HIPPOLYTE ROSELLINI A CHAMPOLLION-FIGEAC
Alexandrie, le 26 août 1828.
Le lendemain de la présentation de Saghir^ au Pacha,
c'est-à-dire le 25, a été présentée la Commission toscane par notre Consul, qui est dans l'ancienne intimité du Pacha, et j'ai présenté la lettre du Grand-Duc. Ce brave Turc a été charmant. Il m'a particulièrement chargé de remercier le Grand-Duc de la confiance qu'il avait en lui en nous envoyant dans son pays; que l'Egypte devait être considérée par nous comme notre pays même; qu'il avait donné toutes les dispositions pour notre sûreté parfaite. Il a allongé la conversation en faisant des questions politiques sur les circonstances actuelles.
On Toit bien combien est-il enchanté de cette évacuation de la Morée. Il nous a donné aussi le café sans sucre, mais il paraît que ce jour-là le pot-au-feu n'avait pas versé comme la veille, car Saghir a reçu un très mauvais café tandis que le nôtre était fort bon.
Ensuite nous avons été chez le Bey, gouverneur d'Alexandrie, qui nous a fait mille politesses, en nous donnant de plus la pipe. Il a parlé de la peste, et nous a dit qu'il espère que le voyage de Pariset restera inutile, car depuis trois ans on n'a pas eu du tout la peste en Egypte et qu'on s'est persuadé qu'elle n'est pas indigène, et que la seule précaution de la quarantaine peut les garantir. — Ainsi soit-il !
Tous ces consuls étrangers sont aux petits soins pour nous, surtout d'Anastasy. Il serait bien curieux pour vous de voir la mine de Saghir avec ses moustaches, et la pipe à laquelle il s'est habitué comme un vieux Turc. Au Caire nous prendrons le costume arabe. Je vous prie, lorsque vous ferez un autre article dans les journaux, de signaler aussi notre présentation au Pacha et tout ce que vous croirez convenable. — Le mouvement dans la Méditerranée
1. Sacjhir, ou mieux Çaghir, mot arabe signifiant le jeune, le cadet, surnom qui fut donné à Champollion par son frère, dès sa seizième année.
doit VOUS fournir des occasions fréquentes pour nous faire avoir do vos nouvelles et des choses qui peuvent nous intéresser.
Je ne sais pas si vous vous rappelez d'un certain Cavir/lia, qui avait imprimé il y a huit ou dix mois une Lettre folle sur la marjic et la cabale des hiéroglyphes. Nous l'avons rencontré ici, et il vient de me faire cadeau, pour l'offrir au Grand-Duc, d'un colosse de Sésostris en brèche de trente-trois pieds de hauteur, qu'il a fouillé à Memphis, où il est encore. A dire vrai, je pense qu'il l'a offert parce qu'il n'a pas les moyens de l'emporter. Si les scies peuvent l'attaquer et le mettre en morceaux, je l'emporterai certainement'.
Cette bonne chaleur est une source de santé; nous fondons
toujours comme des chandelles, et, ce qui est curieux, on engraisse plutôt que de maigrir.
Portez-vous bien toujours et recevez mille amitiés de votre très attaché de cœur,