher, qui précipita par sa faiblesse civile la perte

de l'Egypte, que son courage militaire avait reconquise en une journée, je me levai pour déjeuner à neuf heures comme on déjeune au consulat de France, avec une tasse de café au lait et des petits pains qui rappellent un peu notre pain de seigle. Le lait, bu pur, est peu agréable, laissant toujours un arrière-goût animal, une odeur de chèvre trop prononcée,

A dix heures et demie, j'allai faire une visite à M. d'Anastazy, consul général de Suède en Egypte.

C'est un homme d'une figure prévenante, de manières ouvertes et jouissant d'une excellente réputation sous les rapports de probité. Il fait un commerce immense, et, sur douze bâtiments expédiés d'Alexandrie, il y en a au moins six pour son compte. M. d'Anastazy, Arménien d'origine, jouit d'un assez grand crédit auprès du Pacha, et surtout auprès de son compatriote, le ministre Boghoz. Ce consul de Suède nous reçut sur son divan, et, d'après l'usage oriental, adopté par les Francs, qui imitent volontiers ce que les musulmans pratiquent, quand il s'agit de plaisir et de mollesse, sans trop s'inquiéter de pratiquer leurs vertus et leurs qualités essentielles, on nous présenta la pipe et le café. — A midi, dîner chez M. Drovetti, quia pour convives habituels M. Méchain, son neveu Bernardine Drovetti, et M. Lavison. Ce dernier, Marseillais d'origine, a rempli les fonctions de chancelier du consulat de Russie et vient d'être nommé conseiller par l'empereur Nicolas. Il vit chez M. Drovetti et seconde M. Cardin depuis que le consul russe, sur les ordres réitérés du Pacha, a été obligé de mettre bas son pavillon qu'il laissait flotter malgré la déclaration de guerre de la Russie à la Porte. — M. Lavison, d'un esprit original et fort bon homme, est un convive très agréable. Après dîner, pipe et café sur le divan, sieste, — mais je n'ai pu dormir. A cinq heures, sorti de l'okel pour aller voir les aiguilles de Cléopàtre nommées Masallatfiraôun = les aiguilles de Pharaon, par les Arabes qui

sont, ainsi, plus près de la vérité que les Européens. Ces deux monuments existent hors d'Alexandrie actuelle et dans l'enceinte des Arabes du côté du cap Lochias. Après avoir franchi la porte de cette enceinte, on se dirige vers l'est, à travers une multitude de monticules ou de dunes de sable dénuées de végétation, formées de débris de poteries de tous les âges, de verre, de marbre et de matières de toute espèce qui, triturés et mêlés avec le sable, recouvrent de plusieurs pieds les restes des édifices grecs et romains de l'antique Alexandrie. Sur beaucoup de points les ruines se rencontrent à découvert — au milieu des sables, mais ce sont des restes insignifiants et, pour la plupart, des constructions en briques. Quelques arcades de ces anciens édifices comblés par les sables du désert se montrent encore à fleur de terre et forment comme des bouches de four. C'est dans ces repaires où on ne peut entrer qu'en rampant qu'habitent, au milieu des insectes venimeux, des lézards et des mille-pattes, de misérables familles de fellahs. Plusieurs de ces tanières, très rapprochées et dans le voisinage d'une citerne fournissant une eau détestable pendant les deux tiers de l'année, sont appelées villages par les Alexandrins. J'ai vu d'autres repaires, composés d'un toit de branches de palmier posé sur des pans de murailles antiques, d'où sortaient un homme, des femmes et des enfants entièrement nus. Ils nomment cela leurs maisons, et quelques chats, perchés, vers le soir, sur le haut du toit, s'associent à ces misères humaines.

Le CHIEN vit en Egypte dans un état de liberté complète, et, en nous rendant aux obélisques, nous étions accompagnés des aboiements d'une foule de ces animaux, occupant un h un chaque sommet de dune et nous poursuivant fort loin de leur voix rauque et sourde. Ces chiens, de tailles diverses, sont d'une seule et même espèce; ils ressemblent prodigieusement au chacal, sauf le pelage qui est jaune-roux. Je ne suis plus étonné que dans les inscriptions hiéroglyphiques

il soit si difficile de distinguer le chien du chacal : les caractères qui les expriment sont identiques. ^ St *\ Le chien ne diffère que par la queue jT^Çv^ jT"Sj relevée en trompette. Ce trait est pris dans la nature; tous les chiens d'Egypte portent en effet leur queue ainsi retroussée. En continuant ma route au milieu des sables, et après a^'oir eu l'occasion de vérifier de visu l'exactitude d'Hérodote lorsqu'il décrit la manière d'uriner chez les Égyptiens, je fus accosté par un vieil Arabe conduit par un jeune enfant à demi nu. Le pauvre homme était aveugle, mais s'approchant avec confiance : « Bonjour, citoyen, me dit-il, donne-moi quelque chose, je » n'ai pas encore déjeuné. » Étourdi de cette apostrophe républicaine, je prends dans ma poche tous les sous de France qui s'y trouvaient, et les mets dans la main de l'Arabe. Celui-ci les tâte entre ses doigts et s'écrie : « Cela ne passe » plus maintenant, mon ami ! » Je me fis de suite donner une piastre turque et la tendis à l'aveugle patriote, a C'est bon )) cela ! dit-il alors, je te remercie, citoyen !» — On trouve ainsi à chaque instant à Alexandrie de vieux souvenirs de notre campagne d'Egypte, J'arrivai enfin auprès des obélisques, situés devant le mur de la nouvelle enceinte qui les sépare de la mer dont ils sont éloignés de quelques toises seulement. De ces monuments, au nombre de deux, l'un est encore debout et l'autre renversé depuis fort longtemps. Tous deux en granit rose, comme ceux de Rome, et à peu près du même ton, ils ont environ soixante pieds de hauteur, y compris le pyramidion. Un léger examen des trois colonnes d'hiéroglyphes, inscrites sur chacune de leurs faces, m'apprit que ces beaux monolithes ont été taillés, consacrés et érigés devant le temple du Soleil à lléliopolis, par le Pharaon Thoutmosis III, ce qui porte leur antiquité à {lacune) ans avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire à {lacune) ans avant l'c^pocjuc actuelle. Les légendes latérales ont été postérieurement ajoutées sous le règne de Rhamsès le

Grand ; et la légende royale de Rliamsès VII (Phéron), son successeur immédiat, a été sculptée sur les faces nord et est, entre les légendes latérales et l'arête de l'obélisque, mais en très petits caractères hiéroglyphiques. — Ainsi les obélisques d'Alexandrie remontent aux temps pharaoniques, comme la beauté de leur travail suffirait d'ailleurs pour le démontrer, et ont été sculptés à trois époques différentes, mais toujours dans la XVIIP Dynastie. Ce sont les premiers voyageurs européens ou les premiers Francs établis à Alexandrie qui auront donné à ces monuments le nomd'aiguilles de Cléopûtre, appellation aussi inexacte que le nom de colonne de Pompée, appliqué à un monument des bas temps romains.

CIIAMPOLLION A CIÏAMPOLLION-FIGEAC

Alexandrie, le 22 août 1828.

Je risque ces lignes par un bâtiment toscan qui part demain pour Livourne. Comme il est fort douteux que cette lettre te parvienne aussitôt que celle dont veut bien se charger notre excellent commandant de VÉglé, lequel retourne en Europe et met à la voile mardi prochain, je mets un numéro 1 provisoire à celle-ci, réservant tous les détails pour la seconde, qui sera le véritable numéro premier.

Je suis arrivé le 18 août dans cette terre d'Egypte, après laquelle je soupirais depuis si longtemps. Jusques ici elle m'a traité en mère tendre, et j'y conserverai, selon toute apparence, la bonne santé que j'y apporte. J'ai pu boire de l'eau fraîche à discrétion', et cette eau-là c'est de l'eau du

1. Il en but trop. Plus tard, quand il fut rentré en France, les médecins constatèrent qu'elle lui avait fait beaucoup de mal, pour ce qu'il l'avait bue trop souvent non filtrée.

Nil qui nous arrive par le canal nommé Mahhmoadiéh, en l'honneur du Pacha qui Ta fait creuser.

J'ai visité M. Drovetti le soir même de mon arrivée, et là j'ai appris qu'il m'avait écrit et conseillé de ne point venir cette année. Ma bonne étoile a brillé dans cette occasion si importante, puisque la lettre ne m'est point arrivée à temps'. Depuis cette époque, les choses sont bien changées. Vous devez connaître déjà la convention pour l'évacuation de la Morée, consentie le 6 juillet par Ibrahim-Pacha, et signée il y a une douzaine de jours par le "Vice-Roi Mohammed-Aly. Mon voyage ne rencontrera aucun empêchement. Le Pacha est informé de mon arrivée, et il m'a fait dire que j'étais le bienvenu ; je lui serai présenté demain ou après-demain au plus tard. Tout se dispose au mieux pour mes travaux futurs, et les Alexandrins sont si bons que j'ai déjà secoué tous les préjugés que les Commissionnaires d'Egypte'' m'avaient inspirés contre eux.

Je suis venum'établir le 19 au soir chez M. Drovetti, dont je n'ai pu ni voulu refuser les offres hospitalières. J'occupe, dans le palais du consulat de France, un petit appartement délicieux, donnant sur le bord de la mer et où l'on jouit d'une fraîcheur charmante. L'ordre d'exécution de nos projets sur Alexandrie et ses environs est déjà réglé ; ils comprennent les obélisques dits de Cléopàtre, dont nous aurons enfin une copie exacte, et ensuite la colonne de Pompée. Il faut savoir enfin à quoi s'en tenir sur son inscription dédicatoire, et si elle porte le nom de l'empereur Diodctien : nous en aurons une bonne empreinte.

Notre jeunesse est émerveillée de ce qu'elle a déjà vu

A ma prochaine les détails : la série de mes lettres d'observation commencera réellement avec elle.

1. C'est la lettre du '.\ mai 1828, publiée en partie aux pages 1-2 du présent voluino.

2. Jomard et quelques autres membres de la Coinniission d'É(jyptc>

âô Lettres Et journaux

23 août 1828.

Je suppose, mon bien cher ami, que tu auras déjà reçu la lettre que notre station devant Agrigente, en Sicile, me permit d'envoyer à terre et de recommander à toute la diligence des autorités siciliennes. Je crains bien, toutefois, que la paresse, endémique dans cet heureux climat, n'ait fait

oublier de l'expédier à Palerme Je te faisais part de la

douce espérance de descendre à terre au milieu des temples grecs les plus conservés de toute la Sicile : malheureusement, grâce à la canardise du sieur Salvador Montuoro (que je te prie de recommander aux Affaires étrangères), on nous a amusés pendant vingt-quatre heures en nous faisant espérer à chaque instant qu'on nous donnerait la pratique, et c'est la faute de ce prétendu vice-consul de France si nous ne l'avons obtenue. C'est du moins l'assertion des officiers siciliens de la Santé qui, d'ailleurs, ne nous parlaient qu'en tremblant et à une distance de trente pieds, vu qu'on nous supposait imprégnés de tous les miasmes de la grande peste de Marseille. — De guerre lasse, nous remîmes à la voile et courûmes sur Malte, que nous doublâmes le lendemain 8 août au matin, en passant à une portée de canon des îles de Gozzo et Cumino et de la Cité- Valette, que nous avons parfaitement vue et dans tous ses détails extérieurs.

C'est après avoir reconnu successivement le plateau de la Cyrénaïque et le cap Rasât, et avoir longé de temps à autre la côte blanche et basse de l'Afrique, sans être trop incommodés par la chaleur, que nous aperçûmes enfin, le 18 au matin, l'emplacement de la vieille Taposiris, nommée au^ jourd'hui la Tour des Arabes. Enchantés d'être si près du terme de notre voyage et empressés de connaître la réception qui nous était réservée en touchant la terre d'Egypte, nous ouvrions de grands yeux et braquions nos lunettes pour découvrir les vaisseaux anglais ou français qui font le fa^

meiix blocus dont les journaux nous entretiennent avec tant d'aplomb. Nous n'aperçûmes rien de pareil, mais déjà nous distinguions à la lunette la colonne de Pompée et toute l'étendue du Port-Vieux.

L'aspect d'Alexandrie devenait imposant à mesure que nous approchions, — une immense foret de mâts, à travers laquelle on apercevait les maisons blanches de la ville, se déployait devant nous. Enfin, à l'entrée de la passe, notre commandant fit tirer un coup de canon, et nous vîmes arriver un pilote arabe, qui dirigea la manœuvre à travers les brisants et nous fit jeter l'ancre au milieu du Port- Vieu.r.

Il est difficile de rendre l'étonnement que nous éprouvâmes de nous trouver entourés de vaisseaux français et anglais chargés du blocus, pacifiquement mouillés à deux encablures de vaisseaux égyptiens ou turcs, et touchant presque deux bâtiments de guerre algériens, qu'on a ordre d'attaquer s'ils font mine de sortir, et de prendre de force s'ils s'éloignent du port. — Le fond de ce singulier tableau, véritable macédoine de peuples, est occupé par les carcasses des vaisseaux égyptiens et turcs échappés au désastre de Navarin ! Voilà, je pense, une preuve de la haute influence du Pacha sur l'esprit des Égyptiens, dont il maîtrise ainsi les haines et les justes ressentiments nationaux. Du reste, c'est là un spectacle bien fait pour caractériser le décousu de la politique européenne.

Le 18, à cinq heures, à peine mouillés dans le port, des officiers supérieurs des vaisseaux français vinrent à notre bord nous donner d'excellentes nouvelles. Nous sûmes que, le G juillet, les amiraux qui commandent les forces alliées en Morée eurent une entrevue avec Ibrahim-Pacha, et jetèrent les bases d'une convention dont le résultat devait être l'évacuation delà Morée par les troupes égyptiennes; que, sept jours avant notre arrivée, l'amiial Codrington était V(Mui faire signer au Pacha ladite convention, laborieusement préparée par M. Drovetti, et que l'amiral anglais, (jui, depuis

un mois, court la Méditerranée en couleiwrinant pour ne pas rencontrer l'amiral Malcolm, qui est nommé à sa place et auquel il doit rendre le commandement, a voulu, en se donnant l'honneur de cette importante négociation, se préparer un moyen de rentrer en grâce à Londres,

Mais le fait est que toute cette affaire a été conduite par M. de Rigny et M. Drovetti. Déjà plusieurs vaisseaux français et anglais et un très grand nombre de bâtiments de guerre égyptiens — car le Pacha a encore une marine immense — sont partis d'Alexandrie pour aller chercher Ibrahim-Pacha et la première division de son armée, pour les transporter ici, où on les attend dans une quinzaine de jours.

Le chancelier du consulat de France vint aussitôt à bord pour me faire compliment de notre bonne arrivée, de la part de M. Drovetti, qui est à Alexandrie, ainsi que le Vice- Roi. Le soir même, sur les six heures, je me rendis à terre avec le commandant, Rosellini, Bibent, Ricci et quelques autres. Je bénis le sol Égyptien, en le touchant pour la première fois, — et, à peine débarqués, nous fûmes entourés par des conducteurs d'ânes (les fiacres du pays). C'est montés sur ces nobles roussins au poil lisse et au trot délicat que nous fîmes notre entrée triomphante dans Alexandrie. — Toutes les descriptions que l'on peut lire de cette ville ne sauraient en donner une idée. C'est une véritable apparition des antipodes et l'on se trouve tout à coup dans un monde nouveau où rien ne ressemble à ce qu'on a vu jusques-là : des couloirs étroits et bordés d'échoppes, encombrés d'hommes de toute couleur, de chiens couchés et de chameaux attachés en chapelet, des cris rauques, mêlés à la voix glapissante des femmes, et d'enfants à demi nus, une poussière étouffante, et par-ci par-là quelque seigneur magnifiquement habillé et maniant un superbe cheval, — voilà ce qu'on nomme une rue d'Alexandrie!

Après une demi-heure de marche et une infinité de dé-

DE CHAMPOLLtON LE JEUNE 33

tours, nous arrivâmes chez M. Drovetti, qui nous reçut au mieux. Il m'avoua que mon arrivée le surprenait un peu, mais qu'il se félicitait de ce qu'une lettre qu'il m'avait écrite au mois de mai, pour me détourner de venir, ne m'était point parvenue; — que, depuis cette époque, les choses avaient changé et que mon voyage ne souffrirait point d'obstacle: que, du reste, sa maison serait la mienne et qu'il m avait préparé un appartement. J'acceptai cette offre obligeante, et je suis venu le 19 m'établir à Alexandrie, dans le Palais de France, l'ancien quartier général de notre armée, où j'occupe un charmant petit appartement, — celui du général Kléber. Ce n'est point sans émotion que je me suis couché dans l'alcôve où a dormi le vainqueur d' Héliopolis .

Tout dans cette ville respire le souvenir de notre ancienne puissance et montre combien rinfluence française s'exerce avec facilité sur la population égyptienne. En arrivant, j'ai entendu les tambours des troupes du Pacha battre la retraite française et les fifres jouant le même air que les nôtres. Toutes nos marches de la République sont adoptées par le Nizam-Gédid, et je ne puis résister au plaisir de raconter une rencontre que j'ai eue, il y a trois jours, en allant visiter l'obélisque de Cléopâtre. Au sortir de la ville et au milieu des collines de sable qui couvrent les débris de l'antique Alexandrie, un vieil Arabe aveugle, conduit par un jeune enfant, s'avance vers moi et me dit en saluant de la main : « Bonjour, citoyen ! donne-moi quelque chose, je n'ai pas encore déjeuné. » Ne pouvant résister à une telle éloquence, je prends tous les sous de France que j'avais dans ma poche et les mets dans la main de l'Arabe. Celui-ci, ta tant les pièces de monnaie entre ses doigts, s'écrie : « (\'la ne passe plus ici, mon ami ! — Ah ! voilà qui est hon, mon ami. .le te remercie, citoyen ! » dit ensuite mon aveugle, après avoir tâté une piastre égyptienne que je lui donnai en ('change des sous démonétisés.

Je supporte la chaleur (jii ne pcul mieux; il semble

IJIIII,. K'.VPT., I. XXXI. 3

34 LHTTRES ET JOURNAUX

que je suis né dans le pays, et les Francs ont déjà trouvé (lue j'ai tout à fait la physionomie d'un Copte. Ma moustache, noire à faire plaisir et déjà fort respectable, ne contribue pas mal à m'orientaliser la face. J'ai pris, du reste, les us et coutumes du pays, force café et trois séances de pipe par jour. Le tabac est délicieux en entremêlant chaque bouffée d'une gorgée de moka, fort doux du reste, et où l'on trouve à la fois à boire et à manger. Plus, la sieste obligée, après dîner, de deux heures à quatre.

Tous mes jeunes gens mangent avec moi à la table somptueuse de M. Drovetti, mais tous, à mon exemple, font preuve de sobriété et savent résister à leur appétit. —

J'ai déjà vu, comme tu le penses bien, la colonne de Pompée, qui n'a rien de fort extraordinaire, mais où j'ai trouvé cependant à glaner. J'ai reconnu, parmi les débris antiques mais sans ordre qui forment sa base, une pierre de grès cristallisé, ou plutôt une sorte de marbre salin, portant en hiéroglyphes la légende royale de Psammétichus II.

Je suis allé plus souvent, et toujours en bourrique, monture nommée Bon Cabal par les jeunes Arabes qui les conduisent, aux obélisques de Cléopâtre, dont celui qui est debout appartient au Roi, qui devrait bien le faire prendre. Le voisin, renversé dans le sable, appartient aux Anglais. J'ai déjà copié et fait dessiner la plus grande partie de leurs inscriptions. J'en aurai, et pour la première fois, un dessin exact : la planche de la CoDimission n'est pas supportable. Ces obélisques à trois colonnes de caractères ont été érigés par Mœris (Thoutmosis III) devant le grand temple du Soleil à Héliopolis. I^es inscriptions latérales sont de Rham.sès VI (Sésostris), et j'ai découvert, entre les colonnes latérales de la face est et l'arête, deux petites inscriptions hiéroglyphiques oiïrantla légende de Rhamsès VII ou Sésostris II; ainsi trois époques sont marquées sur ces monuments. Les dés antiques, carrés et en granit rose, sur lesquels ces obélisques étaient fixés et qui leur servaient de base, existent

r. ,,„ ,l.«i., Je M' V ('...

MOMAMMED-ALY (1769-1849)

encore, et c'est en faisant fouiller par des Arabes autour du dé de l'obélisque renversé, celui des Anglais, que le père Bibent, chargé des fouilles, a reconnu que ces obélisques ont été placés par le mauvais goût romain sur un socle à trois marches : c'est le plus ancien exemple d'un monument égyptien gâté par des embellissements hors de propos, Bibent est tout fier de cette pi^cmière découverte.

24 août.

C'est ce matin à huit heures que j'ai eu une audience du Pacha. Son Altesse habite plusieurs belles maisons construites en bois, mais avec beaucoup de soin et dans le genre des palais de Constantinople. Ces édifices, d'assez bonne apparence, sont situés dans l'ancienne île du Phare. M. Drovetti, qui devait nous présenter, nous a conduits au Palais, le commandant, Lenormand et moi, dans sa calèche, attelée de deux chevaux fringants, et qui circulait avec une merveilleuse facilité dans les rues tortueuses et étroites d'Alexandrie, grâce à l'adresse infinie du cocher.

A notre suite et montés sur de fougueuses bourriques, galopaient nos jeunes gens en grand costume.

Descendus au grand escalier de la salle du Divan, nous sommes entrés dans une vaste salle remplie de fonctionnaires publics, et l'on nous a immédiatement introduits dans une seconde salle percée à jour, dans un angle de laquelle, entre deux fenêtres, était assis Mohammed-Aly, dans un costume fort simple et tenant en main une pipe chargée de diamants. Sa taille est médiocre et l'ensemble de sa physionomie a une teinte de gaité, qui surprend dans un homme occupé de si grandes choses et accablé de tant de soucis. Le trait saillant de sa figure est une paire d'yeux d'une extrême vivacité, et qui font un singulier contraste avec une l)arbe blanciic qui tombe et qui s'étend sur sa poitrine.

Son Altesse, après avoir demandé de nos nouvelles, a dit que nous étions les bienvenus, et m'a questionné sur mon projet de voyage. J'ai dit que je désirerais aller jusques à la seconde cataracte, et que je sollicitais des tirmans de Son Altesse. Ils m'ont été accordés sur-le-champ, avec deux tcliaous du Pacha, pour nous accompagner et nous faire respecter en tout et partout.

On a ensuite parlé des affaires de la Grèce, et Son Altesse nous a raconté la nouvelle du jour, la mort d'Ahmed-Pacha, de Patras, assassiné par des Grecs, introduits dans sa chambre par des soldats albanais gagnés d'avance. Le brave Turc, quoique fort âgé, en a tué sept de sa main, et il a dû succomber sous le nombre. Cette aventure paraissait profondément toucher le Pacha d'Egypte.

Il nous a régalés d'une tasse de café sans sucre, après quoi nous avons pris congé de Son Altesse, qui nous accompagnait avec des saints de mains on ne peut plus gracieux. — Aussitôt que les firmans qu'on expédie seront en mes mains, je serai en mesure de gagner le Caire, et, de là, la Haute Egypte. Mais je veux laisser passer les chaleurs d'août, et je resterai à Alexandrie jusques au 12 de septembre, employant tout ce temps à mes préparatifs, pour m'arrêter le moins possible au Caire.

Je suis d'ailleurs ici comme un coq en pâte, gâté par tout le monde, et surtout par M. Drovetti, quoique sa santé se trouve dans un état pitoyable. Il faut absolument qu'il regagne l'Europe, parce que la denrjue le dévore. J'ai trouvé ici dans M. Mechin, le consul de Larnaka en Chypre, un homme fort aimable et un ancien de l'expédition d'Egypte, qui ne marchande pas le pauvre Jomard. — M. d'Anastazy, consul général de Suède, me comble de politesses; c'est un homme respectable sous tous les rapports. J'ai beaucoup à me louer aussi de M. Rosetti, consul toscan, et du consul d'Autriche, M. Acerbi. Le gendre de M. Drovetti, consul de Sardaigne, Pedemonte, est une de mes meilleures connais-

sances de Turin, et il ne m'a cédé qu'avec peine à son beaupère'. — Le soir de mon entrée à Alexandrie, la cavalcade de bourriques fut interrompue par Pietrino Santoni, qui vint se jeter à mon cou au moment où je ne m'y attendais guère. — Ainsi, mon cher ami, je suis au mieux, et tu peux et dois être sans inquiétude sur mon sort. —

Alexandrie, 25 août 1828.

Je t'écris cette lettre, mon bien cher ami, pour un objet tout particulier et auquel je m'intéresse vivement. Il s'agirait de rendre un service à M. Poupel, lieutenant de vaisseau et commandant en second de cette bonne Églé, sur laquelle nous avons eu, grâce à l'extrême bonté des chefs, une traversée on ne peut plus agréable. Je te prie de payer la dette de ma reconnaissance en sollicitant auprès de l'Université une bourse dans un collège royal pour le fils de notre lieutenant, Louis-Théodore Poupel, âgé de onze ans, étudiant au Collège de Cherbourg Son père, chevalier de

Saint-Louis, est au service depuis vingt-cinq ans et le

grand-père du jeune élève, M. Augustin Poupel, chevalier de la Légion d'honneur et commissaire principal de la Marine, a servi depuis quarante-quatre ans. Je te recommande cette affaire de la manière la plus instante, et je me réjouirais sincèrement du succès qui me paraît très probable, parce que M. Poupel a des droits réels à cette faveur. Adieu, mon cher ami. Je t'embrasse de cœur. Tout le monde se porte bien.

J.-F. Champollion.

Page 1