RÈGLEMENT A OBSERVER PENDANT LE VOYAGE
Art. L — M. ChampoUion est, chargé de la direction générale de l'expédition. Il décide des lieux où l'on devra s'arrêter, du temps qu'on doit rester dans chaque station, et généralement de tout ce qui a rapport à la marche du voyage, à la distribution et à l'ordre des travaux.
II. — M. Hippolyte Rosellini est chargé de la direction en second et de tous les détails d'exécution.
III. — M. Lenormant est nommé Inspecteur général et exerce, sous l'autorité du Directeur et du Directeur-adjoint, une surveillance sur toutes les branches du service ; celui de salubrité lui est spécialement confié, et, à cet effet, il a sous ses ordres les officiers de quart à bord de chaque bâtiment.
IV. — Aucun des membres de l'expédition ne pourra sortir des bâtiments ou s'absenter du camp, sauf en avoir fait connaître préalablemont les motifs au Directeur général ou au Directeur-adjoint.
V. — Chacun doit conserver à bord et au camp le poste qui lui aura été assigné pour lui et pour ses effets.
VI. — Les armes et les provisions de poudre seront déposées au moment de l'embarquement entre les mains d'un délégué chargé de leur placement et conservation. Le même délégué ne pourra les remettre à chacun que sur l'autorisation du Directeur.
DE CHAMPOLLlON LE JEUNE 4Ô
VII. — Il ne sera tiré aucun coup d'arme à l'eu sans avertissement préalable.
VIII. — Chaque membre de l'expédition remplira à tour de rôle, à bord du bâtiment sur lequel il sera embarqué, les fonctions d'oflQcier de quart qui seront ci-dessous déterminées.
IX. — Tout le monde se lèvera à l'heure qui sera fixée pour chaque saison. Une demi-heure après, le branlebas aura lieu sous la surveillance de l'officier de quart. La demi-heure suivante sera donnée à la toilette.
X. — L'officier de quart à bord de VIsis présidera aux préparatifs du déjeuner et du dîner. A cet effet, il devra se trouver à bord une demiheure avant chaque repas.
XI. — Sous aucun prétexte les matelas ne seront déroulés au courant de la journée, à moins d'autorisation du chef du service de santé.
XII. — Le branlebas du soir aura lieu une demi-heure avant le moment fixé pour le coucher, toujours sous la surveillance de l'officier de quart.
XIII. — L'officier de quart surveillera le service des domestiques, de manière à ce que les ustensiles de toilette, de table et cuisine soient tenus avec la propreté convenable, et à ce que chaque objet occui^e exactement la place qui lui aura été assignée. Il sera chargé pendant toute la journée de l'exécution des ordres du Directeur. Il portera pour marque de distinction une écharpe rouge au bras gauche.
XIV. — Le roulement des fonctions d'officier de quart, à partir du jour de l'embarquement, est établi ainsi qu'il suit :
A bord de l'isia :
A bord do Z'Athyr
1° M. Ricci
1° M. Bertin
2° » Angelelli
2' » Duchesne
3° » Bibent
3" )) Lehoux
4° » Cherubini
4' » Raddi.
5" » Gaetano Rosellini
6" » N. Lhôte.
XV. — Le clief du service de santé est spécialement cliargé de régler le régime diététique qu'on doit suivre soit à bord, soit à terre. Il doit se faire soumettre chaque matin, par le cuisinier, le menu des repas de la journée. Tous les approvisionnements de bouche sont soumis à son contrôle et lui sont expressément consignés.
XVI. — L'architecte de l'expédition est chargé, de concert avec le chef du service de santé, de choisir le local convenable soit pour les campements, soit pour les logements. Il est chargé en chef de la direction des fouilles et de la conservation de tous les ustensiles, instruments
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et engins à ce nécessaires. A cet effet, il lui sera remis une note de tous lesdits objets, dont il demeurera responsable.
XVII. — Le conservateur du mobilier sera muni d'une note détaillée contenant renonciation de toutes les caisses, colis, etc., formant le matériel de l'expédition à l'exception des effets personnels, des ustensiles de table, de toilette, de cuisine, des provisions de bouche et des instruments de fouilles. Il devra veiller à ce que chacun des objets qui lui sont confiés se conserve en bon état et dans le lieu déterminé pour leur placement, et les remettre à mesure des besoins aux officiers chargés des différents services. Il sera également chargé du transport, du placement et de la conservation desdits objets, lorsqu'on séjournera à terre.
Ordre du jour du 11 septembre
Sont nommés :
1° Délégué des directeurs à bord de VAthi/r, Professeur Raddi;
2° Chef de santé, Docteur Ricci ;
3° Architecte de l'expédition et Directeur en chef des fouilles, M. Bibent;
4° Chef d'armement à bord des deux bâtiments, M. Duchesne ;
5° Conservateur du mobilier, M. Gaetano Rosellini ;
6° Secrétaire général chargé de transmettre les ordres du jour, M. Cherubini.
EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE
14 septembre 1828.
La matinée entière a été employée en préparatifs du départ : il devait avoir lieu à huit heures du matin, mais la nécessité d'embarquer des provisions fraîches et de laisser se refroidir le pain confectionné dans la nuit fit perdre quelques heures. Mais enfin, après avoir fait mes adieux à MM. Anastazy, Méchain, Rosetti et Lavison, je quittai la maison du consulat général à dix heures, avec tous les membres de l'expédition toscane, qui étaient venus me prendre. Nous perdîmes un (juart d'heure en sortant de Tokel , })arce que les âniers d'Alexandrie, ayant appris notre départ prochain par la voie
t»Ë champolLion le jeune 51
publique, s'étaient amassés en foule au-dessous de nos fenêtres et obstruaient les portes de l'okel. Ce fut une véritable bataille : l'un me tirait à droite, l'autre à gauche, et, dans le fort de la mêlée, je me trouvai souvent pressé entre deux ânes et près de perdre la respiration. Enfin les deux janissaires de France et de Toscane, renforçant leur caractère public par quelques coups de canne à pomme d'argent sur l'assistance tumultueuse, parvinrent à nous faire un peu de place, et il nous fut permis de choisir chacun notre monture. La cavalcade se forma enfin, se mit en route, les deux janissaires en robe rouge et turban blanc ouvrant la marche, leur canne de tambour-major appuyée sur le devant de la selle. Arrivé sur la place des Consuls, le cortège entier se rendit à la maison du ministre d'Autriche, M. Acerbi', que je voulais embrasser avant de partir. On reprit alors le chemin de l'enceinte des Arabes, et en peu d'instants nous arrivâmes au Malihmoudiéh , sur le bord duquel le mâasch Vlsis et la dahabiéh l'Athyr étaient amarrés. Je m'établis à bord de Vlsis où je reçus la visite du propliète Tod, qui resta avec nous jusqucs au moment du départ, malgré les embarras dont nous étions accablés. On mit enfin à la voile à midi, au moment où nous terminions un dîner improvisé à bord par mon domestique arabe Soliman, qui, pendant tout le voyage d'Alexandrie au Caire, doit remplir les fonctions de cuisinier, dont le titulaire, Moustaplm, est tombé malade la veille de notre départ. La navigation du MalihmoLidich, creusé il y a (|uelques années, par ordre de Mohammed-Aly, qui mit phis de 100.000 hommes des provinces voisines en réquisition pour exécuter cet ouvrage immense, — et ces corvéables en vinrent à bout littéralement avec leurs mains, car il n'y avait ni les outils ni
1. Giusoppo Act-'i'bi, MO ;i Castel-GolTredo en 177.'{, natiiralisto de iiioi'ite et littérateur, foiulatcur de la BHiHotrcn iudinna, qui se publiait à Milan di'iiuis 181(). 11 avait soutenu lerinenient Clinnipolliuii dans l'allaire des lirmans.
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les ustensiles nécessaires en tout autre pays, — la navigation de ce canal, dis-je, est très facile du temps de l'inondation ; la seule difficulté actuelle consiste dans les embarras inévitables, lorsque plusieurs djermes ou mâasch, naviguant à la corde, se rencontrent soit avec des bâtiments qui marchent de la même manière, soit avec ceux qui sont stationnaires sur les rives du canal. Cet ouvrage public, de première nécessité pour abreuver les habitants d'Alexandrie, et pour le commerce de cette seconde capitale de l'Egypte, puisque le Pacha veut y fixer sa demeure, en établissant Ibrahim-Pacha au Caire, consiste uniquement en levées de terre sans aucune espèce de contreforts ni de murs de soutènement, à l'exception de quelques toises de murailles à l'embouchure du canal vers Atféh.
Le pays environnant est d'une affreuse tristesse, et le point où est bâtie la maison de campagne de Moharrem- Bey Atféh, gendre du Pacha et gouverneur d'Alexandrie, n'est guère plus gai d'aspect, malgré quelques plantations de palmiers qu'on appelle un jardin; le canal passe sur une langue de terre entre le Màadiéh (ou le lac à Ediwu) et le lac Maréotis. Le lit de ce dernier est presque à sec : il offre l'apparence d'un immense bassin désert, couvert de sables. Son extrémité sud-ouest était, à notre passage, couverte par les eaux de l'inondation, et quelques îles, semées de distance en distance, semblaient, par un effet de lumière ou de mirage, suspendues au milieu des airs. Sur un autre point du canal, nous aperçûmes au nord et dans l'éloignement le minaret d'Aboukir. Nous passâmes de nuit à El-Kérioun.
La dahabiéh l'Athyr, sur laquelle étaient embarqués le professeur Raddi, Bibent, Duchesnc et Bertin, et qui devait suivre constamment la marche du mâasch l'Isis, fut dépassée et laissée fort en arrière vers le milieu de la nuit. Nous nous aperçûmes de ce retard à sept heures du matin, au moment où, arrivés près d' Atféh, nous étions près de déboucher dans le Nil. Malgré mon impatience de voir ce fleuve si
célèbre, j'ordonnai au réis de Vlsis d'aborder et d'attendre VAthyr avant de nous lancer dans le Nil. Nous débarquâmes à trois cents pas de la bouche du Mahhmoudiéh, dont la berge orientale est ici couronnée de casemates construites en cannes de roseaux et servant de boutiques à toutes sortes de marchands de comestibles. — Rosellini, Lenormand et moi, nous courûmes à l'origine du Mahhmoudiéh, et la magnifique verdure du Delta, dont nous étions séparés par la Branche canopique, qui a, ici même, un aspect très imposant, quoiqu'elle soit divisée par une île qui en sépare les eaux, charma nos yeux qui depuis si longtemps ne s'étaient fixés sur une campagne couverte d'une belle végétation : des tamarins, des palmiers et des sycomores, à travers lesquels on apercevait à gauche les minarets de Sendioun et à droite ceux de Fouah, formaient le fond du tableau et s'élevaient au-dessus des énormes roseaux dont les cannes couronnent ici les deux rives du Nil. Nous retournâmes au mâasch, après nous être rassasiés de ce spectacle, qui rappela vivement à la mémoire de Lenormand plusieurs points de vue de la Hollande.
Voyant que VAthyr n'arrivait point, j'ordonnai au réis de Vlsis d'entrer dans le Nil et de faire voile pour Fouah. Le canal débouche dans le fleuve vis-à-vis une île basse, ce cjui ôte à la Branche canopique une partie de sa largeur. L'entrée dans le Nil fut difficile parce que le canal est fort étroit et que mon bâtiment est un des plus grands qui naviguent sur le Nil. Pour donner quelque repos aux mariniers, je fis arrêter Vlsis sur la rive gauche, à six cents toises au sud-est du Mahhmoudiéh, vis-à-vis un petit village qui se nomme oilLL-, Senabadèh, mais que la carte de la Commission place trop loin du Nil, en intercalant un village nommé Kafr-cherkaouy , dont je n'ai vu aucune trace.
h'Athyr nous ayant enfin rejoints après deux heures d'attente, nous remontâmes le Nil jusques à Foua/i, où nous arri-
vâmes à midi. Après le diner, j'allai courir la ville de Fouah «y. C'est la première toute égyptienne que nous eussions vue; elle est entièrement construite en briques brunâtres, et presque toutes les maisons se ressemblent à peu près. Nous remarquâmes quelques jolies mosquées et des débris de murailles aussi en briques. — Ce fut sur les quatre heures après midi que nous quittâmes Fouali, après avoir attendu longtemps le réis de VAthyr, qui profitait de notre séjour en ville pour passer son temps chez des Alméh ! A quatre heures et demie, nous étions entre les villages de i-jl^^ Schôrafèh, sur la rive orientale, et tiLlj- Sorenbaiéh, sur l'occidentale : le vent était excellent, et le mâasch marchait lestement, malgré la rapidité du courant du fleuve, dont le lit se présentait dans toute sa majestueuse largeur. Nous aperçûmes ensuite, un peu enfoncé dans le Delta, le village de Kébrith
Ji)jA î, appelé Gobaris sur la carte de la Commission df'Égypte.
A cinq heures, on était en face du bourg de ^iU Sâlmiéh : c'est le même qui fut brûlé par ordre du général en chef de l'armée française en Egypte. — En face de Sâlmiéh est le village de ij Louïéh, omis sur la carte de la Commission. — Sur les six heures un quart, nous aperçûmes, dans le Delta, le bourg de Méhallet-Malèg f^-* cJ^, le xieAé.-s. des livres coptes, au nord-est duquel, et à environ quatre mille toises de distance dans l'intérieur des terres, existe un tertre nommé ^j-llt ^f Koum-Schabbas, le ■x0.n0.ce1t des Coptes. En face de Méhallet-Malèg on voit le petit village de ^y^'f^ J<lS Kafr-Schaikh-Hassan, nommé K.-Scheikh-Haceïn sur la carte de la Commission.
Les deux rives de la Canopique sont dans cette saison un tapis continu de la plus belle verdure. La campagne du
Delta et de Libye, cultivée avec beaucoup de. soin et de variété, abonde en arbres de toute espèce, parmi lesquels
on remarque principalement : V le palmier J^; 2° le tamarisque; 3" le mûrier (thont); 4° le mimosa nilotica, appelé iai- santh par les fellahs, qui ont ainsi conservé le vieux nom égyptien de ce joli arbre, lyon'^, thébain ujonTc, mot dérivé de ujonT et ujotiTc épine; cet arbre, dont la feuille est fine et menue, abonde en piquants très acérés; 5*^ le sycomore {rjoummè:^) ; 6" mais rarement, le saule pleureur ; 7° le saule, bien plus commun que le précédent. C'est en contemplant cette belle campagne que j'aperçus sur la rive occidentale du Nil une douzaine de bœufs, rangés sur une ligne droite et prenant leur repas chacun dans une mangeoire particulière, construite en limon, et dont voici
le profil, . -^"^^ J • C'est exactement la forme
des man- ( -j ^^^^i\/^ geoires placées sur les au-
tels, de- l\'i~r^*^i\/ ^^''^^^ l6s images des tau-
reaux sa- ' \ \ . Iaj CTés OenoupJu,
Menévis ?^ et Apis.
A six heures un quart, nous étions en face de SonioukJirat O'J'^*-^, que la carte de la Commission appelle ZJ'jf Kourat, en corrompant ce nom, (jui, prononcé Somouk/irat cJj^y,^^ par mon réis, se rapprociie beaucoup plus de celui de Naucratis, Na-j/.paTi';, ville grecque qu'on suppose avoir existé sur cet emplacement.
Vers les six heures et demie, nous remarquâmes sur la rive orientale, tout à fait au bord du fleuve, les ruines d'une maison fort considérable et d'une construction tellement soignée, comparativement à ce que nous avions vu jusquelà, que nous crûmes y reconnaître la main européenne : c'était, en effet, les ruines d'une maison de campagne do Toussoum-IJacha , fils aîné de MoJiammed-Ahj , et dont la
démolition avait été ordonncG après la mort de son possesseur. A côté est une plantation de jeunes palmiers. La campagne environnante est très belle.
Sur les sept heures et demie, nous rejoignîmes VAt/ujr, qui avait pris les devants en partant de Fouah. Nous nous trouvions alors vis-à-vis Jj-i Désouk. J'appris que c'était dans une maison de campagne du voisinage de ce bourg, assis sur la rive orientale du Nil, que M. Sait, consul général d'Angleterre, était mort quelques mois auparavant. J'ai toujours regretté de ne plus trouver en Egypte cet homme instruit et grand amateur des études hiéroglyphiques.
Nous passâmes, vers les dix heures, entre Méhallet-abou-
Aly b y\ zJ^ à l'est et 4^M<- 4-j^ à l'ouest (Miniet-Salâméh);
c'est au midi de ce village que les Français livrèrent un combat aux Mamlouks, en juillet 1798, le lendemain du combat de Rahhmaniéh, bourg situé à deux mille quatre cents mètres plus au nord que Miniet-Salâméh, et que les îles du fleuve en face de Désouk nous ont empêchés d'apercevoir. — C'est pendant la nuit que notre petite escadre
passa devant le village de <o[^\\ El-Ssafé, où exista l'ancienne S'.o'jcf, ville du nome Saïtique mentionnée par Hérodote comme étant la patrie du Pharaon Amasis, qui, ayant usurpé la couronne sur son souverain légitime, Oaaphré, fut cependant inscrit dans la XXVP dynastie au nombre des Rois Saïtes.
16 septembre. — En me réveillant, à six heures et demie du matin, je trouvai le màasch risisetl-d&dhâbiélit'Athi/r, que nous avions prise à la remorque à Désouk, amarrés sur la rive orientale, tout près du village nommé véritablement r^\^ <^\ El-Méniêh-Gliénagh, et non pas El- Méniéh tout court, comme porte la grande carte de la Commission. Ce surnom de r\:^ vient du bourg de ce nom,
Ghénagh, situé à deux mille toises plus au sud-est, et nommé à tort 0^ Ghénan par la carte de la Commission. En attendant que le vent s'élevât, j'allai avec Rosellini faire une promenade dans le village, où nous trouvâmes le docteur Ricci, qui était allé faire des provisions, entouré d'une foule de femmes à demi nues. Je distinguai dans ce groupe une femme de haute taille, d'une belle physionomie, et dont les traits n'étaient point égyptiens. Elle me dit que
sa patrie était le ^11 Schâm (la Syrie) et qu'elle avait épousé un maréchal d'El-Méniéh-Ghénagh. Sortant en même temps de son sein une petite bourse et éloignant de la main et du geste les Arabes qui nous entouraient, elle en sortit et me montra d'un air confidentiel une petite croix , qu'elle se hâta de cacher aux regards des fellahs qui se rapprochaient; elle me fit entendre qu'elle était chrétienne, et fut fort scandalisée quand je répondis négativement à la demande qu'elle fit de voir ma croiaj. J'autorisai le docteur Ricci à lui donner un remède pour ses yeux qui commençaient à souffrir de l'ophtalmie.
Après le déjeuner, le vent s'étant un peu levé, j'ordonnai au réis de faire voile vers Ssa-el-Iîaghar, étant fort impatient d'y visiter les ruines de la vieille Saïs, la plus grande et la plus célèbre des cités de l'ancien Delta. Nous apercevions déjà de Mén/éh-G/iénagh, en regardant au sudest, les restes de l'énorme enceinte qui renfermait jadis les grands monuments de cette capitale. Ces débris ressemblent à de longues collines. A onze heures, nous étions vis-à-vis
jiji jS" Kafr-Daouar, à onze heures et demie en face de U? i^ Méhallet-Ssa sur la rive occidentale, et vis-à-vis la grande enceinte de Sais à l'orient. Le réis fit tirer les deux bâtiments à la corde, et, vers midi, nous abordâmes au Delta
en face du village do jlii-l l^ Ssa-cl-f/af/liar, (\u'\ n retenu
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le nom et occupe un point de remplacement désert de l'ancienne capitale des Néchao et des Psammétichus.
Après notre dîner, vers les deux heures, chacun s'étant armé, nous partîmes pour visiter les ruines, accompagnés de deux: de nos domestiques, Mohammed et Klialil, auxquels s'adjoignit un mousse de VIsis, natif de Ssa-el-Haghar, village vers lequel nous nous dirigeâmes à travers champs. Mes compagnons prenaient le plaisir de lâchasse, et le bruit des coups de fusil fît lever devant nous deux chacals qui s'enfuirent à toutes jambes. — Nous n'entrâmes point au village situé dans le point le plus élevé du tertre, mais, passant dans le voisinage du cimetière moderne des habitants de Ssa-el-Haghar, dans lequel sont de nombreux tourbéhs crépis tout fraîchement, nous nous dirigeâmes au nord vers les ruines qui, de loin, ressemblaient à un village arabe détruit fraîchement. Mais nous trouvâmes une quantité incroyable de débris de poteries de tout genre, pareilles à ceux qu'on rencontre sur toute la surface des ruines d'Alexandrie, du côté de l'obélisque et dans presque toute l'enceinte des Arabes. Les poteries de Sais sont pour la plupart des fragments de fabrication antique, puisque j'y recueillis de la poterie égyptienne en terre émaUlée verte et bleue, un fragment sur lequel est gravée une fleur de Lotus, la partie inférieure d'une figurine funéraire en terre émaillée ornée d'hiéroglyphes, et un très beau fragment émaillé représentant une tête de lion. Un vaste espace de terrain (A) est occupé par des restes de constructions soit en terrassement, soit en briques égyptiennes, rarement mêlées de paille, qui paraissent avoir formé des chambres ou des édifices de très petite proportion et tout à fait propres à renfermer des momies et autres objets funéraires. C'était, selon toute apparence, une des nécropoles de Sais (pi. I). Ces tombeaux ont été fouillés avec soin, et sont tellement bouleversés qu'il est difTicile d'en reconnaître la forme et la liaison. Rien ici ne ressemble aux catacombes de Thèbes
BiBL. ÉGYPTOL.. T. XXXI.
Pl. il
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