PLAN DES RUINES DE SAIS
ni aux puits de Sakkara ; ce sont des constructions d'une forme à part.
Après avoir péniblement parcouru ce vaste terrain, très inégal parce qu'il est bouleversé dans tous les sens, nous nous rapprochâmes du cimetière moderne du côté est et fûmes tous frappés de l'odeur infecte qui s'en échappe. C'est ici un argument très fort pour le système de Pariset sur la peste'. Il nous a paru incontestable que l'eau de l'inondation arrivait par filtration jusques aux cadavres ensevelis dans les tourbéhs, et que c'était là la cause de l'infection insupportable répandue à une assez grande distance. — Nous marchâmes ensuite au nord-est pendant l'espace de quatre cents toises environ, en traversant plusieurs fois l'eau de l'inondation, et nous arrivâmes, après avoir passé un très petit pont, enfin, à l'angle sud-est {a) de la grande enceinte égyptienne que nous avions aperçue d'El-Mêniéh- Ghénagh (pi. II). — L'étendue de cette enceinte est immense. Nous avons évalué, en le mesurant au pas, la longueur de l'un des petits côtés (B) au moins à quatorze cent quarante pieds et celle des deux grands côtés du parallélogramme à deux mille cent soixante pieds de longueur, ce qui donne un pourtour général de sept mille deux cents pieds.
L'épaisseur de ce mur d'enceinte bâti en briques crues est d'environ cinquante-quatre centimètres. Sa hauteur peut être estimée à quatre-vingts pieds. Les briques dont se compose cette immense construction ont seize pouces de long, sept pouces de large, cinq pouces d'épaisseur. Elles sont formées de limon du Nil et entremêlées avec de la paille hachée. Dans plusieurs points, la muraille présente l'aspect
1. A cette époque-là, le D' Pariset pensait, malgré les dénégations des autorités égyptiennes, que la peste sévissait, à l'état endémique, à Sais même et dans les environs. Il se proposait donc, lorsque le moment serait venu, d'y opérer des recherches minutieuses, afin de trouver le moyen do combattre le mal et d'améliorer la situation fâcheuse des indigènes.
d'un simple terrassement, parce que, les pluies ayant délayé la surface du mur, les joints des briques ont été empâtés et ont dû nécessairement disparaître; une partie de la hauteur a été réduite en poussière et ses débris entassés forment un talus considérable des deux côtés de la muraille. La mesure de cette pente, prise en dehors, a été trouvée de cent vingt pieds.
L'inondation occupait une très grande partie de cette enceinte au moment où je l'ai visitée. L'entrée marquée D sur le plan est tout à fait moderne ; on a abattu la muraille pour donner passage à un petit canal d'irrigation, et la coupe des murs présente les briques égyptiennes entremêlées de lits de paille i^arfaitement conservés. C'est par cette ouverture que je pénétrai dans l'intérieur, et il est impossible de rendre l'impression que produisit sur moi l'aspect de l'intérieur de cette enceinte si étendue. J'aperçus vers la gauche, et occupant le milieu sur une très grande longueur, une suite de ruines colossales se dessinant sous toutes sortes de formes bizarres et qui, du point où je les voyais, semblaient être les ruines d'un palais de géants ; mais il existe un tel désordre et si peu d'accord entre les parties de cette ruine qu'il est impossible de se former une idée claire de l'ensemble du plan primitif.
Nous étant transportés au milieu même de ces débris, nous reconnûmes les restes d'un édifice très étendu, jadis partagé en une infinité de très petites chambres, à plusieurs étages, — contigués et séparées par des cloisons fort épaisses. Tout cet édifice, d'une hauteur égale au moins à celle des murs d'enceinte {quatre-vingts pieds), est construit en briques crues, mais plus petites de moitié que celles qui composent l'enceinte. Toute la place où se trouvent ces ruines est couverte de débris de poteries, parmi lesquels mon Barabra Méhémed ramassa, à mes pieds, une figurine égyptienne en terre émaillée, re-gréseniimtV Égide de Néith , c'est-à-dire la tête de la déesse léontocéphale avec le disque
DE CHAMPOLLiON LE JEUNE 61
posé sur le collier, et quelques débris de poterie égyptienne émaillée. Tous ces tessons de pots proviennent soit des tessons employés en couches, entremêlés de briques dans les massifs des cloisons, soit des grands vases engagés dans les murs de chaque chambre ; j'en ai remarqué sept ou huit, encore en place dans autant de petites chambres.
Aux deux extrémités (/ et^) des ruines de cette grande construction existent deux collines égalant au moins en hauteur le mur de l'enceinte générale. Chacune de ces collines offre deux mamelons parallèles. Ce sont encore des masses de briques crues pulvérisées à la surface, et ces monticules occupent les deux points extrêmes et sont parallèles l'un à l'autre.
La masse entière de ces chambres accumulées dans un seul édifice avait environ mille pas de longueur, espace qui devait en contenir un nombre infini. Tout semble démontrer que cet édifice était jadis une Nécropole ou plutôt un Memnonium, c'est-à-dire une construction destinée à recevoir et à conserver les momies des habitants de Sais. Les doubles collines occupant l'extrémité des ruines étaient deux grands pylônes, liés sans doute par un petit mur d'enceinte, renfermant l'immense édifice en forme de parallélogramme, véritable labyrinthe de chambres funéraires ; les vases engagés dans les cloisons faisaient l'office de canopes et renfermaient les intestins. Nous avons trouvé le fond d'une de ces jarres encore plein de baume (Gaetano Rosellini).
La grande enceinte présente une ouverture (une ancienne porte) au milieu do son grand coté méridional, vers Ssa-el- Haghar. C'était la porte qui donnait entrée aux cadavres embaumés, la porte des morts, à laquelle on parvenait en passant près de l'autre nécropole A, car les ruines appartiennent aussi à un Meninoniiun dont il est impossible de reconnaître la foi'ine générale. Les débris d'images funéraires (jLie nous y avons trouvés prouvent assez (juc ces constructions étaient encore des (ornheanx. Vers l'extré-
mité ouest du grand Memiioniiim, compris dans l'enceinte, se trouvent deux monceaux de ruines, l'un au nord et l'autre au midi. Ce dernier, plus considérable, est un terrassement (ou butte factice), sur lequel on rencontre quelques débris de marbre blanc, dit de Tlièbes, de granit rose, de granit gris et de beau grès rouge. L'inondation ne nous a point permis de visiter ce tertre du nord, bien plus bas que l'autre. Ces deux tertres peuvent être l'emplacement des tombeaux des Rois Saïtes décrits par Hérodote (livre II, chap. CLXix).
Au nord, le tombeau de Ouaphrê (Apriès) et des Rois Saïtes les pères, lequel était à gauche, dit-il, du temple de Néith (Minerve). Le tertre du midi serait l'emplacement du tombeau de l'usurpateur Amasis, somptueux édifice décrit par Hérodote et qu'il dit avoir été à la droite du temple de Néith. On pourrait donc restaurer ainsi qu'il suit, et d'après le texte d'Hérodote, l'ancien état des édifices renfermés dans la grande enceinte de Saïs. A deux cents pas environ de l'angle nord-est de la grande enceinte existent plusieurs collines peu élevées (M du plan général), formées par un terrain sablonneux et léger, entremêlé de débris de briques crues. Nous y fûmes conduits (Lenormand et moi) par un vieil Arabe, auquel nous avions demandé des nouvelles d'un sarcophage appartenant à M. Rosetti, dans les ruines de Sais. Nous trouvâmes en effet ce beau monument encore à moitié enfoui dans les sables, au fond d'un grand creux produit par les fouilles et dans lequel il faisait une chaleur insupportable. Le sarcophage peut avoir environ neuf à dix pieds de longueur. Il est formé d'un superbe bloc de basalte vert et ne porte à l'extérieur qu'une seule ligne d'hiéroglyphes partagée en deux légendes alïrontées : (»»^— *)